Saint Alban de Mayence
Martyr
Résumé
Prêtre africain fuyant les persécutions vandales, Alban se rend à Rome avant d'être envoyé évangéliser la Gaule. Établi à Mayence, il combat l'arianisme par son éloquence avant d'être décapité par les hérétiques. La tradition rapporte qu'il porta sa propre tête jusqu'à son lieu de sépulture.
Biographie
SAINT ALBAN, MARTYR À MAYENCE (1er siècle).
Alban, prêtre, fuyant Ilumérie, roi des Vandales ariens, persécuteur acharné des catholiques, quitta l'Afrique, sa patrie, avec Thénonate, son évêque, et vint en exil à Rome. De cette ville, il fut envoyé en Gaule pour annoncer l'Évangile. Mayence se trouvant alors dépourvue de pasteur, il saisit cette occasion pour y venir exercer le ministère apostolique. Il rencontra encore là l'hérésie arienne, et à ses perfidies il opposa le glaive de la parole divine. Doué d'un génie vif et ardent et d'une forte éloquence, il attaquait sans ménagement les hérétiques et les enlaçait dans les nœuds indissolubles de son argumentation. C'est par ce moyen qu'il excita leur colère et leur rage.
Cette rage finit par éclater, et Alban, saisi au milieu de ses frères, fut accablé de mauvais traitements. Mais, sans s'émouvoir de ces cruautés, il demeura ferme dans la foi catholique et immobile au milieu des insultes, comme un rocher au milieu des vagues irritées. Enfin, après avoir subi toutes sortes de mauvais traitements de la part d'une multitude insensée, il eut la tête tranchée hors de la ville. Une tradition constante rapporte que sa langue murmura encore les louanges de Jésus-Christ, après que sa tête fut détachée du tronc; elle ajoute que le Martyr ramassa sa tête, et qu'il la porta d'un pas ferme jusqu'à l'endroit où il fut ensuite enseveli avec honneur.
En 804, on fonda dans la ville de Mayence un célèbre monastère qui prit le nom de notre Saint et s'appela Sanctus-Albanus Magnutinensis. C'était une abbaye de l'Ordre de Saint-Benoît, due au zèle pieux de Riculf, archevêque de Mayence, et aux libéralités de Charlemagne. Il fut construit hors des murs de la ville, sur le lieu même du martyre de saint Alban.
Quelques hagiographes ont confondu à tort notre saint Martyr de Mayence avec celui du même nom, premier Martyr en Angleterre, dont on fait la fête et dont nous donnons la Vie au jour suivant.
Propre de Mayence.
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## SAINT MÉEN OU MÉVENNE,
## ABBA
## DE L'ABBAYE DE SAINT-JEAN-BAPTISTE DE GAËL (647).
Méen ou Mévenne naquit dans la Grande-Bretagne, l'an 640; ses parents, aussi pieux que nobles, l'élevèrent chrétiennement. Parvenu à l'âge de l'adolescence, il quitta tout, et s'en alla auprès de son oncle, saint Samson, évêque d'York, sous la discipline de qui il fit de grands progrès dans la vertu. Saint Samson ayant été forcé de quitter l'Angleterre, envahie par les Saxons, se retira à Dole, dans la petite Bretagne, où il fut aussitôt choisi pour évêque. Méen ne se sépara pas de son oncle et de son évêque, et il l'aida de tout son pouvoir à porter le fardeau de l'épiscopat.
Il se lia d'une étroite amitié avec Cadmon, comte de Gaël, qui lui avait offert l'hospitalité comme il voyageait. Ce comte fonda, dans le voisinage, le monastère de Saint-Jean-Baptiste, qui devint, sous la conduite de Méen, une pépinière de Saints. Ce fut lui qui initia à la vie religieuse le prince Jodicaël, roi de Domnonée, qui fut mis au rang des Saints. Il prédit à Hallon, frère du roi Hoël, qu'il mourrait dans trois jours, en punition de ses crimes; et en effet, trois jours après, il l'assistait à son lit de mort, pour l'exhorter à la pénitence. Il fonda un second monastère près d'Angers, qu'il peupla de ses disciples et qu'il allait souvent visiter pour y entretenir la ferveur. Il mourut au monastère de Gaël, vers l'an 647. Ce lieu et cette abbaye ont depuis pris le nom de Saint-Méen, à cause des miracles qui s'y sont opérés par l'intercession du Saint.
Son tombeau attire beaucoup de pèlerins. On trouve son nom dans les litanies anglaises du VIIIe siècle, et sa fête est marquée comme solennelle dans les calendriers de la plupart des diocèses de Bretagne, sous le 21 juin.
