Sainte Edeltrude (Ediltrude)

Reine d'Angleterre, Vierge et Abbesse d'Ely

Fête : 23 juin 7ᵉ siècle • sainte

Résumé

Fille du roi des Saxons orientaux, Edeltrude préserva sa virginité malgré deux mariages royaux. Elle finit par embrasser la vie monastique et devint abbesse d'Ely, où elle mena une vie d'austérité et de prière. Elle mourut de la peste en 679, et son corps fut retrouvé incorrompu seize ans plus tard.

Biographie

SAINTE EDELTRUDE OU EDILTRUDE,

679. — Pape : Agathon.

Tu, homo, quem fructum expectas in mundo, cujus fructus ruina est, cujus finis mors est?

Ô homme, quel fruit attends-tu dans un monde dont le fruit est la ruine, dont la fin est la mort?

S. Born., lib. I, c. 17.

Nous avons vu, en sainte Marguerite d'Écosse, le modèle d'une grande reine et un exemple parfait de la manière dont les reines et les grandes princesses se doivent comporter envers Dieu et son Église, et envers leurs maris, leurs enfants, leurs officiers et leurs sujets. Voici aujourd'hui une autre reine, beaucoup plus ancienne que la précédente, qui nous fera voir que la sainteté n'est pas incompatible avec la grandeur, ni l'innocence et la virginité avec un mariage illustre et plein de gloire. C'est la bienheureuse Edeltrude, que Dieu n'a élevée à la dignité de reine d'Angleterre que pour rendre ses vertus plus éclatantes et pour la proposer à tout ce royaume comme un modèle accompli du détachement du monde et de tout ce qu'il a de biens, d'honneurs et de plaisirs.

Elle était fille d'un roi des Saxons orientaux, appelé Anna, dont le vénérable Bède décrit souvent les belles actions et les excellentes vertus ; elle eut pour mère sainte Héreswide, princesse du sang des rois de Northumberland.

Elle était sœur de sainte Sexburge, de sainte Withburge et de sainte Ethelburge, qui mourut religieuse en France. Elle naquit à Ermynge, dans le comté de Suffolk, et fut élevée dans la crainte de Dieu. La reine, sa mère, charmée de ses pieuses inclinations et de ses belles qualités, n'oublia rien pour les cultiver et faire de sa fille une princesse accomplie. Un amour ardent pour Jésus et une tendre dévotion pour Marie s'emparèrent de ce cœur simple et droit, et de bonne heure la jeune vierge conçut le désir de passer sa vie dans une continence parfaite. On vit bientôt paraître en elle les semences de cette vertu éminente où on la vit parvenir depuis, et elle donna en toutes rencontres des marques du mépris qu'elle faisait des plaisirs de la vie, des grandeurs et des richesses de la terre, témoignant qu'elle en attendait de plus solides dans le ciel.

Lorsqu'elle fut nubile, son père, qui avait pour elle toute la tendresse qu'on peut avoir pour une fille bien née, la donna en mariage à Tonbercht, prince des Girviens méridionaux. Ces deux époux vécurent dans la continence et se séparèrent pour mieux vaquer au service de Dieu. Elle se retira dans l'île d'Ely, qui lui avait été donnée pour douaire ; là elle mena, pendant l'espace de cinq années, une vie véritablement angélique. Pleine de mépris pour tout ce qui enchante les mondains, elle faisait consister sa gloire dans la pratique de la pauvreté volontaire et des humiliations. Son plus grand plaisir était de chanter nuit et jour les louanges du Seigneur.

En vain Edeltrude chercha à vivre cachée dans la solitude ; l'éclat de ses vertus perça le voile dont son humilité tâchait de les couvrir.

Lorsque son premier mari fut mort, Egfrid, roi de Northumberland, la poursuivit des plus vives instances jusqu'à ce qu'elle consentît à l'épouser. Elle sut, dans le second mariage comme dans le premier, conserver intacte la fleur de sa virginité.

