Saint Sixte II (Xyste)
Pape et Martyr
Summary
Philosophe athénien converti, Sixte II devint pape en 257 durant la persécution de Valérien. Reconnu pour sa douceur, il apaisa les tensions sur le baptême des hérétiques avant d'être surpris par les soldats alors qu'il célébrait les mystères au cimetière de Calliste. Il fut décapité avec plusieurs diacres, prédisant à son disciple Laurent son propre martyre trois jours plus tard.
Biography
SAINT XYSTE OU SIXTE II, PAPE ET MARTYR
Nihil Deo tam gratum, tam amabile est, quam mitis anima atque manrueta.
Dieu ne trouve rien de plus agréable, de plus aimable, qu'une âme douce et clémente.
S. J. Chrys., hom. m de Panit.
L'Église naissante a vu paraître deux saints Pontifes sous le nom de Sixte, qui tous deux l'ont honorée par leur martyre. Le premier était Romain et fils de pasteur ; il tint le siège apostolique sous l'empereur Adrien, et souffrit généreusement la mort sous Antonin, pour aller jouir de Jésus-Christ, le 6 avril, l'an 127. Le second, dont l'Église célèbre aujourd'hui la mémoire, était Athénien. Il s'appliqua beaucoup, dans sa jeunesse, à l'étude de la philosophie, dont on faisait grand cas dans son pays ; mais ayant reconnu combien la doctrine de Jésus-Christ était préférable à toute la sagesse des Grecs, il quitta cette occupation pour ne plus étudier que Jésus-Christ crucifié. Étant venu à Rome, il s'y rendit très-célèbre par sa prudence, sa sainteté et sa profonde connaissance de tout ce qui appartient à la discipline ecclésiastique.
La chaire apostolique était demeurée un mois vacante après le martyre du pape saint Étienne Ier (253-257). L'Église de Rome, veuve de son pasteur, apprenait chaque jour le massacre de l'un de ses enfants. C'est ainsi que l'acolyte Tharsice fut arrêté par les païens au moment où il avait sur lui la sainte Eucharistie. Les soldats qui se saisirent de sa personne voulurent savoir ce qu'il portait. L'héroïque ministre de Jésus-Christ refusa de découvrir les saintes espèces, et se laissa assommer à coups de pierres et de bâton par la populace. Dans une réunion solennelle aux catacombes, le clergé et les fidèles de Rome, bravant les fureurs de la persécution, eurent le courage de donner un successeur au Pontife martyr. Saint Étienne Ier avait confié à Sixte, son archidiacre, le gouvernement de l'Église, pendant que lui-même, emprisonné pour la foi, subissait les premières atteintes de la huitième persécution. Les suffrages de l'assemblée se portèrent sur le courageux archidiacre (257). Dès que saint Denis, patriarche d'Alexandrie, eut appris son élection, il lui écrivit pour lui demander s'il fallait rebaptiser les personnes qui avaient reçu le baptême par les mains des hérétiques, et qui demandaient à être reçues dans le sein de l'Église catholique. Nous n'avons point sa réponse ; mais s'il eut le temps d'en donner une, elle fut sans doute entièrement conforme à celle qu'avait faite saint Étienne, son prédécesseur, à la même question proposée par des évêques d'Afrique : à savoir, qu'il ne fallait rien innover, mais s'en tenir à la tradition. Denis eut la consolation de voir rentrer dans l'unité tous ceux qu'une erreur passagère en avait écartés. Sixte conféra les ordres au mois de décembre, selon la coutume des Papes, et y imposa les mains à quatre prêtres, sept diacres et deux évêques. Quelques-uns mettent de ce nombre saint Sixte, premier archevêque de Reims ; mais Flodoard, qui a écrit l'Histoire de l'Église de Reims, dit qu'il fut envoyé dans les Gaules longtemps auparavant par l'apôtre saint Pierre.
Notre Saint souffrit des peines incroyables pour la défense et la propagation de la religion chrétienne. L'empereur Valérien ayant déclaré au sénat qu'il voulait qu'on recherchât surtout les évêques, les prêtres et les ministres de l'Église, et qu'on leur fît souffrir toutes sortes de supplices jusqu'à la mort, il fut arrêté comme chef des chrétiens, présenté aux juges et accusé d'avoir tenu des assemblées secrètes, contrairement à la défense du prince. Sixte confessa qu'il n'épargnait rien pour établir le culte du vrai Dieu et pour détruire la superstition de l'idolâtrie, et protesta qu'il mourrait volontiers pour une cause si juste et si sainte. On le mena au temple de Mars, pour le presser de sacrifier à cette fausse divinité ; mais il refusa absolument de commettre cette impieté. Aussi, après une courte prison, et pendant que le Pontife célébrait les saints mystères au cimetière de Calliste, des soldats s'emparèrent de sa personne et le conduisirent hors de la ville, où les bourreaux lui tranchèrent la tête (6 août 259).
