Saint Sacerdos de Limoges

Évêque de Limoges, Patron de Sarlat

Fête : 5 mai 8ᵉ siècle • saint

Résumé

Né en 670 en Périgord, Sacerdos fut moine puis abbé à Calviac avant de devenir évêque de Limoges. Reconnu pour sa piété et ses miracles, notamment la résurrection de son père, il finit ses jours en pèlerinage à Argentat en 720. Ses reliques, transférées à Sarlat sous Charlemagne, en firent le saint patron de la ville.

Biographie

SAINT SACERDOS,

ÉVÊQUE DE LIMOGES, PATRON DE LA VILLE ET DU DIOCÈSE DE SARLAT, ET SAINTE MONDANE, SA MÈRE

20. — Pape : Saint Grégoire II. — Roi de France : Chilpéric II.

Il a été grand selon le nom qu'il portait, et très-grand pour sauver les élus de Dieu.

Office de saint Sacerdos.

Saint Sacerdos naquit en l'an 670, sur les bords de la Dordogne, en un lieu appelé Calviac, et désigné sous le nom de Calabre dans les anciennes chroniques, à quelques lieues seulement de la ville de Sarlat. Laban, son père, et Mondane, sa mère, étaient originaires de Bordeaux et occupaient un rang distingué entre les familles les plus éminentes de cette ville. À cette époque, l'Aquitaine avait pour duc ou gouverneur Anticius ou Anicius. Celui-ci avait de grandes possessions dans la province des Pétrocoriens ; il voulut les visiter ; Laban et Mondane l'y accompagnèrent. Ayant donc remonté le cours de la Dordogne, Anicius s'arrêta avec ses illustres amis dans le village de Calabre, sur les frontières des Pétrocoriens et des Cadurques. Dieu avait résolu d'honorer ce pays par la naissance d'un grand saint. En effet, peu de temps après, Mondane mit au monde son premier-né. L'heureux Laban, se rendant auprès du gouverneur, lui dit : « Seigneur, s'il vous était agréable d'honorer votre serviteur d'une faveur insigne, j'oserais vous prier de retirer de la fontaine sacrée du baptême le fils que Dieu vient de m'accorder ». Et Anicius, heureux de s'associer au bonheur d'une famille qu'il aimait, dit à Laban : « Si vous me présentez votre fils, je ferai ce que vous me demandez ». Et Laban ne tarda pas à présenter son fils à Anicius, et il lui dit : « Seigneur, voilà le fils que Dieu m'a donné et que vous avez promis de retirer de la fontaine sacrée du baptême ». Et le fils de Laban et

de Mondane fut baptisé, et il reçut le nom de Sacerdos, en prévision, dit le légendaire, de ce qu'il serait un jour, dans l'Église, un prêtre éminent et un saint évêque. Anicius se montra généreux envers l'enfant dont il était devenu le père spirituel. Il lui donna en propriété le village de Calabre, avec les terres qui en dépendaient, pour qu'il pût en jouir, les gouverner et les transmettre à ses successeurs.

