Saint Antère

Pape et Martyr

Fête : 3 janvier 3ᵉ siècle • saint

Résumé

Grec d'origine et fils de Romulus, Antère fut pape pendant un peu plus d'un mois en 236. Il se distingua par son zèle à recueillir et protéger les Actes des martyrs, ce qui lui valut d'être mis à mort par le préfet Maxime après avoir refusé de livrer ces archives sacrées.

Biographie

SAINT ANTÈRE, PAPE

Antère, Grec d'origine, dit le *Liber Pontificalis*, était fils de Romulus. Il siégea un mois et douze jours sous le consulat de Sévère et Quintianus. Il avait fait déposer, dans le lieu le plus caché de l'église, les Actes des martyrs, recueillis par les notaires. Le préfet de Rome, Maxime, fit rechercher ce précieux dépôt et envoya au supplice le bienheureux Antère qui refusa de le livrer. En une ordination, au mois de décembre, Antère consacra un évêque. Il fut enseveli dans la catacombe de Calliste, sur la voie Appienne, le III des nones de janvier (3 janvier 236).

Le siège épiscopal demeura vacant treize jours. « Les glorieux Mémoires dont la rédaction était confiée aux notaires de l'Église romaine, dit dom Guéranger, devaient s'être considérablement accrus en nombre et en importance durant les persécutions de Trajan, d'Antonin, de Marc-Aurèle et de Sévère. Nous avons vu quelles pages sublimes la tyrannie d'Almachius, sous Alexandre, leur donna l'occasion d'y ajouter. Le saint pape Antère s'occupa de réunir ces Actes dont il se fit rendre compte par les *notarii*, afin de les recueillir dans les archives du Siège apostolique. »

Une fresque, peinte au plafond du *cubiculum* du cimetière des saints Nérée et Achillée, qui est proche de celui de Calliste, semblerait avoir eu pour objet de conserver à la postérité le souvenir de cette mesure prévoyante d'Antère. On y remarque un personnage vénérable assis sur une chaire, entre deux ministres debout à ses côtés. Ses deux mains sont étendues pour bénir trois personnages, dont l'un est à genoux et les deux autres dans l'attitude d'une profonde vénération. Ils viennent de déposer à ses pieds une caisse de forme ronde, remplie de volumes roulés, dont ils semblent lui faire hommage. Le savant archéologue Bianchini n'hésite pas à reconnaître ici un souvenir monumental du rapide pontificat d'Antère, dont M. de Rossi a retrouvé naguère l'épitaphe sépulcrale dans la catacombe de Saint-Calliste.

Quoi qu'il en soit, Antère ne laissa qu'un nom dans le catalogue des papes, une image dans la catacombe des Saints-Nérée-et-Achillée, et une inscription dans la crypte pontificale du cimetière de Calliste.

Il y a une de ses reliques au Carmel d'Amiens.

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## SAINTE GENEVIÈVE, VIERGE,

## PATRONNE DE PARIS

422 ou 423-512. — Papes : Saint Célestin Ier ; Symmaque. — Rois de France : Pharamond, Childebert Ier et ses frères.

La piété est utile à tout... Par leurs prières, les personnes pieuses sont une route céleste, qui éloigne les calamités de nos villes et de nos campagnes. Si dans un jardin l'on aime à voir des choux et des arbres fruitiers, l'on aime, sans doute, à y trouver aussi des lys éclatants de blancheur ou de majestueux tournesols. Il en est des plantes humaines placées dans le jardin de Dieu comme des légumes, des fleurs et des fruits qui croissent dans les jardins des hommes. Ne décriez donc jamais la piété des vierges.

La ville de Paris, quoique la plus riche et la plus magnifique du monde, sera éternellement obligée au petit bourg de Nanterre, qui n'en est éloigné que de trois lieues du côté du couchant, pour lui avoir donné sa très-illustre patronne, sainte Geneviève. Cette fille admirable naquit en ce bourg vers l'an de grâce 422 ou 423, sous l'empire d'Honorius et de Théodose le Jeune, peu de temps après l'établissement de la monarchie française.

