Saint Stanislas de Cracovie
Évêque et Martyr
Résumé
Évêque de Cracovie au XIe siècle, Stanislas s'opposa fermement aux mœurs dissolues et à la tyrannie du roi Boleslas II. Après avoir ressuscité un témoin mort pour prouver son bon droit lors d'un procès calomnieux, il fut assassiné par le roi lui-même au pied de l'autel. Son martyre entraîna l'exil du souverain et fit de lui le saint patron de la Pologne.
Biographie
SAINT STANISLAS, ÉVÊQUE DE CRACOVIE, MARTYR
Si je dis au pécheur : Tu périras ! et si tu n'ouvres pas la bouche pour l'avertir et le faire revenir de son égarement, le pécheur périra à cause de son péché, mais je te redemanderai son sang à toi-même. Si, au contraire, tu as averti le pécheur pour le faire revenir de son égarement, et s'il n'a pas voulu t'écouter, alors il sera seul cause de sa perte, et ton âme sera sauvée.
Ézéchiel, XXXIII, 8 et 9.
Ce saint évêque naquit à Sézépanow, petit bourg de Pologne, éloigné seulement de deux lieues de la ville de Bochnie, et de sept de la ville de Cracovie, capitale du royaume. Son père, nommé Wielislas, était l'un des principaux seigneurs du pays, et avait acquis beaucoup de réputation dans les armes ; et sa mère, nommée Bogna, était aussi d'une maison très-illustre. Mais leur vertu et leur rare piété les élevaient encore au-dessus de leur naissance. Ils étaient le refuge des pauvres, les protecteurs des veuves, les parents des orphelins, et exerçaient avec joie, envers les étrangers, la vertu d'hospitalité. Mais autant ils étaient doux et charitables envers les autres, autant ils étaient sévères envers eux-mêmes, pratiquant des jeûnes, des veilles et autres austérités, pour purifier leurs âmes et les orner de toutes les vertus chrétiennes que pouvait demander leur condition. Leur zèle les porta même à bâtir, d'un commun accord, dans l'une de leurs terres, une belle église ; ils la dédièrent à sainte Marie-Madeleine, pour laquelle ils avaient une dévotion particulière. Ils y donnèrent beaucoup de revenus et quantité d'ornements et de vases d'or et d'argent ; ils y allaient le jour et la nuit faire leurs prières.
Une seule chose manquait à leur bonheur : après trente ans de mariage, ils n'avaient pas d'enfants et ne pouvaient plus concevoir humainement l'espérance d'en avoir. Mais comme ils mettaient tout leur espoir en Dieu, et qu'ils le priaient avec ferveur de leur donner un fils, non pour perpétuer leur nom et leur illustre race, mais pour être consacré au service des autels, leurs vœux furent exaucés. Ce présent du ciel naquit le 26 juillet 1030. Il fut baptisé dans l'église de Sainte-Madeleine, et nommé Stanislas. Les leçons, les vertus de parents si éclairés et si vertueux, enseignèrent de bonne heure la piété au jeune Stanislas. Dans un âge où d'ordinaire on n'a de goût que pour les amusements, il aimait la prière et la mortification. Il gardait dans ses repas la plus exacte sobriété. Il lui arrivait souvent de coucher sur la terre nue, de souffrir volontairement le froid et plusieurs autres incommodités. Il ne se permettait de récréation qu'autant qu'il en fallait pour ne pas altérer sa santé. Il distribuait aux pauvres l'argent qu'il recevait de ses parents pour des plaisirs légitimes. Lorsqu'il eut fait avec succès ses premières études, on l'envoya d'abord à Gnesne, qui était alors la plus célèbre université de Pologne, et ensuite à Paris, où il s'appliqua, pendant sept ans, à la science du droit canonique et de la théologie. Quoiqu'il fût étranger en cette ville, il ne laissa pas de s'y faire estimer et aimer de tout le monde, pour la beauté de son esprit et un certain air de sagesse et d'honnêteté qui reluisait en toutes ses actions. On voulait le faire docteur ; mais il le refusa par humilité.
