Saint Maxence (Maixent)
Abbé
Summary
Né à Agde au Ve siècle, Maxence (ou Adjuteur) devint abbé d'un monastère en Poitou après avoir fui la renommée. Connu pour son ascétisme extrême et ses miracles, il protégea ses moines des soldats de Clovis. Son monastère donna naissance à la ville de Saint-Maixent.
Biography
SAINT MAXENCE OU MAIXENT,
ABBÉ DU MONASTÈRE DE CE NOM, AU DIOCÈSE DE POITIERS
515. — Pape : Hormisdas. — Roi de France : Childebert Ier.
*Studet verus abbas ut sicut major est auctoritate, in quoque excellentior sit virtute.*
Celui qui est véritablement abbé, s'applique à devenir le premier par la vertu comme il est le premier par l'autorité.
Joan. Trith., in Regul. S. Bened.
Adjuteur, nommé aussi Maxence et vulgairement Maixent, naquit à Agde, dans la Gaule narbonnaise, d'une famille noble vers l'an 448. Ses parents, qui avaient de la piété, le mirent sous la conduite du saint abbé Sévère. Ses progrès le firent remarquer et excitèrent l'admiration des uns et la jalousie des autres. Mais les applaudissements, plus que les mépris du monde, lui firent prendre le chemin de la retraite. Il y abrita son humilité durant deux ans, après quoi, obligé de revenir parmi les siens, il sembla ramener l'abondance dont on était privé faute de pluie. Ce fut un nouveau motif de l'honorer comme un ange descendu du ciel, et comme la renommée de sa sainteté croissait toujours, il sortit une seconde fois de son pays, et s'en alla dans le Poitou, avec l'intention de cacher sa vie au monde. Après avoir prié au tombeau de saint Hilaire, il alla trouver le vénérable prêtre Agapit qui, sur les bords de la Sèvre niortaise, à douze lieues de Poitiers, dans une grande vallée connue sous le nom de Vauclair, dirigeait dans les voies de la sainteté quelques serviteurs de Dieu.
Agapit le reçut avec bonté et l'admit au nombre de ses disciples. Pour oublier autant que possible sa patrie, sa famille et jusqu'à lui-même, il changea son nom d'Adjuteur en celui de Maxence. Sa sainteté éclata bientôt aux yeux de ses frères, tellement que ceux-ci, avec Agapit, l'élurent pour leur abbé, d'un commun consentement (vers 500). Il ne mangeait que du pain d'orge, et ne buvait que de l'eau; il était tellement assidu à la prière que son corps en demeurait courbé, et que ses genoux en devinrent calleux. Les miracles qu'il a faits durant sa vie et après sa mort montrent assez combien sa conduite était agréable à Dieu.
Pendant la guerre que Clovis, roi des Francs, faisait à Alaric, roi des Visigoths, une troupe de soldats s'avança jusqu'auprès du monastère. Les religieux effrayés supplièrent leur abbé de les arracher au glaive des barbares. Maxence s'avança hardiment vers les soldats, et comme l'un d'eux levait déjà son épée pour abattre la tête de ce moine qu'il voyait devant lui, tout à coup son bras devint raide et demeura immobile, ramené derrière l'oreille. Alors le soldat se jeta aux pieds du Saint, et implora son pardon. Maixent bénit de l'huile dont il oignit le bras affligé, et le guérit parfaitement. Il reçut de nombreux bienfaits de la part du roi Clovis. Il mourut septuagénaire dans le monastère qui porta depuis son nom et que ses
miracles ont illustré, l'an 515. C'était une abbaye de l'Ordre de Saint-Benoît.
Il fut enterré dans l'église de Saint-Saturnin, sous le vocable duquel était bâti son monastère. Celui-ci, alors peu considérable, prit dans la suite assez de développements pour devenir un des premiers du diocèse de Poitiers. C'est autour de ces murs vénérés et de l'église dans laquelle furent transportées, vers 940, les dépouilles sacrées du saint Confesseur que se forma la ville actuelle de Saint-Maixent (Deux-Sèvres).
En 1562, les protestants dispersèrent les précieuses reliques de l'homme de Dieu ; ce qu'on put en retrouver après leur départ n'échappa point aux révolutionnaires de 93, et la tombe du Saint, demeurée sous le maître-autel de l'église devenue paroissiale, ne renferme plus qu'une très-mince portion de lui-même.
