Bienheureux Joseph-Marie Tommasi
Cardinal et Théatin
Résumé
Fils du duc de Palma, Joseph-Marie Tommasi renonça à ses titres pour entrer chez les Théatins. Savant liturgiste et théologien, il vécut une vie d'humilité et de charité extrême envers les pauvres malgré sa nomination comme cardinal par Clément XI. Il mourut à Rome en 1713, laissant une œuvre immense sur les antiquités ecclésiastiques.
Biographie
LE B. JOSEPH-MARIE TOMMASI, CARDINAL.
*Scripsit legis Dei colli doctissimo, salutem.*
Nous vous saluons, très-savant commentateur de la loi du Dieu du ciel.
*I Redress, ver, 12.*
Le pieux et savant Tommasi, qui devait donner une nouvelle gloire à l'Église, était fils aîné du duc de Palma et naquit à Alicate en Sicile, le 12 septembre 1649. Il fut nommé au baptême Joseph-Marie, par reconnaissance envers saint Joseph, à l'intercession duquel ses parents, qui n'avaient pas encore eu de fils, attribuaient la grâce de l'avoir obtenu. Dès son bas âge, il manifesta d'heureuses dispositions, et son père, en lui donnant des maîtres capables de le préparer à tenir avec distinction le haut rang où il était appelé, fut très-soigneux de lui inculquer les principes les plus purs de vertu. Toute la famille Tommasi se faisait remarquer par sa régularité et sa piété. Aussitôt que Joseph-Marie sut lire, il prit du goût pour les ouvrages de saint François de Sales. Il aimait la solitude et ne trouvait aucun plaisir à se livrer aux amusements de son âge. L'exemple de deux de ses sœurs qui entrèrent alors en religion, fit de bonne heure sur lui une impression profonde. Il désirait les imiter ; mais de nombreux obstacles s'y opposaient : le plus grand de tous était la résistance de son père, qui avait sur lui d'autres vues. Pour vaincre cette opposition, le vertueux jeune homme eut recours à la prière, puis, avec de vifs sentiments de piété filiale, il alla trouver son père et le supplia d'une manière pressante, mais soumise, de lui permettre d'embrasser l'état ecclésiastique. Son père, touché de sa piété et de ses larmes, lui donna quelque temps après son entier consentement. Il se hâta de se rendre à Palerme, et entra dans la congrégation des Théatins. Il était alors dans sa quinzième année.
Le principal but de cette institution est de former des ecclésiastiques pour le saint ministère, de les mettre en état de s'opposer aux nouvelles hérésies et de les rendre propres au service des malades et des mourants.
Le jeune et généreux Tommasi montra pendant tout le temps de son noviciat une ferveur angélique. La modestie, le recueillement, l'obéissance, l'oubli du monde et de lui-même, étaient les vertus que l'on remarquait surtout en lui. Cette année d'épreuve étant écoulée, il fit ses vœux le 25 mars 1666, en présence de son père et de sa famille, ayant auparavant, par un acte public, cédé à son jeune frère tous les biens et les titres de sa maison, sans même se réserver la modique pension que les règles de l'Ordre lui eussent permis de conserver.
L'état de faiblesse de sa santé l'obligea d'aller essayer l'effet de son air natal, avant de commencer le cours des études ecclésiastiques. Il retourna donc dans sa famille, et y fit quelque séjour, édifiant tout le monde par son recueillement habituel et par sa piété. Aussitôt que sa santé le lui permit, il retourna à Palerme, d'où on le fit partir pour Messine, afin qu'il y suivit un cours de philosophie. Il s'était déjà occupé d'acquérir la connaissance de la langue grecque ; il reprit alors cette étude et s'y adonna avec un tel succès, qu'il fut bientôt capable de l'écrire avec facilité. Le climat de Messine ne lui étant pas favorable, ses supérieurs l'envoyèrent à Rome, puis à Ferrare et de là à Modène. Dans ces différents lieux, Tommasi poursuivit ses études avec ardeur et charma ses supérieurs ainsi que ses égaux par sa modestie, son humilité et l'exact accomplissement de ses devoirs. Étant revenu à Rome, il commença la théologie dans la maison de Saint-André-della-Valle, qui appartenait à sa congrégation. Il prit beaucoup de goût à cette étude, parce qu'il vit qu'elle lui donnait un commerce plus intime avec la source de toute justice et de toute vérité ; mais ses études ne nuisaient en rien à ses exercices religieux ; au contraire, il les sanctifiait constamment par la prière vocale et mentale et par les austérités de la pénitence.
