Le Bienheureux Gérard

Frère de Saint Bernard et moine de Clairvaux

12ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Second frère de saint Bernard, Gérard rejoint l'ordre de Cîteaux après avoir été blessé d'un coup de lance au siège de Grancey, réalisant ainsi une prophétie de son frère. Moine exemplaire et lieutenant dévoué de l'abbé de Clairvaux, il l'accompagna dans ses missions en Italie avant de mourir saintement en 1148. Ses restes furent inhumés aux côtés de saint Bernard dans le chœur de la nouvelle église de Clairvaux.

Biographie

LE BIENHEUREUX GÉRARD,

## FRÈRE DE SAINT BERNARD ET MOINE DE CLAIRVAUX (1148).

Le bienheureux Gérard était le second frère de saint Bernard. Le futur abbé de Clairvaux le pressait de le suivre dans la solitude et Gérard fermait obstinément l'oreille à cette invitation. « Je sais », reprit Bernard, « que l'adversité seule ouvrira ton intelligence à la vérité. Eh bien ! le jour va venir et il s'approche où l'endroit que je touche (en même temps il porta la main au côté de son frère) sera percé d'un coup de lance et la plaie servira d'ouverture pour faire pénétrer jusqu'à ton âme la parole que tu méprises aujourd'hui ». En effet, quelque temps après, se trouvant au siège de Grancey, Gérard fut blessé au côté d'un coup de lance et emmené prisonnier. Ne croyant pas survivre à sa blessure, il envoya chercher Bernard ; mais celui-ci ne vint pas et lui fit dire : « Ta blessure ne va pas à la mort, mais à la vie ». Gérard fut en effet guéri ; il put s'échapper de prison et aller se mettre sous la conduite de son frère.

Avec son expérience du monde et ses rares qualités, il fut le soutien et le vrai lieutenant du si illustre fondateur de Clairvaux. Celui-ci le chargea de l'office de célébrer dont il s'acquitta avec une grande prudence. Il était au monastère un modèle de régularité, de ferveur et de pénitence, il était si dévoué et si charitable qu'il souffrait avec joie de manquer du nécessaire, lorsque les religieux en étaient pourvus.

Son dévouement se manifestait principalement à l'égard de son frère : il voulut l'accompagner dans ses voyages d'Italie et prendre part à tous ses travaux. En 1137, il tomba malade à Viterbo, et son état devint désespéré. « Il me parut », dit saint Bernard, « que le temps était venu où Dieu voulait le rappeler à lui. Je ne pus me résoudre à perdre sur une terre étrangère ce doux compagnon de mon voyage, et désirant ardemment le ramener à ceux qui me l'avaient confié, car tout le monde l'aimait et il méritait d'être aimé de tout le monde, je me mis à prier et à gémir, et je dis à Dieu : Seigneur, attendez jusqu'au retour, attendez que je l'aie ramené à ses amis, à ses frères ».

La prière de saint Bernard fut exaucée ; son frère put revenir à Clairvaux ; mais il y tomba malade une seconde fois, et se prépara joyeusement à mourir. Muni du saint Viatique et attentif à la vue de son Maître, au milieu de la dernière nuit, avec un visage serein et d'une voix pleine d'allégresse, il entonna tout d'un coup, à la grande surprise des assistants, ce verset du psaume : « Vous qui êtes dans les cieux, louez le Seigneur, louez-le au plus haut des cieux ». — « En ce moment déjà », dit saint Bernard, « il faisait jour pour toi, ô mon frère, malgré la nuit, et cette nuit était pour toi toute lumineuse. On m'appela pour voir un homme se réjouir dans la mort. Je ne fus pas plus tôt arrivé près du mourant, que je l'entendis prononcer à haute voix ces dernières paroles du psalmiste : « Mon Père, je rends mon esprit entre vos mains »; puis, se retournant vers moi, il me dit en souriant : « Quelle bonté a Dieu d'être le Père des hommes, et quelle gloire pour les hommes d'être les enfants de Dieu ! » C'est ainsi que mourut Celui que nous pleurons, et j'avoue qu'il a presque changé mon affliction en réjouissance, tellement son bonheur me faisait oublier ma misère ».

Après la reconstruction de l'abbaye, le corps du bienheureux Gérard fut relevé, en 1148, et inhumé à côté de celui de saint Bernard, près des murs du chœur de la nouvelle église.

Nous avons fait cet abrégé d'après la Vie qu'en a donnée M. l'abbé Duplus, dans la Vie des Saints du diocèse de Dijon.

