Saint Badême
Martyr Persan
Résumé
Abbé persan du IVe siècle, Badême distribua sa fortune aux pauvres pour fonder un monastère près de Bethlapat. Arrêté sous le roi Sapor, il subit quatre mois de tortures avant d'être exécuté par Nersan, un prince chrétien apostat. Son martyre est marqué par sa fermeté inébranlable face à son bourreau hésitant.
Biographie
SAINT BADÊME, MARTYR PERSAN (343).
Cet illustre Martyr était de Perse, et d'une famille considérable de la ville de Bethlapat, où il possédait de grands biens. Désirant être religieux, il les vendit et en distribua l'argent aux pauvres, excepté ce qui lui fut nécessaire pour bâtir un monastère hors de la ville, dans lequel il se retira avec quelques autres chrétiens qui se firent ses disciples. Cependant, la sanglante persécution, excitée contre les fidèles par le roi Sapor, s'enflammant de plus en plus, ce bienheureux Abbé fut arrêté.
Prisonnier avec sept autres religieux de sa communauté. Ils furent tous cruellement tourmentés l'espace de quatre mois, et surtout Badême, comme le chef et le supérieur des autres. On lui fit plusieurs outrages, et on le flagella souvent avec une cruauté qui n'est pas concevable. Mais, quelque violents que fussent ces supplices, ils ne purent jamais ébranler sa constance, ni rien diminuer de cette fermeté qu'il avait en la crainte et en l'amour de Dieu, et en la confession du nom de Jésus-Christ.
En ce temps-là, Nersan, seigneur d'une ville nommée Aria, était aussi en prison comme chrétien, et avait déjà beaucoup souffert pour avoir refusé d'adorer le soleil ; mais la fin ne répondit pas à de si beaux commencements : car ce malheureux prince, appréhendant d'autres tourments qu'on lui avait préparés, et qui devaient achever sa couronne, perdit toute sa résolution, renonça à la foi de l'Évangile, et permit d'adorer les idoles si l'on voulait le délivrer et lui rendre ses biens qu'on lui avait confisqués.
Le roi, étant informé de sa résolution, en eut une joie extrême ; et, pour se servir de son infidélité contre le courage inébranlable de saint Badême, il lui manda que s'il voulait recouvrer ses biens et rentrer en ses bonnes grâces, il devait sceller son apostasie en faisant mourir, de ses propres mains, ce saint Religieux qui ne voulait pas l'imiter dans son retour à l'idolâtrie. Ainsi, Nersan fut délié et Badême fut conduit au lieu où il était. Ce malheureux prince, qui avait abandonné Dieu, et que Dieu avait abandonné, entendant la sentence du tyran, mit aussitôt l'épée à la main pour en frapper le saint Martyr ; mais Dieu permit, pour lui donner encore lieu de se repentir que, la frayeur l'ayant saisi, il demeurât comme immobile, et ne pût lever la main. Ainsi Badême eut le temps de lui dire, avec beaucoup de zèle, de compassion et de tendresse : « Ah ! malheureux Nersan, jusqu'où va ta malice ? Non content d'avoir renoncé à la foi que tu devais à ton Créateur et à ton Bien, tu veux encore persécuter ses serviteurs et leur ôter la vie ? Que feras-tu dans ce jour effroyable où tu seras obligé de paraître devant le tribunal de Sa Majesté pour lui rendre compte de tes actions, et y entendre la sentence de ta condamnation ? Où fuiras-tu, et comment pourras-tu éviter les supplices éternels auxquels tu seras condamné ? Pour moi, je m'offre volontiers à la mort pour la gloire de mon Maître Jésus-Christ, mais j'avoue que je souhaiterais de mourir par une autre main que par la tienne, et que ce fût un païen, et non pas un chrétien apostat, qui me rendît martyr ».
Ces paroles étaient assez vives, ce ton assez pathétique, pour émouvoir Nersan et lui ouvrir les yeux ; mais l'aveuglement de son esprit était devenu si grand, et l'obstination de son cœur si invincible, depuis que le démon de l'avarice s'en était emparé, que, reprenant de nouvelles forces par un redoublement de rage, il s'acharna contre le Saint et lui donna plusieurs coups pour le faire mourir. Comme ils étaient tous extrêmement faibles, on ne saurait croire combien il le fit languir. Les Gentils mêmes en eurent de l'horreur, et détestèrent, d'un côté, la cruauté du roi, qui avait inventé cet abominable moyen de perdre le Saint, et, d'un autre, la perfidie de Nersan, qui avait passé tout d'un coup de la qualité de chrétien à celle de bourreau de chrétiens. Peu de temps après, le Martyr mourut de ses plaies : ce qui arriva le 8 avril, l'an de Notre-Seigneur environ 343.
Les Actes de ce glorieux Martyr ont été tirés du ménage de l'empereur Basile, du synacaire grec et d'une vie rapportée par Surius et par les contionateurs de Bellandus.