Saint Barnabé (Joseph)
Apôtre
Résumé
Lévite originaire de Chypre, Barnabé fut l'un des soixante-douze disciples du Christ et le compagnon de mission de saint Paul. Premier évêque de Milan, il consacra sa vie à l'évangélisation des Juifs et des Gentils avant de mourir martyr par lapidation à Salamine. Ses reliques, découvertes au Ve siècle avec un exemplaire de l'Évangile de Matthieu, sont aujourd'hui honorées à Chypre, Milan et Toulouse.
Biographie
SAINT BARNABÉ, APÔTRE
Vers 61. — Pape : Saint Pierre. — Empereur : Néron.
L'Apôtre sera glorifié devant Dieu, non parce qu'il a été un Apôtre, mais parce qu'il a bien rempli sa mission apostolique.
S. Jean Chrys., Rom. XXXV, sup. Matth.
Saint Barnabé n'est pas des douze Apôtres que Notre-Seigneur choisit avant sa mort, et qu'il fit les douze fondements de son Église; mais il ne laisse pas de mériter le nom d'Apôtre, puisqu'il fut appelé par le Saint-Esprit, avec saint Paul, pour porter de tous côtés la lumière de l'Évangile. Il était hébreu et de la tribu de Lévi, qui a toujours été reconnue pour la seule tribu sacerdotale. Ses parents s'étant retirés dans l'île de Chypre, où ils avaient de grands biens, il y naquit vers le temps de la naissance de Notre-Seigneur, et fut appelé José ou Joseph. Après avoir été élevé dans l'observance fidèle de la loi de Moïse, qui subsistait encore en ce temps-là, il alla à Jérusalem pour y étudier les saintes Écritures et les mystères de cette loi, sous Gamaliel et d'autres savants maîtres. Saint Étienne et saint Paul, qui pour lors s'appelait Saul, fréquentaient aussi cette école; notre Saint contracta une étroite amitié avec eux. La corruption de son siècle, qui était extrême, ne fut pas capable de le corrompre, et quoiqu'il fût encore fort jeune, il domptait son corps par de longs jeûnes, et passait les jours et les nuits entières en prières dans le temple; il fuyait avec un très-grand soin les mauvaises compagnies, et toute sa joie était de converser avec des personnes pieuses et qui se plaisent à parler de Dieu et des vérités qu'il nous a apprises dans les saints livres.
Cette insigne piété le disposa à recevoir les lumières de l'Évangile. Lorsque Notre-Seigneur vint à Jérusalem y prêcher sa doctrine toute céleste, notre Saint eut le bonheur de l'entendre; et voyant, en même temps, les grands miracles qu'il faisait pour confirmer sa mission, il le reconnut pour le Messie, se mit à sa suite, et s'estima extrêmement heureux d'être du nombre de ses disciples. Il procura aussi le même honneur à Jean, surnommé Marc, son cousin, et à la mère de ce jeune homme nommée Marie, qui était sa tante.
Saint Barnabé profita admirablement dans l'école du Fils de Dieu; et ayant été désigné par lui pour un de ses soixante-douze principaux disciples, il donna un témoignage insigne de son dégagement de toutes les choses de la terre. Car, étant devenu maître, après la mort de ses parents, des grands biens qu'ils possédaient dans l'île de Chypre, il les vendit tous et en distribua l'argent aux pauvres, ne se réservant rien qu'une maison qu'il avait aux portes de Jérusalem, dont il remit la vente à une autre fois, peut-être parce que c'était une possession de lévite, dont il ne pouvait se défaire sans avoir l'agrément du souverain prêtre. Après la résurrection du Fils de Dieu, il le vit, comme les autres disciples, dans l'éclat de sa gloire; et, ayant assisté à son élévation dans le ciel, il reçut aussi, en la compagnie de ses confrères, au jour de la Pentecôte, la grâce et la plénitude du Saint-Esprit. Ce fut alors que, fermant les yeux à toutes les considérations humaines,
maines, il vendit la maison qu'il avait au faubourg de Jérusalem, et en apporta l'argent aux pieds des Apôtres. Ce fut peut-être en ce temps qu'on changea son nom de Joseph en celui de Barnabé, qui signifie, d'après saint Luc, Fils de consolation, et, d'après saint Jérôme, fils de prophète; il fut ainsi nommé, dit saint Jean Chrysostome, à cause du talent admirable qu'il avait pour consoler les affligés.
