Saint Patrocle

Reclus en Berry

Fête : 18 novembre 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Saint Patrocle, originaire du Berry au VIe siècle, délaissa la cour du roi Childebert pour embrasser la vie cléricale à Bourges. Après avoir fondé un monastère à Colombiers et un oratoire à Néris, il vécut dix-huit ans en reclus à La Celle dans une austérité extrême. Mort octogénaire en 577, il est célèbre pour ses miracles d'exorcisme et la ferveur de son culte en Berry et Bourbonnais.

Biographie

SAINT PATROCLE, RECLUS EN BERRY (vers 577).

Saint Patrocle, né dans le Berry, d'une famille médiocre, garda dans sa jeunesse les troupeaux de son père qui se nommait Éthère. S'étant appliqué à l'étude, il y fit de grands progrès. Il acheva de se former auprès d'un seigneur attaché à la cour de Childebert, roi de Paris. Sa mère, devenue veuve, le rappela et lui proposa de se marier. Mais il lui répondit qu'il avait d'autres vues, sans les lui expliquer. Il alla demander la tenure cléricale à Arcade, évêque de Bourges. Le prélat, qui connaissait ses vertus et ses lumières, acquiesça à sa demande, et quelque temps après, il l'ordonna diacre. Patrocle vécut d'abord dans la communauté des clercs. Il s'appliquait beaucoup aux veilles, aux jeûnes, à l'oraison et à la lecture de l'Écriture sainte, et déjà il avait soif de la solitude. Élevé au sacerdoce, et se sentant le désir de mener une vie plus parfaite, il se retira auprès du bourg de Néris (Allier), où il bâtit un oratoire en l'honneur de saint Martin, et s'occupa de l'instruction des enfants. Sa sainteté le fit bientôt connaître, et on lui amenait de tous côtés des énergumènes qu'il délivrait. Résolu de quitter ce lieu pour retrouver la solitude dont il ne jouissait plus, il établit une communauté de religieuses près de son oratoire, et partit de Néris sans emporter autre chose que les instruments dont il avait besoin pour se construire une cellule dans le fond de quelque forêt. Il bâtit dans la suite le monastère de Colombier (Columberiense), environ à cinq lieues de sa nouvelle habitation, mais il en donna le gouvernement à un autre, afin de n'être pas obligé d'abandonner sa retraite. Il portait continuellement le cilice, et ne buvait jamais de vin. Il ne vivait que de pain trempé dans l'eau avec un peu de sel, et n'interrompait l'exercice de son oraison que pour lire l'Écriture sainte, ou s'occuper à quelque travail. Il fut un jour tenté par le démon ; alors il eut une vision, et, monté au faîte d'une colonne élevée qu'un ange lui indiqua, il vit se dérouler à ses yeux le monde tel qu'il était, avec ses homicides, ses vols, ses guerres, ses adultères et toutes ses hontes ; alors il s'écria : « Je vous en prie, Seigneur, que je ne retourne jamais dans ce milieu de perversités que j'ai oublié depuis que je suis à votre service ». Il mourut à l'âge d'environ quatre-vingts ans, vers l'an 577. Il fut enterré à Colombiers (Cher), et il s'opéra des miracles à son tombeau.

On conserve à Colombiers une planche ancienne qui sert à reproduire l'image du Saint. Elle représente un abbé chassant le démon d'une possédée. Le Saint met ses doigts dans la bouche de la malade, et le démon s'en échappe sous la forme d'un monstre entouré de fumée. Un ange monté sur une haute colonne tient dans sa main gauche un livre, et de la droite il montre une banderolle où se lisent ces mots : *Desine ergo mundum quærere, ne pereas cum eo*.

Sous l'une de ces images, on a placé une histoire abrégée du pieux solitaire ; la voici : « Saint Patrocle était du Berry ; il fut ordonné prêtre par saint Arcade, archevêque de Bourges ; il florissait dans le VIe siècle ; il a demeuré à Néris, puis à La Celle, dix-huit ans ; il mourut âgé de quatre-vingts ans, le 18 novembre, vers l'an 577. Richard Ier, archevêque de Bourges, fit tirer son corps du sépulcre, le 9 octobre de l'année 1076 ; les peuples accoururent de toutes parts à son tombeau ».

