Saint Berchaire d'Aquitaine
Abbé de Hautvillers et de Montier-en-Der, Martyr
Résumé
Noble aquitain du VIIe siècle, Berchaire fut le disciple de saint Nivard avant de devenir abbé-fondateur de Hautvillers et de Montier-en-Der. Reconnu pour son obéissance et sa charité, il fut mortellement blessé par son filleul Daguin, un moine qu'il avait repris. Il mourut en pardonnant à son assassin la nuit de Pâques.
Biographie
SAINT BERCHAIRE D'AQUITAINE,
## ABBÉ DE HAUTVILLERS ET DE MONTIER-EN-DER, MARTYR AU DIOCÈSE DE LANGRES
VIIe siècle.
Souvenons-nous de l'exemple de Jésus-Christ mourant : le ciel ne s'ouvre qu'à ceux qui ont généralement déposé toute haine, toute animosité au pied de la croix.
Éloge du Saint.
Berchaire naquit en Aquitaine de parents nobles et riches, vers l'an 636. Il donna, dès son enfance, des marques sensibles de la sainteté qui devait éclater en lui toute sa vie. Son honnêteté, sa modestie, sa douceur et son obéissance étaient si grandes, qu'il gagnait le cœur de tous ceux qui le voyaient. Saint Nivard, cet illustre archevêque de Reims, en fut lui-même charmé. Dans un voyage qu'il fit en Aquitaine, il eut occasion de connaître les parents de Berchaire, dans un riche domaine qu'ils habitaient. Reçu au sein de cette famille, il entretint Berchaire et admira les grâces dont le ciel l'avait prévenu. Comme il vit qu'il pouvait rendre des services considérables à l'Église ou à l'État, s'il joignait la science à la piété, il exhorta son père
à ne rien épargner pour le faire étudier. Le succès répondit au désir et à l'attente de ce grand homme. Berchaire se livra à l'étude avec tant d'application qu'il surpassa bientôt tous ses condisciples. Ensuite, aspirant toujours à une plus haute perfection, il sortit de son pays et alla trouver saint Nivard, dont la sagesse et la piété l'avaient mis en grand crédit à la cour de Childéric. Cet homme de Dieu fut ravi d'avoir l'occasion de reconnaître dans la personne du fils, les bons offices qu'il avait reçus du père et de la mère dans son voyage de Guyenne. Il l'embrassa comme son enfant, et, pour le rendre capable des plus hauts emplois, il le mit sous la conduite de saint Rémacle, évêque de Maëstricht. Sous sa direction, Berchaire avança rapidement dans la connaissance de la religion et la pratique de la sainteté.
Dieu lui inspira de se retirer au monastère de Luxeuil, en Bourgogne, qui florissait alors sous la conduite de saint Walbert. Quoique cette maison fût remplie de Saints, Berchaire ne laissa pas d'en être un des plus beaux ornements. Son historien avoue qu'il n'a point de termes pour exprimer l'excellence de son humilité, de sa modestie, de sa mansuétude, de son obéissance et de sa charité. Il s'estimait le dernier de tous, et, dans ce sentiment, il n'y avait point d'office si bas dans la maison auquel il ne s'appliquait avec joie pour l'amour de Jésus-Christ. Dieu fit éclater son obéissance par un grand miracle, rapporté par tous ceux qui ont parlé de lui : un jour, faisant l'office de célébrer, son abbé l'appela et lui commanda de venir lui parler. Prompt à obéir, il ne prit pas même le temps d'arrêter la liqueur qu'il transvasait, et vola où son devoir l'appelait, tenant encore à la main l'instrument qui servait à boucher l'ouverture par où le liquide s'échappait ; mais la liqueur ne se répandit pas pour cela, car, après avoir rempli le vase, elle s'éleva au-dessus en forme de colonne, sans avoir rien pour la soutenir. Tous les spectateurs admirèrent ce prodige et celui qui en était l'auteur ; mais le Saint attribua au mérite du commandement de son supérieur ce qui était dû au mérite de son obéissance prompte et aveugle.
