Saint Sixte II (Xyste)
Pape et Martyr
Résumé
Philosophe athénien converti, Sixte II devint pape en 257 durant la persécution de Valérien. Reconnu pour sa douceur, il apaisa les tensions sur le baptême des hérétiques avant d'être surpris par les soldats alors qu'il célébrait les mystères au cimetière de Calliste. Il fut décapité avec plusieurs diacres, prédisant à son disciple Laurent son propre martyre trois jours plus tard.
Biographie
SAINT XYSTE OU SIXTE II, PAPE ET MARTYR
Nihil Deo tam gratum, tam amabile est, quam mitis anima atque manrueta.
Dieu ne trouve rien de plus agréable, de plus aimable, qu'une âme douce et clémente.
S. J. Chrys., hom. m de Panit.
L'Église naissante a vu paraître deux saints Pontifes sous le nom de Sixte, qui tous deux l'ont honorée par leur martyre. Le premier était Romain et fils de pasteur ; il tint le siège apostolique sous l'empereur Adrien, et souffrit généreusement la mort sous Antonin, pour aller jouir de Jésus-Christ, le 6 avril, l'an 127. Le second, dont l'Église célèbre aujourd'hui la mémoire, était Athénien. Il s'appliqua beaucoup, dans sa jeunesse, à l'étude de la philosophie, dont on faisait grand cas dans son pays ; mais ayant reconnu combien la doctrine de Jésus-Christ était préférable à toute la sagesse des Grecs, il quitta cette occupation pour ne plus étudier que Jésus-Christ crucifié. Étant venu à Rome, il s'y rendit très-célèbre par sa prudence, sa sainteté et sa profonde connaissance de tout ce qui appartient à la discipline ecclésiastique.
La chaire apostolique était demeurée un mois vacante après le martyre du pape saint Étienne Ier (253-257). L'Église de Rome, veuve de son pasteur, apprenait chaque jour le massacre de l'un de ses enfants. C'est ainsi que l'acolyte Tharsice fut arrêté par les païens au moment où il avait sur lui la sainte Eucharistie. Les soldats qui se saisirent de sa personne voulurent savoir ce qu'il portait. L'héroïque ministre de Jésus-Christ refusa de découvrir les saintes espèces, et se laissa assommer à coups de pierres et de bâton par la populace. Dans une réunion solennelle aux catacombes, le clergé et les fidèles de Rome, bravant les fureurs de la persécution, eurent
le courage de donner un successeur au Pontife martyr. Saint Étienne Ier avait confié à Sixte, son archidiacre, le gouvernement de l'Église, pendant que lui-même, emprisonné pour la foi, subissait les premières atteintes de la huitième persécution. Les suffrages de l'assemblée se portèrent sur le courageux archidiacre (257). Dès que saint Denis, patriarche d'Alexandrie, eut appris son élection, il lui écrivit pour lui demander s'il fallait rebaptiser les personnes qui avaient reçu le baptême par les mains des hérétiques, et qui demandaient à être reçues dans le sein de l'Église catholique. Nous n'avons point sa réponse ; mais s'il eut le temps d'en donner une, elle fut sans doute entièrement conforme à celle qu'avait faite saint Étienne, son prédécesseur, à la même question proposée par des évêques d'Afrique : à savoir, qu'il ne fallait rien innover, mais s'en tenir à la tradition. Denis eut la consolation de voir rentrer dans l'unité tous ceux qu'une erreur passagère en avait écartés. Sixte conféra les ordres au mois de décembre, selon la coutume des Papes, et y imposa les mains à quatre prêtres, sept diacres et deux évêques. Quelques-uns mettent de ce nombre saint Sixte, premier archevêque de Reims ; mais Flodoard, qui a écrit l'Histoire de l'Église de Reims, dit qu'il fut envoyé dans les Gaules longtemps auparavant par l'apôtre saint Pierre.
Notre Saint souffrit des peines incroyables pour la défense et la propagation de la religion chrétienne. L'empereur Valérien ayant déclaré au sénat qu'il voulait qu'on recherchât surtout les évêques, les prêtres et les ministres de l'Église, et qu'on leur fît souffrir toutes sortes de supplices jusqu'à la mort, il fut arrêté comme chef des chrétiens, présenté aux juges et accusé d'avoir tenu des assemblées secrètes, contrairement à la défense du prince. Sixte confessa qu'il n'épargnait rien pour établir le culte du vrai Dieu et pour détruire la superstition de l'idolâtrie, et protesta qu'il mourrait volontiers pour une cause si juste et si sainte. On le mena au temple de Mars, pour le presser de sacrifier à cette fausse divinité ; mais il refusa absolument de commettre cette impieté. Aussi, après une courte prison, et pendant que le Pontife célébrait les saints mystères au cimetière de Calliste, des soldats s'emparèrent de sa personne et le conduisirent hors de la ville, où les bourreaux lui tranchèrent la tête (6 août 259).