Une circonstance qui ne se trouve point là, mais qui est mentionnée dans une *Histoire des Pères du désert*, c'est que Patrocle a été en honneur à la cour du roi de France. Il s'est dérobé à toutes ces grandeurs pour en éviter les vices. Ce fut alors que sa mère voulut le marier, mais il refusa, pour se donner entièrement à Dieu. L'endroit où il mourut, *Mediocantus*, en français Lachamp, est de la paroisse de La Celle, dont l'église est placée sous le vocable de saint Patrocle.

Patrocle avait manifesté le désir d'être enterré à Colombiers dont il avait bâti l'église. Quand ses disciples se mirent en devoir de transporter son corps de La Celle à Colombiers, les habitants de Néris, qui avaient conservé son souvenir, se mirent en devoir de l'enlever ; mais un miracle du ciel vint trancher la question. Les vêtements qui recouvraient le saint corps brillèrent tout à coup d'une lumière extraordinaire. L'archiprêtre de Néris en fut tellement surpris, qu'il révoqua immédiatement son projet, et mêlant sa voix à celle des assistants, tous ensemble allèrent déposer le Saint dans le monastère même de Colombiers. Une tradition populaire parle d'une véritable bataille qui eut lieu à cette occasion, entre les habitants de Néris ou de La Celle et ceux de Colombiers. Tout porte à croire que la bataille, dont sont fiers encore les enfants de saint Patrocle, résidant à Colombiers, se produisit, non le jour de l'enterrement, puisqu'il n'en est pas fait mention dans la légende du Saint, mais cinq siècles plus tard, lors de l'exhumation des reliques du vertueux solitaire. Nombre de cadavres, trouvés à diverses reprises près de l'église, seraient, dit-on, le résultat de cette croisade qui avait pour but d'enlever un corps que défendirent à outrance les fidèles de Colombiers.

Les restes du bienheureux solitaire reposent aujourd'hui dans l'église de Colombiers. Ils sont placés dans une double châsse de plomb et de chêne. Deux fêtes ont lieu chaque année en l'honneur de saint Patrocle : la principale, le 18 novembre, jour de sa mort, l'autre, le 9 octobre, jour de la translation de ses reliques. Ces deux solennités sont encore imposantes ; non-seulement les gens du pays, mais des pèlerins de la Marche et du Berry viennent vénérer ces restes précieux.

Il n'existe plus rien à Colombiers du monastère bâti par saint Patrocle : il a été détruit par des brigands qui, au moyen âge, dévastaient le Bourbonnais. Il fut remplacé par un prieuré dont les titulaires étaient à la nomination du prieur de Souvigny. Les prieurs n'exerçaient pas, le prieuré était desservi par des prêtres à la portion congiaire.

L'église de Colombiers a été reconstruite au xiiè siècle ; c'est un des beaux monuments de la province. Elle a trois nefs. Dédiée primitivement à saint Pierre, elle est maintenant sous le titre de Saint-Patrocle. Une piété toute particulière règne à Colombiers ; on l'attribue à saint Patrocle, qui est regardé comme un ancêtre et un modèle. Son souvenir est encore vivant dans le pays.

Ancien Propre de Bourges, complété au moyen de notes dues à l'extrême obligeance de feu M. l'abbé Bondant, curé de Chantelle.

Événements marquants

  • Garde les troupeaux de son père Éthère
  • Formation à la cour du roi Childebert
  • Ordination comme diacre par l'évêque Arcade de Bourges
  • Retraite à Néris et construction d'un oratoire à saint Martin
  • Fondation d'une communauté de religieuses à Néris
  • Fondation du monastère de Colombier
  • Vie de reclus à La Celle (Lachamp) pendant dix-huit ans
  • Mort à l'âge de quatre-vingts ans
  • Translation des reliques le 9 octobre 1076

Miracles

  • Délivrance de nombreux énergumènes
  • Vision d'un ange sur une colonne montrant les vices du monde
  • Lumière extraordinaire émanant de ses vêtements lors du transfert de son corps

Citations

Je vous en prie, Seigneur, que je ne retourne jamais dans ce milieu de perversités que j'ai oublié depuis que je suis à votre service

— Paroles du Saint lors de sa vision

Desine ergo mundum quærere, ne pereas cum eo

— Inscription sur la banderolle de l'ange