Sainte Hedwige (Havoie)

Veuve, Duchesse de Pologne

Feast : October 17th 13th century • sainte

Summary

Duchesse de Pologne au XIIIe siècle, Hedwige se distingua par son humilité profonde et sa charité envers les pauvres et les prisonniers. Fondatrice du monastère de Trebnitz, elle mena une vie d'austérités extrêmes, marchant pieds nus dans la neige. Elle est célèbre pour avoir obtenu la paix entre des ducs rivaux et pour sa résignation chrétienne face aux deuils familiaux.

Biography

SAINTE HEDWIGE OU HAVOIE,

VEUVE, DUCHESSE DE POLOGNE

mari, à bâtir près de Breslau, qui était leur ville capitale, le grand monastère de Trebnitz, où elle mit des religieuses de l'Ordre de Cîteaux. Elle en augmenta tellement le revenu par ses donations qu'il devint suffisant pour nourrir mille personnes. Pendant qu'on le bâtissait, elle obtint la grâce de tous les criminels, et fit qu'on les condamna seulement à y travailler à proportion des peines qu'auraient méritées leurs crimes. Elle y assembla plusieurs veuves et un grand nombre de vierges qui voulaient servir Dieu avec une entière pureté d'esprit et de corps. Sa fille, Gertrude, s'y consacra aussi à Jésus-Christ ; et, depuis, elle en fut élue abbesse.

Elle avait un soin particulier des pauvres jeunes filles et surtout des orphelines, tant de haute naissance que de basse condition : celles qui étaient appelées à la religion, elle les recevait dans son monastère ; quant aux autres, elle leur trouvait des partis convenables où elles pussent faire leur salut. Elle tenait toujours auprès d'elle quelques veuves avec lesquelles elle passait les jours et les nuits en jeûnes et en prières. Cromer, évêque de Varmie, au livre VI de son Histoire de Pologne, dit que son exemple et celui du prince, son mari, portèrent un gentilhomme fort riche, leur secrétaire d'État, à quitter la cour et le monde et à consacrer tout son bien à la construction d'un monastère de l'Ordre de Cîteaux, où lui-même prit l'habit religieux et passa le reste de sa vie avec beaucoup de piété.

Comme elle avait toujours eu dans son cœur un grand dégoût de toutes les vanités du siècle, elle ne cherchait point les vains ornements du corps, pour lesquels les dames ont ordinairement des passions si violentes ; mais elle se contentait de satisfaire à la bienséance de sa condition, selon les règles de la modestie chrétienne. Elle passa encore plus loin après son vœu de continence ; car, alors, rejetant jusqu'aux moindres ornements du siècle, elle ne voulut plus porter que des habits gris et d'une étoffe fort commune. Son désir de pratiquer plus parfaitement l'humilité, fit qu'elle quitta son palais et que s'étant établie avec peu de monde près du monastère de Trebnitz, elle s'y retirait souvent pour être plus libre dans ses exercices de dévotion. Elle y prit même l'habit de religieuse, mais sans aucun engagement, afin d'avoir toujours la liberté d'assister les pauvres de Jésus-Christ. Sa vie était si parfaite qu'elle surpassait toutes les sœurs par l'exactitude de son silence, par l'observation des lois et des constitutions régulières, et par l'austérité de ses pénitences. Cependant, elle ne se considérait que comme une pécheresse ; et, bien que sa conscience fût très-pure devant Dieu et devant les anges, et que sa vie fût, aux yeux des hommes, un modèle admirable de vertu, elle avait tant d'horreur d'elle-même, qu'elle n'en parlait qu'avec un extrême mépris. C'est par ce sentiment d'humilité qu'elle ne voulait point porter d'habits neufs, mais se contentait de ceux qui avaient déjà servi à quelqu'une des sœurs, et quelquefois même elle les portait si longtemps, qu'ils avaient perdu leur première forme. Elle avait des sentiments si avantageux des personnes religieuses, qu'elle baisait à genoux les places où elle les avait vues faire leurs prières, prenant, pour cela, le temps qu'elles étaient sorties du chœur. Une des sœurs voulut un jour savoir ce qu'elle y faisait, et elle vit qu'après avoir pratiqué ces actes d'humilité, elle se prosterna jusqu'à terre devant une croix, et qu'alors le Crucifix, détachant sa main droite, lui donna sa bénédiction et lui dit intelligiblement : « Votre prière est exaucée, et vous aurez ce que vous demandez ». Il est probable, ajoute l'historien de sa vie, qu'elle demandait à Dieu la grâce de persévérance pour les épouses de Jésus-Christ qu'elle honorait d'un si profond respect, et d'être elle-même faite participante de leurs bonnes œuvres.