Le martyrologe romain indique la fête de saint Maixent au 26 juin, mais l'église de Poitiers l'anticipe au jour précédent, le 26 étant consacré à célébrer la translation des reliques de saint Hilaire.
On le représente ayant une colombe au-dessus de sa tête, ce qui peut signifier une intervention divine dans les paroles du Saint. On le peint aussi en prière dans sa cellule, et entouré d'oiseaux qui viennent le visiter.
Propre de Poitiers. — Cf. Vies des Saints de l'Église de Poitiers, par l'abbé Auber.
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## S. SAULVE & S. SUPER, SON COMPAGNON,
### MARTYRISÉS A BEUVRAGE, PRÈS VALENCIENNES
Deux voyageurs traversèrent un village, nommé à cette époque Braine ou Brena, et qui depuis a pris le nom de Saint-Saulve. Saulve parla avec effusion à son disciple des miracles opérés près du tombeau de saint Martin, qui avait en cet endroit une église dédiée sous son invocation : « Allons aussi, mon frère », lui dit-il, « prier sur sa tombe et invoquer son secours ». Ils s'y rendirent, en effet, et y passèrent toute la nuit à chanter des psaumes et des cantiques.
Quand le jour eut paru, le peuple ayant appris que le saint et célèbre Évêque était dans ces contrées, accourut en foule pour l'entendre prêcher. Le missionnaire revêtit alors ses habits pontificaux, monta en chaire et annonça à la foule assemblée la parole de Dieu ; puis il offrit le saint sacrifice de la Messe et donna au peuple sa bénédiction.
L'office achevé, Génard, l'intendant de la province, vint prier le serviteur de Dieu d'accepter quelque nourriture dans sa maison. Saulve ayant accepté l'invitation, se rendit avec son compagnon dans la maison de l'intendant, où il trouva aussi Winegard, le fils de ce fonctionnaire, jeune homme adonné aux plus criminelles passions. L'évêque avait avec lui des vases sacrés et des ornements d'église, faits de matières précieuses, non par amour du luxe, mais pour la gloire de Dieu et pour l'honneur du service divin. Winegard, ayant vu ces objets, conçut un violent désir de s'en emparer, et pour exécuter son criminel projet, il s'informa du chemin que l'évêque allait suivre.
Celui-ci s'étant remis en route avec son disciple, arriva dans une contrée montagneuse et sauvage, baignée par une rivière. Il avait l'intention de se rendre à un monastère qui était comme perdu dans ces montagnes, et près duquel il y avait une église dédiée à la sainte Vierge. Là, Winegard l'attendit avec ses complices ; et Saulve étant venu, il s'avança vers lui, et lui demanda avec un feint respect où il allait. L'évêque répondit : « Je vais au couvent de Sainte-Marie, si Dieu le veut ». Winegard reprit : « Je viens de faire bâtir une église sur mes terres ; veuillez avoir la bonté de venir la consacrer ». Saulve, éclairé d'en haut et se doutant d'un piège, refusa de suivre Winegard, et se mit à marcher plus vite avec son compagnon. Alors le bandit donna ordre à ses gens d'arrêter les deux voyageurs, et de leur enlever leurs bagages. Winegard était un homme pervers et impie : il le prouva bien en cette circonstance. Le calice et la patène, enlevés à Saulve, furent convertis en dorures dont il orna la selle de son cheval ; les habits pontificaux, de drap d'or, furent emportés dans sa maison. Quant à l'évêque, il le fit jeter dans une sombre prison, ainsi que son compagnon. Ce cachot se trouvait dans la forteresse de Beuvrage (Breviticum), une des propriétés de son père, située à quatre kilomètres de Valenciennes.