De retour en Pologne, et devenu, par la mort de ses parents, possesseur d'une fortune considérable, Stanislas disposa de tout ce qu'il avait en faveur des pauvres, afin de servir Dieu avec plus de liberté. L'évêque de Cracovie, Lampert Zula, qui connaissait la capacité et la vertu de notre Saint, l'ordonna prêtre et le fit chanoine de sa cathédrale. Stanislas fut le modèle du Chapitre : il affligeait son corps par l'abstinence, lisait et méditait continuellement l'Écriture sainte, veillait beaucoup, et était assidu aux divins offices. Chargé du soin d'annoncer la parole de Dieu, il s'en acquitta avec un admirable succès. Sa réputation devint si grande, que plusieurs ecclésiastiques et laïques venaient à lui de toutes les provinces de la Pologne, lui proposer leurs doutes et le consulter sur ce qui regardait leur conscience.
Qui n'eût été ravi de ses réponses ? Elles étaient dictées par la foi, la prudence, l'érudition, la sincérité et la charité la plus tendre. Après la mort de Lampert, le désir du vénérable défunt, les vœux réunis du roi, du clergé et du peuple, appelèrent Stanislas à lui succéder : il refusa énergiquement ; mais il lui fallut obéir aux ordres formels du pape Alexandre II. Il fut sacré en 1072. Obligé de remplir les fonctions des Apôtres, il tâcha d'en pratiquer toutes les vertus. Il se revêtit d'un cilice qu'il porta toujours jusqu'à la mort, afin de fortifier son esprit en mortifiant sa chair. Il ne refusa jamais son conseil et son assistance à personne, et son plaisir était de faire du bien à tous ceux qui s'adressaient à lui, pour les gagner à Jésus-Christ. Sa maison devint le refuge des pauvres : il se fit donner une liste exacte des veuves et de tous ceux qui étaient dans le besoin, afin de les secourir. Tous les ans, il visitait son diocèse, et apportait un prompt remède aux désordres. Il exigeait surtout que les prêtres menassent une vie édifiante et agréable à Dieu, pour servir de modèles aux autres, et offrir, avec des mains pures, le sacrifice de notre réconciliation. Il s'appliquait à ne rien dire que de grave, de sérieux et de digne d'un Pontife de Jésus-Christ.
Il n'avait nulle peine à oublier les injures, et vivait avec tout le monde avec la douceur et la bonté d'un père. Il n'avait de prédilection que pour les faibles et les délaissés : il protégeait, avec une invincible fermeté, les opprimés, et ce fut là l'origine des persécutions qui lui firent remporter la palme du martyre.
La Pologne avait alors pour roi Boleslas II. Ce prince avait montré de la valeur dans la guerre contre les Russes ; mais il se plongea dans tous les excès de la débauche et de la tyrannie, au point qu'on l'appela Boleslas le Cruel. Le rapt et le viol étaient les crimes journaliers d'un souverain qui devait faire observer les lois et la morale dans son royaume : il n'avait même plus ce reste de pudeur qui cherche les ténèbres pour y cacher le crime.
Personne n'osait lui faire la moindre remontrance sur ses désordres. Stanislas, plus hardi que les autres, ne craignit pas de l'aller trouver : il lui représenta l'énormité de ses crimes et les conséquences funestes de ses scandales. Le prince chercha d'abord à s'excuser par de vaines raisons ; vivement pressé par les justes exhortations du Saint, il parut enfin se repentir et promit de se corriger.