Elle baisait aussi les essuie-mains et les serviettes dont elles s'étaient servies ; et, prenant l'eau dans laquelle elles s'étaient lavées les pieds ou les mains, elle s'en lavait les yeux, le visage et la tête. Elle faisait la même chose à ses petits-fils, se persuadant que ce qui avait ainsi servi à ces saintes religieuses ne contribuerait pas peu à attirer sur elle et sur sa famille les bénédictions du ciel.

Cette haute estime lui fit prendre tous les monastères sous sa protection : elle les visitait de temps en temps et s'opposait généreusement aux violences qu'on voulait leur faire. Elle regardait le pain qu'elles mangeaient comme le pain des anges ; elle en rachetait à prix d'argent les morceaux que l'on avait distribués aux pauvres, et elle ne les mangeait qu'après leur avoir donné plusieurs baisers avec une dévotion incomparable. Elle entretenait deux mendiantes afin qu'elles les lui apportassent pour en faire le mets le plus délicieux de sa table, et se faisant une sainte application des paroles de la Chananéenne, elle disait qu'elle était encore trop heureuse de se nourrir des miettes qui tombaient de la table de ses maîtres : c'est ainsi qu'elle appelait les religieux ; car elle les regardait comme n'étant pas moins élevés au-dessus d'elle par leur profession que les maîtres le sont dans le monde par leurs richesses au-dessus de leurs serviteurs. Elle portait le même respect aux pauvres, par égard à la pauvreté de Notre-Seigneur ; elle voulait toujours en avoir quelques-uns auprès d'elle, principalement pendant ses repas. Avant de s'asseoir, elle leur donnait à manger de sa propre main, et, par une humilité prodigieuse, elle se mettait à genoux pour les servir et ne buvait qu'après que le plus malade et le plus dégoûtant avait bu dans sa coupe. Quand ils étaient sortis, elle baisait affectueusement, en secret, les endroits où ils s'étaient assis. Souvent elle leur lavait les pieds et les mains et leur faisait de grandes aumônes sans rien omettre de tout ce qui pouvait les satisfaire et les consoler. Le Jeudi Saint elle lavait les pieds à quelques lépreux, et leur donnait des habits neufs par respect pour Jésus-Christ, qui a bien voulu, pour l'amour de nous, être considéré comme un lépreux.

