Bienheureux Amédée de Hauterive

Évêque de Lausanne

Fête : 28 janvier 12ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Né en Dauphiné au XIIe siècle, Amédée de Hauterive fut moine à Clairvaux sous saint Bernard avant de devenir abbé de Hautecombe puis évêque de Lausanne. Grand chancelier de l'Empire et tuteur du futur bienheureux Humbert III de Savoie, il se distingua par son zèle pastoral et ses huit homélies mariales. Il subit l'exil et la persécution du comte de Genève avant de mourir vers l'âge de cinquante ans.

Biographie

LE BIENHEUREUX AMÉDÉE DE HAUTERIVE,

ÉVÊQUE DE LAUSANNE

Le bienheureux Amédée, dont nous allons en peu de mots raconter la vie simple et précieuse aux yeux de Dieu, était né à Chatte, en Dauphiné, dans les premières années du XIVe siècle (1110 environ). Il appartenait à

l'une des plus illustres familles du pays; son père, nommé aussi Amédée, seigneur de Hauterive, était beau-frère du dauphin Guigues VII (1073-1125) dont il avait épousé la sœur Pétronille, et parent de l'empereur Henri V. Mais, ce qui était préférable à une si noble origine, c'est que le père pouvait offrir au fils un digne modèle de piété, et comme un héritage de toutes les vertus chrétiennes. Aussi le vit-on, en 1119, embrasser l'état religieux à l'abbaye de Bonnevaux, au diocèse de Vienne, fondée depuis quelques années seulement. Sa généreuse détermination avait été partagée par seize autres chevaliers ses vassaux, ainsi que par son jeune fils, qui voulait aussi consacrer au Seigneur les prémices d'une vie à peine commencée.

Mais l'âge encore si jeune de ce dernier ne lui permit point d'être admis à prononcer les vœux sacrés de la religion. Il quitta donc la sainte retraite de la douce vallée de Bonnevaux, pour se rendre avec son père à la célèbre abbaye de Cluny, où les lettres étaient en grand honneur et où on les cultivait avec succès. Les bons religieux, persuadés que l'instruction qu'ils pouvaient donner à ce jeune enfant, quelque bonne qu'elle pût être en soi, serait cependant bien au-dessous de celle qui lui convenait à tous égards, crurent ne pouvoir mieux faire que de s'en décharger sur l'empereur Conrad, parent et allié de sa famille. Ce prince l'accueillit avec empressement et désormais le prit sous sa haute protection. Il ne négligea rien pour l'élever d'une manière qui répondit à la noblesse de son origine, et pendant plusieurs années il prit de lui le même soin que s'il eût été son propre enfant. Son instruction fut alors confiée aux maîtres les plus habiles et les plus expérimentés; et, à mesure que son esprit se développait et acquérait cette maturité qui forme l'homme raisonnable, son âme, sous l'influence de la grâce divine comme d'une rosée céleste, s'épanouissait aussi devant le Seigneur, semblable à une fleur délicate qui s'entrouvre aux premiers rayons du soleil.

Lorsque son éducation fut terminée, brûlant d'un ardent désir de retourner auprès de son pieux père, dans la vie austère du cloître, il abandonna sans regret une cour somptueuse, d'où son cœur, si l'on peut parler ainsi, avait été toujours absent et éloigné. Résolu de se donner à Dieu sans réserve, il prit donc l'habit religieux à la grande abbaye de Clairvaux, en présence du dernier Père de l'Église, l'illustre saint Bernard. Il y passa quelque temps entièrement livré à la prière et à la méditation. Mais il quitta bientôt ce nouveau monastère pour se rendre à celui de Hautecombe, en Savoie, sur les bords accidentés du lac du Bourget. A peine était-il installé, que déjà ses vertus éminentes l'avaient désigné à l'admiration de tous les autres religieux, et en l'année 1139, à l'âge de trente ans environ, il succéda, dans sa charge importante, à l'abbé Bibien. Son administration fut à la fois douce et ferme; le maintien de la règle et de la discipline, la répression des moindres abus, mais, en même temps, la plus magnanime charité pour les autres, et pour lui-même la plus rigoureuse sévérité, voilà comment il s'acquitta des graves fonctions qu'on lui avait confiées, voilà aussi comment il sut s'attirer l'estime sincère et la véritable affection de tous ceux qui l'ap-

prochaient. Cependant, cette direction si sage et si paternelle dura peu, car la Providence le réservait à une nouvelle destinée. En 1144, le siège épiscopal de Lausanne étant devenu vacant par la mort de son évêque, Gui de Matigny, notre saint abbé y fut nommé d'une voix unanime. Il répugnait, sans doute, à sa modestie et à son humilité si profondes, d'accepter une si haute dignité, avec un si lourd fardeau ; mais il dut céder aux instances réitérées du clergé et du peuple chrétien, et il vit là avec raison la voix de Dieu qui l'appelait à cette nouvelle vocation.

A peine fut-il sacré prince de l'Église, que son vieux père accourut auprès de lui, plein d'espérance et de joie, pour jouir une dernière fois, sur la terre, de la présence d'un fils qu'il allait bientôt quitter. Peu après, en effet, son existence mortelle eut son terme ; il mourut, du moins, avec la consolation d'avoir donné à l'Église de Jésus-Christ un saint religieux, qui bientôt allait être un saint évêque. Cette pensée dut naturellement réjouir l'âme du bon vieillard, et lui aussi pouvait s'écrire comme Siméon : « Seigneur, laissez maintenant aller en paix votre serviteur ». Ajoutons enfin que les anciens monuments de l'Ordre de Cîteaux le mettent au rang des saints que cet Ordre a produits.