Mais ces résolutions, si elles étaient sincères, ne furent point durables. Boleslas continua sa vie scandaleuse. Ainsi, il fit enlever de force dans la province de Siradie, la femme du seigneur Miécislas, appelée Christine, et aussi remarquable par sa vertu que par sa beauté. Cet acte immoral et tyrannique fit frémir d'indignation toute la noblesse polonaise. Elle pria l'archevêque de Gnesne, primat du royaume, et les évêques qui allaient à la cour, de parler fortement au roi ; mais ces prières furent inutiles. Les prélats ne dirent rien pour ne pas déplaire à leur souverain. La noblesse se vengea d'eux en publiant partout qu'ils étaient des âmes mercenaires et qu'ils avaient bien moins égard à la cause de Dieu qu'à leur fortune et à leur ambition. Stanislas seul osa une seconde fois se charger de la dangereuse mission d'affronter le roi. Après s'y être préparé par de ferventes prières, il alla, escorté de quelques seigneurs et de quelques ecclésiastiques, trouver Boleslas : d'une voix modeste et respectueuse, il l'exhorta à cesser ses désordres, et lui dit même, en terminant, que, s'il ne se corrigeait pas, il s'exposait aux censures de l'Église. Cette menace d'excommunication jeta le roi dans une grande fureur. Il injuria grossièrement le courageux prélat, et lui dit : « Quand on sait parler si peu convenablement à un roi, on devrait être porcher et non évêque ».
Stanislas, sans se laisser intimider, renouvela ses instances, et comme le roi lui avait reproché de manquer de respect à la majesté royale, il lui dit ces paroles, dignes d'être méditées : « N'établissez aucune comparaison entre la dignité royale et la dignité épiscopale ; car en ce cas je vous dirais que la première est à la seconde, ce que la lune est au soleil, ou le plomb à l'or ». Le roi, ne sachant que répondre à des paroles aussi sages et aussi vraies, se retira brusquement sans congédier l'évêque. Le monarque résolut dès lors de se venger. Comme la conduite de l'évêque de Cracovie était irréprochable, Boleslas n'y trouva pas le moindre prétexte à ses persécutions. Il eut recours à la calomnie. Stanislas avait acheté, d'un seigneur nommé Pierre, la terre de Piotrawin, en avait payé le prix en présence de témoins, et l'avait donnée et unie à l'église de Cracovie. Aucune formalité n'avait manqué à cette vente. Néanmoins, Stanislas n'avait pas exigé une quittance du vendeur, ayant pleine confiance en la bonne foi des témoins devant lesquels il l'avait payé. Pierre était mort. Le roi fit venir ses neveux, les exhorta à redemander cet héritage comme un bien usurpé par l'évêque, et les assura qu'il intimiderait si bien les témoins, qu'ils n'oseraient jamais ouvrir la bouche ni déposer la vérité. Ces héritiers suivirent les instructions de Boleslas, intentèrent le procès, et citèrent l'évêque devant le roi.
Notre Saint comparut devant une assemblée nombreuse de juges que le roi présidait, comme cela se pratiquait pour certaines causes. Ses adversaires se plaignirent de ce qu'il avait usurpé leur bien, et lui soutint, au contraire, qu'il l'avait acheté et bien payé. Ils le nièrent ; alors le Saint allégua des témoins : on les fit venir ; mais ils étaient si fort effrayés par les menaces qu'on leur avait faites, qu'ils n'eurent pas le courage de parler.