Sa patience n'était pas moins admirable que son humilité. Jamais elle ne se mettait en colère ni ne répondait avec rudesse à personne ; mais elle traitait au contraire tout le monde avec tant de civilité, et usait de paroles si douces et si obligeantes, qu'elle contentait tous ceux qui avaient l'honneur de l'approcher. Si quelqu'un lui avait causé quelque déplaisir, elle ne lui répondait qu'avec douceur en ces termes, ou d'autres semblables : « Pourquoi avez-vous fait cela ? je prie Dieu qu'il vous le pardonne ». Un de ses domestiques, nommé Stanislas, qui fut depuis religieux de Saint-Dominique, ayant perdu trois de ses plus belles coupes d'argent, qu'il avait en garde, la Sainte, au lieu de lui en faire une rude réprimande, se contenta de lui dire, sans nulle marque d'émotion : « Allez chercher avec soin ce que votre négligence vous a fait perdre », et elle prononça ces paroles avec tant de modération qu'elles ne causèrent aucune tristesse à celui qui avait commis cette faute, ainsi que lui-même l'a depuis avoué. Dans les accidents fâcheux qui lui arrivaient, elle témoignait une constance invincible et faisait paraître sur son visage autant de sérénité que dans les plus grandes prospérités. Lorsqu'elle reçut la nouvelle que le duc, son mari, avait été blessé dans un combat, et fait prisonnier de guerre par Conrad, duc de Kirne, elle répondit sans s'émouvoir : « J'espère que Dieu le délivrera bientôt et qu'il guérira parfaitement de ses blessures ». Cette conformité, néanmoins, à la volonté de Dieu, ne l'empêcha pas de travailler fortement à lui procurer la liberté, et, comme le vainqueur ne voulait recevoir aucune des propositions qu'elle lui fit faire, quelque raisonnables qu'elles fussent, et que sur ce refus, le prince, son fils, eut assemblé une grande armée pour retirer par force son père des mains de cet arrogant, elle résolut, pour épargner le sang qui allait être répandu, de s'exposer elle seule pour le salut de tous les autres, et d'aller trouver celui que tant de sollicitations n'avaient pu fléchir. Elle ne parut pas plus tôt devant lui, qu'il se trouva saisi d'une aussi grande frayeur que s'il eût vu un ange de Dieu. Dépouillant cette fierté qui l'avait jusqu'alors rendu inflexible, il fit la paix et rendit le prisonnier. Ainsi, on peut dire de sainte Hedwige, qu'après avoir dompté dans elle-même, par les efforts de sa vertu, tous les mouvements d'impatience et de colère, elle eut ce merveilleux pouvoir de les dompter aussi dans les autres.

Sa patience ne fut pas moindre lorsqu'elle apprit la mort de son mari, qui arriva l'an 1238. Toutes les religieuses de Trebnitz fondaient en larmes pour la perte d'un si puissant protecteur ; mais la Sainte, quoique extraordinairement touchée de la perte d'un mari si vertueux, qu'elle aimait, et que ses éminentes vertus rendaient souverainement cher à son peuple et à son État, étouffa toutes ses douleurs pour en faire un sacrifice à la volonté de Dieu, et, tâchant de consoler celles qui paraissaient si affligées de ce malheur, elle leur dit : « Pourquoi vous troublez-vous de la sorte ? Est-ce que vous voulez résister à la volonté divine ? Le Créateur n'a-t-il pas droit de disposer comme bon lui semble de ses créatures, et faut-il, quand il le fait, que nous nous laissions accabler par la tristesse ? Ne lui sommes-nous pas redevables de notre vie ? Pourquoi donc ne pas mettre notre consolation dans l'accomplissement de ce qu'il ordonne de nous et de ceux qui nous appartiennent ? » Elle fit paraître la même constance à la mort de Henri, surnommé le Pieux, son fils, qui fut tué en combattant pour les autels et pour la patrie, contre les Tartares. Elle avait eu révélation qu'il devait mourir dans cette guerre ; mais la vue de cet accident ne fut pas capable de lui inspirer des sentiments de lâcheté. Elle ne détourna point pour cela le prince de se mettre en campagne ; au contraire, elle l'exhorta de tout son pouvoir à s'opposer à la fureur de ces infidèles, et sacrifia ainsi son propre fils à la défense de la religion et de l'État, contre les cruels et irréconciliables ennemis de l'un et de l'autre. Quand on lui annonça sa mort, elle n'en fut ni abattue ni troublée, mais elle se fortifia contre la douleur qu'elle en ressentit, par un généreux abandon aux ordres du ciel : « Dieu a disposé de mon fils comme il l'a voulu », dit-elle, « nous devons vouloir tout ce qu'il veut, et tout ce qui lui plaît nous doit plaire aussi ».

