Bienheureux Jean d'Épire
Modèle des ouvriers
Résumé
Jeune ouvrier catholique originaire d'Épire, Jean travaillait à Constantinople au XVIe siècle. Victime de la jalousie et de la calomnie de ses collègues qui l'accusèrent faussement d'avoir renié l'islam, il resta ferme dans sa foi chrétienne. Il mourut brûlé vif, devenant un modèle de dignité et de courage pour le monde ouvrier.
Biographie
LE B. JEAN D'ÉPIRE, MODÈLE DES OUVRIERS (XVIe siècle).
Le bienheureux Jean était né à Janina, capitale de l'Épire, que le vaillant Scanderberg avait arrachée au joug des Turcs, et rattachée à l'unité romaine. La pauvreté de ses parents obligea Jean à les quitter pour se rendre à Constantinople, où il vivait comme journalier du travail de ses mains. La noble liberté de cet enfant de Dieu, qui marchait la tête haute et ne connaissait pas le respect humain, ne tarda pas à offusquer ses camarades d'atelier, fâchés de ne pas le voir descendre à leur niveau d'impiété et de mauvaise conduite. De reste, ces ouvriers étaient pour la plupart des Grecs schismatiques, renégats à qui un Épirote catholique devait souverainement déplaire, et parce qu'il était catholique, et parce que sa fidélité à sa religion était le vivant reproche de leur apostasie.
Le bienheureux Jean comprit d'instinct ou peut-être par inspiration que ses camarades ne s'en tiendraient pas à des paroles. Il alla donc trouver son père spirituel, archiprêtre dans un quartier de la ville, probablement celui de Péra, alors habité par les Génois et les Grecs unis. Le prêtre tâcha d'abord de le convaincre qu'il était le jouet de quelque folle terreur, puis il lui dit : « Mon fils, le martyre exige une grande préparation ; s'il plaît à Dieu de vous y appeler, tâchez de vous en rendre digne ». On était au jeudi saint, le jeune homme se confessa et fit ses dévotions. Le lendemain, dès qu'il fut rentré à l'atelier, un des ouvriers se mit à dire tout haut, en l'apercevant : « N'est-ce pas celui-là qui, en tel endroit, a renié le Christ pour passer à Mahomet, et aujourd'hui fait mine d'être un fervent chrétien ? » Jean promena un œil assuré sur tous les visages et dit : « Est-ce de moi que l'on parle ou d'un autre ? — Tous. — « C'est bien de toi et non d'un autre ; nous ne faisons que dire la vérité ».
Pour comprendre la portée de cette calomnie, il faut se rappeler que les Turcs punissaient de mort ceux qui, après avoir embrassé l'islamisme, l'abandonnaient. En allant dénoncer Jean aux magistrats musulmans, ces ouvriers savaient parfaitement ce qui adviendrait.
Aussitôt donc que notre saint jeune homme eut repoussé avec toute l'indignation dont il était capable, l'atroce accusation d'apostasie qu'on venait de lui jeter à la face, chacun des ouvriers quitta son établi : un cercle se forma autour de lui ; tous vociféraient : « Avoues que tu as renoncé ». — « Non, vous dis-je ». Alors ils le traînent plutôt qu'ils ne le conduisent au tribunal du juge, en l'accablant d'injures, en le couvrant de soufflets. Jean répondit au juge comme il avait répondu à ses accusateurs. On le jeta en prison, puis quelques jours après, il fut brûlé vif sur un bûcher. De pieux chrétiens recueillirent quelques ossements qui avaient échappé à l'action destructive du feu. Le bienheureux Jean l'Épirote n'avait pas dépassé les années de la jeunesse.
*Anthologie grecque*, apud Boll., t. II d'avril, p. 608 et suiv. (nouv. éd.) ; trad. nouv.
Événements marquants
- Départ de Janina pour Constantinople en raison de la pauvreté
- Travail comme journalier dans un atelier à Constantinople
- Calomnie d'apostasie par ses camarades d'atelier
- Confession et dévotions le Jeudi Saint auprès d'un archiprêtre
- Arrestation et refus de renier sa foi devant le juge
- Supplice du bûcher
Citations
Mon fils, le martyre exige une grande préparation ; s'il plaît à Dieu de vous y appeler, tâchez de vous en rendre digne