Stanislas allait être condamné comme usurpateur du bien d'autrui. Alors, ayant élevé son cœur à Dieu, il en reçut une inspiration soudaine : il demanda à ses juges trois jours de délai, promettant de faire comparaître, en personne, Pierre son vendeur, mort depuis trois ans. On le lui accorda par moquerie. Le Saint jeûna, veilla, pria Notre-Seigneur de défendre sa cause, et, le troisième jour, après avoir dévotement célébré la sainte messe, il s'en alla, revêtu de ses habits pontificaux, escorté de ses clercs et de beaucoup de fidèles, à l'endroit où Pierre était enterré, fit ôter la tombe, creuser la terre, et, quand le cadavre fut découvert, il le toucha de son bâton pastoral en lui ordonnant de se lever, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le mort obéit aussitôt à la voix du Saint, se leva et le suivit : Stanislas le mena au tribunal où le roi, sa cour et une foule immense étaient dans une vive attente ; il dit : « Voici Pierre, qui m'a vendu sa terre de Piotrawin : il est ressuscité pour rendre témoignage devant vous ! demandez-lui s'il n'est pas vrai que je lui ai payé le prix de cette terre. C'est un homme connu, son tombeau est ouvert, Dieu vient de le ressusciter pour rendre témoignage à la vérité : sa parole vaut mieux que celle des témoins ». Il n'est pas possible de peindre la stupéfaction du roi, des juges, des témoins, et des demandeurs. Le ressuscité parla à son tour, pour déclarer que l'évêque lui avait payé sa terre devant les deux témoins, qui trahissaient la vérité ; puis se tournant vers ses neveux, il leur fit de vifs reproches d'avoir poursuivi le saint évêque contre tout droit et toute justice, et les exhorta à faire pénitence d'un si grave péché. Stanislas offrit à Pierre, s'il voulait encore vivre quelques années, de le lui obtenir de Notre-Seigneur ; mais Pierre répondit qu'il était en purgatoire et que, cependant, il aimait mieux y retourner tout de suite, et en souffrir les peines, que de s'exposer au danger de se perdre dans cette vie terrestre. Il conjura seulement le saint évêque de prier Notre-Seigneur, afin que les peines du purgatoire fussent abrégées en sa faveur, et qu'il pût bientôt entrer dans le séjour des Bienheureux. Après cela Pierre s'en retourna à son tombeau accompagné de l'évêque et d'une grande multitude de peuple ; il se coucha dans sa fosse, priant toute l'assistance de le recommander à Dieu, et mourut une seconde fois pour vivre éternellement. Ce miracle fit une vive impression sur Boleslas. Il réprima quelque temps ses débauches et ses cruautés. Il fit même une expédition glorieuse contre les Russes et se rendit maître de Kiow, leur capitale ; mais là, au milieu de l'enivrement de la victoire, il s'abandonna de nouveau à ses passions déréglées. Non content de ses excès ordinaires, il en vint jusqu'à commettre publiquement les abominations de Sodome et de Gomorrhe. Le farouche conquérant, pour faire diversion à ses voluptés, envoyait par centaines les malheureux vaincus à l'échafaud, non-seulement les hommes, mais encore les femmes enceintes et les nourrices.
À son retour de cette expédition, il traita ses sujets de la manière la plus indigne. Saint Stanislas, comme un autre Jean-Baptiste, résolut enfin d'arrêter à tout prix la licence effrénée de ce nouvel Hérode, se dévouant au martyre, s'il le fallait, pour la gloire de Dieu et le salut de la Pologne. Il demanda à Dieu par des jeûnes, des larmes et des prières, la conversion de son roi : il lui fit plusieurs visites dans lesquelles il ne négligea rien pour lui ouvrir les yeux et le tirer de l'abîme ; mais Boleslas s'y enfonçait de plus en plus. Semblable à ces malades frénétiques qui regardent leurs médecins comme des ennemis, il s'emporta contre le Saint, le chargea d'injures et le menaça même de la mort, s'il continuait à censurer sa conduite.
L'évêque de Cracovie, après ces avertissements si nombreux donnés au coupable, voyant son impénitence et ses scandales s'accroître de jour en jour, consulta d'autres évêques, et, sur leur avis, et à la prière de tous les gens de bien, il excommunia publiquement Boleslas et lui interdit l'entrée de l'Église. Boleslas n'en continua pas moins d'assister aux prières publiques : l'évêque ordonna alors qu'on cesserait l'office divin dès que le prince excommunié entrerait dans l'église. Néanmoins, afin de n'être point troublé par la présence de Boleslas, le Saint alla célébrer les saints mystères dans une église de Saint-Michel, hors de la ville. Boleslas l'y suivit et ordonna à quelques-uns de ses gardes d'entrer dans cette église et d'y massacrer l'évêque : ils entrèrent ; mais, quand ils voulurent mettre les mains sur le Saint qui célébrait la messe, une lumière céleste les épouvanta et les renversa par terre.