Cette merveilleuse force d'âme était soutenue par une mortification continue, qui lui faisait traiter son corps avec une extrême rigueur. Elle jeûnait tous les jours, excepté les dimanches et quelques-unes des plus grandes fêtes de l'année. Jamais elle ne mangeait de chair étant en santé, et cette grande abstinence dura quatre ans, sans que l'évêque de Bamberg son frère, qui lui en parla plusieurs fois, pût lui faire changer de conduite. Dans une grande maladie, Guillaume, évêque de Modène, légat du Saint-Siège en Pologne, lui commanda d'user de toutes sortes d'aliments. Elle obéit, mais elle assura depuis, que cette délicatesse avait donné plus de peine à son esprit que sa maladie, quoique violente, n'en avait fait souffrir à son corps.

Le dimanche, le mardi et le jeudi, elle mangeait du poisson et du laitage ; le lundi et le samedi, des légumes secs, et le mercredi et le vendredi, elle jeûnait au pain et à l'eau. Mais sa ferveur augmentant, elle fut longtemps à ne vivre plus que de ces légumes secs et de pain grossier, avec un peu d'eau bouillie qui lui servait de boisson. Son abstinence était encore plus rigoureuse pendant l'Avent et le Carême et aux veilles de plusieurs Saints et Saintes : car alors elle ne donnait pas à son corps autant de cette simple nourriture qu'il en avait besoin pour subsister. Quoiqu'elle fût d'une complexion fort délicate et sujette à de grandes infirmités, elle portait sur sa chair nue un rude cilice, fait avec du crin de cheval, auquel elle avait cousu des manches de serge, afin de tromper saintement les yeux de ceux qui la voyaient. Elle portait aussi sur ses reins une ceinture faite de la même matière avec des nœuds, laquelle s'y attachait de telle sorte, que ses femmes ne pouvaient la retirer qu'avec peine lorsqu'il fallait en ôter le sang meurtri et corrompu qui s'y amassait. Elle marchait les pieds nus dans la neige et dans la glace, et faisait souvent sa prière en cet état ; le feu de la charité qui brûlait son cœur lui faisait mépriser le froid qu'elle sentait au dehors. À force de marcher ainsi sur la terre nue, elle avait la plante des pieds tout endurcie et crevassée. Quelquefois même, pendant le froid, le sang en sortait sans qu'elle s'en aperçût. Ses mains étaient dans le même état, et on les a vues plusieurs fois toutes couvertes de sang, parce qu'elle les tenait toujours exposées à la rigueur de l'hiver. Son lit était convenable à la qualité d'une si grande princesse ; mais au lieu de s'en servir, elle se couchait sur des ais ou sur des peaux étendues, lorsqu'après ses longues prières du soir ou de la nuit elle était obligée de prendre un moment de repos. S'il arrivait qu'étant extrêmement faible ou malade elle fût obligée de se traiter un peu plus doucement, elle couchait pendant quelque temps sur une paillasse couverte seulement d'un gros drap ; mais quelque incommodée qu'elle fût, elle ne voulut jamais se servir de matelas. Ses veilles étaient extraordinaires et au-dessus des forces humaines ; car, quoiqu'elle se levât souvent avant qu'on sonnât Matines, elle ne se recouchait point après qu'elles étaient dites, mais, passant le reste de la nuit en prières, elle purifiait son esprit par les larmes qu'elle répandait, et son corps par les coups qu'elle se donnait jusqu'au sang avec une très-rude discipline. Elle était si exténuée par toutes ces austérités, qu'on ne lui voyait plus que des couverts d'une peau sèche et décolorée ; ce qui faisait dire à la princesse Anne, sa belle-fille : « J'ai lu la vie de beaucoup de Saints, mais je n'y ai jamais rien vu de plus austère que ce que je remarque tous les jours dans la duchesse, ma belle-mère ».