Cependant le jeune Sacerdos avait grandi ; il fallut songer à lui donner un maître qui perfectionnât l'œuvre de son éducation, commencée sous le toit paternel. Laban et Mondane crurent avoir trouvé le maître qu'ils désiraient, dans la personne de saint Capuan, qui occupait alors le siège épiscopal de Cahors. Le saint évêque ne tarda pas à comprendre que Dieu avait fait choix de son disciple pour l'élever à la dignité du sacerdoce. Il fut confirmé dans son jugement par un ange qui lui apparut et lui ordonna, de la part de Dieu, de conférer au jeune Sacerdos l'ordre de diacre. Après son ordination, Sacerdos dut se séparer de Capuan, son maître, et revenir au village de Calabre, que Laban et Mondane avaient toujours habité depuis la naissance de leur fils. Dieu avait ses desseins ; nous en verrons l'accomplissement. Il destinait le jeune lévite à la plénitude du sacerdoce, à la gloire de l'épiscopat ; il voulut l'y préparer par le recueillement de la solitude. Il y avait dans le village de Calabre un monastère qui pouvait avoir été fondé en ce lieu, dans le viè siècle, par Canalis, abbé du monastère de Genouillac, ou par quelqu'un de ses trois illustres disciples, Sour, Amand et Cyprien. Avant d'être moine du monastère de Calabre, Sacerdos en fut le bienfaiteur. L'église et la demeure des moines tombaient en ruines ; Sacerdos les fit rebâtir de ses propres deniers, et, voulant que les préoccupations des nécessités temporelles ne puissent jamais nuire à la ferveur du service de Dieu, il donna aux moines le village de Calabre avec toutes ses dépendances, tels qu'il les avait reçus lui-même de la générosité d'Anicius. Après s'être ainsi dépouillé de tout ce qu'il possédait, il pouvait librement suivre le Seigneur et se livrer à tout son attrait pour la solitude. Il prit bientôt l'habit monastique et passa sept années avant d'être promu au sacerdoce, dans les austérités de la pénitence, se faisant surtout remarquer par les actes de l'humilité la plus parfaite.

La vie si austère de Sacerdos, tant d'actes de vertus, qu'il s'efforçait de cacher, mais dont le vase trop plein débordait de toutes parts, lui eurent bientôt gagné l'affection, l'estime, la vénération des religieux. Aussi, l'abbé étant venu à mourir, tous, d'une commune voix, acclamèrent Sacerdos pour lui succéder.

Dieu voulut honorer son fidèle serviteur et manifester par le don des miracles sa grande sainteté. Il y avait, à cette époque, dans le village de Calabre, un homme lépreux depuis plusieurs années et séparé de la société de ses frères. Et un ange apparut à saint Sacerdos, et lui dit : « Allez visiter le malheureux lépreux, lavez soigneusement vos mains et touchez toutes les parties du corps où vous trouverez des traces de la maladie ». Et saint Sacerdos s'empressa d'obéir au commandement de l'ange : il alla visiter le lépreux, et, adressant à Dieu une fervente prière, il lava ses mains et toucha le corps du lépreux ; et la lèpre disparut à l'instant, et le malheureux fut guéri. Et les habitants du lieu et ceux de toute la contrée, en apprenant ce miracle, rendirent gloire à Dieu dans des transports de reconnaissance, et exaltèrent les vertus et les mérites du Saint.

SAINT SACERDOS ET SAINTE MONDANE, SA MÈRE.

Mondane avait résolu de marcher sur les traces de son fils, mais les liens qui l'unissaient à Laban ne pouvaient être rompus. Aussi fidèle épouse que mère chrétienne, son bonheur eût été imparfait si, en s'engageant dans la voie de la perfection, dans la voie du ciel, elle eût laissé derrière elle son époux, engagé dans la voie du monde. Un jour donc, Mondane, s'étant jetée aux genoux de Laban, les mains jointes et les yeux baignés de larmes, lui dit : « Je vous en conjure, cherchons tous deux à acheter le ciel par le sacrifice des biens terrestres », et Laban dont la grâce avait vivement pénétré le cœur, acquiesça aux désirs de Mondane. Bientôt ils se dépouillèrent de tous leurs biens dont ils firent deux parts, l'une pour l'Église de Jésus-Christ et l'autre pour les pauvres et les étrangers. Il est probable que Laban se retira dans le même monastère de Calviac, avec Sacerdos son fils. Quant à Mondane, elle se retira sur la rive gauche de la Dordogne, en face du monastère, et fixa sa demeure dans une grotte.

