Saints Amand, Alexandre, Lucius et Audalde
Martyrs de Caunes
Résumé
Amand, Alexandre, Lucius et Audalde sont des martyrs du IVe siècle honorés à Caunes. Selon la tradition, ils furent mis à mort sous Dioclétien après avoir prêché l'Évangile dans la région. Leurs reliques, découvertes miraculeusement par un laboureur, sont l'objet d'une grande dévotion locale.
Biographie
LES SAINTS MARTYRS DE CAUNES ET NOTRE-DAME DU CROS.
(Commencement du IVe siècle).
« La mémoire des saints martyrs Amand, Alexandre, Lucius et Audalde est célèbre à Caunes, diocèse de Carcassonne. On les croit originaires de ce bourg, ce qui les a fait appeler Martyrs de Caunes. D'après la tradition, ils auraient été mis à mort pour la foi, sous Dioclétien, au commencement du IVe siècle. Mais on ne sait rien de certain sur le lieu et l'époque précise de leur martyre.
« On lit à leur sujet dans un ancien martyrologe : Au monastère de Caunes, près de Narbonne, la naissance au ciel des saints martyrs Amand, Alexandre, Lucius et Audalde, qui, en répandant la foi dont le flambeau s'était pour eux allumé à Caunes... furent soumis à de cruels tourments, et dont les âmes dignes de l'immortalité se détachèrent dans l'effort du dernier combat...
« En 1304, Jean III de Castropercio, abbé du monastère de Caunes, ainsi que l'atteste une vieille inscription, fit faire une châsse où l'on plaça les reliques des Martyrs : elles y reçoivent encore aujourd'hui les pieux hommages des fidèles ».
Telle est la légende que le Propre de Carcassonne consacre le 5 juin aux Martyrs de Caunes ; voici maintenant quelques notes locales que nous devons à l'obligeance de M. Arnandy, curé de Caunes, et de M. Grimes, chanoine d'Évreux, prédicateur apostolique et originaire de Caunes.
La tradition locale n'est pas pleinement d'accord avec la légende du bréviaire, dans ce sens que ce dernier présente ces glorieux Martyrs comme natifs de Caunes, tandis que la tradition
LES SAINTS MARTYRS DE CAUNES, NOTRE-DAME DU CROS.
porte qu'ils sont venus à Caunes prêcher la religion de Jésus-Christ et y ont cueilli la palme du martyre, pendant la persécution de Dioclétien. On croit que saint Amand était évêque de Noyon et qu'il vint à Caunes, accompagné d'Alexandre, son vicaire général, et de deux autres de ses prêtres annoncer l'Évangile, et qu'ayant été poursuivis par la haine populaire contre la nouvelle religion et par l'édit sanglant de Dioclétien, ils y trouvèrent la mort comme sainte Saturnine à Toulouse, et saint Papoul dans la ville de ce nom. Dans tout le reste, la tradition est d'accord avec la légende et avec le martyrologe.
La même tradition porte que les saints Martyrs, après leur mort, furent ensevelis dans un champ tout près de la ville, et qui porte encore le nom de Champ des Corps Saints. Leurs dépouilles mortelles y restèrent longtemps comme oubliées ou inconnues. Mais le divin Maître, pour lequel ils avaient versé leur sang, n'ayant pas permis que ces restes précieux demeurassent dans l'oubli et sans profit pour la vraie religion, amena un laboureur à travailler si profondément que, la charrue ne pouvant avancer et les bœufs manquant de force, on voulut voir quel était cet obstacle qui s'opposait au dit travail, et l'on découvrit la tombe qui renfermait ces restes vénérés. On construisit tout près un petit oratoire en leur honneur. L'on voit encore chez M. Grimes, marbrier du lieu, les débris d'un bas-relief retiré de cette chapelle, qui présente les Martyrs traînés au supplice par des soldats armés de piques. Cet oratoire ayant été détruit par la Révolution pour faire place à une auberge dite de Bellondrade, et aujourd'hui l'hôtel de France, toutes sortes de malheurs fondirent sur cette maison, et depuis, chaque année, le jour de la procession solennelle où l'on porte ces reliques avec une grande pompe et au milieu d'un concours immense d'étrangers, comme à la procession de clôture, on élève devant ledit hôtel, en souvenir du lieu où ils ont été découverts et de la chapelle qui a disparu, un reposoir richement orné, devant lequel les bustes des Martyrs où sont renfermées leurs reliques sont placés sur des tables en face, et où l'on chante le Répons et l'Oraison en leur honneur.