Sa charité était incomparable : elle faisait de grandes aumônes à divers monastères. Elle visitait elle-même, autant qu'elle le pouvait, les ermites et les religieuses cloîtrées, afin de connaître leurs besoins et d'y pourvoir abondamment ; elle envoyait à ceux qui étaient trop éloignés, des habits, des vivres et toutes les choses qu'elle jugeait leur être nécessaires. Elle assistait les religieux dans les affaires qu'ils avaient auprès du duc, son mari, et prenait soin de les faire bien traiter pendant le temps qu'ils étaient obligés de demeurer à la cour ; puis quand ils s'en retournaient, elle leur faisait donner de quoi faire leur voyage. Elle avait une tendresse incroyable pour tous les affligés, et son cœur semblait se fondre par la compassion qu'elle leur témoignait. Elle visitait les prisonniers, et quand elle ne pouvait pas le faire par elle-même, elle les envoyait visiter ; elle leur faisait fournir des habits pour les garantir du froid ; du linge, de peur qu'ils ne fussent incommodés faute d'avoir de quoi changer, et de la lumière pour diminuer l'horreur et les ténèbres de leur prison. Enfin, elle n'oubliait rien pour les soulager dans leurs misères. Elle exerçait la même charité envers les prisonniers de guerre, auxquels elle procurait très-souvent la liberté. Elle délivrait ceux qui n'étaient détenus que pour leurs dettes, en payant pour eux leurs créanciers. Elle se faisait l'avocate de ceux qui avaient eu le malheur d'encourir la disgrâce du prince, et, en se mettant à genoux devant lui, elle priait pour eux avec larmes, jusqu'à ce qu'il eût accordé leur pardon. Elle était la mère de tous les misérables et particulièrement des veuves et des orphelins, dont elle prenait elle-même le soin dans leurs nécessités et dans toutes leurs affaires. Les pauvres qui recevaient continuellement les effets de sa charité, la suivaient partout, et elle faisait toujours mettre à l'église une somme d'argent devant elle, pour la leur distribuer, sans que ses domestiques osassent les empêcher de l'approcher. En quelque lieu qu'elle allât, elle avait toujours à sa suite treize pauvres infirmes qu'elle nourrissait en l'honneur de Jésus-Christ et des douze Apôtres. Elle les faisait conduire sur des chariots, et son premier soin en arrivant était pour eux. Elle leur donnait les viandes délicates qu'on lui servait, et ne prenait que des légumes pour elle ; ce qui faisait dire aux courtisans, qu'ils auraient mieux aimé être traités comme les pauvres de la duchesse, que de la manière qu'elle se traitait elle-même. Outre ceux-là elle en nourrissait encore une grande quantité, pour lesquels elle avait une cuisine et des officiers particuliers, afin qu'on leur donnât, selon les divers temps, toute la nourriture qui leur était nécessaire. Elle préservait ses sujets des vexations des gens de justice, et, dans la crainte que les juges ne lui fussent trop sévères, elle assistait souvent en personne à leurs jugements ; et alors, ce n'était pas le juge, mais quelqu'un de ses aumôniers qui les prononçait, afin que les parties fussent traitées plus doucement. Elle priait quelquefois avec larmes son intendant, nommé Ludolphe, d'user d'humanité et de douceur envers tout le monde, et de ne pas exiger avec rigueur ce qui lui était dû. Enfin la bonté de cette sainte princesse était comme une fontaine publique, où elle voulait que chacun vînt puiser de l'eau, sans que nul de tous ceux qui en approchaient manquât d'en avoir. Aussi tout le monde ayant recours à elle, s'il arrivait qu'elle ne pût assister quelqu'un, elle adressait pour lui ses prières à la libéralité du Tout-Puissant, et lui obtenait par des miracles ce qu'elle ne pouvait lui donner par elle-même.