Dieu ménageait à son serviteur Sacerdos une épreuve propre tout à la fois à augmenter ses mérites et à mettre plus en évidence sa vertu. Laban avait complété les années de sa vie, il était arrivé au terme de son pèlerinage, et Dieu lui devait la récompense promise à ceux qui ont tout quitté pour le suivre. Un jour que le Saint vaquait à la prière avec ses religieux, à la seconde heure du jour, on vint lui dire que son père se mourait. Mais il était si profondément ravi en Dieu qu'il ne vit point le messager ni n'entendit ce qu'il lui disait. Il fallut attendre qu'il fût revenu de son extase. Il courut alors, en toute hâte, auprès de son père, qui déjà, depuis quelques instants, avait rendu le dernier soupir. Sacerdos en éprouva une vive douleur, qui fut augmentée lorsqu'il sut que le mal avait fait des progrès si rapides que le mourant n'avait pu recevoir le viatique pour le passage de la vie présente à la vie future, du temps à l'éternité. Mais, si sa douleur fut grande, sa foi fut vive à transporter les montagnes. En présence des religieux et des habitants du lieu, qui étaient accourus à la première nouvelle de la mort de Laban, il se prosterne, la face contre terre, et reste là longtemps à prier. Enfin, il se relève plein de confiance et le visage comme rayonnant d'une lumière céleste. Puis il s'approche du très-cher défunt et, lui prenant la main, il l'appelle à deux fois par son nom. Et, à la voix de son fils, le vieux Laban relève la tête et apparaît comme sortant d'un profond sommeil : et, promenant ses regards étonnés sur les assistants qui l'entourent, il leur dit : « J'avais quitté ce monde à la seconde heure de ce jour, mais je dois aux mérites de mon fils d'avoir été rendu à la vie ». Et tous les assistants, étonnés et saisis d'un saint enthousiasme à la vue de ce miracle, poussent des cris de joie vers le ciel, et rendent grâces à Dieu. Et le Saint se hâte de donner le viatique à son père ; puis, se prosternant, à l'exemple du patriarche Jacob, « Mon père », dit-il, « donnez-moi votre bénédiction ». Et le vieux Laban bénit son fils, et de nouveau il rend son âme à Dieu. Touchant exemple du zèle sacerdotal qui doit entourer le chrétien à sa dernière heure ! Touchant exemple aussi du prix qu'on attachait autrefois à la bénédiction paternelle ! On comprenait que « la bénédiction du père affermit la maison des enfants ». On semble l'avoir oublié aujourd'hui.

Sur ces entrefaites, la ville de Limoges se voit privée de son premier pasteur par la mort d'Aggéric, et, telle est la réputation de Sacerdos, tel l'ascendant de ses vertus, que, d'un commun accord, le clergé et le peuple le désignent pour occuper le siège vacant. Nous ne connaissons pas les actes de son épiscopat, qui dut être fructueux en bonnes œuvres. Notre Saint