Le roi, se moquant de leur lâcheté, en envoya d'autres : ce prodige se renouvela trois fois ; enfin Boleslas vint lui-même, l'épée nue à la main, et frappa sur la tête du saint évêque un coup si violent, qu'il fit rejaillir la cervelle contre la muraille ; ensuite, savourant à loisir son atroce vengeance, il mutila le visage du saint Martyr, lui coupant de ses propres mains, le nez et les lèvres. Puis, par son ordre, ce corps sacré fut traîné hors de l'église et mis en lambeaux, qu'on dispersa dans les champs, pour servir de proie aux oiseaux et aux bêtes sauvages ; mais Notre-Seigneur envoya quatre grands aigles qui défendirent, deux jours entiers, les saintes reliques ; et la nuit, chaque lambeau du corps du Martyr reluisait d'une lumière céleste. Quelques prêtres et quelques personnes pieuses, enhardies par ces prodiges, osèrent, malgré la défense du roi, recueillir ces membres épars qui, par un miracle surprenant, se réunirent parfaitement. On eût dit qu'ils n'avaient jamais été séparés. On n'y voyait même aucune cicatrice. Il en sortait des parfums qui embaumaient l'air d'une manière délicieuse. Le corps du saint Martyr fut d'abord enterré à la porte de l'église de Saint-Michel ; dix ans plus tard on le transféra à Cracovie, et on l'ensevelit au milieu de l'église de la forteresse, avec une grande magnificence. Le pape saint Grégoire VII ne pouvait laisser impuni un crime semblable. Il mit en interdit le royaume de Pologne, anathématisa Boleslas et le déclara déchu de la royauté. Ce prince, poursuivi à l'extérieur par la réprobation universelle de ses sujets, à l'intérieur par la pensée de ses crimes et surtout de l'odieux assassinat qu'il avait commis, se sauva en Hongrie. Le roi Ladislas l'accueillit avec bonté. Le repentir était enfin entré dans son âme : toujours poursuivi par les remords de sa conscience, il entreprit le pèlerinage de Rome, pour implorer l'absolution du Pape. Il se mit donc en route, accompagné d'un seul domestique, et vêtu en pèlerin. Arrivé dans la Carinthie, devant la porte du couvent des Bénédictins d'Ossiach, il s'y arrêta pour demander l'aumône. Alors, inspiré d'en haut, il résolut de passer le reste de ses jours dans ce saint asile, en y menant une vie pénitente. Il y fut admis, en effet, comme frère lai, et, en cette qualité, il rendit aux moines les plus humbles services, comme aurait fait un valet ou un domestique. Étant peu habitué à ce genre de travail, il s'y prenait assez maladroitement, et, comme personne ne connaissait au couvent sa haute origine, il lui arrivait parfois d'être mené rudement par les moines ou par les autres gens de service de la maison. Boleslas souffrait tout en esprit de pénitence, avec une patience inaltérable ; il poussa même la résignation et l'humilité jusqu'à observer un silence perpétuel, comme s'il eût été muet. Le vieux chroniqueur dit naïvement à ce sujet : « C'est ainsi qu'il était devant Dieu plus grand dans la cuisine, qu'il n'avait été sur le trône ». Il vécut ainsi sept ans, lorsqu'enfin il plut à Dieu de mettre un terme à ses peines et à sa pénitence. Alors seulement, sur son lit de mort, il fit de nouveau usage de la parole, et il pria l'abbé de venir le visiter. Il lui révéla l'histoire de sa vie passée, son nom, son origine, ses crimes, et particulièrement le meurtre qu'il avait commis sur la personne de saint Stanislas. Il lui fit cette confession avec les marques de la plus sincère contrition ; puis, après avoir reçu les Sacrements, il remit à l'abbé l'anneau royal, qu'il avait tenu caché jusqu'à-là, et il mourut.