Dès sa promotion, le nouvel évêque de Lausanne donna essor à son zèle. Il exerçait avec talent le ministère de la prédication, car il était éloquent et parlait avec onction. Il visitait les nombreux districts de son diocèse dont quelques-uns, situés dans les contrées alpestres, étaient d'un accès difficile. A Grindelwald, dans l'Oberland, à 3,510 pieds au-dessus de la mer, il consacra une église construite en bois. Par la prière, il implorait la bénédiction divine sur ses travaux, et toujours il eut une tendre dévotion à la Sainte Vierge Marie. On raconte à ce sujet qu'il obtint de sa sœur une paire de gants que celle-ci avait reçus de Notre-Dame en échange des onctueuses homélies qu'il avait prononcées à la louange de la Reine des cieux. Ces gants ont été longtemps conservés à la cathédrale de Lausanne et y ont été l'instrument de nombreux miracles.

Les solides vertus qu'on avait remarquées en Amédée brillèrent alors avec plus d'éclat que jamais, et les grandes qualités administratives dont il avait fait preuve à Hautecombe, il les déploya surtout dans l'habile direction de son église et de son diocèse. L'éducation de la jeunesse et la formation d'un clergé pieux et éclairé, lui semblèrent toujours, et à bon droit, deux œuvres capitales pour le salut et la sanctification du troupeau confié à sa vigilance pastorale. Pendant qu'il remplissait avec tant de zèle et de piété les importants devoirs de son saint ministère, les honneurs de la terre venaient jusqu'à lui.

Pendant son séjour à Hautecombe, saint Amédée s'était acquis l'amitié et l'estime particulières du comte de Savoie, Amédée III, et des seigneurs du pays, comme le prouve l'emploi important auquel il fut appelé plus tard. En partant pour la croisade, le comte Amédée recommanda son fils Humbert à l'évêque de Lausanne et le chargea de veiller à l'honneur de la dignité de ce fils et à l'intégrité de ses terres. A son retour de la Terre Sainte, le comte mourut à Nicosie, le 1er avril 1148. Son fils Humbert III lui succéda ; mais comme il était trop jeune alors pour gouverner seul, il tint conseil avec les membres de sa famille, et, à la suite, manda auprès de lui l'évêque Amédée. A son arrivée, on l'informa du but de cet appel : il sera le conseiller du jeune comte et le protecteur de ses États. Amédée refusa ; on fit des instances : « Si nous choisissons », lui dit-on, « un duc, un comte, ou une

autre personne séculière, au lieu d'un tuteur fidèle, nous n'aurons peut-être qu'un homme méchant et avare, qui recherchera avant tout ses propres avantages et ne laissera à son pupille qu'un héritage ruiné ». Pressé par ces sollicitations et par l'amitié qui l'avait uni au père, et qu'il reportait alors sur le fils, Amédée accepta cette charge difficile et chercha à en bien remplir les fonctions. Plus tard, Humbert III fut mis par l'Église au nombre des bienheureux. Le royal pupille s'était montré digne de son tuteur.

Quelque temps après, l'empereur Frédéric Ier mit le comble à toutes ces faveurs en le nommant lui-même grand chancelier de l'empire. Mais, parvenu à un si haut point d'honneur et de dignité, il conservait toujours la même simplicité et la même modestie ; au milieu de cette grandeur et de cette gloire, c'était toujours la foi et la piété de l'enfant de Bonnevaux et du moine de Cluny ; sa vie extérieure avait subi de notables changements, et il pouvait marcher à l'égal des grands seigneurs, mais son cœur était loin de la terre et de ses fêtes pompeuses.

Les épreuves, cette pierre de touche de la sainteté, ne devaient pas manquer au bienheureux Amédée. Sous son épiscopat, l'Église de Lausanne fut en butte aux attaques du comte de Genève, celui-là même qui, en sa qualité d'avoué de cette église, devait en prendre la défense. Il éleva, au haut de Lausanne, un château fort destiné à dominer la ville, se révolta ouvertement contre l'évêque et entraîna dans son parti des sujets de l'évêché. Saint Amédée, ne se trouvant plus en sûreté à Lausanne, quitta cette ville et se réfugia à Moudon ; mais, là encore, il se trouva au milieu d'ennemis. On se porta contre lui à des voies de fait, sa vie fut menacée, ses habits furent déchirés par les armes ; on frappa, jusque dans ses bras, un de ses compagnons, dont le sang jaillit sur lui. Blessé lui-même et dépouillé, il s'enfuit du château de Moudon et s'enfuit à nu-pieds. Condamné ainsi à l'exil, il fut quelque temps éloigné de son église. Vers le temps de Pâques, il écrivit à ses chers fils de l'église de Lausanne une lettre dans laquelle il raconte les maux qu'il a soufferts, lance sa malédiction sur la ville de Moudon qui a trahi son évêque, fait des vœux pour la conversion du comte de Genevois et finit par des recommandations qu'il fait à ses chers fils, pour les préparer à célébrer saintement les fêtes pascales. Nous ignorons combien dura l'exil de l'évêque, et comment il parvint à vaincre le comte de Genevois ; le Cartulaire de Lausanne nous dit seulement que ce fut par sa prudence et qu'il força le comte lui-même à détruire et à raser jusqu'aux fondements les forteresses qu'il avait élevées (1156).

Il ne devait point parvenir à la vieillesse de son père, car bientôt le Seigneur rappela à lui ce bon et fidèle serviteur. Il mourut à l'âge d'environ cinquante ans, après une vie entièrement consacrée à Dieu et à la religion. Par une coïncidence remarquable, il naquit le jour de sainte Agnès ; puis fut religieux, abbé et enfin évêque au même jour. Aussi prescrivit-il que la fête de cette Sainte fût célébrée dans son diocèse sous le rite double. Comme son père, il est mis au rang des saints de l'Ordre de Cîteaux ; et aujourd'hui, l'église de Grenoble, sa mère, le compte parmi ses puissants protecteurs auprès de la miséricorde divine.