avait noblement rempli la tâche que Dieu lui avait imposée et comblé la mesure de ses mérites. Épuisé par les austérités de la pénitence et les fatigues d'un laborieux épiscopat plus que par les années, il pressentait que sa fin était prochaine. Élevé sur la chaire épiscopale, il n'avait pas oublié, au milieu des splendeurs de sa dignité, la chère solitude de Calviac, et il s'était bien promis de revenir dans cet asile fortuné, pour rendre le dernier soupir dans le lieu où il avait pris naissance à la vie monastique : sa mort devant y être plus douce, plus agréable à Dieu. Il fait toutes ses dispositions, règle toutes ses affaires, fait ses adieux à son clergé et à son peuple, et va déposer son bâton de pasteur sur le tombeau de saint Martial. Puis, il prend le bâton du pèlerin et sort de sa ville épiscopale, laissant après lui les regrets les plus vifs. C'était un bien touchant spectacle qu'offrait ce vénérable et saint évêque, s'acheminant vers le lieu où il devait consommer sa course, après avoir bien combattu les combats du Seigneur ; apportant lui-même sa dépouille mortelle dans les lieux où fut son berceau, et allant en confier la garde à ces moines qui furent ses frères, qu'il avait si longtemps édifiés, avec lesquels il avait marché avec tant d'unanimité dans la maison de Dieu ! Anges du ciel, gardiens des voyageurs, veillez sur le saint évêque et dirigez sa marche chancelante dans sa longue voie ! Le Saint était arrivé à un petit bourg du Bas-Limousin, placé sur la rive de la Dordogne, aujourd'hui la petite ville d'Argentat. Et c'est là que Dieu avait fixé le terme du pèlerinage de son serviteur. Il fut bientôt atteint d'une violente fièvre dont les accès renouvelés lui firent comprendre que sa fin approchait. Il demanda qu'on lui donnât le Viatique des élus et qu'on oignît son corps de l'huile sainte des mourants, et, recommandant à ceux qui l'accompagnaient de porter son corps au monastère de Calviac, il rendit doucement son âme à Dieu, le 5 du mois de mai de l'année 720 de Notre-Seigneur. Le souvenir de cette mort s'est conservé dans la petite ville d'Argentat, et l'on montre encore le lieu où se retira le saint évêque et où il rendit le dernier soupir. Une pieuse et naïve légende accompagne le récit de cette maladie et de cette mort. Nous ne pouvons lui refuser une bienveillante hospitalité dans ces pages. Nous la racontons telle que la racontent tous les historiens de la vie du saint évêque. « Accablé par l'âcreté de la fièvre et épuisé de forces, le Saint demanda des œufs pour se rafraîchir et se soulager. Ses disciples ayant couru par tout le village, n'en trouvèrent pas un seul, parce que les milans et autres oiseaux de proie étaient si communs dans ce lieu et aux environs, qu'ils dévoraient toutes les poules qu'on essayait d'y élever. Ayant appris cela, le saint évêque voulut être, avant de mourir, le bienfaiteur du village qui lui donnait l'hospitalité au terme de sa course, et il prononça cet arrêt : qu'à l'avenir aucun oiseau de proie n'ose inquiéter les poules de ce village et des environs. Et, ajoute le légendaire, cet arrêt a été inviolable jusqu'à ce jour ».

À peine saint Sacerdos eut-il rendu le dernier soupir, que ses disciples se disposèrent à exécuter la dernière volonté de leur maître. Après avoir honorablement enseveli son corps, ils le placèrent dans une barque pour le conduire sur les eaux de la Dordogne jusqu'au monastère de Calviac, où, la nouvelle de sa mort y étant déjà parvenue, on se préparait à faire au saint évêque de dignes funérailles. Mondane, la mère du bienheureux Sacerdos, vivait encore, toujours retirée dans la grotte qu'elle avait choisie pour sa demeure. Depuis quelques années, Dieu, qui se plaît à éprouver les saints, avait permis qu'elle devînt aveugle. Apprenant que le corps de son fils approchait du rivage, Mondane s'y fit conduire, désolée, mais confiante

en Dieu. Là devait se terminer son épreuve, Dieu voulant glorifier en ce moment le corps de son fidèle serviteur, en rendant la vue à sa fidèle servante. Sur la terre, le Saint avait obtenu la résurrection de son père ; au ciel, il obtient que la vue soit rendue à sa mère. Heureux le père, heureuse la mère d'un tel fils ! Cependant les moines de Calviac étaient descendus avec un grand concours de fidèles sur la rive du fleuve, pour y recevoir le corps de celui qui avait été leur frère et leur père, et qui ne s'était éloigné d'eux que pour leur revenir, sept ans plus tard, avec l'auréole des saints pontifes. Ils retirèrent de la barque la sainte relique, la mirent sur leurs épaules et la portèrent ainsi jusqu'à leur église.

