Saint Aldric (Audri)
Archevêque de Sens
Résumé
Né en 775 dans le Gâtinais, Aldric fut un moine exemplaire à l'abbaye Sainte-Marie avant de devenir commandant du palais de Louis le Débonnaire. Élu abbé puis archevêque de Sens, il se distingua par son humilité et son zèle pastoral. Il finit ses jours en 836 dans la solitude du cloître à Ferrières.
Biographie
SAINT ALDRIC, OU AUDRI, ARCHEVÊQUE DE SENS (836).
L'an 775 de l'Incarnation de Notre-Seigneur, sous le règne de Charlemagne, le bienheureux Aldric dut sa naissance à des princes palatins sur le territoire du Gâtinais. Dès sa plus tendre enfance, il laissa supposer quel célèbre athlète il deviendrait plus tard. Il macérait son corps par des jeûnes fréquents et affaiblissait ses membres par une abstinence prématurée, rehaussant ainsi par sa piété l'éclat de sa condition.
Ses parents voulaient le faire instruire dans les arts libéraux : il y fit de grands progrès, s'appliquant surtout à faire une riche provision de science spirituelle. Il ne trouvait pas de plus grand plaisir que celui de converser avec les cénobites, et de partager leurs anstérités, leurs veilles nocturnes et toutes leurs saintes pratiques ; enfin, pour que son extérieur répondît davantage à son intérieur, il se décida à prendre l'habit monastique. Ses parents le présentèrent alors au monastère de Sainte-Marie, où il reçut les insignes de la profession sous l'abbé Alcuin. À sa mort, Singulfe, son successeur, frappé des vertus et de la science du jeune adolescent, consacra tous ses soins à perfectionner son éducation religieuse. Bientôt Aldric devint le modèle de toute la communauté.
Sa réputation parvint aux oreilles de Jérémie, alors archevêque de Sens. Il le manda près de lui, et voyant que la renommée n'exagérait rien de ses vertus, il le promut au diaconat, et deux ans après, à la prêtrise. Aldric montrait un zèle toujours croissant pour les œuvres de Dieu. Le bruit de sa sainteté attira l'attention du roi Louis le Débonnaire, qui se servit de son éloquence pour foudroyer les incrédules qui combattaient alors la foi chrétienne. Aldric y réussit parfaitement, et le roi, pour lui témoigner sa reconnaissance, le nomma commandant de son palais. Là, en se faisant l'avocat des papilles, le défenseur des veuves, le conseiller des malheureux, il s'acquit la faveur de tout le monde. L'envie voulut le détrôner ; il fut calomnié et persécuté, mais son invincible patience triompha de ses implacables ennemis : pouvait-il être écrasé par leurs armes, lui qui était muni de la protection céleste ?
Sur ces entrefaites, Adalbert succéda à Singulfe ; mais il mourut la quatrième année de son administration. Aldric fut alors élu d'une voix unanime pour lui succéder. Dans sa pieuse humilité, il refusa d'abord, mais, vaincu par les instances réitérées des frères, il acquiesça enfin avec aménité à leur demande. Lorsqu'il eut pris en mains les rênes du gouvernement, cet abbé si éminent vit croître de jour en jour sa bonne réputation, et, quoiqu'il menât une vie solitaire et cachée, la lumière ne put rester longtemps sous le boisseau : l'occasion se présenta bientôt pour elle de briller d'un plus vif éclat.
Jérémie venait de mourir ; le trône archiépiscopal de Sens était vacant. Le choix de l'assemblée, chargée de lui élire un successeur, s'arrêta sur l'abbé de Sainte-Marie. Le Saint, apprenant que le repos de sa vie contemplative allait être troublé par l'administration des affaires épiscopales, prétexta qu'il était incapable de supporter une charge aussi lourde, et indigne de l'honneur d'une fonction si éminente ; mais il fallut céder aux instances importunes du clergé et du peuple, et il fut intronisé aux applaudissements de la multitude. On comprend sans peine le zèle qu'Aldric mit à l'accomplissement de ses nouveaux devoirs de pasteur ; aussi, la population qui vénérait la mémoire de Jérémie, se consola bientôt de la perte de cet illustre prélat, en songeant au trésor inestimable qu'elle avait reçu en échange. Profondément humble, Dieu lui avait accordé le don de gagner les autres à l'humilité. Un jour qu'il passait devant un haut personnage, il aperçut dans son extérieur des signes évidents d'insolence. En effet, sa démarche était orgueilleuse, son geste superbe, sa tête haute, son air méchant, son regard farouche, ses propos menaçants. L'ayant fait approcher, il s'empressa de lui demander qui il était : « Le gouverneur de la ville », répondit l'autre avec faste. Et le prélat : « Si tu es le gouverneur des autres, pourquoi ne songes-tu pas à te gouverner toi-même ? Étant cendre et poussière, pourquoi t'abandonnes-tu à des pensées d'un orgueil immodéré ? » En mêlant la douceur au reproche, et en répandant, comme le Samaritain, le vin et l'huile sur les blessures de l'homme à demi mort, le saint prélat toucha tellement par la charité le cœur du malade, que celui-ci, suivant l'inspiration de la grâce divine, demanda à devenir moine ; ce qu'on lui accorda.