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## SUPPLÉMENT

XXV E JOUR DE MAI

SAINT URBAIN Ier, PAPE

Dans la notice que nous avons donnée de saint Urbain au 25 mai, nous nous sommes contentés de dire : « L'église paroissiale de Saint-Urbain, diocèse de Langres, est très-riche en saintes reliques ». Ayant reçu, pendant l'impression de ce volume, des documents archéologiques et hagiographiques complets sur cette paroisse, nous nous empressons de leur consacrer quelques pages.

Nous devons les notes précieuses qu'on va lire, à l'obligeance de M. l'abbé Morel, curé de Saint-Urbain.

ARCHIVES DE LA PAROISSE DE S.-URBAIN, AU DIOCÈSE DE LANGRES

TABLE DES MATIÈRES.

1° Vie et martyre de saint Urbain Ier, pape ; 2° Vie du pape Urbain IV, né à Troyes ; 3° Récit, par le moine Eric, religieux au monastère de Saint-Germain d'Auxerre, de la translation des reliques de saint Urbain, de Rome à Auxerre, et récit des nombreux miracles opérés en cette occasion ; 4° Récit de la translation, par Erchenraüs, évêque de Châlons, des reliques de saint Urbain d'Auxerre à l'abbaye de Saint-Urbain, au diocèse de Châlons ; 5° Translation des reliques de sainte Menehould, par Erchenraüs, de Bienville au monastère de Saint-Urbain ; 6° Dons de quelques parties des reliques de sainte Menehould à d'autres lieux, particulièrement à la ville qui porte son nom ; 7° Miracle opéré par l'intercession de sainte Menehould à Mirecourt ; 8° Récit de nombreux miracles opérés par saint Urbain depuis l'arrivée de ses reliques dans le pays ; 9° Conservation des châsses en divers temps de guerre ; 10° Conservation des mêmes lors de la Révolution de 1793 ; 11° Procès-verbaux de la reconnaissance des saintes reliques à des temps reculés, et la dernière fois le 11 septembre 1866.

VIES DES SAINTS. — TOME VI.

SUPPLÉMENT. — 25 MAI.

Pèlerinage.

Autrefois le pèlerinage de saint Urbain était célèbre. Nous en avons la preuve dans l'histoire des miracles opérés sur des malades dont plusieurs étaient venus de pays très éloignés. Ce pèlerinage a cessé. Mais on continue de faire, dans les temps de calamités, l'exposition des châsses pendant neuf jours. Cette neuvaine est terminée par une procession solennelle des châsses. Cette procession se transporte à environ deux kilomètres, à l'ancienne chapelle de Saint-Urbain, près du pont de la Marne. Les habitants des pays voisins viennent à ces processions en grande affluence.

Sentier de Saint-Urbain.

Au levant de cette chapelle, à environ un kilomètre, au milieu de la côte couverte de vignes, s'élève une croix dite croix de Saint-Urbain. Or, de la chapelle à cette croix, en certaines années, on aperçoit une ligne directe, large à peu près d'un mètre. Sur toute cette ligne, les céréales et autres plantes ont une nuance qu'elles n'ont ni à droite ni à gauche. Pour s'en apercevoir, il faut en être un peu éloigné. C'est ce qu'on appelle Sentier de Saint-Urbain. On n'a pas encore pu l'expliquer naturellement. Son apparition annonce la protection du Saint. Sa disparition est un signe de malheur. Le Saint nous abandonne, disent les habitants. D'après la tradition, le Saint aurait apparu pendant la nuit, suivant cette direction, en habits pontificaux, accompagné de flambeaux allumés.

Grand Saint, ranime notre foi.

TRÉSOR DES RELIQUES.

Le trésor des reliques de la paroisse de Saint-Urbain se compose de six reliquaires, dont quatre châsses et deux bustes.

I. — CHASSE DE SAINT URBAIN.

Chef composé de huit parties : frontal, deux pariétaux, occipital, deux temporaux, deux fragments du sphénoïde, n° 1 ; — deux tibias, n° 2 ; — une moitié inférieure de l'humérus, n° 3 ; — deux os iliaques, n°s 4 et 5 ; — une demi-côte de la région supérieure du thorax, n° 6 ; — une petite molaire contenue dans un tube de cristal scellé aux deux bouts, n° 7.