Saint Amédée fut enseveli dans la nef de la cathédrale de Lausanne, devant le crucifix, à côté de l'évêque Henri. A sa mort il donna à son église un anneau d'or, orné d'un gros et très-beau saphir, dont ses successeurs devaient se servir lorsqu'ils officiaient dans la cathédrale, mais qui ne devait pas sortir de cette église.

A cause de sa dévotion envers Notre-Dame, on l'a représenté à genoux devant une statue de Marie et recevant des mains de sa sœur des gants que lui envoie celle qu'il avait louée et exaltée devant son peuple.

## ÉLOGE ET ÉCRITS DU BIENHEUREUX AMÉDÉE.

Tous les écrivains qui ont parlé de saint Amédée ont fait l'éloge de ses talents et de ses vertus; à la beauté de corps il joignait les qualités de l'esprit et les perfections de l'âme. Aussi, la vénération publique le mit au nombre des Bienheureux; c'est avec cette qualification qu'il est mentionné dans le ménage de Cîteaux, dans le Journal des Saints de cet Ordre, etc. La Congrégation des Rites permit aux religieux de Cîteaux de célébrer son office sous le rite double, et cette permission fut confirmée par le pape Clément XI, le 25 septembre 1710. A la demande de Mgr Hubert de Boccard, évêque de Lausanne, le pape Benoît XIV, par un bref du 12 décembre 1753, étendit au diocèse de Lausanne l'autorisation de réciter cet office, et depuis lors la fête de saint Amédée y fut célébrée le 28 janvier.

Il nous reste de ce saint évêque huit homélies en l'honneur de la sainte Vierge. Si elles ne peuvent pas être comparées aux chefs-d'œuvre des premiers Pères de l'Église, elles ne le cèdent pas cependant aux auteurs de son temps, soit par la noblesse et la piété des pensées, soit par l'élégance et la douceur du style. Elles se ressentent, il est vrai, des défauts de son siècle; ainsi parfois on désirerait plus de simplicité et moins de recherche dans les idées et leur expression malgré ces défauts, elles ont été souvent réimprimées. La première édition parut à Bâle en 1557; elles ont été ensuite réimprimées à Anvers et à Saint-Omer, en 1613; à Cologne, en 1618 et en 1622 (Biblioth. des Pères, t. xv); à Douai, en 1625, avec d'autres Pères; dans l'Hopius proculum, à Lyon, en 1633 et 1652, et à Paris, en 1639, 1661, 1671 et 1672; à Madrid, en 1648 (Magnum Moriale, t. 147); à Lyon, en 1677 (Biblioth. des Pères, t. xx); à Paris, en 1855, dans le t. CLXXXIII de la Patrologie de l'abbé Migne. Le P. Combeüs a publié quatre de ces homélies dans sa Bibliothèque concionnatoria), t. vi et vii (Paris, 1662). Le président Cousin les a traduites en français (Paris, 1698 et 1708). Quelques fragments en ont été insérés dans l'ancien bréviaire lausannais, ainsi que dans le nouveau de 1787. C'est ainsi qu'on les lisait publiquement autrefois dans la cathédrale de Lausanne.

Sur le bienheureux Amédée, consulter: Le Mire, Chronic. cisterciens.; Marracins, Bibliothec. Mariana; Du Saussay, Martyrul. Galin., add. au 27 sept.; Henriques, Menolog. cistercique; Manriques, Annales, ad ann. 1158; Gail, Christ., Excies. Lausannais (provinces de Sexanque); Chester, Hist. génér. du Dauph., t. ii, p. 37-38 (édition de Valence, 1868).

M. l'abbé Gremand, professeur d'histoire au collège de Fribourg, a publié (1866) les Homélies de saint Amédée, toute latin et traduction française en regard: il les a fait précéder d'une notice historique à laquelle nous avons emprunté quelques détails pour les ajouter à la biographie qu'avait bien voulu nous fournir M. l'abbé Bellet, prêtre du diocèse de Grenoble.

## S. JULIEN, ÉVÊQUE DE CUENÇA ET CONFESSEUR

1207. — Pape: Innocent III. — Roi de Castille: Ferdinand II.

Saint Julien n'est pas tant une production de la nature qu'un présent de la grâce. Son père et sa mère, qui demeuraient en la ville de Burgos, furent longtemps mariés sans avoir d'enfant; mais enfin, après plusieurs dévotions qu'ils firent pour obtenir cette bénédiction du ciel, ils eurent notre Saint qui naquit en la même ville, l'an de Notre-Seigneur 1127. En

sortant du sein de sa mère, il leva son petit bras et donna la bénédiction à toutes les personnes qui étaient présentes, en faisant le signe de la croix, comme font les évêques quand ils bénissent le peuple. Lorsqu'on le baptisa, on entendit une très-agréable musique d'Anges qui chantaient : « Aujourd'hui est né un enfant, qui n'a point son pareil en grâce » ; et quand on en fut à l'imposition du nom, il parut un homme vénérable, la mitre en tête et la crosse à la main, qui dit tout haut : « Il doit s'appeler Julien ». Ces prodiges étaient de grands présages de sa sainteté. En effet, il en donna des marques dès son enfance, pratiquant plusieurs mortifications, jeûnant trois jours par semaine et disant quantité de prières qu'il s'était prescrites pour chaque jour. Comme il avait une grande vivacité d'esprit, il se rendit en peu de temps très-habile dans les arts libéraux et dans la théologie, dont il fit des leçons publiques, après y être devenu un très-savant maître.

