Saint Platon de Constantinople

Abbé en Bithynie, puis à Constantinople

Fête : 4 avril 8ᵉ siècle • saint

Résumé

Abbé byzantin du VIIIe siècle, Platon renonça à une brillante carrière administrative pour la vie monastique en Bithynie. Défenseur rigoureux de la discipline ecclésiastique et des images, il s'opposa aux empereurs successifs, subissant la prison et l'exil. Il finit ses jours au monastère de Stude sous la direction de son neveu, saint Théodore.

Biographie

SAINT PLATON,

ABBÉ EN BITHYNIE, PUIS À CONSTANTINOPLE

Saint Platon naquit vers l'an 734. Il était encore fort jeune lorsqu'il perdit son père et sa mère. Ils furent enlevés par une peste horrible qui désola Constantinople, et fut regardée alors comme un châtiment des persécutions insensées exercées contre les images de Jésus-Christ et de ses Saints.

Le soin de son éducation fut confié à un de ses oncles, qui était grand trésorier de l'Empire. Son tuteur l'ayant fait travailler sous lui, le jeune homme montra une capacité étonnante pour les affaires. Cela ne l'empêchait point d'étudier les sciences et la religion. Les progrès rapides qu'il faisait chaque jour dans les lettres et dans la vertu, le rendaient l'objet de l'admiration de tout le monde. Il l'emporta bientôt sur les jeunes gens de son âge, et dépassa même les grandes espérances que ses maîtres avaient conçues de lui.

Tant de belles qualités, jointes à une naissance illustre, à des biens considérables et à une probité incorruptible, ne tardèrent pas à le faire connaître à tous les grands de la cour. Il était universellement estimé, et il n'y avait point de place où il ne put aspirer. Les personnes les plus qualifiées briguaient son alliance, et on lui offrit plusieurs partis bien capables de flatter son ambition, s'il eût aimé le monde ; mais son cœur, toujours occupé des choses célestes, n'avait que du mépris pour des biens et des honneurs périssables. Il s'estimait heureux toutes les fois qu'il pouvait se dérober au tumulte du siècle pour vaquer librement à l'oraison ; il rompit même insensiblement tout commerce avec les hommes, et il ne sortait plus de chez lui que pour visiter les églises et les monastères.

Saint Platon avait trois frères ; il leur peignit si bien les vanités du monde qu'il les détermina à se consacrer entièrement au service de Dieu et à vivre dans une continence parfaite. Il affranchit ses esclaves et vendit tout son

bien qui était considérable. Deux causes avaient du reste contribué à augmenter le patrimoine que lui avait laissé sa famille : son habileté dans ce que nous appellerions aujourd'hui les affaires, habileté acquise à l'école de son oncle, et la parfaite sobriété de sa vie. Une partie de ce bien fut distribuée aux pauvres. Il employa l'autre à l'établissement de ses sœurs : celles-ci vécurent avec piété dans l'état du mariage, et devinrent mères de plusieurs enfants, qui se distinguèrent par la pratique de toutes les vertus chrétiennes.

Le Saint, que rien n'arrêtait plus dans le monde, quitta ses amis et sa patrie à l'âge de vingt-quatre ans. Il ne prit avec lui qu'un domestique fidèle, encore le renvoya-t-il lorsqu'il fut en Bithynie, après lui avoir donné tous ses habits. Il se revêtit d'un manteau noir, et gagna le monastère des Symboles, bâti sur le mont Olympe. Ayant été admis au nombre des frères, il se fit un devoir de marcher sur les traces de ceux qui se distinguaient le plus par la pratique de l'humilité, de l'obéissance, de la mortification et des autres vertus qui caractérisent les véritables moines. L'abbé, nommé Théociste, le faisait passer par les épreuves les plus délicates, afin qu'il apprît à mourir entièrement à lui-même. Il le reprenait souvent des fautes qu'il n'avait point commises et lui imposait des pénitences comme s'il eût été coupable. Platon, au lieu de chercher à se justifier, se soumettait humblement à son supérieur, et souffrait avec joie un traitement qui lui fournissait l'occasion d'exercer des actes de patience et d'humilité. Il était charmé lorsque, dans les heures destinées au travail, on lui assignait les plus bas emplois de son monastère ; il s'y livrait sans regretter son occupation ordinaire, qui consistait à copier des livres : car personne n'écrivait plus rapidement et mieux que lui. Il ne se bornait pas d'ailleurs au rôle de simple copiste : il faisait aussi de doctes et judicieux recueils des plus beaux endroits des saints Pères, dont il multiplia tellement les copies, que les monastères de l'Orient en furent approvisionnés pour longtemps.