En fréquentant ainsi assidûment les écoles, il consacrait encore une partie considérable de son temps à l'étude de l'Écriture et des ouvrages des saints Pères : il fit de ceux-ci de longs extraits qu'il rangea sous des titres différents, et forma de cette sorte une collection intéressante qui dans la suite fut fort utile à ses travaux.
Pendant que Tommasi se livrait à l'étude avec tant de courage, le Seigneur l'éprouva par une peine très-sensible. Il apprit la mort de sa belle-sœur et reçut de son oncle, qui était aussi clerc régulier Théatin, l'injonction expresse de partir de suite pour la Sicile, afin d'y consoler son frère, plongé dans une douleur profonde. Il obéit sans retard, et commença ce long voyage au mois de janvier, saison qui, à cause de la faiblesse de sa santé, devait le lui rendre plus pénible. Il ne s'arrêta point à ces difficultés, persuadé qu'il accomplissait la volonté de Dieu. En effet, une disposition particulière de la Providence le conduisit alors dans sa famille ; car à peine fut-il arrivé à Palma, que son frère, qui songeait à se retirer du monde pour embrasser l'état religieux, tomba malade, et après peu de jours de maladie, à la fleur de son âge, car il n'avait que vingt-quatre ans, il mourut avec toute la force d'âme d'un héros chrétien. Tommasi montra lui-même dans cette triste circonstance un courage extraordinaire ; non-seulement il rendit les derniers devoirs à son frère, mais étant alors diacre, il voulut remplir cette fonction à la cérémonie des funérailles. Cette action, que sa foi lui inspirait, causa de l'admiration au peuple nombreux qui était présent.
Le saint religieux ayant calmé l'affliction de sa famille désolée et pourvu à l'éducation de son jeune neveu, fils unique de son frère, qui n'était âgé que de deux ans, quitta Palma et se rendit à Palerme pour y achever son cours de théologie. Il y passa une année parmi ses confrères de la maison de Saint-Joseph. C'est pendant son séjour dans cette ville qu'il écrivit à M. Suarez, depuis évêque de Vaison en Provence, une lettre qui est un monument de son humilité. Il se plaint à lui de n'avoir point encore acquis les vertus d'un diacre, telles qu'elles sont marquées dans le Pontifical. Que les serviteurs de Dieu sont sévères à l'égard d'eux-mêmes !
Rappelé à Rome par ses supérieurs, il alla résider dans la maison professe de Saint-Sylvestre, qu'il ne quitta que lorsqu'il devint cardinal. Il fut ordonné prêtre en 1675. Sa conduite à cette époque est décrite de cette manière par l'évêque de Pouzzoles, qui avait été son confrère : « J'eus à Rome l'occasion d'observer à loisir dans Tommasi la stricte observance de nos règles, sa vie d'abstinence, ses mortifications, et cette humilité qui lui faisait souvent préférer les moindres emplois. Nous voyons aussi avec quels soins il évitait les regards ».
Aimable et modeste, ses manières commandaient le respect, à tel point que toute dispute cessait dès qu'il paraissait, et qu'aucune parole répréhensible n'était entendue en sa présence. Il était chargé de la surveillance des plus jeunes étudiants ; il les édifiait par ses exemples et avait beaucoup de zèle pour leurs progrès dans la vertu ; mais son zèle était tempéré par des manières affectueuses, et ses réprimandes adoucies par une tendre charité. Il souffrait beaucoup de sa mauvaise santé et d'un abattement d'esprit dont elle était la cause. Ce qu'il ressentait alors est exprimé d'une manière touchante dans ses lettres à ses sœurs ; cependant elles sont pleines de sentiments d'une résignation chrétienne qui montre comment il savait rendre ses peines méritoires aux yeux de Dieu, par la patience et la soumission à sa volonté sainte. Les supérieurs le déchargèrent des devoirs de la chaire et du confessionnal ; mais il continua de s'appliquer aux études théologiques avec ardeur et sans relâche.