Saint Sixte avait siégé environ deux ans depuis le consulat de Maxime et Glabrion (257), jusqu'à celui d'Emilianus et Bassus (259). Il précédait dans le ciel cette pléiade de glorieux martyrs que les édits de Valérien multipliaient sur tous les points du monde, et dont l'histoire de la terre n'a pu garder tous les noms. Tandis qu'il marchait au supplice, Laurent, archidiacre de l'Église romaine, le suivait en pleurant et lui disait : « Où allez-vous, mon père, sans votre fils ? Où allez-vous, saint Pontife, sans votre diacre ? » Sixte lui répondit : « Ce n'est pas moi qui t'abandonne, ô mon fils, mais un plus grand combat t'est réservé : tu me suivras dans trois jours ! ». C'est ce qui arriva. Mais si saint Sixte ne fut pas dès lors accompagné de saint Laurent, il ne manqua pas néanmoins d'autres compagnons de ses souffrances. Car saint Félicissime et saint Agapit, diacres, saint Janvier, saint Magne et saint Étienne, sous-diacres, et saint Quart, furent décapités avec lui, comme l'assure le martyrologe romain, bien que le poète saint Prudence dise en particulier de saint Sixte, qu'il fut attaché en croix.
Parmi les louanges que l'antiquité a données à Sixte II, on remarque
SAINT HORMISDAS, PAPE ET CONFESSEUR.
surtout celle de pontife doux et pacifique. C'est à cette mansuétude qu'était réservée la consolante mission de terminer la querelle des Rebaptisants, dont nous avons parlé, et qui avait rempli d'amertume le pontificat de son prédécesseur.
Son corps fut inhumé au cimetière de Calliste, sur la voie Appienne, où il avait été exécuté, et ceux de ses compagnons au cimetière de Prétextat, selon la remarque du livre des Souverains Pontifes, attribué à saint Damaso. Tous les martyrologes, après saint Cyprien, saint Augustin, saint Maxime, saint Pierre Chrysologue et beaucoup d'autres, parlent avec respect de ce bienheureux Pontife.
On représente saint Sixte : 1° avec une épée à ses côtés, pour rappeler qu'il fut décapité ; 2° attaché à une croix, quelques auteurs prétendant qu'il endura ce genre de supplice ; 3° conférant le diaconat à saint Laurent ; 4° conduit en prison et remettant à saint Laurent l'argent des aumônes, pour le distribuer aux veuves et aux orphelins ; 5° marchant au supplice, accompagné du même saint Laurent à qui il prédit qu'il endurera le martyre après trois jours.
## CULTE ET RELIQUES.
Parmi les sanctuaires dominicains de Rome, on remarque l'église Saint-Sixte le Vioxx. Elle fut bâtie vers la fin du IIIe siècle, sur l'emplacement et avec les débris d'un temple des Muses, par une matrone romaine nommée Trigide, en l'honneur de notre saint Pontife. Ses précieux restes, tirés du cimetière de Calliste, sur la voie Appienne, y furent déposés. Du IVe au XIIIe siècle, cette église eut beaucoup à souffrir, et, l'an 1200, Innocent fut obligé de la reconstruire entièrement lorsqu'il résolut de rassembler à Saint-Sixte toutes les religieuses éparses, dans Rome. En 1488, avec le pontificat de Sixte IV, le cardinal Pierre Ferricci la restaura à ses frais, et un autre cardinal, Philippe Buon-Compagni, à peu près à la même époque, chargea Baccio Pintelli, le célèbre architecte de la chapelle Sixtine et du pont de Sixte, de lui faire la petite façade que nous lui voyons encore aujourd'hui. Sous le pontificat de Paul V (1685-1621), le révérendissimo Père Séraphin Sicco, maître général de l'Ordre de Saint-Dominique, y fit exécuter quelques peintures. Enfin Benoît XIII (1724-1738) mit la dernière main à son embellissement, et si, aujourd'hui, cette chère église est encore fraîche et bien conservée, malgré son abandon et l'humidité de son voisinage, elle le doit au zèle et aux soins intelligents du révérend Père Nutooly, ex-prieur de Saint-Clément.
Ajoutons, pour mémoire, que cette église de Saint-Sixte, la première demeure de saint Dominique et par conséquent le vrai berceau de son Ordre, entendit bien des fois retentir la voix puissante du fondateur des Dominicains. C'est là que, bien souvent, il annonça la divine parole à cette foule qui partout se pressait sur ses pas, et lui arrachait quelques bribes de ses vêtements pour en faire des reliques.
Nous avons complété le récit du P. Giry avec l'Histoire générale de l'Église, par l'abbé Darras, t. VIII ; et l'Année dominicaine, t. V.
## SAINT HORMISDAS, PAPE ET CONFESSEUR
d'entrer dans les ordres sacrés, il avait été engagé dans l'état du mariage et avait eu un fils nommé Silvère, qui devint Pape plus tard. Diacre de l'Église romaine, il se distingua par tant de preuves de vertu et de capacité, que le clergé et le peuple romain le choisirent d'une commune voix.
