Saint Montain (Montan)
Ermite à La Fère
Résumé
Ermite du Ve siècle vivant près de La Fère, Montain est célèbre pour avoir prophétisé la naissance de saint Remi à la noble Célinie malgré son âge avancé. Devenu temporairement aveugle, il recouvra la vue grâce au lait de la mère de l'enfant. Il est le saint patron de la ville de La Fère.
Biographie
SAINT MONTAIN OU MONTAN, ERMITE À LA FÈRE (Ve siècle).
Tandis que les Gaules, au Ve siècle, étaient le théâtre des guerres, des concessions et des rapines, un solitaire, nommé Montain ou Montan, vivait sur la Cher, près de Juvigny, dans le Luxembourg. Formé à la vertu dès l'enfance, il vivait séparé du monde pour n'avoir de commerce qu'avec Dieu et se livrer tout entier aux exercices de la pénitence. Inquiété dans sa retraite par les courses des Barbares, il la quitta et alla chercher une solitude plus profonde à La Fère (Aisne), lieu alors rempli de bois, environné de précipices et de marais.
Là, Montan, tout occupé des besoins de l'Église troublée par les guerres et par l'hérésie de Nestorius que le concile général d'Éphèse (431) venait de condamner, ne cessait d'implorer le secours du ciel. Ses prières ne furent pas sans effet.
Un jour que Montan reposait d'un léger sommeil, il fut par trois fois averti de prédire à Célinie, noble dame de la contrée, qu'elle aurait un fils, et de lui en déclarer en même temps le nom et les mérites. Tout à coup il lui sembla que, par une grâce divine, il est transporté au milieu du chœur des anges et de l'assemblée des saintes âmes, tenant ensemble conseil et conférant de la subversion ou de la restauration de l'église des Gaules : tous déclarent que le temps est venu d'avoir pitié d'elle ; et, en même temps, une voix qui retentit avec douceur se fait entendre d'un lieu plus élevé et plus secret :
« Le Seigneur a regardé du Saint des Saints, et du ciel en la terre, pour entendre les gémissements de ceux qui sont enchaînés, et pour briser les fers des fils de ceux qui ont péri, afin que son nom soit annoncé parmi les nations, et que les peuples et les rois se réunissent ensemble pour le servir ».
La voix disait « que Célinie concevrait un fils, nommé Remi, auquel le peuple serait confié pour être sauvé ».
Après avoir reçu une si grande et si douce consolation, le saint personnage, trois fois averti d'accomplir sa mission, vint annoncer à Célinie l'oracle de la céleste vision. Or, cette mère bienheureuse avait eu longtemps auparavant, dans la fleur de sa jeunesse, de son seul et unique mari, Émile, un fils nommé Principe (ou Prince), depuis évêque de Soissons, et père de saint Loup, son successeur à l'épiscopat de la même ville : la bienheureuse Célinie s'étonne ; elle ne peut comprendre comment, déjà vieille, elle enfantera un fils et le nourrira de son lait, d'autant que son mari et elle-même, grandement avancés en âge, épuisés et stériles, n'avaient plus ni espoir ni désir d'avoir désormais des enfants. Mais le bienheureux Montan, devenu aveugle pour un temps, afin que les mérites de la patience abondassent en lui, déclare à Célinie que ses yeux doivent être arrosés de son lait et qu'aussitôt il recouvrera la vue. Cependant les bienheureux parents se livrent à la joie d'une si grande consolation, et, quand le moment est arrivé, le futur pontife de Jésus-Christ vient au monde heureusement et reçoit, sur les saints fonts de baptême, le nom de Remi. L'heureuse promesse faite au saint Prophète est aussi fidèlement accomplie : car, pendant l'allaitement, ses yeux sont arrosés du lait de la bienheureuse mère Célinie, et il recouvre la vue par les mérites de l'enfant.
Dom Lelong dit « que c'est à Cerny, où était le château de Célinie, que la scène précédente se serait passée ».
Si Montan vécut encore quelques années après avoir recouvré la vue, il retourna dans sa solitude de La Fère, au lieu dit la Fosse de Saint-Montan ; il y mourut le 17 mai. La ville de La Fère et sa collégiale ont pris pour patron saint Montan. On conserve, encore aujourd'hui, une petite portion de ses reliques à l'église paroissiale et à la chapelle de l'Hôtel-Dieu ; elles ont été reconnues authentiques par Mgr Leblanc de Beaulieu. La fête du Saint se célèbre à La Fère avec une grande solennité le 17 mai ; et, pendant les neuf jours suivants, les fidèles continuent de venir vénérer ses reliques. — La cathédrale de Laon possédait autrefois le chef et un bras du saint solitaire ; l'abbaye de Juvigny avait la principale partie de son corps.
HENRI CONGNET, doyen du Chapitre. — Soissons, le 17 août 1566. G. Flodourt, Histoire de l'église de Reims, liv. 187 ; D. Lelong, Histoire du diocèse de Laon, p. 87.