Bienheureux Amédée de Hauterive

Évêque de Lausanne

Feast : January 28th 12th century • bienheureux

Summary

Né en Dauphiné au XIIe siècle, Amédée de Hauterive fut moine à Clairvaux sous saint Bernard avant de devenir abbé de Hautecombe puis évêque de Lausanne. Grand chancelier de l'Empire et tuteur du futur bienheureux Humbert III de Savoie, il se distingua par son zèle pastoral et ses huit homélies mariales. Il subit l'exil et la persécution du comte de Genève avant de mourir vers l'âge de cinquante ans.

Biography

LE BIENHEUREUX AMÉDÉE DE HAUTERIVE,

ÉVÊQUE DE LAUSANNE

Le bienheureux Amédée, dont nous allons en peu de mots raconter la vie simple et précieuse aux yeux de Dieu, était né à Chatte, en Dauphiné, dans les premières années du XIVe siècle (1110 environ). Il appartenait à l'une des plus illustres familles du pays; son père, nommé aussi Amédée, seigneur de Hauterive, était beau-frère du dauphin Guigues VII (1073-1125) dont il avait épousé la sœur Pétronille, et parent de l'empereur Henri V. Mais, ce qui était préférable à une si noble origine, c'est que le père pouvait offrir au fils un digne modèle de piété, et comme un héritage de toutes les vertus chrétiennes. Aussi le vit-on, en 1119, embrasser l'état religieux à l'abbaye de Bonnevaux, au diocèse de Vienne, fondée depuis quelques années seulement. Sa généreuse détermination avait été partagée par seize autres chevaliers ses vassaux, ainsi que par son jeune fils, qui voulait aussi consacrer au Seigneur les prémices d'une vie à peine commencée.

Mais l'âge encore si jeune de ce dernier ne lui permit point d'être admis à prononcer les vœux sacrés de la religion. Il quitta donc la sainte retraite de la douce vallée de Bonnevaux, pour se rendre avec son père à la célèbre abbaye de Cluny, où les lettres étaient en grand honneur et où on les cultivait avec succès. Les bons religieux, persuadés que l'instruction qu'ils pouvaient donner à ce jeune enfant, quelque bonne qu'elle pût être en soi, serait cependant bien au-dessous de celle qui lui convenait à tous égards, crurent ne pouvoir mieux faire que de s'en décharger sur l'empereur Conrad, parent et allié de sa famille. Ce prince l'accueillit avec empressement et désormais le prit sous sa haute protection. Il ne négligea rien pour l'élever d'une manière qui répondit à la noblesse de son origine, et pendant plusieurs années il prit de lui le même soin que s'il eût été son propre enfant. Son instruction fut alors confiée aux maîtres les plus habiles et les plus expérimentés; et, à mesure que son esprit se développait et acquérait cette maturité qui forme l'homme raisonnable, son âme, sous l'influence de la grâce divine comme d'une rosée céleste, s'épanouissait aussi devant le Seigneur, semblable à une fleur délicate qui s'entrouvre aux premiers rayons du soleil.