A peine eut-il été rempli du Saint-Esprit qu'il s'appliqua avec les Apôtres et les autres disciples à éclairer les Juifs, et à leur faire connaître que Jésus-Christ était le Messie. Et, comme saint Paul, l'un des plus savants et des plus zélés de la synagogue, était son ami, il travailla surtout avec saint Étienne à le gagner, se servant pour cela des passages de la loi et des Prophètes qu'ils avaient étudiés ensemble, et lui démontrant qu'ils s'étaient accomplis dans le Sauveur. Il ne put opérer la conversion de ce grand homme, réservée à un coup extraordinaire de la grâce; mais il l'y prépara, et lui donna sur le christianisme des lumières qui durent lui servir plus tard. Lorsque, sorti de Damas, où les Juifs le voulaient faire mourir, saint Paul fut venu à Jérusalem, ce fut saint Barnabé qui le présenta aux Apôtres, les assurant que sa conversion était véritable. Sa recommandation fut si puissante, que le chef des Apôtres reçut Saul dans sa maison et le retint plusieurs jours avec lui. Cependant quelques disciples, nommés Lucius de Cyrène, Manahen et Simon, surnommé le Noir, vinrent à Antioche et, ne se contentant pas de prêcher aux Juifs, firent aussi part aux Grecs de la semence précieuse de l'Évangile. Plusieurs écoutèrent leur parole comme une parole de Dieu, et il se fit dans cette ville une nouvelle Église pleine de piété et de ferveur, à l'imitation de celle qui était dans Jérusalem.
Les Apôtres, informés d'un si heureux succès, envoyèrent saint Barnabé à Antioche pour mettre la dernière main à cette œuvre. Il y vint avec beaucoup de joie; et lorsqu'il reconnut les progrès que l'Évangile y avait faits, il en ressentit une satisfaction extraordinaire, et exhorta, avec un zèle incroyable, ces nouveaux fidèles à persévérer constamment dans leurs bonnes résolutions; il en augmenta le nombre, de sorte que cette Église, grossissant beaucoup, il eut besoin d'un coopérateur qui l'assistât; saint Paul étant pour lors à Tarse, Barnabé alla l'y trouver et l'invita à partager ses travaux à Antioche. Saint Paul, plein d'un zèle ardent, l'y suivit: ils y passèrent ensemble une année, pendant laquelle Dieu donna de grandes bénédictions à leur zèle apostolique. Ce fut en ce temps et dans cette ville que les fidèles commencèrent à porter le nom de Chrétiens, afin de montrer à tout le monde qu'ils ne rougissaient point de reconnaître Jésus-Christ pour chef et pour maître.
A en juger par les éloges que l'écrivain sacré fait de lui, Barnabé devait être le modèle comme le prédicateur de la nouvelle doctrine qu'il annonçait. Il en avait les deux vertus par excellence, la douceur et l'humilité. Apprenez de moi, disait Jésus-Christ, que je suis doux et humble de cœur. Tels étaient les deux grands caractères de la loi nouvelle, l'esprit de sacrifice et d'amour: l'esprit de sacrifice, qui devait vaincre l'égoïsme; l'amour, qui devait terrasser l'orgueil des grands et des philosophes, enfants de la civilisation païenne, qui menaçaient de détruire la société. Saint Barnabé, dit l'Écriture, était un homme plein de foi, c'est-à-dire qu'il soumettait sa raison aux vérités que l'Église enseigne, qu'il accomplissait avec zèle les lois de la morale évangélique, et qu'il attendait, avec une espérance ferme, avec une conviction qui l'inondait de joie, la couronne que l'Homme-Dieu a promise à ceux qui sacrifient leur volonté propre et leur faible intelligence
SAINT BARNABÉ, APÔTRE. 561
à l'accomplissement de sa loi. De plus, il était bon par excellence, c'est-à-dire qu'il fuyait les disputes, qui engendrent les hérésies et les schismes, qu'il aimait à secourir les pauvres, et qu'il accueillait avec charité le pécheur qui venait demander pardon à Dieu de ses fautes. Avec cela, il avait pris une large part de cette effusion miraculeuse de grâce, de force, de doctrine évangélique, dont l'âme des disciples du cénacle avait été remplie. Supérieur aux désirs de la chair, aux vaines séductions, aux menaces du monde, qui ne peut tuer que le corps, il n'avait qu'une crainte, celle de déplaire à Dieu, parce qu'il n'avait qu'une espérance, celle de participer à la couronne et au bonheur des élus.