Ces ossements reposent sur un coussin de soie rouge moirée, sous laquelle est renfermé le vieux suaire primitif et le second mentionné dans le procès-verbal de 1666, ainsi que la toile dont parle le même procès-verbal, et enfin un cordon de fil trouvé dans la châsse à la dernière ouverture qui en a été faite.

II. — CHASSE DE SAINTE MENEHOULD.

Deux fémurs, l'un complet, n° 1, et l'autre privé du tiers supérieur, n° 2 ; — un radius droit, n° 6 ; — un péroné gauche, n° 5 ; — un fragment d'os paraissant appartenir au cubitus privé de ses deux extrémités, n° 7 ; — deux clavicules, n°s 10 et 18 ; — un sacrum privé de sa partie gauche, n° 16 ; — cinq vertèbres appartenant à différentes régions, n° 14 ; — deux astragales, n°s 3 et 4 ; — un calcaneum gauche, n° 8 ; — un fragment d'os paraissant appartenir à la région tarsienne, n° 1 ; — quinze fragments de côtes, n° 12 ; — quatre métacarpiens et deux phalanges, n° 13 ; — une grosse molaire, n° 17 ; — quatre fragments de vertèbres, n° 15 ; — trois autres petits fragments, n° 19. (En tout quarante-quatre pièces.)

Ces ossements reposent sur un coussin de soie blanche unie sous laquelle est renfermée la soie blanche dont parle le procès-verbal de 1701.

III. — CHASSE DE SAINT SACERDOS.

Chef composé de la moitié du frontal, des deux pariétaux, d'une assez faible portion de l'occipital, du temporal droit, n° 1 ; — deux fémurs, tous deux privés de leur extrémité inférieure, n°s 3 et 3 ; — un tibia gauche, n° 4 ; — un tiers de tibia, n° 5 ; — un radius, n° 7 ; — un cubitus, n° 6 ; — un fragment gauche de la mâchoire inférieure, n° 2 ; — une demi-côte, n° 8. (En tout quatorze pièces.)

Dans le même tombeau, les ossements suivants de saint Amand : Deux fémurs, n°s 1 et 1 ; — une moitié de l'os iliaque gauche, n° 2 ; — puis : un humérus et un cubitus droits, n°s 1 et 2, devant provenir d'un autre saint ; car ils étaient renfermés à part. (En tout cinq pièces.)

SAINT URBAIN Ier, PAPE. 643

Ces ossements reposent sur un coussin de soie rouge damassée, sous laquelle est renfermé le vieux suaire rouge dont font mention les anciens procès-verbaux.

## IV. — CHASSE DITE TRÉSOR.

### Deuxième groupe.

Parcelle de sainte Claire du Saint-Mont, n° 19 ; — sancti Perini, n° 1 ; — sancti Hydolphi, n° 3 ; — de sancto Arnulpho, n° 28 ; — sancti Ninati, n° 12 ; — sancti Aratoris, n° 22 ; — ossements (inscription illisible), n° 31 ; — sancti Lucii, n° 11 ; — sancti Viti, n° 6 ; — sancti Memmii et sancte Pome, n° 4 ; — sancti Theobaldi, n° 7.

Tous ces ossements sont enveloppés de soie blanche moirée.

### Troisième groupe.

Sancte Theodosie V. et M., n° 2 ; — sancte Illuminate, n° 35 ; — sancti Impocentii, n° 16 ; — sancti Epiphanii Ep., n° 50 ; — sancti Arthemii Ep., n° 49.

Tous ces ossements sont enveloppés de soie blanche moirée.

### Quatrième groupe.

Sancti Placidi, n° 36 ; — sancti Laureati, n° 34 ; — sancti Desiderii, n°s 49, 2 ; — de capsa sancti Sacerdotis ; reliquiae sancti Amandi Egisc.

Toutes ces reliques sont enveloppées de soie blanche moirée.

### Cinquième groupe.

De sepolchro D. N. J.-C., n° 10 ; — de terra sepolchri D. N. J.-C., n°s 49, 3 ; — divers autels, n° 4 ; — feuilles du rosier de saint Benoît, n° 15 ; — taffetas du corps de saint Airy, évêque de Verdun, n° 32 ; — suaire de la main de sainte Catherine, n° 20 ; — sancti Remigii de tunica, n° 13 ; — poudre de Suklae, n° 15 ; — bois de N.-D. de Montescu, n° 25 ; — du chevet de saint Bernard, n° 27 ; — cœur de N.-D. de Foy, n° 20 ; — linge où fut enveloppé le corps de sainte Hélène ; — de l'escalier de saint Alexis, n° 26 ; — de la châsse et du suaire de saint Benoît, n° 46 ; — suaire qui a touché celui de Besançon.