L'humble Mondane s'était de nouveau retirée dans sa grotte, où elle méditait les années éternelles, dans le silence et le recueillement. Sa consolation était d'aller prier sur le tombeau de son fils. Dieu réservait à Mondane la plus belle couronne : celle du martyre. Deux ans après la mort de saint Sacerdos, l'Aquitaine fut ravagée par l'armée des barbares, connus sous le nom de Sarrasins, et venus du fond de l'Espagne sous la conduite de Zama, leur chef. Avant d'assiéger Toulouse, où ils furent battus par Eudes, comte d'Aquitaine, ils se répandirent dans le Périgord, ravageant et pillant tout ce qu'ils trouvaient sur leur passage. Ils arrivèrent sur les bords de la Dordogne, et c'est alors que Mondane, qui leur reprochait leurs barbares excès et leurs impietés, fut massacrée sur le tombeau de son fils, en confessant la foi de Jésus-Christ. Après le départ de ces barbares, les fidèles recueillirent le corps de la Sainte et lui donnèrent la sépulture auprès du tombeau de saint Sacerdos ; et Dieu daigna glorifier le tombeau de la mère comme il avait glorifié le tombeau du fils. Plusieurs miracles s'y opérèrent en faveur des malheureux qui vinrent s'y recommander à l'illustre servante du Seigneur. La mémoire de la Sainte est restée précieuse dans cette pieuse contrée. Une église lui fut dédiée vers la fin du xiiiè siècle, non loin de la grotte qui lui servit d'asile pendant le temps de son veuvage et de sa pénitence. On montre encore dans cette grotte, que le pèlerin se plaît à visiter, le tas de cailloux pris dans le lit de la Dordogne, sur lesquels la Sainte reposait son corps affaibli par les jeûnes et les macérations ; et, au bas du rocher, coule encore la source où elle allait se désaltérer, dont les eaux vives, sanctifiées par le contact de sa main et de ses lèvres, furent longtemps aimées des malades, de ceux-là surtout qu'affligeaient de violents maux de tête. Heureuse terre de l'antique Calabre, vraiment aimée de Dieu et privilégiée entre toutes. Heureux ceux qui habitent tes demeures ! Voyageur, qui suivez le cours majestueux de la Dordogne, arrêtez-vous ici ; vous êtes sur la terre des Saints. À votre droite, vous avez Calviac avec quelques traces de son monastère ; Calviac où furent le berceau et le tombeau de saint Sacerdos ; à votre gauche, l'église, la grotte et la fontaine de sainte Mondane, qui rappellent de si pieux souvenirs. Et, là haut, sur la montagne, saluez l'antique château, bien placé dans le voisinage des Saints. Il porte un nom doux à prononcer dans notre langue, le nom de Fénelon, et rappelle un des plus aimables génies dont se glorifie la France, et que le Périgord est fier d'appeler son enfant.

Les milans, les éperviers et autres oiseaux de proie, éconduits d'Argentat par saint Sacerdos, peuvent lui servir d'attribut caractéristique dans les arts.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES DE SAINT SACERDOS.]

Le culte de saint Sacerdos commença le jour de ses funérailles, sur son tombeau, qui devint le but des pieux pèlerinages de tous les habitants de la contrée. Ces pèlerinages devinrent plus fréquents et plus nombreux dès le jour que le corps de sainte Mondane reposa à côté du corps de son fils : saintes reliques, que les moines de Calviac conservèrent comme un précieux trésor, sur lesquelles reposait la vertu de Dieu, jusqu'au jour où leur monastère étant devenu une solitude, les religieux de Saint-Sauveur de Sarlat se les approprièrent et les transportèrent dans leur église.

Ceci se passait sous le règne de Charlemagne, c'est-à-dire avant l'année 814. L'église de Sarlat célébrait la fête de cette translation le 3 du mois de juillet. Dès ce moment, saint Sacerdos fut le Patron de l'abbaye et de la ville de Sarlat, et lorsque, en 1317, cette Abbaye fut érigée en évêché par le pape Jean XXII, saint Sacerdos fut le Patron du nouveau diocèse.

Nous ne pouvons adopter l'opinion du chanoine Tarde, qui fixe à l'année 1140 la translation du corps de saint Sacerdos ; car le monastère de Calviac fut détruit par les Normands, vers l'année 848, et il ne se releva jamais de ses ruines.