Quoi qu'il en soit du lieu de leur naissance, on ne peut nier qu'ils n'aient subi le martyre dans Caunes même, car on possède, outre une grande quantité d'ossements, des linges teints de sang, de petites fûles pleines de sang aussi, ornements pontificaux, débris de pierre sacrée, dents, sommier, boîte pour administrer les Sacrements, etc. ; objets précieux dignes d'admiration, même au point de vue de l'art.
Les religieux Bénédictins, jaloux de conserver à ces restes sacrés l'honneur qui leur était dû, les transférèrent dans leur monastère et érigèrent une chapelle en leur honneur, chapelle remarquable par la beauté des marbres et par la richesse du plan, que va bientôt relever encore une ornementation nouvelle. En 1391, on renferma toutes ces précieuses reliques dans une belle châsse de bois doré ; en 1724, on fit l'ouverture solennelle de cette châsse, et l'on distribua dans quatre bustes dorés la majeure partie des reliques. Cette cérémonie, entourée de toute la magnificence du culte catholique, fut présidée par le vicaire général de Mgr l'archevêque de Narbonne, en présence de tout le chapitre de l'abbaye, d'un grand nombre de hauts personnages, et de plus de quarante prêtres réunis. On visita les anciens authentiques en parchemin, on y en déposa un de nouveau, et le tout fut scellé religieusement du sceau archiépiscopal.
Ces bienheureux Martyrs sont l'objet dans toute la contrée d'un culte empressé et d'une confiance extraordinaire. Beaucoup de messes sont demandées en leur honneur. Dans toutes les calamités publiques ou locales, en temps de sécheresse ou de mortalité, on demande des processions avec les reliques des saints Martyrs. Et l'expérience la mieux soutenue a prouvé qu'on ne les invoque jamais en vain.
On pourrait multiplier les faits puisés dans les archives de Caunes, mais il faut se donner des bornes, surtout pour le travail auquel ces notes sont destinées.
C'est le dimanche qui suit l'octave de la fête du Saint-Sacrement que se fait l'ouverture de la solennité de nos Saints par une procession extérieure ; les reliques des Saints y sont portées en triomphe, les fidèles des villages voisins viennent les vénérer. Pendant huit jours, les reliques sont exposées dans de riches pavillons, le soir a lieu le chant des Complies, au milieu d'un grand concours de peuple. Le dimanche une nouvelle procession extérieure clôture la fête. On invoque ces Saints dans les calamités publiques. Il y a dans la ville de Caunes et aux environs une grande dévotion envers ces Saints.
Pour Notre-Dame du Cros, la fête est célébrée le 8 septembre, jour de la Nativité. Cette fête dure quinze jours. On vient de fort loin vénérer Marie dans ce sanctuaire béni.
En la prenant aussi haut que l'on puisse remonter, Caunes, ville très-ancienne, a été centre celtique, siège druidique, carte romaine, canton civil et ecclésiastique, justice de paix, avec cour et consulat.
Elle avait un marché par semaine, et, en outre, une célèbre abbaye commendataire de Bénédictins, fondée en 780, dont l'abbé était à la nomination du Pape ; haute seigneurie, cour de temporalité, chapitre avec prébende, hospice, chapelle des Martyrs, oratoire de Pénitents-Blancs, formant avec l'église paroissiale et l'église abbatiale quatre sanctuaires intéressants.
Caunes était entourée de remparts et avait six portes. Elle a été le théâtre de plusieurs luttes sanglantes, puisqu'on a trouvé souvent en démolissant des murs et des fours, en creusant des puits, des armes, des boucliers, des épées, des boulets, etc.
Elle a encore aujourd'hui une population de deux mille trois cents habitants, mais deux églises seulement : l'église paroissiale, ancienne abbatiale, et le sanctuaire vénéré dédié à la sainte Vierge, dit Notre-Dame du Cros, dont on va lire l'historique ou la notice.
Caunes possède encore, à peu de distance de la ville, un sanctuaire du plus haut intérêt, dédié à l'immaculée Vierge, Mère de Dieu. Ce lieu de pèlerinage, appelé Notre-Dame du Cros, d'un mot tiré de la basse latinité *Crosum* ou *Cruxum* : enfoncement, bas-fonds, profondeur, parce qu'il est situé au fond d'un bassin ou vallon assez profond, est un des plus célèbres de nos contrées. Sa fondation, basée sur une révélation dont nous parlerons tout à l'heure, paraît remonter au VIe ou VIIIe siècle au plus tard. Quoi qu'il en soit, on voit encore de nos jours, adossés à une montagne de marbre gris taillée à pic, trois cintres à pierre sèche, appelés dans l'idiome du pays *Ios Capellotus*, les petites Chapelles, qui portent la trace d'une antiquité très-reculée. D'aucuns pensent que c'est là la première origine de cette dévotion. On y voyait naguère dans chacune une statue. Au milieu était celle de la très-sainte Vierge, à droite celle de saint Joseph et à gauche celle du disciple bien-aimé. Il paraît qu'à mesure que la piété des fidèles grandit pour cette dévotion, on éprouva le besoin d'ériger un sanctuaire dans de plus vastes proportions. En effet, cet oratoire, dont les vicissitudes ont été nombreuses, porte des traces vivantes de plusieurs transformations successives ; les styles moyen âge, roman, renaissance et moderne s'y peuvent distinguer facilement. Ce n'est pas ici le cas d'en donner une description étendue. Bornons-nous à dire que l'église formant un vaste carré long, présente trois autels de face d'une grande richesse ; un superbe baldaquin, où l'on voit l'auguste Mère de Dieu s'élevant dans les cieux sur un trône de nuages, environnée des rayons du soleil comme sur un fonds d'or ; puis quatre chapelles, dont deux de construction récente, dédiées, l'une à saint Joseph, l'autre à sainte Germaine, sont d'un très-heureux travail et entièrement formées de marbres précieux.
