Saint Fructueux de Braga

Archevêque de Braga et Patriarche monastique de la Lusitanie

Feast : April 16th 7th century • saint

Summary

Patriarche monastique de la Lusitanie et archevêque de Braga au VIIe siècle, Fructueux fonda de nombreux monastères et rédigea des règles austères. Connu pour sa douceur envers les animaux et sa rigueur ascétique, il fut contraint par le roi de rester en Espagne pour éclairer l'Église wisigothique.

Biography

SAINT FRUCTUEUX, ARCHEVÊQUE DE BRAGA

d'elle, comme d'une brebis errante, et de la diriger dans les voies du salut. Elle se nommait Bénédicte, était de race noble, et venait d'être fiancée à un grand seigneur de la cour. Mais, brûlant de se consacrer à Dieu seul, elle s'enfuit à l'insu de ses parents, erra longtemps dans le désert, et arriva enfin à quelque distance du monastère dont nous avons parlé. N'osant y entrer, elle écrivit ses désirs, ses prières, et fit parvenir cette lettre à Fructueux. Le Saint y accourut sans délai, lui fit bâtir une petite cellule dans ce désert, l'instruisit des obligations d'une épouse de Jésus-Christ, et pourvut à sa subsistance. L'exemple de cette noble vierge en toucha beaucoup d'autres, qui s'assemblèrent autour d'elle au nombre de quatre-vingts. Alors le saint Abbé leur bâtit un monastère dans une autre solitude.

Le seigneur goth essaya en vain de ravoir sa fiancée : il força la supérieure du nouveau monastère de lui présenter celle qui l'avait fui ; elle vint, mais refusa de le regarder et lui resta muette en sa présence. Il en appela au juge royal ; mais celui-ci lui dit : « Laissez-la servir le Seigneur et cherchez une autre femme ». Nous ne pouvons reproduire tous les traits merveilleux de la vie du Patriarche monastique de la Lusitanie. Disons seulement que ses austérités et ses voyages sans fin ne l'empêchaient pas de cultiver les lettres, de les faire étudier par ses moines et de se livrer lui-même à la poésie, car on a conservé des vers de lui. On voit du reste dans les règlements qu'il a composés pour ses diverses maisons, que celles-ci avaient de grands troupeaux de brebis pour fournir de quoi soulager les pauvres, racheter les captifs et exercer l'hospitalité. Un moine était spécialement chargé du soin des pâtres.

Il ne faut pas s'étonner que Fructueux eût un tel ascendant sur les hommes, puisque son doux visage touchait les animaux mêmes. Un jour qu'il traversait une forêt, un chevreuil, poursuivi par des chasseurs, vint se réfugier sous son manteau. Le Saint prit l'animal sous sa protection et le conduisit au monastère. L'animal, reconnaissant, ne quittait plus son libérateur ; il le suivait pendant le jour, dormait la nuit à ses pieds, et ne cessait de bêler quand il s'absentait. Il fit plus d'une fois reconduire la bête dans les bois, mais toujours elle savait retrouver la trace des pas de son libérateur. Un jour enfin elle fut tuée par un jeune homme qui n'aimait pas les moines. Fructueux était allé faire un voyage de quelques jours ; au retour, il s'étonna de ne pas voir son chevreuil accourir au-devant de lui, et quand il apprit sa mort, la douleur le saisit, ses genoux fléchirent, il se prosterna sur le pavé de l'église. On ne dit pas si ce fut pour demander à Dieu de punir le cruel ; mais celui-ci tomba bientôt malade et fit demander à l'Abbé de venir à son aide : Fructueux se vengea en noble wisigoth et en chrétien : il alla guérir le meurtrier de son chevreuil et lui rendit la santé de l'âme avec celle du corps. On aime à voir ces gracieuses et innocentes tendresses en ces temps si rudes et dans ces âmes fortes, nées pour entraîner les peuples sur leurs pas.

On raconte encore que voulant se dérober aux hommages du peuple, il se réfugia au fond des bois ; mais des geais qu'il avait élevés dans son monastère allèrent à sa recherche et trahirent sa retraite par le joyeux babil dont ils le saluèrent.