Cependant Aldric ployait sous le poids des années. Après avoir obtenu de Dieu par ses prières un successeur digne de lui, il renonça aux soins de la charge archiépiscopale, et se renferma une fois encore dans la solitude du cloître. C'est là qu'il mourut dans la soixante-et-unième année de son âge (836), après avoir prédit à ses disciples le jour de son décès. Il avait choisi pour lieu de sa sépulture le couvent de Ferrières, où il fut enseveli avec pompe près de la chapelle de Saint-André, dans un tombeau de pierre qu'il s'était fait construire de son vivant. C'est là que le Seigneur opéra un grand nombre de merveilles et de miracles, pour montrer, non moins après la mort du Saint que pendant sa vie, l'éminence des vertus de son serviteur.
Ses reliques furent brûlées en 1569 par les Huguenots ; il n'en restait plus que quelques fragments que l'on conservait avant la Révolution dans l'abbaye de Ferrières.
La fête de saint Aldric est marquée au 10 octobre ; mais l'Église de Sens la célèbre le 6 juin, jour du sacre de ce saint prélat.
Un religieux de Ferrières écrivit sa vie au commencement du XIVe siècle ; Mabillon l'a publiée avec des remarques, et Papebrock l'a redonnée avec des notes dans les Acta Sanctorum, au 6 juin.
On a de saint Aldric : Lettre à Frothaire, évêque de Toul, dans Descheine, Mabillon et Labbe. Cette pièce, signée par vingt-six prélats, est sans date ; elle est adressée à tous les évêques de l'empire de Lothaire, ce qui prouve qu'elle est de l'an 833, époque de la déposition de Louis le Débonnaire. On lui attribue aussi un manuscrit intitulé : *De excommunicatione culparum*.
Tiré des Annales hagiologiques de la France, par M. Ch. Barthélemy, t. IX, Versailles 1869, et de la France pontificale, par M. H. Fisquet.
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## SAINT GILBERT,
## PREMIER ABBÉ DE NEUFFONTS OU NEUFFONTAINES, EN AUVERGNE (1152).
Gilbert, d'une famille noble d'Auvergne, prit la croix pour aller, avec Louis le Jeune, combattre en Orient contre les ennemis du nom chrétien. Il partit muni de la bénédiction de l'évêque de Clermont, confiant aux soins de sa sainte et chaste épouse Pétronille, leur fille unique, nommée Poncia. Il ordonna très-instamment que, pendant son absence, on donnât chaque jour aux pauvres les aliments qu'il consommerait, s'il était présent. Arrivé en Palestine avec ses compagnons d'armes, il montra autant de modestie chrétienne que de bravoure. Sur le champ de bataille, c'était un soldat d'un courage invincible ; sous la tente, c'était un religieux. Il était aussi aimé de ses amis que redouté de ses ennemis.
Les désastres qu'éprouvèrent les chrétiens lui causèrent une vive douleur, qui, en altérant sa santé, l'obligea à revenir en France. De retour dans sa famille, il se concentra avec sa femme pour mener l'un et l'autre à l'avenir une vie encore plus sainte et plus pure. Ils crurent que la pauvreté volontaire était le plus riche trésor de ce monde. C'est pourquoi ils vendirent une partie de leurs biens pour soulager les pauvres et employèrent le reste à la fondation de deux monastères de l'Ordre de Prémontré, l'un pour les femmes, l'autre pour les hommes. Poncia approuvait cette résolution de ses parents. Le monastère de Siles situé à Aubeterre fut dirigé d'abord par Pétronille, ensuite par Poncia, égale à sa mère en sainteté. Quant à Gilbert, il se retira dans la solitude de Neuffonts, et il se montra aussi vaillant moine qu'il avait été brave soldat.
Là, sa renommée de grande sainteté ayant attiré beaucoup d'hommes, il jeta les fondements du monastère qu'il méditait depuis longtemps de bâtir. Il avait d'abord eu l'idée de choisir un autre emplacement plus salubre que Neuffonts ; mais un avertissement du ciel le ramena en ce lieu. Lorsque la construction des bâtiments fut presque achevée, il se rendit à l'église de Lien-Dieu, dans le diocèse de Sens, pour y prendre l'habit de Prémontré. Il ramena à Neuffonts des chanoines de cette église. Ceux-ci le forcèrent d'être leur abbé. Ce fut dans l'exercice de cette fonction, qu'épuisé de jeûnes, de veilles et d'oraisons, il s'envola vers le Seigneur. Son corps fut d'abord déposé dans le cimetière des pauvres de l'hospice, puis transféré dans l'église du monastère, qui depuis a pris son nom, et où la dévotion attirait un grand concours de peuple, à cause des miracles qui s'opéraient à son tombeau. Il y avait une portion de ses reliques dans le collège des Prémontrés de Paris.
Propres de Moulins et de Clermont.
Événements marquants
- Naissance en 775 dans le Gâtinais
- Profession monastique à Sainte-Marie sous l'abbé Alcuin
- Promotion au diaconat puis à la prêtrise par l'archevêque Jérémie
- Nomination comme commandant du palais par Louis le Débonnaire
- Élection comme abbé de Sainte-Marie à la suite d'Adalbert
- Intronisation comme archevêque de Sens
- Retraite au monastère de Ferrières avant sa mort
Miracles
- Conversion d'un gouverneur orgueilleux par la parole
- Prédiction du jour de sa propre mort
- Nombreux miracles opérés à son tombeau
Citations
Si tu es le gouverneur des autres, pourquoi ne songes-tu pas à te gouverner toi-même ?