On avait remarqué que, souvent, pendant la nuit, Boleslas passait des heures entières en prières ferventes devant une image de la sainte Vierge, d'où l'on peut conclure que c'est la Mère de Dieu qui lui obtint la grâce de la conversion et d'une sainte mort. Son corps repose, encore aujourd'hui, dans l'église du monastère d'Ossiach.
Le martyre de saint Stanislas eut lieu le 8 mai 1079 ; il fut canonisé en 1253, par Innocent IV. Le pape Clément VIII a fait insérer sa fête dans le Missel et le Bréviaire romain, pour être célébrée par toute l'Église, selon le rite double, le 7 mai, parce que le 8 est occupé par la fête de l'apparition de saint Michel. Beaucoup de miracles ont été opérés au tombeau du Saint. Il a ressuscité six morts, rendu la vue à des aveugles et guéri toutes sortes de maladies.
Le corps de saint Stanislas fut transféré dans la cathédrale de Cracovie en 1088. L'assassinat de saint Stanislas, revêtu de sa chasuble, au pied de l'autel par Boleslas lui-même ; les aigles qui gardent son corps dans les champs, la résurrection du mort qu'il amène pour témoigner en sa faveur, servent à caractériser saint Stanislas dans les représentations qu'on a faites de lui.
Il est l'un des patrons de la Pologne et est surtout honoré à Cracovie, à Schweidnitz, etc.
Voir Callot, S. Leclerc, Estampes, Paris, etc. Voir les Bollandistes, Longin, Deglees, les Vies choisies d'Andilly, etc.
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## SAINTE MASTIDIE OU MATHIE, VIERGE.
« Mastidie, de Troyes, était une vierge d'une vertu extraordinaire. Ses Actes ont péri ; on en conclut qu'elle florissait dans les premiers siècles de la foi chrétienne. Mais le peu de monuments qui nous restent de sa vie suffisent pour faire entrevoir du moins l'éclat de sa sainteté. En l'an 343 de notre saint, elle reposait sous l'autel, selon que cela se pratiquait pour les anciens Martyrs. Les habitants de la ville de Troyes, et en particulier sainte Maure, vierge, l'honoraient très-dévoûment et très-pieusement. Or, la cité de Troyes ayant été saccagée et brûlée avec toutes ses églises, en 892, par les Normands, les reliques de notre Sainte disparurent pour longtemps sous les ruines amoncelées. Environ un siècle après, en 992, Milon, évêque de Troyes, trouva le corps de sainte Mastidie, en faisant fouiller le sol de la cathédrale ; il était tout entier et enveloppé d'un suaire de pourpre. Déposé dans l'église avec honneur, il brilla par de nombreux miracles, surtout en l'an 1067, où il fut porté, pour une station, dans l'église suburbaine de Saint-Remy, pour le temps pascal, et rendit la santé à un très-grand nombre de malades, selon ce qu'on lit dans l'histoire de son invention. Dans la suite, comme une grande multitude de peuple affluait à Troyes pour honorer les saintes reliques, on désigna le 8 mai pour la célébration de la fête.
« Voici quelques-uns des miracles opérés par la Sainte, en l'an 1067 : Elle guérit une femme de la ville de Tonnerre, dont la main gauche était desséchée ; elle guérit un enfant de trois ans, de la ville de Sens, malade et débile des jambes. Elle rendit la lumière à un aveugle. Elle redressa une femme qui était calée-jatte ; elle rendit sain et dispos un paralytique, malade depuis déjà trente ans ; elle rendit l'ouïe à une femme de Sens, et la vue à une autre femme. Elle fit marcher droit un enfant qui se traînait à la manière des bêtes ; elle guérit deux petites filles âgées de cinq ans ; un homme de Toul, d'une contraction du visage ; un jeune homme dont le côté gauche du corps était paralysé. Ces miracles rendirent sainte Mastidie très-célèbre et très-chère à toutes les populations voisines. L'auteur qui composa la relation de son invention, l'appelle vierge royale, incomparable, vouée à Dieu ».