Ses parents étant décédés, au lieu de se marier, comme on le lui conseillait, il se retira dans une petite cabane qu'il fit bâtir près du monastère de Saint-Augustin de Burgos, et d'un ermitage où avait vécu autrefois saint Dominique de Silos. Là, il se prépara à recevoir les ordres sacrés jusqu'au sacerdoce. Quand il se vit honoré du caractère de la prêtrise, son occupation était l'oraison, la sainte messe qu'il célébrait tous les jours avec abondance de larmes à l'autel du saint Crucifix, la lecture de la sainte Écriture et des saints Pères, la conversion des âmes, enfin, la prédication de l'Évangile dans plusieurs provinces du royaume.

Sa vertu fit jeter les yeux sur lui pour le faire archidiacre de la ville de Tolède, puis évêque de Cuenca, nouvellement regagnée sur les Maures. Cette dignité, quelque élevée qu'elle fût, ne lui fit point perdre les sentiments d'humilité qu'il avait ; il fit son entrée dans son diocèse, à pied et avec beaucoup de modestie, considérant que la charge que Dieu lui avait donnée était celle de pasteur et non de seigneur. Il dépensait tout le revenu de son église en œuvres pies et en aumônes. Sa charité le rendait l'œil de l'aveugle, la main de l'estropié, le pied du boiteux, le père des orphelins, le refuge des veuves, la consolation des affligés et l'asile de tous les pauvres nécessiteux. Il gagnait sa vie et celle de son domestique à faire des paniers qu'il vendait. Il visitait tous les ans son diocèse pour en bannir les abus et les ecclésiastiques scandaleux ou ignorants qui sont la ruine du peuple. Il avait un très-grand zèle pour racheter les captifs des mains des Maures. Enfin, tout lui était aisé quand il s'agissait de procurer quelque avantage à ses ouailles :

Il avait coutume de donner tous les jours à dîner à plusieurs pauvres. Il arriva qu'un jour il en vit un qui, à son air, paraissait être distingué, quoique plus mal vêtu que les autres ; il le tira à part pour savoir qui il était ; mais il parut aussitôt tout éclatant de lumière et dit au Saint : « Je vous remercie, mon cher Julien, du traitement que vous faites à mes pauvres ; je vous promets, pour votre récompense, la vie éternelle ». Puis il disparut : ce qui fit croire à Julien que ce pauvre était Notre-Seigneur. La Providence divine pourvoyait miraculeusement à ses besoins pour lui donner moyen de faire ses charités, soit en multipliant le blé dans son grenier ou lui en envoyant par des voies extraordinaires, comme il arriva dans un temps de famine : le blé ayant manqué, on vit venir une longue file de mulets chargés de sacs de froment, sans qu'il se présentât personne pour en demander l'argent. Et après avoir été déchargées, les bêtes de somme s'en allèrent sans que l'on pût savoir ce qu'elles étaient devenues. On raconte que le Saint, ayant commandé à son maître d'hôtel, nommé Lerme, de faire distribuer ce blé selon la nécessité de chacun, celui-ci le fit avec tant de ferveur qu'il mourut de la peine qu'il s'y était donnée. Il fut enterré derrière le chœur de l'église de Burgos; il est honoré comme Saint.

Sa charité ne parut pas moins dans un temps de peste qu'il fit enfin cesser par ses ferventes prières et son crédit auprès de Dieu; on remarque que tous ceux qui pouvaient toucher de ces petits paniers qu'il faisait, se trouvaient aussitôt guéris, et même, depuis son décès, on a expérimenté l'efficacité de ce remède en plusieurs grandes maladies.

Le démon ne put souffrir une si éclatante vertu: il la combattit d'abord par des tentations de gourmandise, en lui présentant de bonnes viandes lorsqu'il jeûnait au pain et à l'eau, mais ce fut inutilement; il se servit de l'avarice, en lui envoyant de l'or et de l'argent, mais ce fut sans effet. Enfin, il y employa la volupté, en lui faisant paraître des nudités pour le porter au péché, mais le démon fut toujours vaincu et trouva Julien invincible.

Ce grand Saint, menant ainsi une vie pleine de merveilles et d'actions héroïques de vertu, arriva jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans. Notre-Seigneur lui envoya alors une grande maladie, que Julien connut le devoir conduire à la mort. Il s'y prépara par la réception des Sacrements et par des actes de pénitence, ne voulant point d'autre lit que la terre couverte de cendres, ni d'autre chevet qu'une pierre. Il était dans cette posture humiliée lorsque la divine Marie, accompagnée d'Anges et de plusieurs Vierges qui chantaient : « Voici ce grand prêtre qui, durant sa vie, a tant plu à Notre-Seigneur », le vint appeler de ce monde pour aller à Dieu, en lui disant : « Prenez, serviteur de Jésus-Christ, cette lampe, insigne de la virginité que vous avez toujours gardée inviolable ». C'est ainsi qu'il rendit son âme le 28 janvier, l'an 1207. Au moment qu'il trépassa, l'on vit sortir de sa bouche un rameau de palme, blanc comme de la neige, s'élevant jusqu'au ciel qui paraissait ouvert, et une musique céleste fut aussitôt entendue autour de son corps.

Il s'est fait de nombreux miracles à son tombeau; les muets y ont reçu la parole, les sourds l'ouïe, les boiteux l'usage de leurs jambes, et toutes sortes de malades leur guérison. Trois cent dix ans après son décès, on leva son corps, qui fut trouvé sans aucune corruption, pour le transporter dans un autre endroit de la cathédrale, plus en vue.