Mais peut-être n'était-ce pas encore assez de tant de vertus pour faire un apôtre, pour faire luire la lumière d'une nouvelle doctrine aux yeux des Juifs, dont les docteurs commençaient à méconnaître le vrai sens des prophéties. Il fallait encore de ces miracles éclatants qui arrachent à l'incrédule cette touchante parole : « Le doigt de Dieu est ici, ainsi que sa parole, ainsi que sa révélation ». Préparé à recueillir les mérites de l'apostolat, soldat courageux qui ne demandait que des armes pour aller combattre l'erreur et mourir, il obtint de Dieu cette puissance des œuvres, merveilleuse pour la multitude, moins étonnante peut-être pour le chrétien que l'humilité du thaumaturge qui lutte contre l'orgueil qu'elle peut enfanter. Il l'exerça longtemps à Antioche; mais le temps approchait où il allait affronter bien d'autres périls, et donner sa vie mille fois, pour le nom du Seigneur Jésus.
La famine prédite par le prophète Agabus, étendait partout ses ravages en Orient. La Palestine surtout en était affligée, et les chrétiens de ce pays, abandonnés peut-être à toutes les horreurs du fléau, par suite de la haine des Juifs et des païens, étaient près de mourir de faim. Alors, au nom de cette religion qui lui avait persuadé de distribuer généreusement sa fortune aux pauvres, Barnabé recueillit, parmi ses enfants d'Antioche, une somme considérable, pour assister les chrétiens de Judée. Saint Paul et saint Barnabé furent chargés d'aller la remettre eux-mêmes aux pasteurs de cette Église, et de porter aux fidèles de Jérusalem le baiser de paix de leurs frères de Syrie, qui venaient si charitablement à leur secours. Nos Apôtres firent donc ce voyage; en revenant ils amenèrent avec eux, Jean, surnommé Marc, dont nous avons déjà parlé.
Peu de temps après, le Saint-Esprit ordonna à quelques disciples, prédicateurs de l'Évangile à Antioche, que nous avons nommés plus haut, tous doués du don de prophétie, et qui invoquaient Dieu dans le jeûne et la prière, de séparer Paul et Barnabé pour l'œuvre à laquelle il les avait destinés. Séparer, veut dire ici mettre à part pour exercer des fonctions divines, arracher à toute autre occupation. Suivant cet ordre, l'Église implora d'abord les bénédictions célestes, puis saint Barnabé et saint Paul reçurent l'imposition des mains. Il est probable qu'ils étaient déjà évêques : par cette cérémonie, on les fit Apôtres des Gentils. Ainsi, saint Barnabé fut avec saint Paul envoyé aux nations avec un plein pouvoir de prêcher la foi, d'ordonner des prêtres, de sacrer des évêques, d'établir des églises et de donner des lois. Accompagnés du jeune Marc, ils allèrent d'abord à Séleucie de Syrie, ville située sur le bord de la mer; ensuite ils firent voile pour l'île de Chypre, qui était le pays de saint Barnabé, où ils prêchèrent principalement à Sésamine et à Paphos, les plus célèbres de toutes les villes de l'île; puis ils passèrent à Perge, ville de la Pamphylie, où Jean, surnommé Marc, qui les avait toujours suivis, les quitta pour s'en retourner à Jérusalem, n'ayant pas le courage de poursuivre le ministère de la prédication qu'il avait commencé avec tant de zèle. De là, continuant leur route, ils vinrent à Antioche de Pisidie et à Iconium de Lycaonie, où on voulut les lapider, et où ils convertirent sainte Thècle; ils allèrent aussi à Lystre, où les idolâtres prirent Barnabé pour Jupiter et Paul pour Mercure, et à Derbe, ville de la même province; mais, en ayant été chassés, ils retournèrent sur leurs pas jusques à Perge, d'où ils descendirent à Attalie, et se rendirent enfin à Antioche de Syrie, où ils demeurèrent assez longtemps. Barnabé se rendit ensuite avec saint Paul à Jérusalem, pour se trouver au premier Concile que les Apôtres y célébrèrent au sujet de la Circoncision et des autres cérémonies légales, c'est-à-dire pour examiner si on les devait observer dans l'Église. Après le Concile, Paul et Barnabé furent renvoyés à Antioche par les Apôtres, avec Jude et Silas, deux autres disciples, pour y porter le décret qui venait d'être fait, savoir : « Que les fidèles ne seraient nullement obligés à garder les observances et les cérémonies de la loi de Moïse, mais seulement à s'abstenir de fornication et de manger des animaux étouffés et du sang ».