Il y a des reliques de sainte Mathie, à la cathédrale de Troyes, qui ont été reconnues le 25 avril 1821. Saint-Remy de Troyes, Le Chêne, Maizières-la-Grande-Pavoisse, Jolly-sur-Sarce, La Maison-des-Champs en possèdent des fragments qui sont partout l'objet d'une grande vénération.
Les anciennes constitutions du diocèse de Troyes, renouvelées en 1371, défendant les travaux des champs le jour de la fête de sainte Mathie.
Annuaire propre de Troyes, notes locales.
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## SAINT MISSELIN OU MESCLIN, PRÊTRE DE TARBES.
Misselin était un prêtre de Tarbes. Saint Grégoire de Tours fait en quelques mots un grand éloge de lui, en comparant ses vertus et ses mérites à ceux de saint Justin. On lit dans un vieux manuscrit, que ce saint prêtre se mit à la tête des Bigorraïs pour chasser de Tarbes les Goths ariens, qui s'en étaient emparés et y exerçaient des iniquités innommables. Pendant plusieurs siècles, on célébra la délivrance de Tarbes le 25 mai, jour auquel on faisait aussi la fête de Misselin. Depuis longtemps, la fête de saint Misselin se célèbre le 7 mai. Il est patron d'une paroisse des environs de Tarbes, où une tradition porte qu'il était né.
Fourni par M. Forcade.
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## SAINT DOMITIEN, ÉVÊQUE DE MAESTRICHT (vers 560).
Saint Domitien est né en France sur la fin du Ve siècle. Il fut d'abord élevé sur le siège épiscopal de Tongres ; celui de Maestricht étant devenu vacant, le peuple et le clergé de cette ville, qui connaissaient son mérite et la réputation dont il jouissait, l'élurent pour évêque de leur ville. Domitien accepta malgré lui cette nouvelle dignité, mais il remplit avec un zèle infatigable les devoirs qu'elle lui imposait. Par sa science et sa sainteté il fut, à la lettre, la lumière du monde et le sel de la terre : c'est ce qu'on eut lieu de remarquer au cinquième concile d'Orléans, tenu en 541. Dans une disette extraordinaire qui désola son troupeau, comme les riches cessaient leurs aumônes, dans la crainte de manquer eux-mêmes du nécessaire, Domitien leur reprocha vivement leur dureté et leur peu de foi, les conjurant de ne pas laisser mourir de faim leurs frères ; et pour qu'ils n'eussent rien à appréhender pour eux-mêmes, il les assura que la récolte prochaine, malgré les apparences contraires, suffirait à tous les besoins ; ce qui arriva.
Il délivra par ses prières les habitants de Huy d'un animal extraordinaire qui avait causé de grands ravages, et passa quelque temps dans cette ville, où il convertit plusieurs de ceux qui étaient encore idolâtres. Domitien connut par révélation l'époque de sa mort, et, sur la fin de sa vie, il visita par dévotion les tombeaux de plusieurs saints, entre autres celui de saint Servais, évêque de Tongres. Il mourut le 7 mai 560, et son corps fut enterré à Huy, dont il est patron. Il s'opéra un grand nombre de miracles à son tombeau, et son corps ayant été levé de terre sous Charlemagne, fut trouvé entier et bien conservé.
On fait encore tous les ans une procession à la fontaine près de laquelle saint Domitien est censé avoir tué le monstre, le dragon, comme disaient nos pères. Cette fontaine est probablement celle où le Saint baptisait, et dès lors rien d'étonnant qu'on ait figuré sous les traits d'un dragon le démon dont la fonction est de détourner les hommes du baptême d'abord, et de tout bien ensuite. — On représente donc saint Domitien avec ce dragon allégorique ou réel à ses pieds et on l'invoque contre les fièvres.