Toutes ces vertus tiraient leur origine de l'union intime qu'elle avait avec Dieu. Elle ne le perdait jamais de vue. Elle passait les nuits entières en oraison, où elle recevait des avant-goûts des délices célestes dont jouissent les Bienheureux ; elle y était souvent dans une telle abstraction de tous les sens, qu'on la voyait comme insensible. Quelques-uns même ont vu son corps élevé en l'air et tout environné de clarté. Elle ne souffrait point qu'on lui parlât pendant le divin office, et elle disait que c'était traiter indignement la majesté de Dieu, de mêler les entretiens des créatures avec ceux de son Créateur. Quoiqu'elle fît son possible pour cacher ce qui se passait entre son divin Époux et elle, elle était néanmoins souvent trahie par les gémissements, les soupirs et les larmes que la grandeur de son amour et la tendresse de sa dévotion ne lui permettaient pas de retenir. On ne l'a jamais vue prier assise ; mais après s'être tenue quelque temps debout, elle se mettait en terre, les genoux tout nus : ce qui y fit venir de gros durillons, qui la faisaient beaucoup souffrir en hiver. Elle cherchait des lieux retirés pour y faire ses prières, afin de s'y rassasier sans empêchement et sans distraction des consolations et des douceurs dont Dieu la favorisait. Elle ne voulut pourtant jamais, ainsi que font quelquefois les grands princes, faire dire dans son palais ou dans sa chambre l'office divin qui se dit publiquement ; mais elle allait toujours à l'église avec sa famille, assistait aux vêpres, à la messe et aux autres offices, et les faisait chanter solennellement en sa présence ; ni l'éloignement des lieux, ni la difficulté des chemins, ni le froid, ni la neige, ni la pluie ni d'autres incommodités n'étaient capables de l'en empêcher. Elle entendait plusieurs messes, pendant lesquelles elle priait à genoux, ou toute prosternée et rarement appuyée. Elle ne rougissait point de baiser la terre, et elle demeurait si longtemps en cet état, qu'il aurait été impossible à son corps, si faible et si délicat, d'y résister, s'il n'eût été soutenu et fortifié par la ferveur de sa dévotion et par une grâce extraordinaire. Elle allait à l'offrande à toutes les messes auxquelles elle assistait, ou y envoyait quelqu'un pour elle. Elle priait toujours le prêtre d'imposer les mains sur sa tête et de lui donner de l'eau bénite, croyant recevoir par là quelque secours particulier et du soulagement dans ses maladies, comme il est arrivé diverses fois. Lorsqu'elle approchait de la sainte Table pour y recevoir le corps de Jésus-Christ, elle répandait tant de larmes et priait avec tant de ferveur, à genoux et prosternée contre terre, que l'ardeur de sa dévotion en donnait à ceux qui la regardaient. Elle avait plusieurs images et plusieurs reliques des Saints, qu'elle faisait mettre devant elle dans l'église, afin que cette vue rappelât plus vivement dans son esprit le mérite de leurs vertus, et qu'elle échauffât davantage sa piété par la confiance qu'elle avait en leur intercession et en leurs prières. Elle avait une affection singulière envers la sainte Vierge, et elle en portait toujours sur elle une petite image, qu'elle tenait ordinairement à la main pour la pouvoir regarder, et s'exciter ainsi de plus en plus à l'aimer : cela fut si agréable à Dieu, que des malades auxquels elle la fit baiser, recouvrirent à l'heure même une parfaite santé. Elle méditait presque continuellement sur la Passion de Notre-Seigneur, et elle portait un grand respect à tout ce qui y avait le moindre rapport : quand elle rencontrait la figure de la croix, que souvent le hasard avait plutôt formée que l'artifice des hommes, elle se mettait à genoux, l'adorait et la baisait avec une tendresse merveilleuse ; puis, la levant de terre, elle la plaçait dans un lieu où elle ne fût plus foulée aux pieds du monde. Elle craignait extrêmement les éclairs et le tonnerre, parce que, disait-elle, ils lui remettaient devant les yeux le jour terrible de la vengeance de Dieu dans son dernier jugement, ce qu'elle ne pouvait même prononcer sans trembler ; mais son appréhension cessait lorsqu'un prêtre avait imposé les mains sur sa tête, comme pour lui servir de bouclier et d'assurance de la protection divine ; car alors, ne craignant plus rien, elle demeurait à genoux en prières jusqu'à ce que la tempête fût cessée.