Fructueux ne pouvait plus trouver de déserts en Espagne ; il en avait peuplé un grand nombre, il y avait de tous côtés de ses disciples, et il était connu partout. Comment vivre dans l'obscurité, selon son désir ? Il est obligé de passer en Orient, sous prétexte de visiter les saints Lieux. Il se prépara secrètement à ce voyage, avec quelques-uns de ses disciples. Il allait s'embarquer, lorsqu'il fut tout à coup arrêté par ordre du roi. Son dessein avait transpiré. Le roi, ainsi que son conseil, ne pouvant souffrir que l'Espagne perdît une si grande lumière, le fit arrêter avec tout le respect possible et amener à sa cour, où il fut gardé à vue quelque temps, de peur qu'il ne vînt à s'enfuir. Un peu plus tard, il fut ordonné évêque de Dume, et ensuite archevêque de Braga.

Voici à quelle occasion il fut transféré du siège de Dume à celui de Braga. Dix-neuf évêques d'Espagne étaient assemblés en concile à Tolède (1er décembre 655). Les prélats en étaient à leur dernière séance, lorsqu'on leur présenta un écrit de Potamiris, archevêque de Braga, dans lequel il se reconnaissait coupable d'un péché d'impureté. On le fit entrer et reconnaître son écrit ; on lui demanda si sa confession était libre et contenait la vérité. Il en fit serment, et déclara, fondant en larmes, qu'il avait depuis environ neuf mois quitté volontairement le gouvernement de son église, pour se renfermer dans une prison et y faire pénitence. Suivant les anciennes règles ecclésiastiques, il devait être déposé de l'épiscopat, mais le concile, touché de compassion, lui laissa le nom d'évêque, le condamna à une pénitence qui dura toute sa vie, et choisit Fructueux, évêque de Dume, pour gouverner l'église de Braga. C'était l'évêque le plus voisin, Dume n'étant qu'à une lieue de cette ville.

Deux mots résument l'épiscopat de Fructueux : une fois élevé sur la chaire pontificale, il n'en continua pas moins de porter l'habit monastique et de vivre de la vie sainte du cloître.

Notre Saint construisit de nouveaux monastères pendant son épiscopat, et se servit de l'autorité que lui donnait son siège pour y introduire ou y maintenir les règles dans toute leur pureté. Il nous reste de lui deux règles, l'une particulière à l'abbaye de Compludo, l'autre commune à toutes ses autres maisons.

Quand le saint Évêque fut près de mourir, il se fit porter à l'église, pour y recevoir le sacrement de pénitence, ou simplement l'habit de pénitence ; il y demeura prosterné devant l'autel le reste du jour et la nuit suivante. Un peu avant le lever du soleil, ayant les mains levées vers le ciel, pour offrir à Dieu sa prière, il expira dans cette posture chrétienne, le 16 avril de l'an 665. Il fut enterré d'abord dans son monastère de Montel. L'an 1102, ses reliques furent transportées à Compostelle, où on les vénère encore aujourd'hui.

On donne pour attributs à saint Fructueux une biche et des geais.

Cf. Patrologie latine, t. LXXXVII, col. 1087 (les règles) ; t. LXXX, col. 690 (une lettre à Braulton). Dans le tome LXXXVII on trouve les vers de saint Fructueux, dont nous avons parlé : ils sont tirés de l'Espagne Segunda de Flores. Dom Coillier pense qu'ils ne sont pas de lui. M. de Montalembert, Moines d'Occident, t. II, liv. V, et le Père Cahier sont d'un avis contraire.

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## S. DROGON OU DRUON, RECLUS, PATRON DES BERGERS

1118-1189. — Papes : Gélase II ; Clément III. — Rois de France : Louis VI, le Gros ; Philippe II, Auguste.