L'abbé Théociste étant mort en 770, Platon, qui avait alors trente-six ans, fut élu pour lui succéder dans le gouvernement du monastère des Symboles. Il s'opposa inutilement à son élection ; il se vit forcé d'accepter le fardeau dont on le chargeait. La place de supérieur le rendit encore plus humble et plus pénitent. Il ne buvait jamais que de l'eau, encore était-il quelquefois deux jours sans en boire. Du pain, des fèves et quelques herbes sans huile étaient toute sa nourriture. Il ne mangeait qu'à l'heure de None, même les jours de dimanche. Son travail lui fournissait non-seulement de quoi pourvoir à ses besoins, mais encore de quoi assister plusieurs pauvres.

Tandis que saint Platon conservait la paix de Dieu et l'union de la charité parmi ses frères, l'empereur Constantin Copronyme exerçait une persécution atroce contre les défenseurs des saintes images et surtout contre les moines. Aussi ne fut-on pas peu étonné lorsque douze ans après avoir abandonné le monde, on le vit reparaître à Constantinople où des affaires indispensables l'avaient appelé (775) : Dieu l'avait sans doute réservé pour consoler les fidèles après la tempête. La foule, toujours mobile, se pressait sur ses pas : chacun voulait l'embrasser. Il profita de cette disposition des esprits pour prêcher le règne de Dieu. Par ses exemples et par ses discours, il ranima l'esprit de piété et de ferveur dans toutes les conditions. Il bannit les vices, entre autres les jurements et les blasphèmes ; il porta les pauvres à faire un saint usage de leur état, et les riches à soulager les malheureux par d'abondantes aumônes. Paul, patriarche de Constantinople, voulut le faire évêque de Nicomédie ; mais il ne put jamais obtenir son consentement, le

Saint refusa même de recevoir les ordres sacrés. Ses affaires étant terminées, il quitta Constantinople et reprit la route de son monastère.

Il fut obligé, en 782, de sortir de sa solitude, pour venir gouverner le monastère de Saccudion, situé auprès de Constantinople. Ce monastère avait été fondé par les enfants d'une de ses sœurs, nommée Théoctiste, lesquels avaient tous renoncé au monde. Platon y établit la règle de saint Basile, et y exerça douze ans les fonctions de supérieur; il se démit ensuite de sa place en faveur de saint Théodore, son neveu.

Ce fut vers ce temps-là que l'empereur Constantin répudia Marie, sa femme légitime, pour épouser Théodote, parente de Platon. Le patriarche saint Taraise voulut s'opposer à ce mariage scandaleux, en employant les exhortations et les menaces. Platon et Théodore, son neveu, désapprouvèrent encore plus hautement la conduite du prince. Joseph, économe de l'Église, et plusieurs autres personnes, tant du clergé que de l'état monastique, essayèrent de faire mollir notre Saint et de lui faire approuver le divorce de l'empereur; mais leurs sollicitations furent inutiles : Platon ne relâcha rien de sa fermeté. Constantin, auquel il avait osé parler de l'énormité de son crime, le punit de sa généreuse liberté en ordonnant qu'on le renferma dans une étroite prison. Le Saint ne se découragea point; il souffrit avec joie la prison et plusieurs autres mauvais traitements, jusqu'à la mort de l'empereur, arrivée en 797.

Les incursions des Sarrasins, qui venaient jusqu'aux portes de la capitale, obligèrent les moines de Saccudion à quitter leur solitude. Ils se retirèrent dans le monastère de Stude, qui était au milieu de Constantinople, mais qui avait été presque entièrement détruit par la persécution de Constantin Copronyme. Platon s'y renferma dans une petite cellule, et y vécut en simple religieux, sous la conduite de Théodore, son neveu. La prière et le travail des mains faisaient son unique occupation. Il s'était attaché aux pieds une grosse chaîne de fer, qu'il avait soin de cacher sous sa robe quand on venait le voir.

Saint Platon était fort zélé pour la discipline ecclésiastique. Nicéphore, homme de grande vertu, mais laïque, avait été élu, en 806, patriarche de Constantinople. Le Saint désapprouva hautement son élection, parce que les canons déclaraient irrégulière l'ordination des néophytes. Sa fermeté lui attira l'année suivante une nouvelle persécution.

L'empereur Nicéphore venait de faire rétablir dans tous ses droits Joseph, économe de l'église patriarcale, déposé par saint Taraise, pour avoir célébré le mariage scandaleux de Constantin avec Théodote. Saint Platon condamna ce rétablissement comme contraire à la vigueur de la discipline ecclésiastique. L'empereur irrité le mit entre les mains d'une troupe de mauvais moines et de soldats insolents, qui le firent beaucoup souffrir pendant une année entière; il lui ordonna ensuite de comparaître devant un concile composé d'évêques vendus à la cour, qui le traitèrent d'une manière indigne et le condamnèrent enfin sur d'horribles calomnies. En vertu de la sentence inique rendue par le concile, l'empereur exila le Saint, et le fit ignominieusement traîner d'étape en étape, dans les îles du Bosphore, durant l'espace de quatre ans. Platon, malgré le mauvais état de sa santé, souffrit les fatigues de son exil avec une patience admirable. L'empereur en fut touché de compassion et résolut même de le rappeler de son exil; mais il ne put exécuter sa résolution, ayant été surpris et tué par les Bulgares en 811.