Saint Julien est particulièrement honoré à Burgos et à Cuenca. Ses attributs sont une corbeille, la lampe des Vierges, et autres symboles mentionnés dans sa vie.

Le P. Giry a abrégé les Hollandistes.

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## SAINT THYRSE, PATRON DE SISTERON,

## SAINT LEUCIUS, SAINT CALLINIQUE ET SES 15 COMPAGNONS, MARTYRS (250).

De toutes les histoires des Martyrs, l'une des plus extraordinaires est, à coup sûr, celle de saint Thyrse, dont le martyrologe romain célèbre la mémoire le 28 du mois de janvier.

C'était à l'époque de la persécution de l'empereur Dèce. Un des lieutenants de ce prince venait de faire décapiter à Césarée de Bithynie un saint personnage, nommé Leucius, qui avait eu le courage de lui reprocher publiquement son zèle et son ardeur pour le culte des idoles. Tout à coup, un des païens, qui avait assisté et applaudi à l'exécution de cette inique sentence, se sent ému jusqu'au fond de l'âme à la vue de la constance du martyr, et ouvrant subitement les yeux à la lumière de la foi, se met, lui aussi, à reprocher publiquement son idolâtrie au personnel impérial.

Irrité d'une telle hardiesse, celui-ci, qui s'appelait Combratius, livre aux bourreaux, sans autre forme de procès son courageux contradicteur. Thyrse (c'était le nom de ce dernier), au lieu de s'effrayer à l'aspect des instruments de torture que l'on prépare sous ses yeux, n'en persiste pas moins dans ses invectives contre le paganisme et ses infâmes pratiques. C'est en vain qu'on le frappe avec des lanières plombées ; c'est en vain qu'on le suspend à un arbre par les pouces avec une corde fine ; c'est en vain qu'on lui brise les bras et qu'on lui arrache les paupières. Il demeure inébranlable dans sa nouvelle foi de chrétien, et chose plus merveilleuse encore, il sert de ces supplices sans rien perdre de ses forces et de sa vigueur.

Alors Combratius le fait étendre sur un lit de fer, puis il ordonne qu'on verse sur sa tête du plomb fondu en état d'ébullition. Thyrse est invulnérable ; bien plus, le plomb fondu, au lieu de l'atteindre, se répand sur ceux qui sont chargés de le tourmenter et leur cause de douloureuses blessures. Furieux de voir le Saint à l'abri de ses coups, Combratius commande qu'on le dépêce ; mais celui qui s'apprête à porter sur lui une main sacrilège est tout de suite saisi de vertige, et fixe dans la muraille l'instrument tranchant qu'il allait enfoncer dans la chair du martyr. Au même instant, un violent tremblement de terre agite la contrée, les liens qui enchaînent les pieds et les mains de saint Thyrse tombent d'eux-mêmes, et force est pour le tyran de le jeter dans la prison publique.

C'est là que Dieu attendait l'invincible athlète pour couronner par la grâce du baptême sa constance à confesser son saint nom. Durant la nuit, un ange vient éveiller Thyrse, le dégage de ses chaînes, le fait sortir de son cachot, et le conduit à l'évêque Philias, qui le baptise, lui administre la confirmation et l'admet à la table sainte. Ainsi fortifié et devenu parfait chrétien, Thyrse reprend le chemin de la prison, dont l'ange lui ouvre miraculeusement les portes.

Le jour venu, il comparait de nouveau devant son juge, qui s'est fait assister d'un misérable, nommé Silvain. Il tourne en dérision les idoles, il en attaque le culte, il cherche à dessiller les yeux de leurs sectateurs. Conduit au temple d'Apollon, il obtient du ciel, par ses prêtres, que la statue que l'on y révère chancelle sur ses bases, tombe par terre et se brise. Chargé pour ce méfait de chaînes plus nombreuses et plus pesantes, il voit ses liens se briser comme par enchantement. Condamné à être flagellé la tête plongée dans une cuve pleine de vin, il n'a pas encore touché la cuve que celle-ci éclate en mille morceaux. Précipité du haut d'un lieu élevé, il est soutenu dans l'espace par les anges, et le païen Vitalicus, qui veut l'attirer à terre, fait une chute épouvantable et expire sur le champ.

Voyant qu'ils n'en finiront pas avec Thyrse, qu'ils accusent de sortilège et de magie, Combratius et Silvain le font ronger de coups et charger de chaînes plus pesantes encore ; mais c'en va être fini avec eux : ils sont l'un et l'autre saisis d'un mal soudain ; ils se font conduire à Apamée pour être guéris, mais c'est en vain ; ils ne tardent pas à succomber, et leurs dépouilles mortelles, rejetées par la fosse, ne peuvent être inhumées que lorsque Thyrse, qu'ils ont traîné après eux, obtient du ciel que la terre les reçoive et se referme sur elles.

Il semble que tant de prodiges auraient dû apaiser la fureur des païens contre l'héroïque confesseur de la foi. Loin de là, leur rage n'en devint que plus grande. A Combratius succéda un homme encore plus féroce que lui, appelé Brandus. Ce misérable ordonne qu'on mette le Saint dans un sac et qu'on le jette à la mer ; mais les anges sont là qui le retirent des abîmes des flots et le ramènent sain et sauf sur le rivage. Brandus alors le fait exposer aux bêtes : neuf ours et six léopards viennent lécher ses pieds et ne lui font aucun mal.

Désespérant de le vaincre par les supplices, le persécuteur essaie de le prendre par la douceur. Il l'emmène avec lui au temple de Bacchus et l'invite à sacrifier à ce dieu. Pour toute réponse, le bienheureux patient obtient encore du ciel que l'autel de cette ignoble divinité s'écroule, et que, dans sa ruine, il entraîne celle de la statue elle-même.