Saint Sixte avait siégé environ deux ans depuis le consulat de Maxime et Glabrion (257), jusqu'à celui d'Emilianus et Bassus (259). Il précédait dans le ciel cette pléiade de glorieux martyrs que les édits de Valérien multipliaient sur tous les points du monde, et dont l'histoire de la terre n'a pu garder tous les noms. Tandis qu'il marchait au supplice, Laurent, archidiacre de l'Église romaine, le suivait en pleurant et lui disait : « Où allez-vous, mon père, sans votre fils ? Où allez-vous, saint Pontife, sans votre diacre ? » Sixte lui répondit : « Ce n'est pas moi qui t'abandonne, ô mon fils, mais un plus grand combat t'est réservé : tu me suivras dans trois jours ! ». C'est ce qui arriva. Mais si saint Sixte ne fut pas dès lors accompagné de saint Laurent, il ne manqua pas néanmoins d'autres compagnons de ses souffrances. Car saint Félicissime et saint Agapit, diacres, saint Janvier, saint Magne et saint Étienne, sous-diacres, et saint Quart, furent décapités avec lui, comme l'assure le martyrologe romain, bien que le poète saint Prudence dise en particulier de saint Sixte, qu'il fut attaché en croix.
Parmi les louanges que l'antiquité a données à Sixte II, on remarque
surtout celle de pontife doux et pacifique. C'est à cette mansuétude qu'était réservée la consolante mission de terminer la querelle des Rebaptisants, dont nous avons parlé, et qui avait rempli d'amertume le pontificat de son prédécesseur.
Son corps fut inhumé au cimetière de Calliste, sur la voie Appienne, où il avait été exécuté, et ceux de ses compagnons au cimetière de Prétextat, selon la remarque du livre des Souverains Pontifes, attribué à saint Damaso. Tous les martyrologes, après saint Cyprien, saint Augustin, saint Maxime, saint Pierre Chrysologue et beaucoup d'autres, parlent avec respect de ce bienheureux Pontife.
On représente saint Sixte : 1° avec une épée à ses côtés, pour rappeler qu'il fut décapité ; 2° attaché à une croix, quelques auteurs prétendant qu'il endura ce genre de supplice ; 3° conférant le diaconat à saint Laurent ; 4° conduit en prison et remettant à saint Laurent l'argent des aumônes, pour le distribuer aux veuves et aux orphelins ; 5° marchant au supplice, accompagné du même saint Laurent à qui il prédit qu'il endurera le martyre après trois jours.
## CULTE ET RELIQUES.
Parmi les sanctuaires dominicains de Rome, on remarque l'église Saint-Sixte le Vioxx. Elle fut bâtie vers la fin du IIIe siècle, sur l'emplacement et avec les débris d'un temple des Muses, par une matrone romaine nommée Trigide, en l'honneur de notre saint Pontife. Ses précieux restes, tirés du cimetière de Calliste, sur la voie Appienne, y furent déposés. Du IVe au XIIIe siècle, cette église eut beaucoup à souffrir, et, l'an 1200, Innocent fut obligé de la reconstruire entièrement lorsqu'il résolut de rassembler à Saint-Sixte toutes les religieuses éparses, dans Rome. En 1488, avec le pontificat de Sixte IV, le cardinal Pierre Ferricci la restaura à ses frais, et un autre cardinal, Philippe Buon-Compagni, à peu près à la même époque, chargea Baccio Pintelli, le célèbre architecte de la chapelle Sixtine et du pont de Sixte, de lui faire la petite façade que nous lui voyons encore aujourd'hui. Sous le pontificat de Paul V (1685-1621), le révérendissimo Père Séraphin Sicco, maître général de l'Ordre de Saint-Dominique, y fit exécuter quelques peintures. Enfin Benoît XIII (1724-1738) mit la dernière main à son embellissement, et si, aujourd'hui, cette chère église est encore fraîche et bien conservée, malgré son abandon et l'humidité de son voisinage, elle le doit au zèle et aux soins intelligents du révérend Père Nutooly, ex-prieur de Saint-Clément.
Ajoutons, pour mémoire, que cette église de Saint-Sixte, la première demeure de saint Dominique et par conséquent le vrai berceau de son Ordre, entendit bien des fois retentir la voix puissante du fondateur des Dominicains. C'est là que, bien souvent, il annonça la divine parole à cette foule qui partout se pressait sur ses pas, et lui arrachait quelques bribes de ses vêtements pour en faire des reliques.
Nous avons complété le récit du P. Giry avec l'Histoire générale de l'Église, par l'abbé Darras, t. VIII ; et l'Année dominicaine, t. V.