Ce fut alors que saint Paul proposa à saint Barnabé de faire la visite des Églises qu'ils avaient fondées en Asie. Barnabé y consentit, mais à condition que Jean-Marc, son cousin, qui désirait réparer sa désertion, les accompagnerait. Saint Paul fut d'un avis différent, et crut qu'ils ne devaient plus s'associer un homme qui avait été si lâche. Ne pouvant s'entendre sur ce point, les deux Apôtres se séparèrent, sans aucune altération de la tendresse qu'ils avaient l'un pour l'autre : le Saint-Esprit le permit, afin que, prêchant chacun de son côté, ils annonçassent l'Évangile en plus de pays. Quant à Jean-Marc, il devint un infatigable prédicateur, et mérita les éloges de saint Paul, qui le pria même de venir le joindre pour partager ses travaux apostoliques.
Après cette séparation de saint Paul et de saint Barnabé, il n'est plus parlé du dernier dans les Actes des Apôtres; ainsi, c'est de la tradition et des anciens auteurs ecclésiastiques que nous devons tirer le reste de ses actions. Notre saint Apôtre, après avoir quitté saint Paul, visita les Églises de Chypre, les fortifia dans la foi, les pourvut de bons prêtres et de saints évêques, leur apprit les cérémonies établies par les Apôtres, et les augmenta notablement par la conversion d'un grand nombre d'idolâtres; ensuite, il vint en Italie, où, ayant prêché dans la Ligurie, il fonda l'Église de Milan, et en fut le premier évêque. Cette Église l'honora en cette qualité, et met entre ses plus illustres prérogatives d'avoir eu ce fidèle disciple pour son auteur et pour son Apôtre, comme on le peut voir au deuxième tome de l'Italie sacrée de Ferdinand Ughellus.
On dit qu'il fut sept années à former ce troupeau de Jésus-Christ. Il ne demeura pas néanmoins toujours à Milan pendant ce temps; comme son zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes n'avait point de bornes, il prêcha aussi l'Évangile dans les villes et les provinces d'alentour. Les villes, entre autres celles de Bergame et de Brescia, se glorifient d'avoir reçu la foi par sa prédication; et l'on voit encore, à Brescia, un autel où l'on croit qu'il a offert le sacrifice non sanglant de l'Eucharistie. Après ces sept années, il ordonna saint Anathalon, évêque de Milan, en sa place; et, remontant sur mer, il retourna en Chypre pour y voir encore une fois les fidèles qu'il y avait acquis à Jésus-Christ. Il parcourut cette île plusieurs fois, et il n'y eut presque point de bourg ni de village, dans toute son étendue, où il ne portait le nom du Fils de Dieu. Enfin, il s'arrêta à Salamine, qui en était la capitale. Comme il savait que les Juifs étaient ceux qui résistaient le plus à
SAINT BARNABÉ, APÔTRE. l'Évangile, il se trouvait toutes les semaines à leurs synagogues pour leur montrer, par les Écritures mêmes, dont ils faisaient la lecture, que Jésus-Christ était le Sauveur promis dans la loi et prédit par les Prophètes. Plusieurs se rendirent à la force de ses démonstrations, qui étaient soutenues par l'innocence de sa vie, par la sainteté de ses actions et par l'éclat de ses miracles; mais les autres, qui fermèrent les oreilles du cœur à la lumière de la foi, étant surtout animés et aigris par quelques séditieux venus de Syrie, complotèrent ensemble de le faire mourir. Cette conspiration ne lui fut pas inconnue, et il lui eût été facile de l'éviter; mais il ne désirait rien tant que d'endurer la mort pour son maître et d'aller jouir de sa présence. Il assembla donc ses disciples, leur fit part de l'espérance qu'il avait d'être bientôt martyr de Jésus-Christ, célébra la messe en leur présence, et communia les fidèles qui y assistèrent. Ensuite, ayant dit secrètement à Marc que ce jour-là même serait le dernier de sa vie, et qu'il allait signer de son sang ce qu'il avait prêché si longtemps de vive voix; se sentant fortifié de la présence du Sauveur, qu'il venait de recevoir, il entra généreusement dans la synagogue pour y prêcher à son ordinaire. Mais à peine eut-il ouvert la bouche pour parler de Jésus-Christ, que les Juifs, écumant de rage, se jetèrent sur lui, le traînèrent hors de la ville et le lapidèrent comme un blasphémateur. Ils voulurent ensuite brûler son corps, de peur qu'il ne reçût l'honneur que les chrétiens rendaient aux reliques des Martyrs; mais le feu perdit son activité à son égard et ne le put brûler. Ainsi Marc, selon l'ordre qu'il avait reçu du Saint, eut soin de l'ensevelir assez près de Salamine. Son martyre arriva, suivant le témoignage du Bréviaire romain, environ l'an 7 de Néron, qui est le soixante et unième de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
On représente souvent saint Barnabé avec des pierres dans un pli de sa robe, parce qu'il passe pour avoir été lapidé. On lui donne aussi pour attribut la hache ou la lance, comme instrument de son martyre. Le Père Cahier, dans ses Caractéristiques, dit qu'on le représente quelquefois, mais à tort, vêtu de la dalmatique.
