Saint Habacuc

Prophète de l'Ancienne Loi

Fête : 15 janvier -7ᵉ siècle • saint

Résumé

Prophète de l'Ancienne Loi, Habacuc annonça l'invasion de la Judée par les Chaldéens et la chute de Nabuchodonosor. La tradition rapporte qu'il fut transporté miraculeusement par un ange jusqu'à Babylone pour nourrir Daniel dans la fosse aux lions. Son tombeau fut révélé au IVe siècle sous le règne de Théodose.

Biographie

SAINTS HABACUC ET MICHÉE LE JEUNE

PROPHÈTES DE L'ANCIENNE LOI. (606 av. J.-C.)

Le temps n'était plus où tout un peuple secouait, à la voix de Moïse, l'oppression de l'Égypte. Le royaume avili de Juda dormait dans les chaînes du Pharaon Nâchao, et il estimait son sommeil à tel prix qu'il vouait à la mort les importuns dont la voix cherchait à l'interrompre. Quand un peuple en arrive à cet excès de préférer à l'honneur, au devoir, à la religion, à sa nationalité même, les jouissances dégradantes du sensualisme ; quand surtout il ne répond que par le mépris aux élans généreux des âmes que la contagion n'a pas encore atteintes, il touche par tous les côtés à la ruine. C'est là ce que le prophète Habacuc, digne auxiliaire de Jérémie et de Joël, entreprit non moins inutilement de faire comprendre à l'ingrate Jérusalem. « Levez les yeux, race de contempteurs », disait-il, « voyez, et que ce spectacle vous glace d'épouvante ; car l'événement qui va s'accomplir en vos jours dépassera la foi des âges futurs. Moi, Jéhovah, je susciterai contre vous, de la Chaldée, une nation au cœur cruel et aux pieds rapides, qui parcourra la terre pour saisir les domaines qui ne sont pas les siens. L'horreur la précède et l'effroi la suit ; elle ne prend de conseils que dans sa violence, et les ruines qu'elle sème sur ses pas n'ont point de vengeurs. Plus agiles que le léopard, plus prompts que le loup qui fond le soir sur les bergeries, seront ses chevaux et ses cavaliers ; ils franchiront les distances, se répandront partout à la fois ; ils auront l'essor de l'aigle qui se précipite à la carrière. Tous accourront au pillage : on dirait un ouragan dans sa fureur. De la même manière que le vent soulève la poussière en tourbillons, ainsi ils chasseront devant eux les nations comme des troupeaux d'esclaves. Leur chef triomphera des rois, les princes seront ses bouffons ; les plus fiers remparts exciteront le sourire de sa pitié ; il élèvera au-dessus de leur niveau des montagnes de fascines, et il entrera vainqueur dans les forteresses. Après tant de victoires, son esprit sera troublé ; il tombera ; et voilà à quoi se réduira pour lui la puissance de son Dieu. »

Les récentes découvertes définitives confirment la véracité de l'histoire juive, et justifient jusque dans les moindres détails les expressions des Prophètes. Nabuchodonosor II, qui devait bientôt réaliser les prédictions d'Habacuc par le succès de son invasion en Judée et la terrible captivité qu'il allait imposer aux Hébreux, était un serviteur du dieu Assour. Il ne manquait pas à Jérusalem d'esprits lâches et serviles, prêts à adorer le succès, en dépit même de leur sentiment national outragé, et disposés à préférer le dieu des Assyriens qui donnait la victoire, au Dieu de Juda qui annonçait des défaites. Voilà pourquoi Habacuc insiste sur la chute qui suivra les ambitions satisfaites de Nabuchodonosor, et sur l'impuissance du dieu que l'Assyrie présentait comme le vainqueur de Jéhovah.

Comme Joël, Habacuc a célébré le règne futur du Messie : le cantique conservé dans le canon des Écritures sous le titre de : *Oratio Habacue prophetæ pro ignorantiis*, est rythmé à la manière des Psaumes, et il en a l'inspiration et la divine sublimité. L'Église catholique le redit chaque semaine dans son office liturgique, et chaque année, au jour même où Jésus-Christ, dont il annonçait les triomphes, voulut mourir de la main des Juifs pour le salut du monde.

On est persuadé que ce Prophète a survécu de beaucoup au dernier départ des captifs après la ruine du temple et de la ville de Jérusalem. Aussi saint Jérôme, suivi de beaucoup d'autres, ne fait-il point difficulté de dire que ce fut le même Habacuc qui reçut ordre de Dieu, trente ans après, d'aller de Judée à Babylone porter à manger à Daniel qui avait été jeté dans la fosse aux lions.