Lorsque son éducation fut terminée, brûlant d'un ardent désir de retourner auprès de son pieux père, dans la vie austère du cloître, il abandonna sans regret une cour somptueuse, d'où son cœur, si l'on peut parler ainsi, avait été toujours absent et éloigné. Résolu de se donner à Dieu sans réserve, il prit donc l'habit religieux à la grande abbaye de Clairvaux, en présence du dernier Père de l'Église, l'illustre saint Bernard. Il y passa quelque temps entièrement livré à la prière et à la méditation. Mais il quitta bientôt ce nouveau monastère pour se rendre à celui de Hautecombe, en Savoie, sur les bords accidentés du lac du Bourget. A peine était-il installé, que déjà ses vertus éminentes l'avaient désigné à l'admiration de tous les autres religieux, et en l'année 1139, à l'âge de trente ans environ, il succéda, dans sa charge importante, à l'abbé Bibien. Son administration fut à la fois douce et ferme; le maintien de la règle et de la discipline, la répression des moindres abus, mais, en même temps, la plus magnanime charité pour les autres, et pour lui-même la plus rigoureuse sévérité, voilà comment il s'acquitta des graves fonctions qu'on lui avait confiées, voilà aussi comment il sut s'attirer l'estime sincère et la véritable affection de tous ceux qui l'approchaient. Cependant, cette direction si sage et si paternelle dura peu, car la Providence le réservait à une nouvelle destinée. En 1144, le siège épiscopal de Lausanne étant devenu vacant par la mort de son évêque, Gui de Matigny, notre saint abbé y fut nommé d'une voix unanime. Il répugnait, sans doute, à sa modestie et à son humilité si profondes, d'accepter une si haute dignité, avec un si lourd fardeau ; mais il dut céder aux instances réitérées du clergé et du peuple chrétien, et il vit là avec raison la voix de Dieu qui l'appelait à cette nouvelle vocation.

A peine fut-il sacré prince de l'Église, que son vieux père accourut auprès de lui, plein d'espérance et de joie, pour jouir une dernière fois, sur la terre, de la présence d'un fils qu'il allait bientôt quitter. Peu après, en effet, son existence mortelle eut son terme ; il mourut, du moins, avec la consolation d'avoir donné à l'Église de Jésus-Christ un saint religieux, qui bientôt allait être un saint évêque. Cette pensée dut naturellement réjouir l'âme du bon vieillard, et lui aussi pouvait s'écrire comme Siméon : « Seigneur, laissez maintenant aller en paix votre serviteur ». Ajoutons enfin que les anciens monuments de l'Ordre de Cîteaux le mettent au rang des saints que cet Ordre a produits.

Dès sa promotion, le nouvel évêque de Lausanne donna essor à son zèle. Il exerçait avec talent le ministère de la prédication, car il était éloquent et parlait avec onction. Il visitait les nombreux districts de son diocèse dont quelques-uns, situés dans les contrées alpestres, étaient d'un accès difficile. A Grindelwald, dans l'Oberland, à 3,510 pieds au-dessus de la mer, il consacra une église construite en bois. Par la prière, il implorait la bénédiction divine sur ses travaux, et toujours il eut une tendre dévotion à la Sainte Vierge Marie. On raconte à ce sujet qu'il obtint de sa sœur une paire de gants que celle-ci avait reçus de Notre-Dame en échange des onctueuses homélies qu'il avait prononcées à la louange de la Reine des cieux. Ces gants ont été longtemps conservés à la cathédrale de Lausanne et y ont été l'instrument de nombreux miracles.

Les solides vertus qu'on avait remarquées en Amédée brillèrent alors avec plus d'éclat que jamais, et les grandes qualités administratives dont il avait fait preuve à Hautecombe, il les déploya surtout dans l'habile direction de son église et de son diocèse. L'éducation de la jeunesse et la formation d'un clergé pieux et éclairé, lui semblèrent toujours, et à bon droit, deux œuvres capitales pour le salut et la sanctification du troupeau confié à sa vigilance pastorale. Pendant qu'il remplissait avec tant de zèle et de piété les importants devoirs de son saint ministère, les honneurs de la terre venaient jusqu'à lui.