Ce Bienheureux naquit au village d'Epinoy, aujourd'hui Carvin-Epinoy, en Artois, au commencement du XIIe siècle. Il perdit son père un peu avant sa naissance, et fut cause, en naissant, de la mort de sa mère; il avait reçu de ses parents une haute noblesse et des biens très-considérables. Il ne fut baptisé qu'après avoir été instruit des principes de la religion. Il fut vivement touché quand on lui raconta sa naissance; se regardant comme le meurtrier de sa mère, il tomba dans un chagrin qui le dégoûta entièrement du monde, dès l'âge de dix ans. Il passait les jours et les nuits en pleurs, se privait de tout plaisir, distribuait aux pauvres ce qu'il pouvait tirer de ses tuteurs, jeûnait fréquemment, macérait son corps par diverses autres austérités, priait sans cesse, lisait, ou entendait la parole de Dieu. Ayant été un jour extraordinairement frappé des paroles de l'Évangile par lesquelles Jésus-Christ exhorte ceux qui l'aiment et qui le servent, à tout quitter pour le suivre, il résolut de pratiquer ce précepte à la lettre.

Il abandonne donc ses proches et son pays, renonce à tous ses biens, et, revêtu d'un habit fort simple, par-dessus son cilice, il s'en va, comme Abraham, où Dieu l'appellera. Après divers pèlerinages, conduit par l'esprit de Dieu, il s'arrête dans la bourgade de Sebourg, en Hainaut, à deux lieues de Valenciennes, et environ à treize lieues d'Epinoy, sa patrie, et se loue en qualité de berger à une dame pieuse nommée Élisabeth Haire. Cet état lui était très-agréable. Serviteur, il pouvait pratiquer facilement l'humilité, l'obéissance, la mortification; solitaire, il vivait dans l'oraison et le recueillement, et les beautés de la nature l'invitaient et l'aidaient à louer Dieu. Il ne lui manquait, dans les champs, qu'une chose, la sainte Eucharistie. Mais il obtint qu'un ange veillerait sur son troupeau pendant qu'il assisterait de temps en temps au saint sacrifice de la messe. C'est une tradition du pays, qui est même passée en proverbe, car on dit souvent quand il se présente deux occupations également pressantes: « Je ne puis pas être comme saint Druon, en deux lieux en même temps ». Sa maîtresse était très-contente de ce bon serviteur, et ses vertus le faisaient aimer dans le village de Sebourg. Les habitants le pressèrent de se charger aussi de leurs troupeaux.

Il accepta cet emploi et s'en acquitta à la grande satisfaction de tout le monde et à l'avantage des pauvres, auxquels il distribuait tout le fruit de ses services.

Après avoir ainsi passé six ans dans l'humble condition de berger, Druon, aspirant à une vie plus pénitente, quitta Sebourg, malgré les sollicitations de sa maîtresse et de presque tous les habitants, puis il entreprit de longs pèlerinages de dévotion, pour mortifier son corps par la faim et la soif, par le chaud et le froid, par les fatigues et les périls des chemins. Il fit neuf fois le voyage de Rome, et visita beaucoup d'autres sanctuaires. Il venait, par intervalle, à Sebourg, retrouver son ancienne maîtresse, qui le recevait comme un fils. Quand ses infirmités ne lui permirent plus de vivre en pèlerin, il résolut de vivre en solitaire. Il se fit donc bâtir une petite cellule contre l'église, et s'y enferma pour n'en plus sortir le reste de ses jours. Comme il pouvait entendre de là les divins offices, il y assistait avec une dévotion angélique. Son manger n'était qu'un peu de pain d'orge, son boire, de l'eau pure. Si on lui donnait quelque chose, il le distribuait aux pauvres, content de la seule possession de Dieu.

Le feu ayant pris à l'église, et ensuite à sa cabane, il demeura au milieu des flammes sans en recevoir la moindre atteinte; Dieu renouvelant en sa faveur la merveille des trois enfants dans la fournaise de Babylone. Le Saint reclus rendit son âme à Dieu le 16 avril 1189, environ la soixante et onzième année de son âge, s'étant retiré de la maison paternelle âgé de seize ans, ayant gardé les troupeaux six ans, passé neuf ans dans ses pèlerinages, et quarante dans sa cellule.