Pendant qu'Isaïe annonçait le règne spirituel de l'Enfant-Dieu, fils d'une Vierge-Mère, Michée de Morasthi désignait le lieu de sa future naissance. « La charrue sera promenée sur les ruines de Sion », disait Michée, « comme dans un champ qu'on laboure. Jérusalem sera changée en un monceau de décombres, et la colline du temple se couvrira des ronces de la solitude. » Sion, s'écriait-il encore, « fille du brigandage, tu seras dévastée ; les ennemis assiégeront tes remparts, leur verge frappera à la joue le juge d'Israël. Et toi, Bethléem-Ephrata, la plus petite entre les mille cités de Juda, c'est de ton sein que sortira le dominateur d'Israël, celui dont la génération a commencé dès les jours de l'éternité. Dieu conservera son peuple jusqu'au jour où celle qui doit enfanter deviendra mère. Le fils qui naîtra d'elle demeurera dans la stabilité ; il fera paître son troupeau dans la force du Seigneur et dans la sublimité de son nom auguste. Et les peuples se convertiront, parce que sa gloire sera exaltée jusqu'aux extrémités du monde, et celui-là sera la paix ».

Que la Synagogue nous dise quel est l'Enfant de Dieu, né d'une Vierge-Mère à Bethléem-Ephrata, dont le nom est maintenant adoré dans toutes les contrées de l'univers ? En connaît-elle d'autre que Jésus-Christ, notre Dieu et le roi immortel de la paix ?

On ne sait quelle fut la fin du prophète Michée. Les Grecs ont prétendu qu'il avait été précipité du haut d'un rocher par des Juifs choqués de s'entendre reprocher leurs crimes : mais cette assertion ne repose sur aucune base solide.

Il fut enterré près du lieu de sa naissance.

Au rapport de l'historien Sosamène, les tombeaux d'Habacuc et de Michée le Jeune furent révélés à Zabenne, évêque d'Elou'héropolis, ville située à 7 lieues environ de Jérusalem, vers le couchant : c'était sous le règne de Théodose. 346-395.

Celui d'Habacuc se trouvait en un lieu appelé Kella, si connu par l'histoire de David, et celui de Michée, à une demi-lieue d'Elou'héropolis, en un endroit que le peuple désignait sous le nom de Monument fidèle, sans savoir pourquoi. Du temps de saint Jérôme, il existait sur le tombeau de Michée de Morasthi une église que visita sainte Paule. On ne sait pas si le tombeau d'Habacuc fut honoré de la même manière : toujours est-il que dans la suite des temps on dressa, près de Bethléem, une église sur le lieu où la tradition rapportait que l'ange l'avait enlevé pour le transporter à Babylone. Au XIIIe siècle, il existait dans le diocèse de Jérusalem, une église abbatiale de l'Ordre de Prémontré, sous le nom de saint Habacuc. Elle dépendait de l'abbaye de Floreffe, en Belgique, et avait été bâtie par un croisé du Hainaut.

Les Grecs font la fête d'Habacuc le 2 décembre, mais ils ne lui joignent pas Michée. Tous les martyrologes latins les réunissent au 15 janvier : c'est ce que fait aussi dans le Levant, l'église latine de Jérusalem, où leur office est du rite semi-double.

Habacuc est reconnaissable à l'ange qui le transporte dans les airs par les cheveux ; au pain dont il se munit pour le prophète Daniel ; au vase de soupe qu'il avait préparé pour ses moissonneurs, et qu'il leur portait au moment où il fut enlevé. Au moyen âge, on caractérisait encore chaque prophète par un texte de sa prophétie placé sur une cartouche. Le texte qu'on choisissait pour Habacuc est celui-ci : Apparebit Dominus et non mentietur. Deus ab austro veniet et Sanctus de monte Pharaon. Le Seigneur se montrera et il ne faillira point. Dieu viendra du couchant, et le Saint, du mont de Pharaon.

Pour Michée c'était celui-ci : Erit mons domus Domini præparatus in vertice montium. La maison du Seigneur sera préparée sur le sommet des montagnes.

Cf. Balliet, Darras, Histoire de l'Église ; le P. Cahier.

Date de fête

15 janvier

Époque

-7ᵉ siècle

Décès

606 av. J.-C. (époque prophétique), survit à la ruine de Jérusalem