Nous avons pour garants de ce prodige deux grands Saints qui nous en assurent : saint Wilfrid, archevêque d'York, et le vénérable Bède, insigne docteur de l'Église ; et Dieu même en a voulu donner une grande preuve, en conservant son corps incorruptible plusieurs années après sa mort. Douze ans étant écoulés, Edeltrude, qui, de même qu'Esther, avait une aversion souveraine pour tout l'éclat de la majesté royale, supplia instamment le roi son mari de lui permettre de quitter la cour et de se retirer dans une maison religieuse. Le roi l'aimait tendrement, comme il était parfaitement aimé d'elle, ce qui rend leur continence encore plus admirable ; néanmoins, il se laissa enfin fléchir par ses prières, et consentit qu'elle suivît l'attrait de Dieu qui l'appelait à une vie plus parfaite que celle de la cour. Elle entra donc au monastère de Coldhingam, et reçut le voile de religieuse des mains du saint archevêque dont nous venons de parler, sous la conduite d'Ebbe, tante du roi, qui en était supérieure. Sa vie, en ce lieu de pénitence, fut un modèle de toutes les vertus, et quoiqu'elle fût encore novice, elle y parut si consommée dans l'observance des Règles de la Congrégation, qu'après un an on la fit elle-même abbesse, dans l'île d'Ely, où elle était retournée en 672, et où elle fonda deux monastères, pour l'un et l'autre sexe.

Ainsi, cette grande princesse se vit bien plus heureusement mère que si elle avait donné beaucoup d'enfants à son mari ; et comme elle avait allié, dans le monde, la virginité avec le mariage, elle allia dans sa retraite la fécondité spirituelle avec la virginité. Elle joignit aussi une grande mortification de son corps et de tous ses sens aux soins continuels que sa charge de supérieure lui donnait. Elle quitta dès lors le linge et ne se servit plus que de tuniques de laine. Il arrivait rarement qu'elle mangeât plus d'une fois par jour, et il fallait pour cela, ou qu'elle fût notablement incommodée, ou qu'une grande solennité, comme celle de Pâques, de la Pentecôte, de Noël ou de l'Épiphanie l'obligeât de modérer son jeûne. Son oraison était continuelle, et elle la faisait, surtout le matin, avec tant ferveur, que, bien qu'elle eût assisté aux offices du milieu de la nuit, le lever du soleil la trouvait toujours en prière.

Elle passa ainsi le reste de sa vie, qui fut encore de sept ans, dans une innocence et une piété tout à fait exemplaires ; et, étant encore assez jeune, mais pleine de bonnes œuvres et de mérites, elle mourut de la peste en son monastère, le 23 juin 679. Sa mort ne lui avait pas été imprévue. Dieu lui avait fait connaître, auparavant, que sa maison serait attaquée d'un mal contagieux ; qu'un certain nombre de ses filles en mourraient, et qu'elle-même les accompagnerait dans ce passage à l'éternité. Lorsqu'elle sentit sur son cou une tumeur ardente qui la consumait, elle en témoigna une joie extrême et elle souffrit avec une patience héroïque la douleur des incisions que le chirurgien y fit. « Je n'ai point de mal », disait-elle, « que je n'aie

SAINT LIÉBERT, ÉVÊQUE DE CAMBRAI ET D'ARRAS.

justement mérité ; je me souviens qu'étant toute jeune j'ai porté sur ce cou de gros colliers de perles qui en faisaient l'ornement superflu. Dieu me fait beaucoup de miséricorde de vouloir punir en cette vie les vanités et les légèretés de cet âge, afin de ne pas les punir en l'autre vie ».

On la représente avec une couronne à ses pieds, pour montrer qu'elle a su mépriser les grandeurs du monde.

## CULTE ET RELIQUES.

Son corps, ainsi qu'elle l'avait ordonné, fut mis dans une bière et enterré dans le cimetière des religieuses, afin de n'être point séparée, après sa mort, de celles qu'elle avait si tendrement aimées dans tout le cours de sa prélature.