## SAINT JEAN DE BEVERLEY (721).
Saint Jean de Beverley, évêque d'York, né au milieu du VIIIe siècle, au village de Harphan, dans le pays des Delrois, alla étudier les sciences humaines et divines dans la célèbre école fondée par saint Théodore de Cantorbéry. Il étudia aussi à Oxford et aurait été le premier qui, en récompense de son savoir, reçut les marques de distinction, appelées dans la suite maîtrise et doctorat, et eut pour maître l'abbé saint Adrien. Ensuite il prit l'habit monastique dans le monastère de Wilhby, alors gouverné par saint Hilde. Il fut tiré de sa solitude vers l'an 685, pour être placé sur le siège épiscopal d'Hexam ; mais il continua la vie qu'il menait dans le cloître, et il consacrait à la contemplation tous les moments qui n'étaient pas absorbés par ses fonctions épiscopales. Pour vaquer plus librement à ce saint exercice, il se retirait souvent dans une cellule, qui était auprès de l'église de Saint-Michel, au-delà de la Tyne, et il y passait ordinairement le Carême. Au commencement d'un Carême, il emmena avec lui dans sa retraite un jeune homme muet de naissance et dont la tête était couverte d'une dartre hideuse. Quelques jours après, il lui rendit l'usage de la parole en formant le signe de la croix sur sa langue, ensuite il lui apprit à lire. Un médecin s'étant chargé de soigner le mal que ce jeune homme avait à la tête, Jean donna sa bénédiction aux remèdes qui opérèrent une entière guérison. Lorsque saint Wilfrid, dont on avait démembré le diocèse pour ériger plusieurs sièges nouveaux, parmi lesquels était celui d'Hexam, fut rétabli, en 705, dans l'intégrité des possessions dont on l'avait dépouillé, Jean quitta son siège, qui fut supprimé ; mais peu de temps après, il fut obligé d'accepter l'évêché d'York, que le même Wilfrid lui céda. Saint Bède, qui reçut de lui le diaconat et la prêtrise, lorsqu'il était encore évêque d'Hexam, rapporte de lui plusieurs miracles, entre autres la guérison de la femme d'un seigneur du voisinage, à laquelle il rendit la santé avec de l'eau qu'il avait bénite. Le saint Évêque fonda à sept milles d'York le monastère de Beverley, où il se rendait souvent pour se renouveler dans l'esprit intérieur ; il s'y fixa définitivement en 712, après avoir gouverné pendant sept ans l'église d'York, qu'il résigna à saint Wilfrid le Jeune, et passa le reste de sa vie dans les exercices de la vie monastique. Il mourut le 7 mai 721. Son monastère ayant été détruit par les Danois, le roi Athelstan, qui avait remporté sur les Écossais une victoire complète, de laquelle il se croyait redevable à l'intercession de saint Jean, bâtit sur l'emplacement de l'ancien monastère une collégiale qui fut dédiée sous son invocation. Quatre siècles plus tard, Henri V ayant gagné sur les Français la fameuse bataille d'Azincourt, après avoir invoqué la protection de saint Jean de Beverley, voulut, par reconnaissance, que sa fête fût chômée dans toute l'Angleterre. En 1037, Alfric, archevêque de Cantorbéry, transféra solennellement dans l'église les reliques de saint Jean, et en 1664, on retrouva, en creusant une fosse dans cette église, une boîte de plomb qui renfermait plusieurs fragments d'où avec un peu de poussière, ainsi que des inscriptions qui indiquaient que c'étaient les précieuses reliques du Saint, qu'on avait cachées au commencement du règne d'Édouard VI.
Les évêques schismatiques s'empressèrent de faire enfouir ces précieux restes. Car au bruit de leur découverte, protestants et catholiques étaient accourus. Mais la reine ayant témoigné le désir d'avoir des reliques d'un Saint qui avait été si souvent le bouclier de la nation anglaise, on les enleva sans bruit pendant la nuit : les Jésuites d'Angleterre en apportèrent une partie à Auvers.
Cf. Acta Sanctorum, tomes II et VII de mai.