Le corps de saint Sacerdos fut conservé intact dans l'église du monastère de Sarlat jusqu'en 1574. Mais, à cette époque de désastreuse mémoire, le deuil se fit sur ces saintes reliques ; elles furent profanées, comme toutes celles que possédait l'église de Sarlat. Le 22 février de cette année 1574, les protestants s'emparèrent de la ville, conduits par le capitaine Vivans. « Ils pillèrent les églises », dit le chanoine Tarde ; « les reliques dont Charlemagne avait honoré l'église cathédrale de cette ville, et qui y avaient été religieusement conservées depuis cet empereur, furent brûlées et jetées au vent, ainsi que le corps du grand et vénérable saint Sacerdos ».

Cependant Dieu ne permit pas que le corps de saint Sacerdos devînt tout entier la proie des flammes. Les fidèles purent en conserver quelques parties (le tibia entre autres), dont il est fait mention dans des documents des années 1695 et 1719.

A l'époque désastreuse de notre Révolution de 1793, la relique de saint Sacerdos fut sauvée par M. Gamat, curé de Sarlat, et confiée à une dame Faujanet, qui, malheureusement, après le retour du calme, nia le dépôt qu'elle avait reçu.

Ce ne fut qu'après sa mort, que la famille en fit la remise à M. de Larouverade, curé de Sarlat.

Mais il était nécessaire de constater que ces reliques remises par la famille Faujanet étaient bien les mêmes que celles qui se trouvaient avant 1793 dans la chasse de saint Sacerdos, et étaient attribuées à ce Saint et honorées comme telles. C'est ce que fit M. le curé de Sarlat, après en avoir reçu la commission officielle de Monseigneur l'évêque d'Angoulême, qui avait sous sa juridiction le diocèse de Périgueux et de Sarlat. La constatation eut lieu à Sarlat le 16 septembre 1819.

Une parcelle de cette relique est honorée dans la cathédrale de Périgueux. Elle y fut déposée en 1826 par Monseigneur de Lostanges, après s'être assuré lui-même de son authenticité par l'examen qu'il fit du procès-verbal d'enquête, approuvé par Monseigneur l'évêque d'Angoulême. C'est tout ce qui reste du corps de saint Sacerdos.

L'abbaye de Sarlat, dont les reliques de saint Sacerdos ont fait la célébrité, fut, avons-nous dit, érigée en évêché le 13 janvier 1317. Ce siège, supprimé en 1790 par la constitution civile du clergé, ne fut point rétabli par le concordat de 1801. Et l'église, abbatiale d'abord, puis cathédrale, ne fut plus que l'église d'une cure de première classe, gouvernée par un curé ayant le titre d'archiprêtre.

En 1854, l'église de Sarlat recouvra son titre d'ÉGLISE CATHÉDRALE. Sa Sainteté Pie IX reconnut l'existence canonique du diocèse de Sarlat, sous la juridiction et l'autorité des évêques de Périgueux, et autorisa Mgr George et ses successeurs à ajouter au titre d'évêque de Périgueux celui d'ÉVÊQUE DE SARLAT.

Cf. Vie de saint Sacerdos, évêque de Limoges et patron de l'ancien diocèse de Sarlat, dédiée à Mgr M.-J. Dubert, évêque de Périgueux et de Sarlat, par A.-B. Forgot, curé de Terrasson, Périgueux, Lentoigne, Bicuire ; Bounat, libraire, et à Terrasson, chez l'auteur ; in-8°, 1855.

SAINT FLORIAN, SOLDAT ET MARTYR.

SAINT FLORIAN, SOLDAT ET MARTYR (204 ou 297).

De même que Jérusalem a son Etienne et Rome son Laurent, de même la Pologne a son Florian.