Le nouveau Pontife se montra digne de ses saints prédécesseurs. Au moment où il monta sur la chaire apostolique, Constantinople vit se dérouler une révolution qui faillit avoir pour l'empereur Anastase les conséquences les plus funestes. Ce prince, pour calmer le peuple révolté, fut obligé de se présenter devant lui, dans l'attitude d'un suppliant, et de promettre solennellement de rappeler les évêques hœretiques, d'embrasser la communion orthodoxe et de protéger l'Église véritable. Pour donner un semblant d'exécution aux promesses que la peur venait de lui arracher, Anastase écrivit au pape Hormisdas une lettre par laquelle il le priait d'envoyer des légats à un concile qui devait se réunir à Héraclée, pour traiter de la réunion des deux Églises et de l'extinction du schisme d'Orient (515).
Hormisdas saisit avec joie l'occasion d'éteindre un schisme qui désolait depuis si longtemps l'Église. Il envoya à Constantinople, en qualité de légats : Ennodius, l'ancien diacre et plus tard successeur de saint Épiphane sur le siège de Pavie ; Fortunat, évêque de Catane ; le prêtre Venantius, le diacre Vital, et le notaire Bilarus. Mais Anastase n'avait nullement l'intention de poursuivre une négociation sérieuse avec le Saint-Siège ; il voulait gagner du temps pour tromper tout le monde. Les légats furent renvoyés avec une lettre adressée au Pape, dans laquelle il anathématisait en termes formels la doctrine d'Eutychès et témoignait son étonnement de ce que le Pape eût pu le soupçonner de sentiments hétérodoxes au sujet du concile de Chalcédoine. Pendant qu'il mentait ainsi à sa conscience, il faisait déporter les évêques catholiques de Nicopolis, de Lignide, de Naisse et de Paulitale, et apostasier Dorothée, métropolitain de Thessalonique. Les évêques d'Illyrie et d'Épire se réunirent alors en concile, et adressèrent à saint Hormisdas les procès-verbaux de leurs séances et les décrets qu'ils avaient promulgués.
Le saint Pape accueillit avec bonheur ces témoignages de fidélité et de dévouement à la cause de Dieu, et les en félicita. Comme le métropolitain apostat, Dorothée, prélevait sur les Églises d'Illyrie des impôts énormes et inventait chaque jour de nouvelles formes d'oppression, les évêques eurent encore recours au Pape, qui se détermina à envoyer une seconde députation à Constantinople, pour obtenir de l'empereur la cessation de pareilles violences. Anastase repoussa les légats de sa présence d'une manière offensante, et les fit embarquer sur un de ses navires avec une escorte qui avait ordre de ne les laisser communiquer avec aucune des villes de l'empire (517). Cependant les envoyés du Saint-Siège purent remettre à quelques moines orthodoxes les dix-neuf exemplaires des protestations pontificales, qui furent ainsi répandues et affichées dans toutes les cités de l'Asie. Les évêques Eutychéens, complices de l'hérésie d'Anastase et craignant les vengeances de cet empereur, arrachèrent ces affiches et les envoyèrent à la cour. Anastase ne mit plus de bornes à ses fureurs contre le pape Hormisdas. Il lui écrivit une lettre pleine d'injures, où il disait entre autres choses : « Apprenez que nous donnons des lois à tous et que nous n'en recevons de personne ». Mais la main de Dieu frappa ce prince impie : durant un orage, la foudre tomba sur lui et l'étendit mort. Son successeur, Justin, dit le Vieux, prit les rênes du gouvernement. Il était orthodoxe. Son premier soin fut d'envoyer le sénateur Gratus au pape Hormisdas, avec des lettres où il
SAINT HORMISDAS, PAPE ET CONFESSEUR.
demandait au Pontife de l'aider à rétablir la paix des Églises en Orient. Hormisdas, par le conseil du roi Théodoric, fit partir pour Constantinople, en qualité de légat, l'évêque de Capoue, Germain, accompagné des prêtres Jean et Blandus, des diacres Félix et Dioscore et du notaire apostolique Pierre. Il leur donna des instructions précises sur la foi, et leur remit un *libellus* détaillé sur la forme à suivre pour recevoir l'abjuration des schismatiques et réconcilier les pénitents.
En arrivant à Constantinople, ils furent reçus par la population avec des transports d'allégresse. Une multitude de moines orthodoxes et de personnages illustres vinrent à leur rencontre. L'empereur Justin et le consul Vitalianus allèrent les recevoir au Castellum Rotundum et les escortèrent jusqu'à la capitale, au chant des hymnes sacrées. Le sénateur Gratus les accompagnait. L'évêque de Constantinople Jean et tout le clergé catholique de la ville assistaient à cette entrée solennelle et partageaient la joie générale. Mais les complices d'Acacius et les fauteurs de l'Eutychianisme, renfermés dans la grande basilique de Sainte-Sophie, rédigèrent une protestation et l'adressèrent à l'empereur; mais l'œuvre de réconciliation n'en fut pas moins accomplie. Le pape Hormisdas se rendit à Ravenne pour en conférer avec le roi Théodoric. Après cette entrevue, le Pape adressa une lettre solennelle (*Auctoritatem*) à l'empereur Justin, aux termes de laquelle, après avoir renouvelé les condamnations antérieures contre Pierre Monge, Acacius et tous les hérétiques Eutychéens, le Pontife réintégrait les Églises d'Orient dans la communion du Siège apostolique.