Mais nous avons parlé de révélation ou d'apparition, disons donc sur quoi repose la pieuse tradition locale, à défaut de documents disparus dans l'incendie de la bibliothèque du couvent. On rapporte qu'il y avait en ce lieu une famille de bergers ; la bergère, femme très-dévouée au culte de la sainte Vierge, ayant vu surgir une fontaine du plus beau cristal, se sentit pressée de boire de cette eau ; mais n'osant la toucher de ses mains de peur de la salir, ni se courber pour ne pas boire à la façon de ses brebis, elle éprouva un moment de perplexité ; elle contemplait et priait, lorsqu'une belle coupe parut sur l'eau. Elle comprit de quelle main lui venait cette délicate attention, elle but de cette eau, et, ayant un enfant atteint de la fièvre intermittente, elle lui en donna et l'enfant recouvra instantanément la santé. Depuis lors on attribue, non sans de grands fondements, une vertu fébrifuge à l'eau du Cros puisée dans l'écuelle. Cette écuelle ou coupe est d'une matière rouge inconnue jusqu'ici et portant au dos des caractères que nul n'a pu déchiffrer. Le jour de l'apparition de cette coupe était le jour de la Nativité de la sainte Vierge, et c'est ce jour qui en est devenu la fête titulaire.
La reconnaissance de ces pieux bergers ne pouvant se traduire autrement, ils construisirent de leurs mains avec des pierres communes ces trois cintres où ils placèrent la sainte famille, et qui paraît avoir servi de point de départ à cette célèbre dévotion.
Un aumônier y fait sa résidence, y célèbre les messes, entretient le sanctuaire et donne satisfaction à la piété des innombrables pèlerins qui s'y pressent toute l'année.
L'abbé Grimes, chanoine honoraire d'Évreux.
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## SAINT ALLYRE, QUATRIÈME ÉVÊQUE DE CLERMONT (385).
Allyre ou Illide, né en Auvergne d'une famille noble, sous le règne de Constantin, fut élu évêque de Clermont par l'inspiration de Dieu et à la demande du clergé et du peuple de cette Église. Le renom de sa sainteté étant venu aux oreilles de Clément Maxime, qui régnait à Trèves,
comme sa fille se trouvait tourmentée par un esprit impur, ce prince envoya des députés au saint évêque pour l'inviter à le venir voir. Allyre fut reçu à la cour avec une grande vénération, et, après une nuit passée en prières, il mit ses doigts dans la bouche de la jeune fille et chassa le démon.
L'empereur voulait payer ce service avec des monceaux d'or et d'argent ; mais le saint évêque, refusant ces richesses, demanda seulement et obtint que la cité Arverne payât en or le tribut qu'elle payait en blé et en vin. Le saint pontife, qui était non moins chargé d'années que comblé de mérites, termina sa carrière dans ce voyage ; il alla jouir de la vue de Notre-Seigneur, environ l'an 385. Il fut rapporté dans sa ville et déposé dans l'église de Sainte-Marie.
Saint Grégoire de Tours rapporte plusieurs miracles qui s'opérèrent au tombeau de saint Allyre. « Dans le temps », dit-il, « que Gallus, d'heureuse mémoire, gouvernait l'Église, moi, Grégoire, qui trace ces lignes, étant encore jeune, je souffris d'une forte fièvre et d'un mal à l'aise jusqu'à ce que j'eusse obtenu de ma mère que l'on me portât au tombeau de saint Allyre. J'y fus porté, et je recouvrai la santé ». Un fil, qui avait servi à lier les reliques de saint Allyre ayant été dans le feu, fut retrouvé intact longtemps après. Un comte, qui était aveugle, recouvra la vue au même tombeau.
Propres de Saint-Flour et de Clermont.