*Proverbe polonais.*

Florian était né et demeurait au bourg de Zeiselmaur, dans la Basse-Autriche. On ne connaît de sa vie que la fin, c'est-à-dire le martyre. Il servait dans les armées impériales et était chrétien en secret : il avait le grade de chef des emplois, ce qui équivaut probablement à officier d'administration, lorsque l'édit de persécution fut publié. Grand nombre de chrétiens prirent la fuite. Dieu suscita alors son serviteur Florian pour faire renaître, par son héroïsme, le courage dans l'âme des fidèles. Ayant appris que le gouverneur du pays, Aquilin, venait de verser le sang de quarante confesseurs de la foi à Lorch, où était le siège du gouvernement, il se leva et s'y rendit de lui-même. En route, il rencontra des soldats envoyés à la recherche des chrétiens. « Ne vous donnez pas tant de peine », leur dit-il, « en voici un chrétien : prenez-moi et laissez-en d'autres en paix ».

Amené au tribunal d'Aquilin, celui-ci lui dit : « Ce qu'on rapporte de toi est-il vrai ? sacrifie et tu seras des nôtres ». — « Je ne le ferai point ».

Le gouverneur entra dans une grande colère et le menaça de l'y forcer par les tourments. Le Saint ne répondit pas, mais, levant les yeux au ciel, il pria son Seigneur et son Dieu de le fortifier dans le combat.

« Que signifie cette attitude », reprit le gouverneur, « as-tu la prétention d'insulter les empereurs ? » — Le martyr ne répondit que par le silence.

Ne pouvant rien obtenir, le gouverneur lui fit donner deux fois la bastonnade et arracher la chair des épaules, puis le condamna à être noyé dans l'Eos, rivière qui passe près de Lorch.

Les soldats le menèrent sur le pont ; ils eurent l'humanité de lui donner le temps de recommander son âme à Dieu ; après quoi, ils le précipitèrent dans les flots, la tête la première : on lui avait attaché une lourde pierre au cou.

Une pieuse femme, nommée Valérie, enterra le corps de saint Florian à sa campagne. Dans la suite, on érigea sur son tombeau une église à laquelle on ajouta un couvent de Bénédictins. Ce dernier ayant été détruit par les incursions des barbares, Angelbert, évêque de Passau, le fit relever et le donna aux chanoines de Saint-Augustin qui le possèdent encore. Cette belle abbaye est située dans la Basse-Autriche, près d'Ens et non loin de Lintz.

Plus tard, on ne sait à quelle époque, ses reliques furent transportées à Rome. Les Tartares et les Prussiens ayant ravagé la Pologne dans le XIe siècle, le roi Casimir et Gédéon, évêque de Cracovie, demandèrent au pape Lucius III quelques reliques de saints martyrs et obtinrent entre autres celles de saint Florian (1183). Depuis cette époque, il est le patron de la Pologne. Son culte est aussi très-répandu en Autriche. Il a un office propre à Passau, qui a remplacé comme importance, au point de vue civil et ecclésiastique, l'ancienne ville de Lorch, devenue un village. On l'invoque surtout contre l'incendie : cela remonte à un charbonnier qui, étant tombé au milieu d'un embarrassement, fut sauvé en invoquant saint Florian. Ce fait et les autres circonstances de sa vie sont représentés dans une série de quinze tableaux qui décorent l'église de son nom, située entre Lintz et Stira. Un autre de ces tableaux rappelle le miracle de l'aigle que Dieu envoya pour défendre contre les attaques des animaux de proie, le corps du Martyr, échoué sur le rivage. Un troisième montre l'attelage qui enlève le corps, épuisé de fatigue et de soif et ne pouvant plus avancer. Aux pieds des bœufs jaillit une fontaine dans laquelle ils se désaltèrent et dont les eaux devinrent célèbres par leur efficacité dans diverses maladies. — Plus loin, on voit des soldats invoquer saint Florian. Ce patronage est on ne peut mieux justifié. Son principal attribut est une espèce de seau des montagnes avec lequel il verse de l'eau sur les maisons embrasées.

AA. SS., t. 227 de mai.

Date de fête

5 mai

Époque

8ᵉ siècle

Décès

5 mai 720