Lorsqu'il se fut rendu parfait dans toutes les pratiques de la vie monastique, il revint trouver saint Nivard, qui désirait ardemment avoir d'excellents religieux dans son diocèse pour y établir de nouveaux monastères. Un jour qu'ils allaient ensemble à Epernay y chercher un lieu propre à ce dessein, le bienheureux prélat se sentit tellement pressé de sommeil qu'il fut obligé de se reposer sous un arbre auprès de Hautvillers, et de s'y endormir. Pendant son sommeil, Berchaire aperçut une blanche colombe qui, après s'être perchée un moment sur cet arbre, décrivit trois fois un cercle, comme pour marquer la place d'un édifice. Saint Nivard vit aussi la même chose en songe ; ce qui fit croire à ces saints personnages que Dieu avait choisi ce lieu pour la construction de l'abbaye. Elle y fut donc bâtie avec les libéralités du saint archevêque ; saint Berchaire en fut le premier abbé, et la gouverna quelque temps avec beaucoup de prudence et de sainteté.
Bientôt après, saint Nivard acheva de vivre, et alla recevoir dans le ciel la récompense de ses aumônes et de son sage gouvernement. Son corps fut enterré dans ce monastère, et s'y rendit éclatant par des miracles. Saint Berchaire, dont le zèle et la charité ne connaissaient point de bornes, fonda encore sur la Voire, d'autres disent : Vogre, Vègre, Laine, un monastère de religieuses, dont les premières furent huit captives qu'il racheta.
SAINT BERCHAIRE D'AQUITAINE, ABBÉ ET MARTYR.
On l'appela vulgairement Puellemontier. De plus, il fit élever divers oratoires dans la forêt de Der, entre autres un à Louze. Enfin, il bâtit sur la même rivière et dans la même forêt une seconde abbaye de religieux, appelée Montier-en-Der. Ce fut là qu'après un voyage à Jérusalem il choisit sa demeure pour jusqu'à la fin des siècles. Mais, lorsqu'il ne pensait qu'à porter ses chers disciples à la perfection de la vie monastique par ses exemples, ses remontrances et ses corrections paternelles, il trouva dans sa cellule même l'honneur d'un glorieux martyre. Il avait déclaré peu de temps auparavant dans une exhortation à ses chères filles de Puellemontier, que sa mort était proche, et que c'était là la dernière fois qu'il leur parlerait. L'effet montra bientôt la vérité de sa prophétie. Il y avait parmi ses religieux un jeune homme nommé Daguin, qu'il avait levé des fonts baptismaux, et auquel il s'était particulièrement appliqué pour en faire un serviteur de Dieu. C'était néanmoins un hypocrite. Il arriva qu'il fit une faute considérable qui méritait bien la correction. Le saint abbé l'en reprit selon son devoir, et lui en fit porter la pénitence. Daguin, ne pouvant souffrir cette juste sévérité, entra la nuit secrètement dans sa chambre, et, poussé par une fureur diabolique, il lui donna un coup de couteau dont il le blessa mortellement. Il alla ensuite jeter son couteau dans le vivier de l'abbaye, pensant cacher son parricide, en cachant l'instrument qui lui avait servi pour le commettre; mais le couteau, au lieu d'enfoncer, nagea sur l'eau comme si cet élément eût eu horreur de participer à un crime si détestable. Ce prodige épouvanta tellement l'assassin, que, perdant en même temps le sens et le jugement, il courut lui-même à l'église sonner la cloche pour appeler les religieux. C'était une heure indue où la communauté ne devait pas s'assembler. Chacun en fut surpris. Ils se lèvent au plus tôt et courent à la chambre de leur abbé pour savoir la cause de ce signal. Alors ils le trouvèrent nageant dans son sang, et prêt à rendre l'âme. Une partie court à l'église pour voir qui avait sonné, et s'étant saisis de Daguin, qui avoua aussitôt son péché, ils l'amènent à leur bienheureux abbé pour savoir de lui-même ce qu'ils en devaient faire. Le Saint, voyant en sa présence celui qui lui ôtait la vie, ne s'en émut point, mais lui pardonna de tout cœur son parricide; il l'avertit seulement d'aller à Rome s'en faire absoudre par le Pape. Il fit voir par là qu'il était le véritable disciple de Celui qui recommande d'oublier les injures et de pardonner à ses ennemis, et qui, étant sur l'arbre de la croix, pria avec tant d'instance pour ceux qui l'avaient crucifié. Il survécut deux jours à ses blessures et rendit son âme à Dieu dans la nuit de Pâques. C'était le 27 mars, vers la fin du VIe siècle.