De peur que ces merveilles ne concilient au saint Martyr le cœur des habitants d'Apamée, on se hâte de le conduire à Apollonie. Là il est fouetté jusqu'au sang et écartelé. Pendant qu'on lui fait subir ces supplices, Brandus est saisi tout à coup de violentes douleurs, les temples des idoles sont ébranlés par un tremblement de terre, et les images des faux dieux se brisent et volent en éclats. A cette vue, la population d'Apollonie est saisie d'épouvante et reconnait enfin qu'il existe une puissance supérieure à celle des divinités qu'elle a redoutée jusqu'alors. Le grand prêtre de la ville, nommé Callinique, fait plus : il renonce incontinent au culte des faux dieux, et éclairé par la grâce, il reproche à Brandus et sa cruauté et son idolâtrie. Bien ne peut le faire revenir à sa superstition première, ni les caresses, ni les menaces, ni les tourments, et il meurt, décapité par ordre du proconsul, avec quinze prêtres des idoles qui ont suivi son exemple et imité sa confiance.

Le bienheureux Thyrse cependant n'était pas encore mort : comme il persévérait toujours dans la confession de sa foi, il est transféré à Milet où il ne tarde pas à succomber à ses souffrances ambiguës.

Son corps fut pleinement recueilli par les fidèles, et remis à l'évêque Philippe, qui l'inhuma à quelque distance de sa ville épiscopale, dans le même sépulcre que Callinique et ses quinze compagnons de martyre. Des miracles éclatants ne tardèrent pas à avoir lieu auprès de cette tombe sacrée. Mais les plus remarquables furent la mort tragique de Brandus et la conversion en masse des habitants de Milet.

Les reliques de ce martyr ayant été apportées d'Apollonie à Constantinople, le préteur Césarius les plaça dans une superbe basilique vers la fin du IVe siècle. Sosomène rapporte que Thyrse apparut trois fois à l'impératrice Pulchérie, et qu'il lui fit la recommandation de placer dans sa basilique les reliques de quarante martyrs. Justinien, avant d'être empereur, fit élever une autre basilique en l'honneur de saint Thyrse. Oviedo, Gironne, Tolède, Sahagun, en Espagne, et Limoges, en France, se prétendent en possession des reliques du saint martyr. Son culte se répandit de la sorte des deux côtés des Pyrénées. Beaucoup d'églises furent construites en son honneur. Outre les villes d'Espagne que nous venons de nommer, la ville archiépiscopale de Braga, en Portugal, a une église qui porte son nom.

On croit qu'il y a quelques-unes de ses reliques à Forcalquier. Lorsque Gérard, évêque de Sisteron, forcé de quitter son siège, se fut retiré à Forcalquier, il se recommanda en mourant à Dieu, à la bienheureuse Vierge Marie, à saint Maire et à saint Thyrse, patrons de cette église. Mais on ne peut contester à l'église de Sisteron l'honneur de posséder un bras de saint Thyrse. C'est de là qu'est venue la grande vénération du clergé et du peuple de cette ville envers ce martyr illustre par ses miracles. L'existence de ce culte est attestée par les monuments les plus antiques, et s'il est impossible de dire le temps précis où saint Thyrse a commencé d'être invoqué comme patron de Sisteron, c'est l'antiquité même de son culte qui en est la cause.

Nous pouvons donc dire, en terminant, que si l'histoire de saint Thyrse est incertaine et par trop merveilleuse, sa victoire n'est pas douteuse, et sa mémoire célèbre à l'égal des plus célèbres.

Notes locales.

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## SAINT VALÈRE, ÉVÊQUE DE SARAGOSSE (345).

Valère, remarquable par sa piété et sa doctrine, naquit à Saragosse, de la famille consulaire des Valérius, comme l'atteste Prudence. Devenu évêque de sa ville natale, il se montra dans cette dignité tel que le peuple lui-même n'aurait pu souhaiter davantage. Comme on était au plus fort de la persécution de Dioclétien et de Maximien, il appliquait tout son courage et tous ses soins à la propagation de la foi chrétienne, combattant, selon le précepte de l'Apôtre, le bon combat de la foi, conquérant la vie éternelle et confessant courageusement sa croyance devant de nombreux témoins. Ne pouvant que difficilement, à cause de la lenteur de sa langue, s'acquitter du ministère de la prédication, et ne voulant pas priver son peuple des fruits qu'il devait en retirer, il confia ce soin à Vincent, son diacre et son disciple : de cette manière l'instruction de son peuple ne laissait rien à désirer. Grâce à l'exemple et à la pureté des mœurs de l'un et de l'autre, et aux prédications de Vincent, la religion des chrétiens était prospère et grandissait tous les jours. Dacien le comprit, Dacien, qui avait été envoyé comme gouverneur en Espagne pendant la persécution de Dioclétien et de Maximien, et qui poursuivait les chrétiens de toutes ses forces ; c'est pourquoi il ordonna d'arrêter Valère avec Vincent à Saragosse, et de les traîner tous les deux à Valence.