Michel Ier, son successeur, qui aimait la justice et la paix, donna des ordres pour le rappel du Saint. Revenu de son exil, Platon rentra dans sa cellule, pour mener la vie de reclus. Mais à l'âge de soixante-dix-neuf ans, il fut obligé de changer de régime, parce qu'il n'avait plus la force de satisfaire, sans le secours d'autrui, à aucun des besoins du corps. Il était tantôt couché sur un lit, tantôt assis, récitant des psaumes, priant mentalement, parlant aux frères, pour les instruire, les exhorter, les consoler, ne pouvant plus ni fléchir les genoux, ni lire par lui-même; ce qui l'affligeait le plus, c'était de ne pouvoir assister aux offices ni travailler de ses mains. Il rendait grâces à Dieu des soulagements que l'on donnait à son infirmité; mais il était contristé de relâcher de l'austérité de sa vie. Il tomba malade pendant le Carême de l'année 813. Sentant approcher sa fin, il fit creuser son tombeau et voulut qu'on l'y descendît : là il fut visité par plusieurs personnes de distinction, entre autres par le patriarche saint Nicéphore, qui se recommanda à ses prières. Il s'était réconcilié avec ce dernier sur les éclaircissements qu'il lui avait donnés par rapport au rétablissement de l'économe Joseph. Le Saint malade pardonna à tous ceux qui l'avaient persécuté, et pria pour eux. Comme l'abbé Théodore lui demandait s'il ne voulait disposer de rien, il secoua son habit de la main, et lui dit d'une voix très-basse : « Je n'ai plus rien, je vous ai tout remis ». Ayant la poitrine oppressée, il remuait encore les lèvres, et chantait un cantique de la résurrection, quand il expira le samedi devant le dimanche des Rameaux, 19 mars 813.

On croit que la semaine sainte et celle de Pâques firent remettre la solennité de ses funérailles jusqu'au quatrième d'avril, jour auquel l'Église célèbre sa mémoire. Le patriarche fit cette cérémonie avec un grand luminaire et quantité de parfums; et ce fut apparemment en cette occasion que saint Théodore Studite prononça l'oraison funèbre de saint Platon, son oncle et son père spirituel, qui est la seule vie que nous ayons de ce Saint. À peine put-on mettre son corps dans le sépulcre, tant était grande la foule du peuple, qui s'empressait à l'entour et ne pouvait se résoudre à le perdre de vue.

Tiré de sa vie, écrite par saint Théodore Studite, son neveu. Voir le commentaire et les notes du Père Papateuck, t. IV, April., p. 301; Fleury, t. XIV, etc.

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SAINT THÉONE, HOMME DE LETTRES ET ANACHORÈTE (IVe siècle).

La catégorie d'hommes à qui l'humilité est le plus difficile, ce sont les savants et les gens de lettres : or, quoique très-homme de lettres et très-versé dans les sciences de l'Égypte, de la Grèce et de Rome, saint Théone eut l'humilité de cacher tous ces talents, d'aller les ensevelir au désert. Trente ans durant, il garda le silence le plus strict.

Les malades affluaient à la cellule du Prophète, car c'est ainsi qu'on l'appelait dans toute la contrée d'Oxyrrhynque. Il apparaissait à la fenêtre de sa cellule, étendait sa main bénissante, guérissait la foule, et se retirait sans rien dire. Telle était son occupation du jour. La nuit, il franchissait le seuil de son inviolable demeure : c'était pour distribuer aux bêtes du bon Dieu, aux animaux du désert l'eau limpide de sa fontaine : c'est pourquoi sa cellule était toujours entourée de buffles robustes, de chèvres au pied léger, d'omagres bondissants qui formaient comme une garde d'honneur autour de cet ami de Dieu, ami de la nature en même temps.

Une fois, dans le cours de ces trente années, il se départit de son silence rigoureux : ce fut pour arracher aux mains de la foule irritée deux voleurs qui étaient venus dans l'intention de le

tuer, espérant trouver chez lui de grandes sommes d'argent et qui, par une spéciale permission de Dieu, étaient restés jusqu'au matin, comme pétrifiés devant la cellule du saint homme, sans pouvoir se retirer. Théone ouvrit la bouche pour ordonner qu'on les laissât aller : la grâce leur inspira le repentir d'une vie de crimes et de déprédations ; ils se convertirent et même devinrent moines.

Saint Théone mourut vers la fin du IVe siècle.

Abrégé des Vies des Pères.

Date de fête

4 avril

Époque

8ᵉ siècle

Décès

19 mars 813 (funérailles le 4 avril)