On raconte plusieurs miracles de sainte Hedwige, qui furent autant de marques évidentes du grand crédit qu'elle avait auprès de Dieu. Elle ressuscita deux hommes qui avaient été exécutés en punition de leurs crimes ; le duc, son mari, commanda que toutes les fois qu'elle passerait devant les prisons, on mît en liberté les prisonniers qu'elle demanderait. Elle rendit la vue, en faisant seulement le signe de la croix, sur une religieuse qui l'avait perdue à force de pleurer. S'étant endormie, en lisant un livre, la bougie qu'elle tenait à la main et qui tomba sur les feuillets, s'y consuma tout entière sans les brûler. De l'eau, qu'elle voulait boire par pénitence, se trouva changée en vin, pour apaiser le prince, son mari, à qui cette mortification n'agréait pas.

Elle fut favorisée du don de prophétie, et elle prédit plusieurs choses qui sont effectivement arrivées comme elle les avait prédites ; entre autres, le temps où elle devait mourir. Quand elle se vit près de cet heureux moment, elle se fit administrer le sacrement de l'Extrême-Onction, sans paraître encore malade, par l'assurance qu'elle avait qu'elle allait le devenir. Incontinent après, elle tomba dans la maladie dont elle mourut. En cet état, Dieu lui fit encore connaître plusieurs choses qu'elle n'avait jamais apprises ni entendues de personne ; et elle fut consolée et visitée par sainte Madeleine, sainte Catherine, sainte Thècle et sainte Ursule, qui lui apparurent visiblement. Enfin, après avoir choisi sa sépulture dans l'église de Trebnitz, devant l'autel de Saint-Jean l'Évangéliste, où deux de ses enfants, morts en âge d'innocence, étaient déjà enterrés, elle rendit son esprit à Notre-Seigneur, pour être couronnée d'une gloire immortelle. Ce fut le 15 octobre 1243 ; et, vingt-quatre ans après, le décret de sa canonisation fut promulgué par le pape Clément IV. Comme ce souverain Pontife avait été marié avant d'être ecclésiastique, il avait une fille qui était devenue aveugle : pendant qu'il se préparait à cette auguste cérémonie, il lui vint une inspiration de demander à Dieu que, si Hedwige était sainte, il lui plut de guérir sa fille par son intercession ; il le fit en célébrant la messe, et il obtint aussitôt l'effet de sa demande. Le 17 août 1268, son corps fut levé de terre, et il sortit de son sépulcre une odeur si agréable, qu'elle remplit tous les assistants de joie et d'étonnement ; sa chair se trouva toute consumée, excepté trois doigts de la main gauche, qui étaient encore tout entiers et tenaient cette petite image de la sainte Vierge dont nous avons parlé. Elle l'avait à l'heure de sa mort, et elle la serra si fort avec ses trois doigts que, ne pouvant la lui ôter, on fut obligé de l'enterrer avec elle.

Sa mémoire est marquée dans le martyrologe romain au 15 de ce mois ; mais sa fête ne se fait que le 17, jour auquel le pape Innocent XI a permis d'en faire l'office.

On la représente : 1° à genoux devant un crucifix. Jésus-Christ détache une de ses mains de la croix pour bénir sa pieuse servante ; 2° debout, tenant une corbeille de fleurs ; 3° soignant des malades dans un hôpital et leur donnant à manger.

Tiré de sa Vie qui se trouve dans le recueil de Surius. — Cf. le P. Matthieu Raderus dans sa *Buxa Sanctorum*.

***

Feast Date

October 17th

Death

15 octobre 1243