Pendant son séjour à Hautecombe, saint Amédée s'était acquis l'amitié et l'estime particulières du comte de Savoie, Amédée III, et des seigneurs du pays, comme le prouve l'emploi important auquel il fut appelé plus tard. En partant pour la croisade, le comte Amédée recommanda son fils Humbert à l'évêque de Lausanne et le chargea de veiller à l'honneur de la dignité de ce fils et à l'intégrité de ses terres. A son retour de la Terre Sainte, le comte mourut à Nicosie, le 1er avril 1148. Son fils Humbert III lui succéda ; mais comme il était trop jeune alors pour gouverner seul, il tint conseil avec les membres de sa famille, et, à la suite, manda auprès de lui l'évêque Amédée. A son arrivée, on l'informa du but de cet appel : il sera le conseiller du jeune comte et le protecteur de ses États. Amédée refusa ; on fit des instances : « Si nous choisissons », lui dit-on, « un duc, un comte, ou une autre personne séculière, au lieu d'un tuteur fidèle, nous n'aurons peut-être qu'un homme méchant et avare, qui recherchera avant tout ses propres avantages et ne laissera à son pupille qu'un héritage ruiné ». Pressé par ces sollicitations et par l'amitié qui l'avait uni au père, et qu'il reportait alors sur le fils, Amédée accepta cette charge difficile et chercha à en bien remplir les fonctions. Plus tard, Humbert III fut mis par l'Église au nombre des bienheureux. Le royal pupille s'était montré digne de son tuteur.

Quelque temps après, l'empereur Frédéric Ier mit le comble à toutes ces faveurs en le nommant lui-même grand chancelier de l'empire. Mais, parvenu à un si haut point d'honneur et de dignité, il conservait toujours la même simplicité et la même modestie ; au milieu de cette grandeur et de cette gloire, c'était toujours la foi et la piété de l'enfant de Bonnevaux et du moine de Cluny ; sa vie extérieure avait subi de notables changements, et il pouvait marcher à l'égal des grands seigneurs, mais son cœur était loin de la terre et de ses fêtes pompeuses.

Les épreuves, cette pierre de touche de la sainteté, ne devaient pas manquer au bienheureux Amédée. Sous son épiscopat, l'Église de Lausanne fut en butte aux attaques du comte de Genève, celui-là même qui, en sa qualité d'avoué de cette église, devait en prendre la défense. Il éleva, au haut de Lausanne, un château fort destiné à dominer la ville, se révolta ouvertement contre l'évêque et entraîna dans son parti des sujets de l'évêché. Saint Amédée, ne se trouvant plus en sûreté à Lausanne, quitta cette ville et se réfugia à Moudon ; mais, là encore, il se trouva au milieu d'ennemis. On se porta contre lui à des voies de fait, sa vie fut menacée, ses habits furent déchirés par les armes ; on frappa, jusque dans ses bras, un de ses compagnons, dont le sang jaillit sur lui. Blessé lui-même et dépouillé, il s'enfuit du château de Moudon et s'enfuit à nu-pieds. Condamné ainsi à l'exil, il fut quelque temps éloigné de son église. Vers le temps de Pâques, il écrivit à ses chers fils de l'église de Lausanne une lettre dans laquelle il raconte les maux qu'il a soufferts, lance sa malédiction sur la ville de Moudon qui a trahi son évêque, fait des vœux pour la conversion du comte de Genevois et finit par des recommandations qu'il fait à ses chers fils, pour les préparer à célébrer saintement les fêtes pascales. Nous ignorons combien dura l'exil de l'évêque, et comment il parvint à vaincre le comte de Genevois ; le Cartulaire de Lausanne nous dit seulement que ce fut par sa prudence et qu'il força le comte lui-même à détruire et à raser jusqu'aux fondements les forteresses qu'il avait élevées (1156).

Il ne devait point parvenir à la vieillesse de son père, car bientôt le Seigneur rappela à lui ce bon et fidèle serviteur. Il mourut à l'âge d'environ cinquante ans, après une vie entièrement consacrée à Dieu et à la religion. Par une coïncidence remarquable, il naquit le jour de sainte Agnès ; puis fut religieux, abbé et enfin évêque au même jour. Aussi prescrivit-il que la fête de cette Sainte fût célébrée dans son diocèse sous le rite double. Comme son père, il est mis au rang des saints de l'Ordre de Cîteaux ; et aujourd'hui, l'église de Grenoble, sa mère, le compte parmi ses puissants protecteurs auprès de la miséricorde divine.