Après cet acte odieux, le scélérat alla trouver son père, et lui raconta tout ce qui s'était passé. Celui-ci s'écria : « Qu'avez-vous fait ? Comment avez-vous pu maltraiter de cette sorte un serviteur de Dieu, qui était venu pour nous enseigner le chemin de la vérité et du salut ? Qui a pu vous conseiller un tel forfait ? Nous sommes nous-mêmes pécheurs ; nos pères l'ont été aussi ; faut-il qu'à leurs péchés vous ayez encore ajouté cette grande iniquité ? Faut-il que, par votre faute, le sang d'un juste pèse sur nos descendants, jusqu'à la troisième et la quatrième génération ? » Winegard répondit : « Que voulez-vous que je fasse maintenant, mon père ? Voulez-vous que je le remette en liberté, ou que je le retienne en prison ? » Son père répliqua : « Surtout il ne faut pas le tuer : ce projet
me déplaît souverainement. Tout ce que je puis vous dire, c'est que si vous le remettez en liberté, vous serez malheureux toute votre vie; si au contraire vous le tuez, vous chargerez votre conscience d'un grand crime ».
Winegard, en sortant de chez son père, alla trouver ses complices, pour délibérer avec eux sur ce qu'il y avait à faire; et après avoir entendu leur avis, il rentra chez lui. Aussitôt il fait fermer toutes les issues, appelle son geôlier Winegaire et lui ordonne d'aller immédiatement trancher la tête à Saulve et à son compagnon. Winegaire, quoique à regret, s'apprête à exécuter cet ordre barbare. Il trouve l'évêque à genoux sur le sol humide et infect du cachot, priant Dieu avec ferveur. Ému à cet aspect, il fait connaître au Saint, en tremblant, l'ordre cruel qu'il vient de recevoir de son maître. L'évêque, en entendant cette funeste nouvelle, répond avec calme qu'il est prêt et qu'on peut exécuter l'ordre reçu. Alors Winegaire, se jetant aux pieds du Saint, lui dit d'une voix étouffée par les sanglots : « Ô saint homme! je suis dans une grande peine et dans un cruel embarras! Je vois en vous un ange de Dieu. Que je suis malheureux d'avoir à exécuter sur vous un tel forfait! Pour vous sauver, pour sauver votre ami, et en même temps pour me dispenser moi-même de ce crime horrible que je dois commettre sur vous, je ne vois qu'un moyen : c'est que vous et votre compagnon, vous preniez la fuite avec moi pendant cette nuit ». Saint Saulve lui répondit : « Ô mon fils, je ne puis croire ce que vous dites : vous voulez sans doute me tromper. Comment votre maître serait-il assez méchant pour ordonner un tel crime ? » Le geôlier répondit : « Ô homme de Dieu, je prends à témoin le Maître du ciel et de la terre de la vérité de tout ce que je viens de vous dire. Je vous en supplie, croyez-moi et faites ce que je vous conseille, afin que vous soyez sauvé, avec l'aide de Dieu. Fuyons ensemble, et je vous servirai fidèlement tout le reste de ma vie ». Le saint Évêque repartit : « Mon fils, il ne nous est pas permis de nous soustraire au martyre, et de renoncer ainsi aux récompenses que Jésus-Christ a promises à ceux qui souffrent et qui meurent pour lui ». — « Mon vénérable père », reprit le geôlier, « je sais que Jésus-Christ vous réserve une couronne; mais je ne puis exécuter l'ordre tyrannique de mon maître. Mon cœur est dans la tristesse et dans l'épouvante, et il me semble que ces murs vont s'écrouler pour m'écraser sous leurs décombres ». Saint Saulve lui dit : « Mon fils, soyez sans crainte. Si votre maître vous donne un ordre, il faut que vous l'exécutiez, selon ces paroles de l'Apôtre : Serviteurs, obéissez à vos maîtres, dans la crainte du Seigneur, non-seulement à ceux qui sont bons, mais encore aux méchants! »
Le geôlier s'apprêtait à répondre, lorsque Winegard, pensant que tout était fini, le manda chez lui, et lui dit : « As-tu fait ce que je t'ai ordonné ? » Winegaire répondit : « Fasse Notre-Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu et notre Sauveur, que vous puissiez voir et comprendre la grande sainteté de cet homme de Dieu! Vous m'aviez ordonné d'aller tuer vos deux prisonniers, Saulve et son compagnon. Mais j'eus à peine ouvert la porte du cachot, que je fus saisi d'une grande frayeur; et quand je me trouvai en présence de l'homme de Dieu, je fus troublé et bouleversé dans mon esprit, au point que je tombai à ses pieds comme évanoui, et que je croyais que la terre allait s'entrouvrir pour me dévorer ». Winegard réprima un mouvement de violente colère; puis il alla trouver ses amis et leur dit à voix basse : « Ce misérable n'a point de courage. Que l'un de vous aille avec lui chez ce magicien dont les paroles mielleuses l'ont fasciné. Peut-être alors