Le schisme avait duré trente-cinq ans depuis la condamnation d'Acacius. Lorsque Jean, patriarche de Constantinople, souscrivit, en présence de l'assemblée des fidèles, l'acte de réunion, des larmes coulèrent de tous les yeux, et une immense acclamation en l'honneur du Pape et de l'Empereur retentit sous les voûtes de la basilique; l'univers catholique tout entier y répondit, et l'Eutychianisme en reçut un coup mortel.
Hormisdas ayant découvert des Manichéens à Rome, les fit passer en jugement et condamner à l'exil. Leurs livres furent brûlés publiquement sur la place de la basilique Constantinienne (Saint-Jean de Latran). Sous ce Pontife, l'épiscopat d'Afrique, qui avait été depuis soixante-quatorze ans aboli par les Ariens, commença à se reconstituer. Dans le même temps, on reçut à Rome une couronne d'or envoyée par Clovis, roi des Francs, au tombeau du bienheureux Pierre, apôtre. Un grand nombre de vases d'or ou d'argent et d'objets précieux furent également envoyés de Constantinople par l'empereur Justin, entre autres un manuscrit des saints Évangiles, revêtu de deux tablettes d'or du poids de quinze livres, enrichies de pierres précieuses. Le roi Théodoric offrit de son côté au bienheureux Pierre, apôtre, deux lustres d'argent pesant soixante-dix livres.
Ce fut sous le pape Hormisdas que fut institué l'Ordre des Bénédictins, par saint Benoît, vers l'an 520. Hormisdas était un modèle de modestie, de patience et de charité; il veilla avec une attention infatigable sur toutes les Églises, recommanda au clergé les vertus propres à cet état, et lui adressa des instructions sur la psalmodie. Par une lettre décrétale adressée à tous les évêques d'Espagne, il défendit d'ordonner des prêtres *per saltum*, c'est-à-dire sans observer les interstices prescrits par les canons. Les pénitents publics ne pouvaient recevoir les ordres. Il fallait s'enquérir longuement de la probité et de la science des ordinands. Enfin des synodes provinciaux devaient être célébrés au moins une fois chaque année, « parce que », disait le Pape, « c'est un moyen très-efficace de conserver la discipline ».
Saint Hormisdas employa à orner les églises de Rome cinq cent soixante et onze livres d'argent, produit de la charité des fidèles. Il construisit une basilique sur le territoire d'Albe, dans le domaine dit *Fontis*. Notre Église des Gaules lui doit l'érection du siège de Reims en un vicariat du Siège apostolique. En plusieurs ordinations faites à Rome au mois de décembre, il créa cinquante-cinq évêques, vingt et un prêtres, dix diacres, et gouverna l'Église neuf ans et dix jours. Il mourut le 6 août 523. Il eut le bonheur de voir les Bourguignons renoncer à l'Arianisme, les Éthiopiens au Paganisme, et les Homérites abjurer la superstition judaïque. Il fut enterré dans la basilique de Saint-Pierre. Après lui, la vacance du siège épiscopal fut de sept jours.
## ÉCRITS DE SAINT HORMISDAS.
Il écrivit un grand nombre de lettres qu'il envoya dans tout l'univers chrétien. Elles marquent beaucoup de prudence, de politique et de fermeté ; mais on y voit aussi qu'il savait plier quand la cause de l'Église le demandait : et, si elles se ressentent de la barbarie de son siècle par rapport au style et au langage, les pensées n'en sont pas moins nobles ni moins solides. Ses lettres et ses décrets se trouvent dans les collections des Conciles et dans la *Patrologie latine*, tome LXIII, d'après Mansi, qui les donne au tome VIII de son édition des *Conciles*. On y lit aussi une notice par Anastase ; des lettres au nombre de quatre-vingt-une, parmi lesquelles se trouvent un grand nombre de lettres des empereurs Anastase et Justin, et la relation de plusieurs Conciles tenus contre les Fatychéens. Viennent ensuite les décrets d'après Gratien ; ils sont suivis d'un appendice tenant trois lettres apocryphes. Soixante-dix-neuf lettres nouvelles de ce Pape ont été éditées récemment dans l'appendice au *Bailleire* de Turin.
Nous nous sommes servi, pour composer cette biographie, de l'*Histoire de l'Église*, par l'abbé Darrue ; du *Livre Pontificalis* ; de l'*Histoire des connexions Pontifes reunées*, par Actaud de Moudor ; de l'*Histoire des Papes*, par Chantrel ; de l'*Histoire des auteurs sacrés et ecclésiastiques*, par D. Cotillier.