On le représente : 1° percé d'un glaive ; 2° parfois près d'un tonneau ou d'un baril d'où la boisson s'épanche et surmonte les bords du vase placé sous le robinet.
## CULTE ET RELIQUES.
Saint Berchaire fut inhumé au cimetière commun derrière l'église; on accourut de toutes parts à ses funérailles. Les miracles qui se firent à son tombeau déterminèrent dans la suite à le transférer dans la basilique qu'il avait dédiée aux saints apôtres Pierre et Paul. On le déposa sous une arcade creusée dans la muraille, derrière l'autel, à l'orient. Longtemps il en découlait une huile que l'on recueillait dans un vase et qui rendait la santé aux malades.
Au IXe siècle, à l'approche des Huns et des Normands qui ravageaient les Gaules, pillaient et incendiaient les monastères, les religieux de Montier-en-Der enlevèrent les reliques de leur glorieux
fondateur et les transportèrent secrètement sur les bords de la Saône, dans un lieu qui n'est point désigné. Après la conversion des Normands, elles furent solennellement reportées au monastère. Aujourd'hui son corps repose encore à peu près entier dans l'église conventuelle, devenue église paroissiale de Montier-en-Der.
Une partie considérable de la tête du Saint fut donnée à l'église de Châteauvillain (Haute-Marne) qui est sous son invocation. Cette insigne relique a disparu à la Révolution, et l'on n'a plus à Châteauvillain qu'une verrière du Martyr régulièrement authentiquée.
L'église de Montiéramey (canton de Lusigny, Aube) possède aussi plusieurs ossements de ce saint religieux. Il est patron de La Chaise (canton de Soulaines, arrondissement de Bar-sur-Aube), au diocèse de Troyes.
Comme saint Berchaire était mort le jour de Pâques, et que cette solennité exclut toute fête de Saint, on décida, lors de la réinstallation de ses reliques, que le jour même où elle avait lieu, et qui coïncidait avec la dédicace de l'église du monastère, serait consacré à la mémoire du martyre de saint Berchaire. C'est ainsi que son nom est mentionné le 16 octobre dans les martyrologes, bien qu'il soit mort dans le temps pascal. Sous le roi Robert, ses reliques furent solennellement apportées à un Concile d'Aire, suivant un usage de l'époque, qui tendait à donner plus de pompe et d'autorité à ces sortes d'assemblées. Ce fait prouve combien le nom du Saint était vénéré.
Nous avons complété cette biographie, avec la Vie des Saints de Troyes, par M. l'abbé Defer; les Vies des Saints de la Haute-Marne, par M. l'abbé Godard; la Vie des Saints de Franche-Comté, par les professeurs du collège Saint-François-Xavier, de Besançon.
Événements marquants
- Naissance en Aquitaine vers 636
- Études sous la direction de saint Nivard et saint Rémacle
- Retraite au monastère de Luxeuil sous saint Walbert
- Fondation de l'abbaye de Hautvillers
- Fondation du monastère de Puellemontier pour femmes rachetées
- Fondation de l'abbaye de Montier-en-Der
- Voyage à Jérusalem
- Assassinat par le moine Daguin
Miracles
- Colonne de liquide s'élevant au-dessus d'un vase par obéissance
- Vision d'une colombe blanche traçant l'emplacement de l'abbaye de Hautvillers
- Couteau de l'assassin flottant sur l'eau du vivier
- Huile guérisseuse découlant de son tombeau