Ils allèrent donc de Saragosse à Valence, chargés de fers ; aussitôt arrivés, ils comparurent devant Dacien. Celui-ci, s'adressant d'abord à Valère à cause de son grand âge et de la haute estime dont il jouissait parmi les chrétiens, lui dit : « Quoi donc, Valère, penses-tu qu'il soit juste, sous prétexte de religion, d'enfreindre et de vider les décrets des princes ? » Alors Valère, dont le corps était affaibli par la vieillesse, mais dont l'esprit n'avait rien perdu de sa vigueur, répandit : « Nous, ô Dacien, qui professons la foi chrétienne, et qui nous tenons sur les traces de nos ancêtres, nous avons toujours eu pour maxime et pour principe, dans notre sainte religion, d'obéir à Dieu, qui a tout créé par sa volonté, plutôt qu'aux hommes ». Ayant entendu ces paroles, Dacien, qui ne se promettait aucun triomphe de la mort de Valère, parce qu'il était accablé d'une extrême vieillesse,

que le président estimait devoir lui être plus à charge que n'importe quel tourment, décréta qu'il serait seulement envoyé en exil.

Valère choisit pour lieu de son exil la petite ville d'Anet, en Aragon. Là, il se faisait une loi de vivre loin du monde, afin que, délivré de tous embarras et de toutes affaires, il pût consacrer à Dieu sa vieillesse. La mort très-glorieuse que Vincent avait soufferte à Valence, par l'ordre de l'impic Dacien, lui revenait souvent à l'esprit, et il l'estimait très-heureuse : lui-même ne souhaitait que de sortir de cette vie ; il désirait de revoir dans le ciel celui qui avait été son compagnon sur la terre et qui avait partagé ses travaux. Pour mieux marquer ses sentiments envers Vincent, il lui fit élever en ce lieu une église aux frais des chrétiens. C'est la première qui ait été érigée en l'honneur de saint Vincent. Enfin les veilles, les jeûnes et les oraisons ayant occupé sa vie jusqu'au dernier moment, il rendit à Dieu sa bienheureuse âme, l'an 315. Les chrétiens ensevelirent son corps non loin de là, dans un château nommé Strada. Un insigne monument, contenant ses reliques et rappelant son nom, se voit maintenant au monastère de Saint-Vincent, à Rota. En Espagne, peuple et souverains ont toujours honoré saint Valère avec la plus grande dévotion. Aussi, très-souvent, Dieu a récompensé leur confiance et leur piété par les miracles les plus éclatants, et surtout par des guérisons miraculeuses.

Le culte de saint Valère, si célèbre dans les villes d'Espagne, a été introduit en Franche-Comté à une époque fort ancienne, que nous ne pouvons déterminer. Une paroisse du Jura, celle de Châtillon-sur-Courtine, rend à cet illustre confesseur un culte particulier. Elle possède depuis plusieurs siècles des reliques assez considérables, que la tradition a toujours regardées comme celles de saint Valère, évêque de Saragosse. On ignore le temps précis où elles ont été transportées à Châtillon ; mais il est certain que cette translation est fort ancienne, car, à une époque reculée, saint Valère avait déjà eu ce lieu une église consacrée en son honneur. Elle était située au milieu du cimetière actuel de cette paroisse, dans l'endroit qu'on appelle aujourd'hui le cimetière et la chapelle de saint Valère. En 1835, on en voyait encore les ruines couvertes de broussailles, lorsque les habitants travaillèrent à niveler le cimetière et à débarrasser le petit oratoire qui s'y trouve. De plus, une charte de franchise, accordée en 1341 par Jacques de Châlon, sire d'Arlay et seigneur de Châtillon, fait mention d'une ville appelée Curtine, bâtie aux environs du cimetière de Saint-Valère. Les reliques que possède aujourd'hui la paroisse de Châtillon étaient donc très-probablement déposées alors dans cette église, et en furent tirées pour être transportées dans la chapelle de l'Aigle, lorsque Jean de Châlon fit bâtir cette chapelle pour les habitants du bourg de l'Arrénier, qu'il établissait près de son château.

On voit par là que le culte rendu à Châtillon au saint évêque de Saragosse, remonte à plus de cinq cents ans. Ses reliques y sont en grande vénération, non-seulement pour cette paroisse, mais encore pour les paroisses voisines, qui, à différentes époques, y vinrent en procession pour obtenir un temps favorable aux biens de la terre, surtout dans les temps de sécheresse. Plus d'une fois, cette confiance des peuples a été exaucée d'une manière extraordinaire. Ces dépouilles sacrées furent renfermées, jusqu'en 1822, dans une chasse très-ancienne, qui contenait aussi d'autres reliques, qu'on honore comme celles de saint Grégoire le Grand, pape et docteur de l'Église.

Malgré le mélange de ces reliques appartenant à deux saints, l'usage a prévalu de les désigner sous le nom de chasse de saint Valère. C'est lui qui est le patron principal et le plus ancien de la paroisse. Sa fête, qui se célébrait solennellement le 28 janvier à Châtillon, comme dans le reste

de l'Église, a été transférée au 23 octobre, en vertu d'une permission accordée par Mgr Claude Lecoc, le 23 septembre 1807. On voit encore, parmi les anciennes statues de l'église paroissiale, un buste en bois de saint Valère, absolument semblable pour la forme à celui qui est décrit par les Bullandistes, et qui fut donné par Pierre de Lune à l'église de Saragosse en 1207. Lorsqu'on portait en procession l'ancienne chasse du Saint, on enlevait quelquefois le couvercle qui la recouvre pour le remplacer par cette statue du saint évêque, qui semblait ainsi sortir vivant de son tombeau. De temps immémorial, les fidèles de Châtillon appellent ce buste le chef de saint Valère. Lorsque la chapelle de l'Aigle, démolie en 1805, eut été remplacée par l'église actuelle, les reliques du saint patron furent transférées dans le nouvel édifice, en 1807. Quelques parcelles en furent tirées en 1811 et placées dans le reliquaire portatif de la paroisse. Le 23 octobre 1822, M. Bourgeon, curé de Châtillon, retira la totalité des reliques de leur ancienne chasse, qui tombait de vétusté, et les déposa dans une nouvelle chasse de bois, où elles sont encore aujourd'hui.