Saint Amédée fut enseveli dans la nef de la cathédrale de Lausanne, devant le crucifix, à côté de l'évêque Henri. A sa mort il donna à son église un anneau d'or, orné d'un gros et très-beau saphir, dont ses successeurs devaient se servir lorsqu'ils officiaient dans la cathédrale, mais qui ne devait pas sortir de cette église.

A cause de sa dévotion envers Notre-Dame, on l'a représenté à genoux devant une statue de Marie et recevant des mains de sa sœur des gants que lui envoie celle qu'il avait louée et exaltée devant son peuple.

## ÉLOGE ET ÉCRITS DU BIENHEUREUX AMÉDÉE.

Tous les écrivains qui ont parlé de saint Amédée ont fait l'éloge de ses talents et de ses vertus; à la beauté de corps il joignait les qualités de l'esprit et les perfections de l'âme. Aussi, la vénération publique le mit au nombre des Bienheureux; c'est avec cette qualification qu'il est mentionné dans le ménage de Cîteaux, dans le Journal des Saints de cet Ordre, etc. La Congrégation des Rites permit aux religieux de Cîteaux de célébrer son office sous le rite double, et cette permission fut confirmée par le pape Clément XI, le 25 septembre 1710. A la demande de Mgr Hubert de Boccard, évêque de Lausanne, le pape Benoît XIV, par un bref du 12 décembre 1753, étendit au diocèse de Lausanne l'autorisation de réciter cet office, et depuis lors la fête de saint Amédée y fut célébrée le 28 janvier.

Il nous reste de ce saint évêque huit homélies en l'honneur de la sainte Vierge. Si elles ne peuvent pas être comparées aux chefs-d'œuvre des premiers Pères de l'Église, elles ne le cèdent pas cependant aux auteurs de son temps, soit par la noblesse et la piété des pensées, soit par l'élégance et la douceur du style. Elles se ressentent, il est vrai, des défauts de son siècle; ainsi parfois on désirerait plus de simplicité et moins de recherche dans les idées et leur expression malgré ces défauts, elles ont été souvent réimprimées. La première édition parut à Bâle en 1557; elles ont été ensuite réimprimées à Anvers et à Saint-Omer, en 1613; à Cologne, en 1618 et en 1622 (Biblioth. des Pères, t. xv); à Douai, en 1625, avec d'autres Pères; dans l'Hopius proculum, à Lyon, en 1633 et 1652, et à Paris, en 1639, 1661, 1671 et 1672; à Madrid, en 1648 (Magnum Moriale, t. 147); à Lyon, en 1677 (Biblioth. des Pères, t. xx); à Paris, en 1855, dans le t. CLXXXIII de la Patrologie de l'abbé Migne. Le P. Combeüs a publié quatre de ces homélies dans sa Bibliothèque concionnatoria), t. vi et vii (Paris, 1662). Le président Cousin les a traduites en français (Paris, 1698 et 1708). Quelques fragments en ont été insérés dans l'ancien bréviaire lausannais, ainsi que dans le nouveau de 1787. C'est ainsi qu'on les lisait publiquement autrefois dans la cathédrale de Lausanne.

Sur le bienheureux Amédée, consulter: Le Mire, Chronic. cisterciens.; Marracins, Bibliothec. Mariana; Du Saussay, Martyrul. Galin., add. au 27 sept.; Henriques, Menolog. cistercique; Manriques, Annales, ad ann. 1158; Gail, Christ., Excies. Lausannais (provinces de Sexanque); Chester, Hist. génér. du Dauph., t. ii, p. 37-38 (édition de Valence, 1868).

M. l'abbé Gremand, professeur d'histoire au collège de Fribourg, a publié (1866) les Homélies de saint Amédée, toute latin et traduction française en regard: il les a fait précéder d'une notice historique à laquelle nous avons emprunté quelques détails pour les ajouter à la biographie qu'avait bien voulu nous fournir M. l'abbé Bellet, prêtre du diocèse de Grenoble.

Feast Date

January 28th

Death

Vers 1160 (à l'âge d'environ cinquante ans)