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## SAINT SCHETZELON OU SCOCELIN, CONFESSEUR
### SOLITAIRE AU DIOCÈSE DE TRÈVES
4439. — Pape : Innocent II. — Empereur d'Allemagne : Conrad III.
*Omnibus modis est utilis a mundo secessum.* L'éloignement du monde est utile, de quelque manière qu'on l'envisage. S. Diodoricus, *de Perf. spirit.*, c. XVIII.
La vie de cet excellent solitaire est si extraordinaire, que nous ne l'aurions jamais exposée à la lecture du commun des fidèles, si elle n'était approuvée par saint Bernard dont l'Église respecte tous les sentiments, et rapportée par des auteurs dignes de foi. L'historien Achard, disciple du même saint Bernard, envoyé par son bienheureux Père vers ce merveilleux anachorète, pour lui rendre ses respects, lui présenter de sa part un habit
SAINT SCHETZELON OU SCOCELIN, CONFESSEUR.
de son Ordre et le supplier de ne le pas oublier dans ses prières, ne nous dit rien de ses parents, ni du lieu de sa naissance, ni de sa manière de vivre dans son enfance et dans sa jeunesse, ni de l'occasion de sa retraite au désert; mais ce qu'il nous apprend suffira pour nous montrer jusqu'à quel point de dégagement des choses de la terre la grâce peut porter une âme si fidèle, et combien les Saints sont vigilants sur eux-mêmes pour éviter les plus petites recherches de la nature et de l'amour-propre.
Schetzelon, suivant le rapport de cet auteur, vivait dans les solitudes de la Basse-Allemagne, au temps où saint Bernard éclairait toute l'Europe par ses savants écrits et par son éminente sainteté. C'était un homme tout céleste et un ange vivant sur la terre, qui n'avait d'autre occupation que de contempler les vérités de l'autre vie, de converser familièrement avec les bienheureux et de se sacrifier lui-même, par la pénitence, pour les besoins de l'Église qui combat encore dans les misères de cet exil. Il traitait son corps avec une telle rigueur et une austérité si surprenante, qu'on pouvait dire de lui, non-seulement ce que Notre-Seigneur dit de saint Jean-Baptiste, qu'il ne mangeait ni ne buvait point, mais aussi ce que saint Bernard ajoute à cet éloge, savoir qu'il n'était pas vêtu. Il était semblable à ces hommes divins dont parle saint Paul dans son Épître aux Hébreux, et dont il assure que le monde n'était pas digne, lesquels allaient, errants et vagabonds, par les montagnes et les solitudes, et se cachaient dans les trous et les cavernes de la terre, où ils ne vivaient que des aliments dont les animaux ont coutume de se nourrir. En effet, ce saint ermite n'avait pas de cellule ni de demeure arrêtée; mais il allait d'un désert à un autre, n'ayant point d'autre toit que le ciel, d'autre nourriture que celle des bêtes fauves qui peuplent les forêts: c'est-à-dire des herbes sauvages et des racines; s'il mangeait quelquefois du gland ou de ces fruits qui croissent sur les hêtres, il tenait cela pour de très-grandes délices.
Il vécut dix ans de cette manière, souffrant la faim, la soif, le froid, le chaud, les piqûres des moucherons et les plaies que lui faisaient les épines et les pointes de cailloux sur lesquels il était obligé de marcher, avec un courage et une patience invincibles, et sans chercher aucun soulagement dans le commerce et la société des autres hommes. Au bout de ce temps, et pendant les quatre dernières années de sa vie, lorsque le froid était extrême, que la neige ou la glace couvrait toute la terre, et qu'il était impossible d'en arracher des racines, ne pouvant plus prolonger si longtemps son jeûne, il s'approchait des métairies les plus écartées de la campagne, où les pauvres gens avaient soin de lui mettre, au dehors ou dans la cour, un peu de paille ou un sac pour se coucher, avec un morceau de pain d'orge ou de son pour sa subsistance. Il n'y arrivait qu'à la nuit fermée, et en parlait avant le jour, pour ne voir personne et n'être vu de personne. Il connaissait, par une lumière divine et prophétique, les chaumières auxquelles il se devait adresser, et qui étaient toujours celles des plus pauvres et des gens de bien. Ceux à qui Dieu faisait la grâce de recevoir un hôte si illustre lui portaient tant de respect, qu'ils n'osaient approcher de lui, ni l'entretenir sans sa permission qu'ils n'obtenaient que rarement: et alors on lui jetait quelques vieux haillons pour le couvrir; car, bien que la sensualité fût tellement morte en lui, comme en sainte Marie l'Égyptienne, que sa nudité ne lui faisait plus de honte, il n'avait garde néanmoins de s'exposer en cet état aux yeux des personnes à qui il permettait de lui parler. Il acceptait aussi quelquefois, dans ces temps de glace et de neige, un petit sac qu'il pendait à son cou, et où il mettait les restes du morceau de
pain qu'on lui avait donné; il les emportait au désert, afin d'y pouvoir demeurer plus longtemps sans revenir. Voilà tout le bien que cet homme divin possédait sur la terre; riche dans sa pauvreté, et souverainement riche, puisqu'il n'avait rien et qu'il était content de ne rien avoir.