## RELIQUES. — ÉPÎTRE DE SAINT BARNABÉ.
## NOTICE SUR L'ORDRE DES BARNABITES.
Ce saint corps ne fut inhumé qu'à cinq stades de la ville, et le lieu où il était porté le nom de lieu de Santé, à cause des grands miracles et des fréquentes guérisons obtenues par l'invocation du saint Apôtre; il y demeura néanmoins longtemps inconnu, à cause des violentes persécutions qui s'élevèrent dans les siècles suivants, et ne fut découvert que sous l'empire de Zénon, vers l'an 488. L'histoire de cette invention est décrite fort au ton dans Surius; Pierre Gnafée, dit le Foulon, très-pernicieux hérétique, s'étant injustement emparé du siège patriarcal d'Antioche, somma l'archevêque de Salamine, comme l'un de ses suffragants, de le venir reconnaître. Ce prélat, nommé Anthème, qui était un homme de sainte vie et fort orthodoxe, avait bien de la peine à s'y résoudre, d'autant plus qu'il ne se sentait pas assez savant, ni assez subtil pour entrer en discussion avec l'hérétique. Dans cette grande perplexité, il eut recours à la prière; et Dieu, qui exauce les larmes et les gémissements de ses serviteurs, lui envoya saint Barnabé; le saint Apôtre lui dit de ne rien craindre; qu'il serait lui-même son soutien et son protecteur; et, pour marque de l'intérêt qu'il voulait prendre à sa défense, il ajouta qu'il n'avait qu'à se transporter à cinq stades de la ville, du côté de l'Occident, en un lieu appelé le lieu de Santé, et que, en faisant fouiller sous un chêne, il y trouverait son corps entier, et sur sa poitrine l'évangile de saint Matthieu, qu'il avait écrit de sa propre main. En effet, le saint prélat s'étant transporté en ce lieu, y trouva ces deux trésors inestimables; ce qui fit que, dans le synode où il était mandé, son siège de Salamine, qui était métropolitain de toute l'île de Chypre, fut jugé libre et indépendant de celui d'Antioche, et qu'il n'eut aucune obligation de rendre des déférences à Pierre le Foulon.
L'empereur Zénon, étant informé d'une si heureuse découverte, voulut absolument avoir à Constantinople ce livre d'évangile que l'on avait trouvé; et, en reconnaissance, il fit bâtir une église magnifique en l'honneur de saint Barnabé, au lieu même où son corps avait reposé si longtemps. On y transporta ensuite cette dépouille sacrée, du temps de Charlemagne. On transféra des reliques de saint Barnabé à Toulouse, dans l'église de Saint-Saturnin, où son chef se montre encore pour la consolation et le soulagement des fidèles.
Actuellement, la ville de Toulouse possède encore cette précieuse relique; voici la copie du procès-verbal de l'authenticité :
## PROCÈS-VERBAL DU CHEF DE SAINT BARNABÉ.
« Cejourd'hui, 21 juin 1807, à quatre heures et demie de relevée, nous, Clément de Barbazan, vicaire général, avons vérifié un caisson scellé, ayant pour inscription: *Relique de saint Barnabé, apôtre des Gentils*, dans lequel nous avons trouvé la tête presque entière du saint Apôtre, enveloppée de deux taffetas rouge cramoisi fané; plus, un paquet d'étoffe de soie de même couleur, portant pour étiquette: *Relique de saint Barnabé*, et contenant quelques petites portions du crâne et plusieurs dents très-bien conservées du même Saint; plus, deux authentiques, sur lesquels nous avons apposé notre *ne varietur* ».
(Crépel, vicaire de Saint-Sernin.)
Il y a aussi des reliques du saint Apôtre à Milan, et au Mont-Saint-Quentin.