Depuis ce temps on peut dire qu'il vécut dans les bibliothèques de Rome, fouillant sans cesse les archives et les monuments d'antiquité sacrée dont elles sont enrichies : il recherchait surtout les vestiges de l'ancienne discipline et des liturgies de l'Église pour la célébration de la messe, la récitation de l'office divin, l'administration des sacrements. Il lisait assidûment l'Écriture sainte et ses commentateurs. Bientôt il sentit que ses connaissances étaient insuffisantes pour les études approfondies auxquelles il se livrait ; il possédait le grec, mais il était étranger aux langues orientales. Il voulut donc apprendre l'hébreu et les divers idiômes qui s'y rattachent. Il fit dans cette science de rapides progrès avec le secours d'un rabbin juif qu'il avait pris pour maître. Pendant ce temps il recommandait à son précepteur l'étude plus importante des fondements de la foi chrétienne. Le rabbin parut d'abord insensible et quelquefois même irrité de ses efforts ; mais au bout de peu d'années il se convertit, et convint que la conduite exemplaire de Tommasi avait été, après Dieu, la principale cause de sa conversion.
A peu près vers cette époque, une longue et édifiante correspondance s'établit entre Tommasi et ses quatre sœurs religieuses, sur différents points de perfection chrétienne. On y voit que Tommasi souffrait encore beaucoup de l'abattement de son esprit, mais qu'il endurait toujours ses maux avec patience. Quelquefois, cependant, son découragement allait à un tel point, qu'il songeait à abandonner ses entreprises littéraires et à s'ensevelir dans la solitude, pour ne s'y occuper plus que de pénitence et de prières. Heureusement pour la littérature sacrée qu'il abandonna ce projet et poursuivit ses travaux. Plusieurs ouvrages qui en furent le fruit ont joui, depuis leur première publication jusqu'à nos jours, de l'estime universelle.
En 1679, il publia un petit ouvrage intitulé : le Speculum ou Miroir de saint Augustin, qui contient les règles de la vie chrétienne, extraites principalement de l'Écriture sainte et des ouvrages de ce Père. L'année suivante parut la Collection des anciennes liturgies, insérées dans d'autres ouvrages ou trouvées en manuscrits : on ne les avait pas jusqu'alors ainsi réunies. Il y joignit une savante introduction, où l'agrément de son esprit et la richesse de son érudition se montrent également. Le célèbre Mabillon, qui le connut dans le voyage qu'il fit à Rome en 1685, et qui en reçut des marques d'affection, a donné de grands éloges à cet ouvrage : il appelle l'auteur son ami, ajoutant que sa science était embellie par sa modestie et par sa piété. Tommasi mit ensuite au jour, en 1683, le Psautier. Dans une préface savante il montre quelles étaient les principales différences entre les textes du Psautier, et quel usage les chrétiens faisaient des psaumes dans les premiers siècles de l'Église. D'autres ouvrages suivirent successivement celui-ci : tous tirés de sources peu connues. Ces écrits divers ont mérité l'estime et l'approbation des savants et des personnes pieuses. Les hommes les plus renommés en Europe par leur savoir, des protestants mêmes, tels que Cave et Basnage, manifestèrent la haute opinion qu'ils avaient de l'étendue de son érudition et de la justesse de sa critique.
Malgré sa réputation, Tommasi demeurait simple religieux, refusant toutes les places honorables qu'on voulait lui faire accepter, soit dans sa congrégation, soit au dehors. En 1697, Innocent XII, qui avait lu et admiré ses écrits, exprima un vif désir de le voir. Le pape Clément XI le choisit pour son confesseur, et voulut qu'il fût du nombre des consulteurs de sa Congrégation. Ce titre lui imposait l'obligation de prononcer sur la capacité de ceux d'entre ses confrères qui étaient destinés aux charges. Ce devoir alarmait son humilité ; mais elle lui donna de fréquentes occasions de montrer ses rares qualités. La décision d'un cas extraordinaire lui fut un jour proposée : une pauvre veuve lui demandait qu'après sa mort ses restes fussent enterrés dans l'église des Théatins, et elle offrait pour prix de cette faveur de céder une vigne à la communauté. Si l'offre eût été acceptée, son fils eût ainsi perdu son héritage. Tommasi fut d'avis que la mère eût le tombeau, et le fils la vigne. On se soumit à cette décision désintéressée.