Propre de Vannes.
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## SAINT RAOUL, ARCHEVÊQUE DE BOURGES (866).
Raoul était issu de la maison royale de France et se trouvait proche parent de Wilfroy, comte de Bourges. Il eut pour père un autre Raoul, comte de Quercy, seigneur de Turenne et abbé laïque de Tulle, en bas Limousin. Sa mère se nommait Aigne, et sa naissance n'était guère moins illustre. Ils confièrent l'éducation de leur fils à un homme de piété, nommé Bertrand, qui était abbé de Selignac, près de Limoges. En 823, le jeune Raoul reçut la tonsure cléricale et fut depuis abbé d'un monastère jusqu'ici inconnu. Son mérite le fit ensuite élever sur le siège archiépiscopal de Bourges, où il monta en 840. Ce qu'on dira bientôt de ses écrits montre avec quelle sollicitude il gouverna son Église. Il donna même aux peuples qui lui étaient soumis tant de marques et de sa prudence et de sa grandeur d'âme, qu'il mérita d'être regardé comme le père commun de la patrie.
Il se passa peu d'événements considérables dans l'Église gallicane pendant l'épiscopat de Raoul, auxquels il n'eût quelque part. En 845, il se trouva au concile de Meaux, et trois ans après à celui de Mayence, selon Tritème. Il assista aussi, en 850, à la célèbre assemblée de Savonnières, près de Toul, et y fut choisi, avec Bemi, de Lyon, pour juge dans l'affaire Wenilon, de Sens. Il fut encore des assemblées de Tousi, en 860, et des deux de Pistes, en 862 et 864. Dès 855, il couronna, à Limoges, roi d'Aquitaine le jeune prince Charles, fils de Charles le Chauve.
Celui-ci, pour mieux marquer à notre prélat l'amitié qu'il lui portait, lui donna l'abbaye de Fleury. Raoul employa son propre bien à fonder plusieurs autres abbayes : Duvère ou Divre, aujourd'hui Vierzon, en Berry; Bezulieu et Végennes, en Limousin; Sarrasac, en Quercy, pour des religieuses. Les deux dernières furent détruites avant le XVIIIe siècle.
Raoul est le premier archevêque de Bourges que l'on sache certainement avoir été décoré des titres de patriarche et de primat des Aquitaines et des Narbonnaises. Le pape Nicolas Ier, en lui répondant sur la validité des ordinations des chorévêques et d'autres points de discipline, le reconnaît directement pour tel. C'est ce qui le fait nommer archevêque des Aquitaines par Odon de Vienne. Ce saint Prélat, selon le même auteur, meurt en 866 et, comme on le croit, le 21 de juin. Il fut inhumé dans l'église de Saint-Ursin. Un peu moins d'un siècle après sa mort, Eustorge, évêque de Limoges, le qualifiait un maître de sainte mémoire.
Il y a de saint Raoul une espèce d'Instruction pastorale, qui n'a été connue du public qu'au commencement du XVIIIe siècle. Elle est dans le goût et sur le modèle du Capitulaire de Théodulfe d'Orléans, où l'auteur a beaucoup puisé, et de ceux des autres évêques du même temps (IXe siècle). Saint Raoul l'adresse aux prêtres de son diocèse, qu'il appelle ses frères et ses coopérateurs dans le saint ministère, et ne la publia qu'après les avoir consultés sur ce qu'il y établit. Le but principal que se proposait le saint Prélat dans cet ouvrage était de faire revivre en quelque sorte l'esprit des anciens canons dans son clergé et de remédier à certains abus qui s'étaient glissés dans son diocèse. L'ignorance et les faux Pénitentiels y avaient surtout causé beaucoup de confusion dans l'administration de la pénitence. Notre saint Archevêque se crut donc obligé d'y opposer cet ouvrage, où il a recueilli, en quarante-cinq articles ou capitales, ce qui lui a paru le plus propre à instruire ses prêtres de leurs propres devoirs et de ce qu'ils devaient enseigner aux peuples confiés à leurs soins. Ce qu'il y dit, il l'a principalement tiré des Capitulaires de nos rois et de celui de Théodulfe. Il a aussi puisé quelquefois dans les anciens conciles, les décrets des Papes et les écrits des Pères.
On a perdu quelques lettres de saint Raoul, notamment celle à laquelle répond le pape Nicolas Ier. C'était une consultation par laquelle il demandait à ce Pontife des éclaircissements sur divers points de discipline.
Dom Rivot, Hist. litt. de la France.
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