La réputation d'un homme si extraordinaire se répandit bientôt par toute la France et elle vint jusqu'aux oreilles de saint Bernard; ce dernier apprit aussi par révélation que la conduite et la manière de vivre du solitaire étaient de Dieu et que le Saint-Esprit les lui avait inspirées pour donner au monde le modèle de la plus grande pauvreté et du plus parfait dénuement dont on y ait jamais vu le spectacle. Il souhaitait donc d'avoir une sainte union d'amitié avec lui; et, comme il avait envoyé un de ses disciples, nommé Achard, au diocèse de Trèves pour y fonder l'abbaye du Coltre-de-la-Vierge, en un lieu appelé Hemmerode, il lui manda d'aller trouver cet homme céleste, et, pour témoignage de la liaison que son Ordre voulait avoir avec lui, de lui présenter un vêtement complet de religieux de Cîteaux, pour s'en revêtir. Achard fut enchanté de cette mission; il s'informa aussitôt où il pourrait trouver le saint solitaire, et, ayant appris le lieu où il devait venir une nuit, il s'y rendit avant le jour avec quelques autres religieux de son monastère, qui brûlaient du désir d'entretenir cet Ange visible. Mais sa vigilance fut inutile, car saint Schetzelon ayant connu par révélation que des religieux devaient venir pour lui parler, sortit avant minuit de la cour où il s'était retiré et s'enfuit si avant dans le désert, qu'on ne pouvait guère espérer de l'y découvrir. L'incertitude s'il reviendrait à la même métairie, ou en quel temps il y reviendrait, rompit toutes les mesures d'Achard; ainsi, tout ce qu'il put faire fut de prier le maître du logis que, quand le serviteur de Dieu reviendrait, il lui dit qu'il le suppliait, pour l'amour de Dieu et pour la considération du vénérable abbé de Clairvaux, qui l'avait envoyé, de souffrir qu'il le vit une fois seulement et qu'il jouit un moment de sa conversation. L'hôte n'y manqua pas, et saint Schetzelon, qui connaissait par l'esprit de prophétie les mérites incomparables de saint Bernard, se rendit enfin à ce que souhaitait son disciple. Quand Achard et ses compagnons virent le bienheureux solitaire, qui s'était couvert, à son ordinaire, d'un haillon pour leur parler, ils furent remplis d'un merveilleux étonnement. L'abbé lui présenta les respects de son bienheureux Père et l'assura que, bien qu'il ne l'eût jamais vu, il était néanmoins lié avec lui par les liens d'une parfaite charité; pour preuve, il lui offrit de sa part des eulogies, choses bénites que les fidèles s'envoyaient mutuellement comme témoignages de la communion qui était entre eux. Schetzelon reçut ce présent d'une manière très-obligeante et fort courtoise. Ensuite l'abbé le pria de recevoir encore, de la part de son maître, l'habit de Cîteaux qu'il lui envoyait. Le solitaire le prit avec beaucoup de respect, le baisa et s'en revêtit, disant: « Béni soit Dieu, qui a inspiré à votre père, homme véritablement apostolique, de se souvenir de moi, qui ne suis qu'un très-misérable pécheur ». Puis il le quitta, ajoutant qu'il s'en était revêtu par obéissance et par respect envers un si grand homme, qui avait daigné le lui envoyer; mais qu'il ne pouvait le garder davantage, parce qu'il ne lui était pas nécessaire et que, d'ailleurs, ce Saint ne lui avait pas commandé de le retenir.