Bientôt il devint théologien de la Congrégation pour la discipline des Ordres réguliers. Le même emploi lui fut donné dans les différentes Congrégations des Rites, du Saint-Office et des Indulgences. Ainsi s'ouvrit pour lui un vaste champ, dans lequel il eut fréquemment occasion d'exercer ses talents naturels et ses connaissances acquises. Les cardinaux qui présidaient les assemblées de ces Congrégations, ont souvent rendu témoignage à sa science profonde et à sa grande humilité. « En donnant son opinion, dit le cardinal Casini, il était toujours modeste, ne s'opposant à personne à moins que l'autorité des conciles ou le sentiment des saints Pères ne le rendît nécessaire ; et telle était son admirable douceur, qu'il ramenait infailliblement l'esprit de ses auditeurs à l'opinion qu'il défendait ».
Celui qui s'abaisse sera élevé. Nous avons vu à quels emplois importants l'humble Tommasi avait été appelé. Le pape Clément XI, qui l'avait consulté avant d'accepter la papauté, pour laquelle il éprouvait la plus grande répugnance, lui conféra la dignité de cardinal le 16 mai 1712. L'humble religieux voulut la refuser, et ce ne fut que par obéissance aux ordres du Pape qu'il l'accepta. Dans les arrangements domestiques qu'exigea sa nouvelle situation, il prit pour son modèle saint Charles Borromée, dont le titre de cardinal avait été l'église de Saint-Martin-aux-Monts, et qui devenait alors le sien ; ses serviteurs étaient des pauvres infirmes et estropiés. Il suivit aussi ce grand modèle dans l'accomplissement des devoirs que sa dignité lui imposait. Il assistait régulièrement à l'office divin dans l'église de son titre, prêchait souvent, et prenait beaucoup de plaisir à catéchiser les enfants, surtout les enfants des pauvres. Il eût voulu faire revivre quelques pratiques de l'ancienne discipline, mais le temps ne lui permit pas de réussir dans ce projet ; ses efforts rencontrèrent de l'opposition, et un orage sembla se former contre lui. Son humilité, son éloignement pour le faste, qui d'abord avaient été applaudis, furent alors tournés en ridicule. Mais le ridicule et la calomnie arrivent rarement à leur but, et peut-être ne réussissent jamais contre ceux qui, ainsi que Tommasi, remettent leur cause entre les mains de Dieu et lui abandonnent le soin de les défendre.
Il réservait sur ses revenus une petite somme pour son entretien, et distribuait le reste aux pauvres, dont il était en toute occasion l'avocat. On ne peut dire quelle charité il avait pour eux ; il craignait de faire pour lui-même la moindre dépense, de peur de diminuer ses aumônes, et son médecin déclara qu'il ne prenait pas une nourriture suffisante. Un jour on lui servit un poisson un peu plus gros que ceux que l'on mettait d'ordinaire sur sa table ; il s'informa quel prix on l'avait payé. Ce prix n'était pas élevé, mais le Bienheureux le trouva trop cher, car lorsque son cuisinier lui dit combien il coûtait, le saint homme se tourna vers le crucifix et s'écria en gémissant : « Seigneur, ai-je été fait cardinal pour manger du poisson de ce prix, lorsqu'il y a tant de pauvres qui meurent de faim ? »
Le frère théatin qui servait depuis longtemps Tommasi, et qui demeurait chez lui depuis sa promotion au cardinalat, rapportait que, se trouvant avec ce serviteur de Dieu dans un quartier de Rome, un pauvre vint leur demander l'aumône. Tommasi, absorbé dans la contemplation, ne l'entendit pas d'abord, et le frère, fatigué des sollicitations de ce mendiant, lui dit une troisième fois avec un peu de rudesse qu'il n'aurait rien. Le saint cardinal, qui était en avant, revint sur ses pas, fit une semonce au frère, et lui défendit de traiter à l'avenir les pauvres de cette manière.