Il y a une épître qui porte le nom de saint Barnabé; mais elle n'a jamais été reçue pour écriture canonique: ce qui fait aisément juger qu'elle n'est point de notre Apôtre, et qu'on l'a supposée sous son nom. Saint Jérôme, néanmoins, dit qu'elle était fort estimée de son temps. On peut voir là-dessus Baronius, au premier tome de ses *Annales*.
L'Ordre des Clercs réguliers dits *Barnabètes*, d'une église de Saint-Barnabé qui est à Milan, et dont ils prirent possession en 1545, fut fondé, en 1537, par trois gentilshommes milanais. Les papes Clément VIII et Paul III l'approuvèrent et le confirmèrent, l'un en 1532, et l'autre en 1535. Cet Ordre, dont la fin principale est, de former de bons prédicateurs pour instruire le peuple dans les missions, était singulièrement estimé de saint Charles Borromée. Il a produit plusieurs grands hommes. (Voir Hélyot, *Hist. des Ord. relig.*, t. IV, p. 111, et surtout le Père Mansi, de l'Ordre des Servites. *Nat. in Baynaldi Contin. Annal. Baronii, ad ann. 1533, p. 208, t. XIII Contin.*, seu t. XXXII totius operis.)
Cf. *Histoire de la Vie des Saints, d'après Godrescard, Croiset, etc.*, par les abbés Juste et Callian; *Tillement; Acta Sanctorum; Histoire des soixante-douze disciples*, par l'abbé Malatre.
## SAINTE MACRE, VIERGE ET MARTYRE
IIIe ou IVe siècle.
Oh! combien il est glorieux de mourir pour la vérité, qui, alors même qu'elle ne convertit pas celui qui l'écoute, ne laisse pas de couronner celui qui la prêche.
Saint Bonaventure.
Le martyre de cette admirable vierge est marqué dans les Tables ecclésiastiques au 6 janvier; mais comme ce jour est rempli par la fête des Rois, à laquelle toutes les autres solennités doivent céder, et que, d'ailleurs, on célèbre aujourd'hui à Fère-en-Tardenois (Aisne), la mémoire de la translation du bras de cette Sainte, nous avons jugé à propos de différer son éloge jusqu'ici. Elle était du diocèse de Reims; et, ayant reçu une sainte éducation, elle avait conservé son corps et son esprit chastes dans l'observance des préceptes et des conseils de l'Évangile. Rictiovare, ce grand persécuteur de l'Église, qui avait ordre des empereurs Dioclétien et Maximien, de l'éteindre entièrement dans les Gaules, vint en ce temps-là en Picardie et en Champagne pour exécuter ce commandement impie. Il apprit que Macre
SAINTE MACRE, VIERGE ET MARTYRE.
ne se contentait pas d'être chrétienne, mais qu'elle faisait tout son possible, par ses remontrances et ses exhortations, pour détourner tout le monde du culte des dieux, et faire adorer Jésus-Christ, et qu'en effet elle avait déjà gagné beaucoup de personnes qui étaient résolues, aux dépens même de leur vie, de ne paraître jamais dans les temples pour y offrir des sacrifices. Il la fit arrêter, et, l'ayant fait comparaître devant son tribunal, il employa tour à tour la douceur et les menaces pour l'amener à obéir aux décrets des empereurs. D'un côté, il lui représenta sa jeunesse, sa beauté, la longue vie qu'elle pouvait espérer, les plaisirs dont elle pourrait jouir, et les grands biens dont on la comblerait, si elle demeurait fidèle à son devoir ; et de l'autre, il la menaça, en cas de désobéissance, des supplices les plus cruels et les plus douloureux.