Achard et ses religieux, voyant la douceur et l'affabilité de Schetzelon, quelque sauvage que fût son extérieur, prirent la liberté de lui demander s'il n'était plus tourmenté des tentations du démon ni des aiguillons de la chair. À quoi l'homme de Dieu, après un petit sourire, car il était gai de son
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naturel et fort agréable dans la conversation, leur répondit en ces termes : « Il y a longtemps, mes très-chers frères, que, par la grâce de Dieu, je me trouve presque entièrement délivré de la révolte des passions. Mais, parce que la vie de l'homme est une tentation continue, qui se glorifiera d'avoir le cœur pur ? Et l'apôtre saint Jean ne dit-il pas que si nous nous flattons de n'avoir point de péché, nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous ? Il n'y a qu'une protection extraordinaire de la main toute-puissante de Dieu qui nous puisse faire éviter tous les pièges de nos ennemis dont nous sommes perpétuellement environnés. Je vous dirai donc la plus forte tentation que j'aie eue depuis quelques années, d'où vous pourrez juger de quelles attaques et de quels combats je suis quelquefois éprouvé. Un jour que le froid était plus vif et la gelée plus forte qu'à l'ordinaire, j'étais couché tout nu sur la terre, ayant les membres raides et transis ; le Créateur de l'univers, qui, selon le Prophète, fait tomber la neige comme de la laine, me donna, au lieu d'habit, un très-grand tapis de neige, de l'épaisseur d'une coudée ; tout mon corps en était couvert, mais à l'endroit de ma bouche, qui avait encore un peu de chaleur, il se fit une petite ouverture. Il arriva donc qu'un levraut, courant ça et là par la campagne pour trouver un gîte, rencontra par hasard cette ouverture et, étant attiré par le peu de chaleur qu'il y ressentait, il s'y arrêta tout court et se mit doucement sur mon visage. Cet accident me fit faire un petit sourire, je perdis ma gravité ordinaire et me laissai aller à quelque vaine joie. Il me vint même dans l'esprit de mettre la main sur cet animal et de le prendre, ce qui m'était très-facile, non pas pour le retenir, mais pour le flatter et me récréer, sans craindre d'employer en ce vain divertissement le temps qui doit être consacré aux louanges de Dieu et à la pénitence. Cependant, après avoir longtemps résisté à la violence de cette tentation, je la surmontai enfin et la dissipai par la grâce de Dieu. De sorte que, demeurant immobile en ma place, je laissai reposer sur moi cet animal sans le toucher, jusqu'à ce qu'il s'en allât de lui-même. Voilà la plus grande tentation qu'il me souvienne avoir eue depuis longtemps, et j'ai été bien aise de vous la raconter pour satisfaire à votre demande, en reconnaissance de votre chère visite, quoique peut-être je l'aie rapportée un peu plus librement que je ne devais, de quoi je suis très-fâché. Mon âme est quelquefois inquiétée de semblables vanités qui lui passent par l'esprit comme des mouches importunes, je ne leur donne pas néanmoins de consentement ; mais vous voyez quelle est la faiblesse de l'homme ».
Après que saint Schetzelon eut récréé l'abbé Achard et ses religieux par ces entretiens pleins d'innocence et de piété, il les conjura très-instamment de le recommander aux prières de leur père saint Bernard, les assurant que c'était un grand serviteur de Dieu. Ensuite, pour satisfaire à leur désir, il leur donna sa bénédiction, et, sans s'arrêter davantage, il s'enfuit promptement dans le désert, comme une biche qui s'est échappée des toiles des chasseurs et un oiseau qui s'est tiré du filet de l'oiseleur. C'est ainsi que le rapporte le même abbé Achard dans une conférence qu'il fit sur ce sujet à ses novices.
Il y aurait beaucoup d'autres merveilles à dire de cet admirable solitaire si, par une haute sagesse qui est la vraie prudence des Saints, il ne les eût tenues cachées sans avoir d'autre témoin que Dieu, les Anges et les Bienheureux. Enfin, ayant connu par une révélation divine que l'heure de sa mort approchait, il vint dans l'église la plus voisine, où il reçut le saint Viatique ; après quoi, sans que personne s'en aperçût, il s'endormit paisible-
ment en Jésus-Christ, le 6 août, jour consacré à la solennité de la Transfiguration de Notre-Seigneur, vers l'année 1139.
Son saint corps fut enterré dans l'église où il avait reçu les derniers Sacrements. Son tombeau devint aussitôt éclatant par de grands miracles et des guérisons surnaturelles. Comme ce lieu ne fut pas jugé assez fort pour garder longtemps un si grand trésor, on le transporta, pour le conserver, au château de Luxembourg, où il repose dans l'église Notre-Dame.
On peut représenter notre pieux solitaire : 1° presque nu, marchant dans le désert en priant ; 2° recevant de la part de saint Bernard, comme nous l'avons dit, un vêtement qu'il met un instant par reconnaissance, mais qu'il rend aux envoyés du saint abbé, disant qu'il ne lui a pas ordonné de le garder ; 3° retiré de la neige dans laquelle il était resté englouti.
Melanus, dans ses Additions au martyrologe d'Usvard, et Arnold Wien, dans son Martyrologe monastique, le mettent au duché de Mons, en Hainaut ; mais ils ont écrit Mons pour Luxembourg, comme le remarque le R. P. Chrysostome Henriques, dans son Martyrologe de l'Index de Cleome. — Outre ces auteurs, on trouve la vie de saint Sencelin dans le livre des Reliques sacrées du désert, et le R. P. de Saint-Jans en rapporte une partie dans son ouvrage intitulé : l'Homme spirituel.
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## SAINT STAPIN DE DOURGNE, CONFESSEUR,
### ÉVÊQUE PRÉSUMÉ DE CARCASSONNE (VIIe ou VIIIe siècle).
Gérard de Vic, dans son Histoire des évêques et des événements mémorables de l'Église de Carcassonne (1666), ajoute un supplément consacré aux évêques de ce même siège, dont la vie ne porte pas de date précise, assurant que ce supplément est extrait d'une ancienne série de ces mêmes évêques, décrite en 1552, d'après un martyrologe plus ancien encore dont se servait l'Église de Carcassonne du vivant de ce biographe. « Dans cette série », dit le texte, « figure saint Stapin, originaire de Dourgne, diocèse de Lavaur, honoré depuis fort longtemps comme saint dans son pays natal, ainsi qu'à Ventenne, diocèse de Carcassonne, et dans cette ville même, au cimetière de Saint-Vinant. Nous y voyons encore aujourd'hui une chapelle qui attire une grande affluence de personnes empressées d'y assister aux saints offices et d'y vénérer les reliques de ce pontife, le 6 août, jour où se célèbre sa mémoire. Ce Saint est encore honoré, sous le titre d'évêque de Carcassonne, dans quelques contrées de la Germanie ». C'est vraisemblablement dans ce martyrologe que Mgr de Besnot, évêque de Carcassonne, trouva le nom de saint Stapin, puisqu'il inséra ce saint évêque parmi ses prédécesseurs dans le rituel qu'il donna en 1764.