aura-t-il l'audace de faire ce que je veux ». Ensuite, se retournant vers Winegaire, il lui dit : « Va maintenant; et ne reviens plus que tu n'aies exécuté mes ordres! »
Winegaire, accompagné d'un ami de son maître, retourna donc au cachot. Lorsqu'ils y arrivèrent, et qu'ils trouvèrent Saulve attendant résolument la mort, ils hésitèrent tous deux. Quant au compagnon de l'évêque, il l'avait quitté pour un moment. Saint Saulve était assis sur un siège de bois; alors le compagnon du géolier lui dit : « Qu'attendez-vous encore? Pourquoi n'exécutez-vous pas l'ordre de votre maître ? » Le géolier saisit la hache pour frapper; mais comme il tremblait de tous ses membres, il lui fut impossible de porter le coup. Alors le Saint lui dit : « N'hésitez plus, mon fils : faites ce qui vous a été ordonné ». En disant cela, Saulve s'était découvert la nuque, et il penchait la tête sur sa poitrine. Alors enfin Winegaire lui donna le coup de mort. Pendant ce temps, le disciple de saint Saulve se trouvait dans une autre partie de la prison. Ayant entendu le coup de hache, et le bruit que faisait la tête en roulant à terre, il s'écria : « Seigneur Jésus, ayez pitié de moi! » Aussitôt après, le géolier-bourreau alla le décapiter aussi. Ainsi moururent ensemble, de la mort des martyrs, saint Saulve et son compagnon, le 26 juin de l'an 768, par les ordres de Winegard.
Winegard ayant fait pratiquer un trou dans une étable, y fit transporter les deux cadavres ensanglantés. Celui de saint Saulve fut jeté le premier dans la terre et l'on plaça par dessus celui de son disciple. C'est cette circonstance qui a fait appeler Super ce personnage dont les historiens n'ont point connu le nom. Un fait étrange vint alors éveiller la curiosité des habitants du pays : un taureau de ladite étable repoussait constamment les autres animaux de l'endroit où se trouvaient les deux corps saints et ne permettait pas qu'il fût souillé. Après des recherches opérées par les ministres de Charles-Martel, on infligea une punition aux meurtriers, et les deux corps saints furent transportés à Valenciennes, et transférés depuis à Brena, maintenant Saint-Saulve, où Charlemagne fit bâtir, en mémoire de ce martyre, une église dédiée à saint Pierre et à saint Paul, pour y donner la sépulture au corps du saint Prélat.
On représente nos saints Martyrs dans un trou pratiqué dans une étable; des bœufs tournent les yeux vers la fosse, et un prince la fait ouvrir.
## CULTE ET RELIQUES.
Le culte de saint Saulve a toujours été célébré dans le pays de Valenciennes. On voyait autrefois au monastère de Liessles (Nord, diocèse de Cambrai), une verrière et un os de saint Super. Il paraît aussi que la cathédrale d'Arras possédait une relique de saint Saulve. Il y a, au duché de Jollers (province Rhénane), dans la forteresse de Limbourg, une église dédiée à ce saint évêque, et où il est vénéré comme patron. En 1282, Raoul, prieur de Saint-Saulve, enchâsea les saints corps dans une caisse d'argent doré.
Autrefois, dans l'église de l'ancien monastère de Saint-Saulve, il se faisait un grand concours de peuple, pour demander à Dieu la conservation ou la guérison des *beataux* par l'intercession des deux Martyrs. Chaque année encore, de nos jours, un grand nombre de pèlerins visitent l'église de cette paroisse. On y conserve quelques parcelles des reliques de saint Saulve, échappées aux fureurs révolutionnaires.
Propre de Cambrai. — Cf. les Vies des Saints, par Alban Stein, docteur en théologie; et les Vies des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Destombee, ch. hon. de Cambrai.