Tous ces objets de dévotion et de piété sont enveloppés de soie blanche moirée.

### Sixième groupe.

Un petit coffret de bois renfermant : des pierres, du bois, quelques parcelles de saintes reliques et d'Agnus Dei, un grain de chapelet qui a touché celui de sainte Jeanne de Valois, etc.

Comme souvenir : deux fragments de larges tubes en verre qui servaient jadis de reliquaires, et une ovale en très-beau cristal de roche, laissant transparaître une figure du bon Pasteur avec inscription. Cette ovale est un des ornements qui décoraient autrefois l'ancienne châsse de saint Urbain.

Dans la même châsse, en dehors du coffret :

1° Un groupe d'ossements portant le n° 1 et qui contient : Un pariétal gauche, n° 2 ; — un fragment d'acétabulum, n° 1 ; — deux fissures en plusieurs fragments, n°s 3, 3, 4, 4 ; — deux fragments de tibias, n°s 7, 7 ; — un fragment supérieur de tibia, n° 6 ; — un fragment d'une mâchoire inférieure et un fragment d'os plat, n°s 9 et 11 ; — huit parcelles d'ossements, n°s 8, 8, 4 ; — sancti Eleutherii m., n° 17 ; — sancti Bustlei m., n° 21 ; — sancti Justi de pulvere, n° 14 ; — sancti Nanisai de pulvere, n° 3.

Tous ces ossements sont enveloppés de soie violette moirée ; ils ont été tirés de la châsse de sainte Menehould, et dans le procès-verbal de 1781 ils sont ainsi désignés : Item multa fragmenta reliquiarum incognitarum in quibus duo vel tria ossa notabilia sanctorum Bercharii et Anatoli.

2° Une petite boîte en carton entourée d'un ruban de soie rouge avec cette inscription : Fragmenta reliquiarum sanctae Menehildis virginis, parmi lesquels une parcelle du voile de cette Sainte.

3° Six paquets des étoffes qui ont servi à envelopper les saintes reliques et ayant chacun leur suscription.

SUPPLÉMENT. — 1ER JUIN.

## V. — BUSTE DE SAINT URBAIN.

Il renferme une parcelle d'ossement de saint Urbain extraite de la chasse de saint Urbain, avec l'inscription : S. Urbani, M. P.

## VI. — BUSTE DE SAINT SACERDOS,

Il renferme une parcelle d'ossement de saint Sacerdos, extraite de la chasse de même Saint, et un petit sac de soie rouge contenant un papier plié, avec cette inscription : Reliquiae et plures SS. Reliquiarum Ecclesiae sancti Urbani.

Des authentiques des reliques ont été déposés dans chacune des chasses.

Le présent extrait fait et signé à Saint-Urbain par nous, Henry-Claude-Hippolyte Morel, curé de la paroisse Saint-Etienne de Saint-Urbain, diocèse de Langres, le onze septembre mil huit cent soixante-douze, pour être adressé à Monseigneur Paul Guérin, camérier de Sa Sainteté Pie IX, auteur des Petits Bollandistes, à Bar-le-Duc (Meuse).

MOREL H.

Événements marquants

  • Refus initial de suivre saint Bernard dans la vie monastique
  • Blessure au côté par un coup de lance au siège de Grancey
  • Captivité et guérison miraculeuse prédite par son frère
  • Entrée à l'abbaye de Clairvaux
  • Accompagne saint Bernard dans ses voyages en Italie
  • Maladie grave à Viterbo en 1137
  • Mort à Clairvaux après avoir entonné un psaume
  • Translation du corps en 1148 lors de la reconstruction de l'abbaye

Miracles

  • Guérison d'une blessure mortelle au côté prédite par saint Bernard
  • Survie à une maladie désespérée à Viterbo suite aux prières de son frère

Citations

Quelle bonté a Dieu d'être le Père des hommes, et quelle gloire pour les hommes d'être les enfants de Dieu !

— Dernières paroles rapportées par saint Bernard

Ta blessure ne va pas à la mort, mais à la vie

— Parole de saint Bernard à Gérard prisonnier

Époque

12ᵉ siècle

Décès

1148 (naturelle)

Catégories

Prénoms dérivés

Gérard

Famille

  • Saint Bernard (frère)