Joseph Sementius, religieux de Milan, dit, dans sa Biographie de saint Stapin, rapportée par les Bellandistes, que saint Stapin a autel à Milan, dans l'église de Sainte-Marie—cernée des révérends Pères Somasques, et qu'on y célèbre tous les ans sa fête avec une pompe solennelle, ainsi que dans plusieurs autres lieux de l'Italie ; que, par un bref donné à Rome en 1671, le pape Alexandre VII accorde de nombreuses indulgences à une Confrérie d'hommes et de femmes sous le patronage de saint Stapin, établie à Lyon, dans l'église des Pères Augustins, faubourg de la Croix-Rouge ; qu'enfin, Mgr de Tulle, évêque de Lavaur, signa de sa propre main, le 7 juin de l'année 1663, un témoignage authentique en faveur du culte de saint Stapin dans la paroisse de Dourgne, et qu'un semblable témoignage fut rendu aussi, le 2 juin de la même année, par Mgr d'Anglure de Bouricenout, évêque de Castres.
Sementius rapporte plusieurs autres faits qu'il assure avoir recueillis lui-même des monuments de l'Église de Carcassonne et d'une antique tradition répandue dans les contrées voisines. Il parle de la vie solitaire de saint Stapin sur une montagne non loin de Dourgne, de sa renommée dans le pays d'Alentour, de l'affluence du peuple vers lui. Il raconte qu'il fut élevé de sa retraite à la chaire épiscopale de Carcassonne ; que cette élection fut saluée par un applaudissement unanime ; qu'il accepta cette charge sacrée pour obéir à une révélation divine, et qu'il l'a renié par ses vertus. De plus, une tradition constante nous confirme que saint Stapin, après avoir mené une vie pénitente et solitaire dans un vallon de la montagne de Dourgne, fut élevé au siège épiscopal de la ville de Carcassonne.
Mgr de Royères, évêque de Castres, et M. Fons, curé de Saint-Germain, exilés en Portugal durant la Révolution de 1793, trouvèrent, dans l'abbaye de Arlobossa, une image représentant saint Stapin, évêque, honoré le 6 août, puissant pour obtenir la guérison des maux de jambes, *patronus in podagra*. Ce souvenir de la patrie émut vivement les deux exilés. Ils apportèrent cette image, qu'on conserve précieusement à Dourgne.
Quant à l'époque où il a vécu et où il a dû occuper le siège de Carcassonne, des auteurs recommandables croient que ce fut dans l'intervalle de 683 à 788.
L'usage des premiers temps était de choisir dans un synode de tous les évêques de la province, présidé par le primat. C'est de cette manière, nous apprend Gérard de Vic, que furent choisis, selon toute apparence, onze évêques de Carcassonne, que la plus haute antiquité place au rang des Saints. Dans ce nombre, on remarque saint Stapin, dont l'auteur parle plus au long que des autres.
Depuis 1832, saint Stapin est honoré d'un culte particulier, comme patron secondaire, à Dourgne, bourg aimé au pied de la Montagne-Noire, chef-lieu de canton dans le département du Tarn, et à Ventenac, paroisse du canton d'Alzonne, département de l'Aude. Dans l'une et l'autre de ces deux paroisses, on célèbre sa fête le 6 août. À Dourgne comme à Ventenac, cette fête, qui se fait avec une grande solennité, attire tous les ans un grand nombre de pèlerins qui viennent solliciter par leurs prières la protection de saint Stapin, et demander la guérison de quelques infirmités corporelles. Il y a à Dourgne une église dédiée à ce Saint, dont la construction paraît remonter à l'année 1666. Cette église est distante d'un kilomètre de la ville, sise au bas de la montagne, dans un riant vallon. C'est là que se font les offices solennels le jour de la fête, et le soir on revient en procession, avec le Très-Saint-Sacrement, à l'église de Dourgne.
Dans les archives de cette église on conserve avec soin les attestations qui ont été données par les personnes elles-mêmes qui ont éprouvé le bienfait de la protection de notre Saint. D'ailleurs, les ex-voto nombreux qui ont été déposés dans sa chapelle seront là toujours comme un signe de la vive reconnaissance des infirmes soulagés et comme un monument impérissable des miracles qu'a faits saint Stapin.
Nous devons cette notice à l'obligeance de M. l'Abbé Jauxien, curé de Dourgne.
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