Saint Fructueux de Braga
Archevêque de Braga et Patriarche monastique de la Lusitanie
Résumé
Patriarche monastique de la Lusitanie et archevêque de Braga au VIIe siècle, Fructueux fonda de nombreux monastères et rédigea des règles austères. Connu pour sa douceur envers les animaux et sa rigueur ascétique, il fut contraint par le roi de rester en Espagne pour éclairer l'Église wisigothique.
Biographie
SAINT FRUCTUEUX, ARCHEVÊQUE DE BRAGA
d'elle, comme d'une brebis errante, et de la diriger dans les voies du salut. Elle se nommait Bénédicte, était de race noble, et venait d'être fiancée à un grand seigneur de la cour. Mais, brûlant de se consacrer à Dieu seul, elle s'enfuit à l'insu de ses parents, erra longtemps dans le désert, et arriva enfin à quelque distance du monastère dont nous avons parlé. N'osant y entrer, elle écrivit ses désirs, ses prières, et fit parvenir cette lettre à Fructueux. Le Saint y accourut sans délai, lui fit bâtir une petite cellule dans ce désert, l'instruisit des obligations d'une épouse de Jésus-Christ, et pourvut à sa subsistance. L'exemple de cette noble vierge en toucha beaucoup d'autres, qui s'assemblèrent autour d'elle au nombre de quatre-vingts. Alors le saint Abbé leur bâtit un monastère dans une autre solitude.
Le seigneur goth essaya en vain de ravoir sa fiancée : il força la supérieure du nouveau monastère de lui présenter celle qui l'avait fui ; elle vint, mais refusa de le regarder et lui resta muette en sa présence. Il en appela au juge royal ; mais celui-ci lui dit : « Laissez-la servir le Seigneur et cherchez une autre femme ». Nous ne pouvons reproduire tous les traits merveilleux de la vie du Patriarche monastique de la Lusitanie. Disons seulement que ses austérités et ses voyages sans fin ne l'empêchaient pas de cultiver les lettres, de les faire étudier par ses moines et de se livrer lui-même à la poésie, car on a conservé des vers de lui. On voit du reste dans les règlements qu'il a composés pour ses diverses maisons, que celles-ci avaient de grands troupeaux de brebis pour fournir de quoi soulager les pauvres, racheter les captifs et exercer l'hospitalité. Un moine était spécialement chargé du soin des pâtres.
Il ne faut pas s'étonner que Fructueux eût un tel ascendant sur les hommes, puisque son doux visage touchait les animaux mêmes. Un jour qu'il traversait une forêt, un chevreuil, poursuivi par des chasseurs, vint se réfugier sous son manteau. Le Saint prit l'animal sous sa protection et le conduisit au monastère. L'animal, reconnaissant, ne quittait plus son libérateur ; il le suivait pendant le jour, dormait la nuit à ses pieds, et ne cessait de bêler quand il s'absentait. Il fit plus d'une fois reconduire la bête dans les bois, mais toujours elle savait retrouver la trace des pas de son libérateur. Un jour enfin elle fut tuée par un jeune homme qui n'aimait pas les moines. Fructueux était allé faire un voyage de quelques jours ; au retour, il s'étonna de ne pas voir son chevreuil accourir au-devant de lui, et quand il apprit sa mort, la douleur le saisit, ses genoux fléchirent, il se prosterna sur le pavé de l'église. On ne dit pas si ce fut pour demander à Dieu de punir le cruel ; mais celui-ci tomba bientôt malade et fit demander à l'Abbé de venir à son aide : Fructueux se vengea en noble wisigoth et en chrétien : il alla guérir le meurtrier de son chevreuil et lui rendit la santé de l'âme avec celle du corps. On aime à voir ces gracieuses et innocentes tendresses en ces temps si rudes et dans ces âmes fortes, nées pour entraîner les peuples sur leurs pas.
On raconte encore que voulant se dérober aux hommages du peuple, il se réfugia au fond des bois ; mais des geais qu'il avait élevés dans son monastère allèrent à sa recherche et trahirent sa retraite par le joyeux babil dont ils le saluèrent.
Fructueux ne pouvait plus trouver de déserts en Espagne ; il en avait peuplé un grand nombre, il y avait de tous côtés de ses disciples, et il était connu partout. Comment vivre dans l'obscurité, selon son désir ? Il est obligé de passer en Orient, sous prétexte de visiter les saints Lieux. Il se prépara secrètement à ce voyage, avec quelques-uns de ses disciples. Il allait s'embarquer, lorsqu'il fut tout à coup arrêté par ordre du roi. Son dessein avait transpiré. Le roi, ainsi que son conseil, ne pouvant souffrir que l'Espagne perdît une si grande lumière, le fit arrêter avec tout le respect possible et amener à sa cour, où il fut gardé à vue quelque temps, de peur qu'il ne vînt à s'enfuir. Un peu plus tard, il fut ordonné évêque de Dume, et ensuite archevêque de Braga.
Voici à quelle occasion il fut transféré du siège de Dume à celui de Braga. Dix-neuf évêques d'Espagne étaient assemblés en concile à Tolède (1er décembre 655). Les prélats en étaient à leur dernière séance, lorsqu'on leur présenta un écrit de Potamiris, archevêque de Braga, dans lequel il se reconnaissait coupable d'un péché d'impureté. On le fit entrer et reconnaître son écrit ; on lui demanda si sa confession était libre et contenait la vérité. Il en fit serment, et déclara, fondant en larmes, qu'il avait depuis environ neuf mois quitté volontairement le gouvernement de son église, pour se renfermer dans une prison et y faire pénitence. Suivant les anciennes règles ecclésiastiques, il devait être déposé de l'épiscopat, mais le concile, touché de compassion, lui laissa le nom d'évêque, le condamna à une pénitence qui dura toute sa vie, et choisit Fructueux, évêque de Dume, pour gouverner l'église de Braga. C'était l'évêque le plus voisin, Dume n'étant qu'à une lieue de cette ville.
Deux mots résument l'épiscopat de Fructueux : une fois élevé sur la chaire pontificale, il n'en continua pas moins de porter l'habit monastique et de vivre de la vie sainte du cloître.
Notre Saint construisit de nouveaux monastères pendant son épiscopat, et se servit de l'autorité que lui donnait son siège pour y introduire ou y maintenir les règles dans toute leur pureté. Il nous reste de lui deux règles, l'une particulière à l'abbaye de Compludo, l'autre commune à toutes ses autres maisons.
Quand le saint Évêque fut près de mourir, il se fit porter à l'église, pour y recevoir le sacrement de pénitence, ou simplement l'habit de pénitence ; il y demeura prosterné devant l'autel le reste du jour et la nuit suivante. Un peu avant le lever du soleil, ayant les mains levées vers le ciel, pour offrir à Dieu sa prière, il expira dans cette posture chrétienne, le 16 avril de l'an 665. Il fut enterré d'abord dans son monastère de Montel. L'an 1102, ses reliques furent transportées à Compostelle, où on les vénère encore aujourd'hui.
On donne pour attributs à saint Fructueux une biche et des geais.
Cf. Patrologie latine, t. LXXXVII, col. 1087 (les règles) ; t. LXXX, col. 690 (une lettre à Braulton). Dans le tome LXXXVII on trouve les vers de saint Fructueux, dont nous avons parlé : ils sont tirés de l'Espagne Segunda de Flores. Dom Coillier pense qu'ils ne sont pas de lui. M. de Montalembert, Moines d'Occident, t. II, liv. V, et le Père Cahier sont d'un avis contraire.