Mais la Sainte, avide de souffrir quelque chose pour l'amour de son Dieu, répondit d'une voix ferme et constante à Rictiovare : « Qu'il ne l'ébranlerait point par ses promesses, parce qu'elle ne faisait pas plus d'état de toutes les richesses de la terre que d'un tas de boue et de fumier ; ni par ses menaces, parce qu'elle ne souhaitait rien avec plus d'ardeur que d'être semblable en quelque manière à son Sauveur crucifié ». Le tyran, sur cette réponse, la fit appliquer à la torture. Pendant qu'on la tourmentait, il lui demanda comment elle s'appelait. « Je m'appelle chrétienne », répondit-elle, « j'adore le vrai Dieu, et je déteste les idoles qui ne sont que des images des démons ». — « Quitte cette erreur », répliqua Rictiovare, « et sacrifie aux dieux; autrement tu seras accablée de supplices ». — « Sache », dit-elle, « cruel tyran et enfant du démon, que tes supplices, non plus que tes menaces, ne m'arracheront point du cœur la foi et l'amour de mon divin Maître; Jésus-Christ m'est tout : il est mon trésor, ma vie, mon bonheur, mon capitole, mon temple, mon autel, et rien ne sera jamais capable de me séparer de lui ». Le juge, après d'autres discours toujours inutiles, demanda aux assistants leur avis sur cette jeune fille, et de quels tourments sa désobéissance devait être punie ? Ils répondirent « qu'il fallait la brûler toute vive ». Après cette sentence, elle fut conduite à Fismes, bourg sur la rivière de Vesles, aux frontières de la Champagne et du Soissonnais; là, elle fut dépouillée et cruellement liée par les bourreaux; bien loin de perdre courage, elle se mit à publier plus que jamais les louanges de son Dieu, à le remercier de ses faveurs et à lui demander la grâce d'achever heureusement ses combats.
Rictiovare, irrité de cette constance, commanda aux bourreaux de lui couper et arracher les mamelles : ce qui fut exécuté avec une inhumanité plus que barbare. Ensuite, il la fit jeter en prison, défendant de lui donner aucun remède ni aucune nourriture. Mais, au milieu de la nuit, le cachot trembla et une grande lumière y parut, qui mit le geôlier et les soldats en fuite : les prisonniers qui étaient avec elle se fussent sauvés fort facilement, mais la Sainte les exhorta à demeurer pour avoir part à la grâce que le ciel leur présentait. Un vieillard fort vénérable, et qui, par l'éclat de son visage et la majesté de ses cheveux blancs, marquait quelque chose de céleste, se présenta alors à elle et lui dit qu'il lui apportait un onguent merveilleux qui ferait renaître ses mamelles et la guérirait de toutes ses plaies. La Vierge lui répondit qu'elle le remerciait et qu'elle ne voulait point, par le rétablissement de ses mamelles, perdre la couronne que son Époux lui avait préparée. Le vieillard, qui était un ange, sourit et lui dit : « Est-ce que, pour cela, vous ne souffrirez pas qu'on vous guérisse? — Je n'ai jamais », dit-elle, « usé de remède corporel, mon Seigneur Jésus-Christ le sait bien; cependant, s'il me veut guérir, afin que je paraisse devant lui avec la santé du corps et de l'âme, que sa volonté soit faite! » Et, en disant cela, elle se prosterna contre terre, et, l'arrosant de ses larmes, elle fit cette prière : « Mon Seigneur et mon Dieu, qui avez créé tout le monde de rien, et à qui les choses les plus secrètes ne peuvent être cachées, vous savez que ni onguent ni aucun autre médicament n'ont jamais touché mon corps; que si vous voulez me guérir, je vous prie de le faire par votre seule parole, laquelle est toute-puissante et peut rétablir ce qui est détruit avec la même facilité qu'elle a créé ce qui n'était point ». Notre-Seigneur exauça les prières de sa servante, et elle se leva dans une santé si parfaite, qu'il n'y avait pas même de marque des plaies qu'on lui avait faites.
Rictiovare, informé de ce qui s'était passé la nuit, la fit revenir le lendemain devant son tribunal, et, la voyant dans un état si différent de celui où elle était la veille, il lui demanda qui l'avait guérie : « C'est », répondit-elle, « mon Seigneur Jésus-Christ que tu ne veux pas reconnaître, et qui est cependant un Dieu très-puissant, qui tient entre ses mains la vie et la mort, la santé et la maladie ». — « Tu es folle », lui dit ce juge; « mais il faut enfin que tu renonces à ces rêveries et que tu obéisses à nos divins empereurs ». — « J'obéis à Dieu », répliqua la Sainte, « et ne reconnais point d'autorité au préjudice de la sienne; mais bien loin que ce soit là une folie, c'est au contraire l'unique sagesse qui donne le salut à l'âme ». Ce discours irritant de nouveau Rictiovare, il fit étendre sur la place des têts de pots cassés fort pointus avec des charbons embrasés, et commanda aux ministres de sa fureur de rouler la Sainte sur ce lit de flammes et de douleur. Elle y fut roulée fort longtemps, mais Dieu adoucissait ses tourments. Elle demanda enfin à son Époux d'aller jouir de ses divins embrassements. Sa prière fut exaucée, et son esprit, se détachant de son corps, s'envola heureusement dans le ciel, le 6 janvier, vers la fin du IIIe ou au commencement du IVe siècle.