Cette tendresse de Tommasi pour les membres souffrants de Jésus-Christ avait sa source dans l'esprit de foi dont il était animé ; cette vertu fondamentale fut son guide pendant toute sa vie. Ce fut la foi qui le dirigea dans ses études, et ce fut pour montrer la parfaite conformité de croyance de l'Église romaine avec la primitive Église, qu'il publia ses savants ouvrages sur les antiquités ecclésiastiques. Il aurait voulu aller prêcher cette foi sainte aux nations idolâtres, et un jour qu'il voyait des missionnaires de sa congrégation prêts à partir pour l'Inde, il leur exprima les regrets qu'il éprouvait de ne pouvoir les accompagner. Sa foi se manifestait surtout lorsqu'il célébrait le saint Sacrifice, et lorsqu'il s'agissait du culte de l'auguste Sacrement de nos autels. Il fit beaucoup de dépenses pendant le peu de temps qu'il fut cardinal pour orner l'église dont il était titulaire.
Quoique ce grand serviteur de Dieu eût toujours mené une vie très-sainte, il avait été tourmenté par des inquiétudes et d'autres peines intérieures, mais son espérance se fortifia au milieu même de ces peines ; il répétait souvent ces paroles de David : « Seigneur, j'ai espéré en vous, je ne serai pas éternellement confondu ! ». Il cherchait à affermir cette vertu dans les autres, et lorsqu'il voyait quelqu'un découragé, il lui disait : « Ne vous affligez pas ; moins vous aurez de secours de la part des hommes, et plus le Seigneur vous prêtera d'assistance et d'appui ».
Tommasi avait manifesté dès sa première jeunesse son ardent amour pour Dieu, en lui sacrifiant généreusement tous les avantages temporels auxquels il pouvait prétendre ; il conserva toute sa vie avec un soin extrême ce sentiment de tendresse envers son divin Maître. Il avait une vive horreur du péché, moins par la crainte du châtiment que par celle d'offenser la souveraine Majesté. Sans cesse occupé de Dieu, il cherchait à s'unir à lui par de fréquentes oraisons jaculatoires. Tout ce qui pouvait nourrir sa piété lui inspirait de l'intérêt ; et ce savant, dont l'Europe admirait l'érudition, estimait toutes les pratiques de dévotion approuvées par l'Église et les observait avec fidélité. On le trouva un jour en extase devant une image de la sainte Vierge. Il recommandait la confiance en cette sainte Mère de Dieu, et il en donnait lui-même l'exemple.
C'est ainsi que, placé dans un rang éminent, Tommasi donnait l'exemple de toutes les vertus ; mais le ciel sembla bientôt l'envier à la terre. La veille de Noël 1712, il éprouva un malaise qui ne l'empêcha cependant pas de se rendre à la chapelle papale et d'y assister à tout l'office du soir et de la nuit. Rentré chez lui le matin de la fête, il sentit augmenter son indisposition. Le mal faisant des progrès, il reçut les derniers sacrements. Lorsqu'on lui apporta le saint Viatique, son visage parut tout enflammé, et l'empressement qu'il montra de communier fit connaître avec quelle ardeur il s'unissait à son divin Maître. Le 31 décembre, il dicta son testament qui est un nouveau monument de sa piété. La fièvre ayant redoublé, il sentit que sa fin approchait. Il voulut lui-même chercher dans le Rituel les prières qui devaient être récitées pendant son agonie ; il y tomba bientôt et elle fut très-paisible. Un air de joie se répandit sur sa figure, et ses yeux fixés vers la muraille firent penser qu'il avait une vision. Enfin ce saint homme ayant tendrement baisé son crucifix et placé ses bras en croix sur sa poitrine, rendit son âme à son Créateur le 1er janvier 1713, à l'âge de soixante-trois ans.
A peine eut-il expiré que toute sa maison fit éclater sa douleur. « Notre père est mort ! » s'écriaient-ils tous, « le père des pauvres ! C'est un Saint qui quitte le monde ». Le peuple accourut en foule au palais, et joignit ses éloges à ceux que les domestiques donnaient à leur bon maître.