Les parents de saint Druon ayant appris sa mort, demandèrent son corps aux habitants de Sebourg ; mais il leur fut impossible de le transporter hors du pays ; quand le chariot, sur lequel on l'avait mis fut sur les limites du territoire de Sebourg, il devint immobile et le corps si pesant, qu'ils furent obligés de le reporter à l'église et de l'inhumer dans le sépulcre qu'on lui avait préparé. Ce tombeau (que l'on voit encore aujourd'hui), fut bâti au milieu de la grande nef : on plaça dessus les saints fonts de baptême.

Quant à l'endroit où le char s'arrêta, c'est une petite hauteur que l'on nomme encore aujourd'hui, en mémoire de ce miracle, le Mont-Joie-Saint-Druon.

Au commencement du XIIIe siècle, on fut obligé, par la crainte des profanations, de transporter les reliques de saint Druon à Binche ; mais comme elles n'y firent point de miracles, pendant l'espace de neuf ans, on les rapporta à Sebourg, le 14 juin 1227. Le concours des peuples fut immense à cette translation ; de sorte que les blés, qui étaient déjà grands, furent foulés aux pieds ; on croyait les moissons perdues, mais le lendemain on les vit redressées et magnifiques. En mémoire de cette translation et de ce miracle, aujourd'hui encore, le dimanche de la Trinité, on porte solennellement en procession les reliques du Saint. On peut voir au second tome d'avril, dans les Hollandistes, combien de guérisons miraculeuses, surtout pour les ruptures, les descentes intérieures, la cruelle maladie de la pierre, la surdi-mutité, ont été obtenues par l'intercession de saint Druon. Il avait souffert lui-même d'une hernie très-grave qui l'obligea précisément de renoncer à ses pèlerinages.

On montre encore aujourd'hui à Epinoy, à une distance d'environ cinquante mètres du presbytère, dans les champs, le puits de saint Druon. Ce puits est l'objet d'une telle vénération qu'on n'y puise de l'eau qu'une fois par an le jour de la fête et de la procession du Saint. L'église qui lui est dédiée à Epinoy se trouve bâtie sur l'emplacement même de sa maison paternelle.

A Sebourg, les souvenirs du pieux reclus se sont aussi précieusement conservés : Outre une Fontaine de Saint-Druon vers laquelle, d'après une ancienne tradition, le saint berger menait chaque jour son troupeau ; outre le chemin qui porte le nom de Chemin de Saint-Druon, on voit encore une croix en pierre, environnée de quelques arbres, à l'extrémité de cette paroisse. Elle se trouve à l'endroit où les parents de saint Druon, venus d'Epinoy, comme on l'a dit, pour emporter son corps, le déposèrent et le rendirent aux habitants de Sebourg. De plus, dans l'église du village on voit son tombeau en pierre et en bois, au-dessus duquel est placée la chasse qui renferme ses reliques. Enfin, dans un enfoncement de cette église, on découvre la Cabane de Saint-Druon, qui rappelle la petite cellule dans laquelle le reclus vécut pendant quarante-deux ans. Elle renferme une espèce de lit en pierre, sur lequel est couchée une statue aussi en pierre représentant le Saint. Les vitres en sont rouges, et rappellent l'incendie qui la consuma tout entière sans causer le moindre mal à l'homme de Dieu. C'est là que les pèlerins viennent en foule rendre leurs hommages au saint berger, le prier d'éloigner de leurs familles et de leurs troupeaux les fléaux et les maladies. Leur nombre est surtout considérable le jour de sa fête et le dimanche de la Sainte Trinité. Parmi ces pèlerins qui arrivent des pays les plus éloignés, on peut toujours distinguer la députation des habitants d'Epinoy, qui ne manquent jamais de venir chaque année, la veille même de la fête, honorer et invoquer leur saint compatriote. Sauvés des profanations de 1793, ses précieux restes reposent au-dessus du tombeau dont nous avons parlé. L'église du Mont-Saint-Quentin possède une dent du Saint.

Nous nous sommes servi, pour compléter le Père Giry, dont nous avons refait le récit, entre autres livres, d'un abrégé de la vie de saint Druon, par M. Sauvet, curé de Sebourg, et des Saints d'Arras, de M. l'abbé Doutembus.

Feast Date

April 16th

Death

16 avril 665