Sexborge, sa sœur, femme d'Ercoubert, roi des Cantuariens, et qui, à son exemple, avait tout quitté pour embrasser la vie religieuse, fut élue abbesse en sa place, et continua de gouverner son monastère avec beaucoup de sainteté. Au bout de seize ans, elle eut la pensée de lever de terre ce précieux trésor pour le placer en un lieu plus honorable, et prit, pour cela, des religieux de lui chercher une pierre pour en faire un tombeau. Leur commission ne fut pas difficile à exécuter ; car, s'étant transportés dans un lieu assez proche, ils y trouvèrent aussitôt, dans les champs mêmes, un tombeau de marbre blanc, très-ingénieusement travaillé, avec une grande table de même matière pour le couvrir. Ils virent bien que c'était la divine Providence qui avait préparé ce cercueil pour honorer la pureté et l'humilité de son épouse ; ainsi, ils l'emmenèrent avec joie à la sainte abbesse. Elle ne croyait plus trouver que les ossements de la reine, sa sœur, d'autant plus que le lieu où elle avait été enterrée était extrêmement humide, et que son corps, comme nous avons dit, outre qu'il n'avait point été embaumé, n'avait été renfermé que dans du bois. Cependant elle la trouva dans le même état qu'elle était au jour de son décès, sans que ni sa chair, ni ses habits, ni les suaires qui l'enveloppèrent eussent contracté aucune corruption ; et ce qui paraissait encore plus admirable, c'était que la grande plaie qu'on lui avait faite au cou pour la guérir de la tumeur contagieuse dont elle était morte s'était parfaitement refermée, et qu'on n'y voyait plus qu'une légère cicatrice.

Son corps fut mis dans le tombeau de marbre, où il demeura jusqu'à ce que Richard, abbé d'Ely, en fit une translation solennelle dans l'église, l'an 1106. Il s'est fait beaucoup de miracles par l'attouchement de ses habits, qui étaient demeurés si longtemps incorruptibles dans son tombeau, et les démons n'en pouvaient supporter les approches.

Son culte devint public dans l'Église d'Angleterre peu de temps après sa mort. Le martyrologe romain, celui de Bède, d'Adon et d'Usuard marquent sa fête au 23 juin.

Bède : Histoire ecclésiastique, liv. IV, chap. 19 et 20. — Cf. Godescard, etc.

Événements marquants

  • Mariage avec Tonbercht, prince des Girviens
  • Retraite de cinq ans dans l'île d'Ely
  • Second mariage avec Egfrid, roi de Northumberland
  • Entrée au monastère de Coldhingam
  • Fondation de deux monastères à Ely en 672
  • Mort de la peste en 679
  • Translation du corps incorrompu en 695 (16 ans après sa mort)
  • Translation solennelle en 1106 par l'abbé Richard

Miracles

  • Incorruptibilité du corps constatée 16 ans après la mort
  • Cicatrisation post-mortem d'une incision chirurgicale au cou
  • Découverte providentielle d'un tombeau de marbre blanc antique
  • Guérisons et exorcismes par l'attouchement de ses habits

Citations

Je n'ai point de mal que je n'aie justement mérité ; je me souviens qu'étant toute jeune j'ai porté sur ce cou de gros colliers de perles qui en faisaient l'ornement superflu.

— Paroles rapportées lors de sa maladie

Date de fête

23 juin

Époque

7ᵉ siècle

Décès

23 juin 679 (naturelle)

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

maux de gorge, tumeurs au cou

Autres formes du nom

  • Ediltrude (fr)
  • Etheldreda (en)

Prénoms dérivés

Edeltrude, Ediltrude

Famille

  • Anna (père)
  • Sainte Héreswide (mère)
  • Sainte Sexburge (sœur)
  • Sainte Withburge (sœur)
  • Sainte Ethelburge (sœur)
  • Tonbercht (époux (premier))
  • Egfrid (époux (second))
  • Ebbe (tante par alliance (supérieure))