La renommée de ses vertus ne fut pas longtemps renfermée dans Rome ou dans sa patrie. Beaucoup de personnages de distinction, en Italie et en d'autres pays, demandèrent que son nom fût inséré au catalogue des Saints, ce qui depuis plusieurs siècles n'est accordé qu'après de longues formalités. On les commença l'année même de sa mort : ses ouvrages furent soumis à un sévère examen dans différentes Congrégations établies à cet effet ; toute sa vie fut examinée et discutée, ainsi que les miracles opérés par son intercession. Les procédures suspendues pendant quelque temps recommencèrent en 1723 : elles furent encore interrompues, puis reprises en 1729. Un décret d'Urbain VIII ordonnait que cinquante ans se fussent écoulés depuis la mort de la personne dont on sollicitait la canonisation, avant que l'on pût en prononcer le décret. En 1753, Benoît XIV, qui avait connu personnellement Tommasi, qui admirait ses vertus, ses talents, et était très-tendrement attaché à sa mémoire, dérogea en sa faveur à la loi que l'un de ses prédécesseurs avait établie, et pendant les années 1757, 1759 et 1760, les procédures furent continuées. En 1761, Clément XIII déclara formellement qu'il était prouvé que le serviteur de Dieu, Joseph-Marie, cardinal Tommasi, avait été singulièrement doué de foi, d'espérance, de charité envers Dieu et envers le prochain, de prudence, de justice, de force et de tempérance. Dans les années 1802 et 1803, la Congrégation continua à examiner les miracles qui lui avaient été soumis, et l'on en déclara deux suffisamment prouvés. Enfin, le 5 juin 1803, le décret pour la béatification fut prononcé par Pie VII, avec le consentement unanime de la Congrégation des Rites.
Le corps du bienheureux Tommasi est conservé à Rome, dans la belle église de Saint-Martin-aux-Monts, qui était son titre cardinalice. Ce corps vénérable, placé dans le tombeau de l'autel d'une chapelle latérale, est recouvert d'une glace qui permet de le voir. Il s'est conservé sans corruption, et ceux qui ont vu son portrait reconnaissent facilement les traits de son visage.
Le pieux auteur de l'Imitation de Jésus-Christ recommande à ses lecteurs de se garder de la trop grande soif de savoir, comme de la source de beaucoup de distractions et de beaucoup d'erreurs. Qui peut lire ce qu'un savant illustre disait de lui-même à ce sujet, sans y trouver un avertissement contre un excès si blâmable et si dangereux? « J'étais absolument emporté par le plaisir que je trouvais à l'étude, disait-il, et la variété infinie d'objets qu'elle présente entraînait tellement mes pensées, et s'emparait si bien de toutes les avenues de mon âme, que j'étais tout à fait incapable d'une douce et intime communication avec Dieu. Cette dissipation et cette indisposition de l'esprit ont toujours été mon grand défaut : elles troublent encore ma prière et m'enlèvent presque tout l'avantage que j'en devrais retirer ».
Tommasi n'éprouva jamais ce malheur : il sanctifia ses études par la prière et la méditation ; il rendit ainsi ses travaux utiles à la gloire de Dieu, à sa perfection et au salut du prochain, seul but où doivent tendre non-seulement nos études, mais toutes nos occupations.
Les ouvrages du B. Tommasi ont été publiés de nouveau depuis sa mort. Nous allons faire connaître les titres qu'ils portent.
## NOTICE DES OUVRAGES DU B. JOSEPH-MARIE TOMMASI.
14. Courte instruction sur la manière d'assister avec fruit au saint Sacrifice de la Messe, en italien. 1710. 15. Exercice journalier pour la maison, en italien. 1712. On a encore de lui : 16. Constitution des religieuses Bénédictines du diocèse de Girgenti, en italien. 1670. 17. Prisci fermenti nona expositia : et de fermento quod dubatur Subbato ante Palmas in consistorio Lateranensi, en deux dissertations imprimées avec le traité de Ciampini de Asymorum usu. 1688, in-4°.
Le cardinal Tommasi a laissé en manuscrit quelques autres ouvrages : 1. Brevoculus aliquot Monumentorum veteris moris quo Christi fideles ad seculum usque decimum utebantur in celebratione Messarum, etc. 2. De primato ecclesiasticorum officiorum Breviario extra chorum. 3. Memorialis indiculus veteris et probatæ in Ecclesia consuetudinis concedendi indulgentias.
A sa mort il travaillait à une édition du véritable Sacramentaire de saint Grégoire, pape, purgé de toutes les additions qu'on y a faites dans les temps postérieurs.
Le P. Ant.-François Vezzosi, Théatin, donna, en 1747-1754, en 7 vol. in-4°, une édition de toutes les œuvres du cardinal Tommasi, augmentée de pièces inédites.