D'anciennes représentations allemandes et champenoises lui donnent un livre qui porte ses deux mamelles coupées ou arrachées. On la représente aussi soit avec des cisoires, soit avec des tenailles.
## CULTE ET RELIQUES.
Sainte Macre fut martyrisée en un lieu nommé Lice, Lite ou Litta, près de la porte de Paris, à l'endroit même où la rivière d'Ardre se jette dans la Vesle. Une croix, dite croix de sainte Macre y a été élevée, sur la route qui conduit de Fismes à Bazoches. C'est à ce village qu'était le tribunal du préfet romain, ainsi que la prison où sainte Macre fut enfermée. Son corps fut secrètement enterré près du lieu même de son martyre, et demeura ainsi plusieurs années dans la terre, jusqu'à ce que, ayant été découvert, il fut déposé, avec beaucoup d'honneur, dans une petite église dédiée sous le nom de Saint-Martin, à Fismes. Depuis, comme il se faisait continuellement des miracles par son intercession, un homme riche et pieux, nommé Danguife, fit bâtir, au même endroit, une belle église en son honneur, où il fit transporter ses reliques. Cette translation se fit le trentième jour de mai. Ce fut, selon Flodourd, au temps de Charlemagne, roi de France et empereur. C'est en cette église qu'ont été tenus deux conciles, l'un en 881 et l'autre en 935. Les Barbares, s'étant précipités sur la France, firent leur possible pour la brûler, et, y ayant trouvé de grands monceaux de gerbes de blé qu'on y avait portées pour les sauver, ils y mirent le feu, croyant par là consumer l'église; mais par un miracle évident de la Providence du ciel, les gerbes brûlèrent sans que les murailles ni le toit se ressentissent de la violence de cet incendie.
M. Henri Congnet, doyen du Chapitre de Soissons, nous écrivait le 15 juillet 1866 :
« Dans l'ancien rite de Reims, une première fête se célébrait le 7 janvier, avec octave solennelle; — une deuxième fête le 2 mars, jour anniversaire de l'invention et de la première translation de ses reliques en la ville de Fismes; — une troisième fête le 3 août, anniversaire de la deuxième translation de ses reliques en 1389. — A Fère-en-Tardenois une autre fête, le dimanche le plus proche du 10 juin. — Depuis le retour au Bréviaire romain, en 1852, la fête de sainte Macre reste fixée au 2 mars, dans le Propre Rémois et dans le Propre Soissounais.
LE B. HUGUES, ABBÉ DU MONASTÈRE DE MARCHIENNES.
« Le 10 juin 1643, Léonor d'Estampe, archevêque de Reims, ouvrit la chasse et y trouva les mêmes ossements que ceux qui étaient relatés dans le précédent procès-verbal : le chef entier, cinq ou six grands os, avec quelques autres plus petits; il en retira, pour l'église de Fère-en-Tardenois, le radius, qui est l'un des os de l'avant-bras; — un os du fémur, pour l'église de Longueval (Aisne), et une partie de l'omoplate, pour l'église de Bourgueil en Anjou (Indre-et-Loire).
« Le 2 mars 1759, nouvelle reconnaissance des reliques de sainte Macre à Fismes par un grand vicaire de l'archevêché de Reims, *episcopo Cydonensi*; — puis le 7 janvier 1845, par Mgr Thomas Gousset.
A la Révolution française, la chasse d'argent massif a été envoyée à la monnaie. Les os ont été brisés avec des barres de fer. Une dame, nommée Barbey de Chambrecy, a sauvé plusieurs ossements de la profanation, et les a remis à M. Pruche, curé de Fismes. — La chasse actuelle en bois doré, et d'une belle forme, a quatre-vingt-dix centimètres de longueur; le toit est surmonté d'un clocheton avec dôme. Elle renferme le chef de sainte Macre, trois ossements longs de quarante-deux centimètres et quelques petits os. — Le pèlerinage est encore assez fréquenté, et a lieu deux fois par an. — On a récemment placé dans l'église paroissiale de Fismes de belles verrières qui représentent les principales circonstances du martyre de la Sainte ».
Sainte Macre est reconnue pour patronne de Fère-en-Tardenois. Le pèlerinage y est fort célèbre aussi bien qu'à Fismes, et on en reçoit souvent de grands soulagements, principalement pour les chances et les autres maux qui viennent aux mamelles.
Acta Sanctorum; Tillemont; Notes luneles.