Les fidèles de la paroisse ont toujours montré le plus grand respect pour les restes précieux de leurs saints patrons. C'est à ces puissants protecteurs qu'ils ont recours pour implorer, par leur intercession, la miséricorde divine dans les fléaux publics. La chasse est alors portée en procession, au milieu des marques de la vénération unie à la confiance. Les paroisses voisines, en particulier celles de Mireboi, Munoz-la-Ville, Crançot, Vevy, etc., se sont rendues processionnellement à différentes époques, à l'église de Châtillon, pour y invoquer la protection des deux saints pontifes Grégoire et Valère. Ces faits montrent le respect traditionnel que ces populations ont conservé pour les élus de Dieu. Aussi, malgré les fureurs de la Révolution française, la chasse de saint Valère est restée dans l'église paroissiale de Châtillon comme aux temps les plus paisibles, et les profanateurs n'osèrent pas toucher à ces reliques, défendues par la vénération des fidèles.

Saint Valère est encore particulièrement honoré à Castelnovo, lieu où le Saint s'arrête en quittant Valence pour demander à manger ; mais les habitants, qui étaient païens, se moquèrent de lui. Saint Valère prédit alors que personne ne pourrait habiter ce lieu s'il n'était chrétien, ce qui arriva ; — à Anet, ou plutôt dans le diocèse de Rota, car c'est près de cette ville que se trouve aujourd'hui le petit village d'Anet, composé d'une vingtaine de maisons à peine, et c'est à Rota que ses reliques furent transférées après la ruine du château-fort de Strada, en 1065. L'église de Rota fait encore mémoire de cette translation le 23 octobre de chaque année ; — à Saragosse, où son chef fut transporté en 1170, par Alphonse II, roi d'Aragon.

Les auteurs de la Vie des Saints de Franche-Comté ont tiré ces détails d'une notice manuscrite sur les reliques de saint Valère, rédigée par M. Thurol, curé de Châtillon, et adressée à Mgr de Chaman, évêque de Saint-Claude.

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## SAINT PÉLADE, ARCHEVÉQUE D'EMBRUN (Ve siècle).

Pélade, archevêque d'Embrun, naquit à Embrun de parents nobles et catholiques, dans un temps où l'hérésie arienne exerçait de grands ravages dans cette cité et dans toute la Bourgogne. Encore enfant, il fut formé à la vertu par Catalin, archevêque de cette ville : de bonne heure, ses pensées et ses affections se tournèrent vers la vertu. Catalin, chassé de son siège par les hérétiques, s'étant réfugié à Vienne, auprès du bienheureux Avit, Pélade l'accompagna dans sa fuite et chercha à l'imiter par ses bonnes œuvres. Catalin mourut en son exil, et fut remplacé par Gallican, premier de ce nom. Après un pontificat très-court, il se reposa dans le Christ par une mort prématurée et pieuse, et alors la voix unanime du clergé et du peuple appela Pélade à venir servir de colonne à l'église d'Embrun, qui menaçait ruine. Il employa ses biens à soulager l'indigence des pauvres et le délaissement des veuves et des orphelins. Assidu à l'oraison, appliqué sans cesse à la lecture des textes sacrés, diligent à visiter son diocèse, domptant son corps par la macération, ayant les louanges des hommes en horreur, il menait une vie vraiment céleste.

Des anges, ses compagnons assidus, il recevait la connaissance des choses à venir et cachées : il prédit à Sigismond, roi de Bourgogne, sa mort et la ruine de son royaume. D'un signe de croix il déjoua souvent la rage des démons et leurs vains épouvantails ; une fois, entre autres, il écarta de la sorte la masse énorme d'un rocher qui fondait sur lui. Le fils unique d'une veuve était atteint de paralysie : il lui rendit la santé par l'onction sainte. Dans l'espace de cinq ans qu'il fut évêque, il construisit cinq basiliques. Enfin, illustre par ses vertus et ses miracles, et ayant annoncé le jour de sa mort, il émigra vers le Seigneur le 6 janvier. Ses reliques, longtemps conservées à Embrun, puis emportées par un moine de la famille de saint Benoît dans la Catalogne, furent déposées dans le monastère de Saint-Pierre-de-Champrodon, du même Ordre.

Ce dépôt était là depuis longtemps, renfermé dans une chasse d'argent revêtue de ciselures en or qui représentaient les principaux miracles du Saint, lorsque, sur la fin du XVe siècle, la Catalogne ayant été conquise par les armes françaises, le monastère fut livré aux vainqueurs pour être pillé, et la chasse de saint Pélade fut prise. Mais Dieu, qui est admirable dans ses Saints, avait voulu que dans l'armée des Français se trouvât Jean Richier, bailli de Montgardin, homme religieux, qui racheta la chasse à ses frais et la rendit au monastère, ne demandant pour prix d'un si grand bienfait qu'une parcelle des saintes reliques. Un fragment considérable de l'os de l'avant-bras fut en effet cédé à sa demande, avec l'attestation authentique de ce qui s'était passé. Déposé, dès cette époque, à Montgardin, ce précieux souvenir fut examiné en 1764 par Bernardin François, archevêque d'Embrun, et fournit toutes les marques d'une authenticité incontestable. Le successeur du pieux Richier fit don de la moitié de son trésor à l'église d'Embrun, où ce gage sacré est encore honoré aujourd'hui.

On invoquait, en Espagne, saint Pélade pour les maux d'yeux et les maux de tête.

Prappe de Gap.

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Date de fête

28 janvier

Époque

12ᵉ siècle

Décès

Vers 1160 (à l'âge d'environ cinquante ans)