Le même religieux publia, en 1769, Institutiones theologicæ antiquorum Patrum, 4 vol. in-4°, dont les deux premiers contiennent les opuscules compris dans les trois volumes in-8° indiqués ci-dessus n° 13, et les deux autres renferment quelques ouvrages de saint Augustin et autres Pères, que le vénérable cardinal avait dessein de publier pour compléter la Théologie des Pères, et qu'il a lui-même indiqués dans son Indicatus adressé au P. Mabillon, cité n° 12. Il mit à la tête une vie du cardinal, et le catalogue de ses écrits.
(Vies des Pères, Martyrs, etc., nouvelle édition par Ram. Bruxelles 1854.)
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## SAINT ALMAQUE, MARTYR A ROME (404).
Il y avait en effet des martyrs dans le Collège, il y eut à ce moment un martyr du Collège même.
(Mgr Gerbet, Esquisse de Rome chrétienne.)
On l'appelle aussi saint Télémaque, c'est-à-dire qui met fin aux combats. Poussé par l'Esprit-Saint, ce solitaire d'Orient quitte un jour son désert et s'achemina vers la ville de Rome. Il s'y sentait attiré par une grande œuvre à accomplir. C'était sous le règne d'Honorius, en 404. Il arriva dans la grande ville le premier janvier. Les Romains, selon la coutume, célébraient par des fêtes bruyantes le commencement du nouvel an. Et selon la coutume aussi qui n'avait pu être abolie par les décrets de Constantin, de Constance, de Julien et de Théodose. Alipius, préfet de la ville à cette époque, charmait les Romains par le spectacle que ce peuple aimait le mieux, par des combats de gladiateurs. À la vue du sang humain qui coulait à flots dans ces jeux barbares, saint Almaque fut saisi d'une grande douleur. Il pensa qu'il fallait le sacrifice volontaire d'un martyr pour délivrer le monde d'une coutume si diabolique et si invétérée. Il n'hésita pas un instant à se jeter entre des gladiateurs qui combattaient, pour les séparer, en s'écriant : « C'est aujourd'hui l'Octave de la Nativité de Notre-Seigneur ; renoncez au culte superstitieux des idoles et abstenez-vous d'offrir des sacrifices impurs » ; sur-le-champ et par l'ordre d'Alipius, qui était spectateur, il fut renversé par terre et mis en pièces. Mais selon une belle parole prononcée de nos jours au milieu d'une autre tuerie non moins barbare, son sang fut le dernier versé sur l'arène ; car l'empereur Honorius prit occasion de cette sainte et glorieuse mort pour abolir à jamais les horribles combats de gladiateurs. Le monde fut toujours délivré de ses plus grandes calamités par le sang des justes.
— On représente saint Télémaque en costume de pèlerin, la poitrine percée d'un glaive.
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## SAINT CONCORDE, MARTYR (175).
Saint Concorde était, à ce qu'il paraît, originaire de Rome. Il quitta son père nommé Gordien, homme d'une grande vertu, pour aller vivre dans la solitude. On était alors au temps de la persécution de Marc-Aurèle. Le pieux solitaire fut signalé à Terquatus, gouverneur de la Toscane et de l'Ombrie, à cause de la grande affluence de pèlerins qui se pressaient vers sa retraite. Torquatus le fit venir et lui demanda son nom : Chrétien, répondit Concorde. Je ne te parle pas de ton Christ, reprit Torquatus, mais de ton nom. Chrétien, répliqua Concorde, je te l'ai dit, je suis à Jésus-Christ, et rien au monde ne me séparera de mon divin Maître. Torquatus le fit fustiger et le renvoya en prison. Quelque temps après il chercha encore à l'ébranler par des promesses et par des menaces, puis voyant que tout effort serait vain contre sa constance, il le fit étendre sur le chevalet; après quoi, déchiré, disloqué et chargé de fers, on le jeta dans un cachot pour y mourir de faim. Mais au bout de trois jours, Torquatus, cédant à son impatience, envoya dans la prison deux soldats et un prêtre avec ordre de n'en pas sortir que Concorde n'eût sacrifié ou perdu la tête. Concorde, au lieu d'écouter leurs sollicitations, se mit à cracher sur l'idole; et l'un des soldats lui abattit la tête sur-le-champ. — On représente saint Concorde recevant la visite d'un ange qui vient lui apporter de la nourriture dans son cachot; ou repoussant la statue de Jupiter à laquelle on veut le faire sacrifier.