Son père s'appelait Sévère, et sa mère Géronce ; ils comptaient parmi les personnes riches et considérables de Nanterre, et vivaient dans la crainte de Dieu. Les Esprits bienheureux firent fête à sa naissance, et tout le ciel

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en fut dans l’allégresse, comme l’assura depuis le grand saint Germain, évêque d’Auxerre.

Ses premières années s’écoulèrent dans une innocence et une dévotion qui surpassait beaucoup la portée de son âge ; ce qui faisait déjà voir à quel degré de grâce et de sainteté elle était appelée.

Il arriva, en ce temps-là, que le même saint Germain et saint Loup, évêque de Troyes, allant en la Grande-Bretagne, nommée depuis Angleterre, pour y combattre l'hérésie de Pélage qui y faisait de grands ravages, traversèrent Paris, et passèrent par le bourg de Nanterre. Les habitants étant venus en grand nombre et avec beaucoup de respect au-devant d’eux pour recevoir leur bénédiction, saint Germain leur fit une excellente prédication ; et, ayant remarqué dans la petite Geneviève, qui se trouva parmi la troupe, quelque chose de céleste et d’angélique, il la fit approcher, la baisa au front et lui témoigna une bienveillance toute paternelle ; il s’informa même de son nom et de celui de ses parents, et, les ayant fait venir, il leur dit : « Vous avez grand sujet de bénir le jour qui vous donna une telle fille ; les Anges se sont réjouis de sa naissance, ses vertus la rendront précieuse aux yeux de Dieu, et elle accomplira si parfaitement la résolution qu’elle a déjà prise de le servir, que les hommes les plus parfaits se la proposeront un jour pour modèle ».

Il adressa ensuite la parole à cette excellente vierge et lui demanda si elle était dans le dessein de n’avoir point d’autre époux que Jésus-Christ. Elle répondit, d’un visage riant qui témoignait la joie de son cœur, qu’il y avait longtemps qu’elle désirait faire vœu de virginité et qu’elle aurait une extrême satisfaction s’il agréait qu’elle le fît entre ses mains et avec sa bénédiction. Sur cela, il l’embrassa encore, l’exhorta à persévérer ; et, étant allé à l’église, il y fit chanter None et Vêpres, durant lesquelles il tint toujours sa main droite, à la vue de tout le peuple, sur la tête de Geneviève. Après les prières, il la fit manger en sa compagnie, puis la renvoya avec ses parents, les avertissant de la ramener le lendemain. Ils le firent, et le Saint la trouva très-affermée dans son généreux dessein. Au même temps il aperçut à terre une pièce de monnaie sur laquelle était gravée la figure de la Croix ; il la prit et la donna à cette sainte épouse de Jésus-Christ, comme

un riche présent que lui faisait son Époux, lui ordonnant de la porter toujours sur elle, de renoncer pour jamais aux vains ornements des femmes et de ne désirer que ceux qui embellissent l'âme et la rendent agréable aux yeux de Dieu. Quelques auteurs ont écrit qu'elle n'avait alors que six ans ; mais cela est peu vraisemblable : les circonstances de cette action font assez juger qu'elle était plus âgée ; et, environ cinq ans après, lorsque saint Germain repassa par Paris, pour aller une seconde fois en Angleterre, des actes éclatants l'avaient déjà rendue fort célèbre et lui avaient suscité beaucoup d'envieux ; de sorte qu'elle ne pouvait alors avoir guère moins de seize ans. Ainsi, je ne fais point difficulté de lui donner dix à onze ans lorsqu'elle reçut la bénédiction de saint Germain.

Après le départ des saints prélats, elle s'appliqua plus que jamais à la contemplation des choses célestes, et toute sa joie était, dans les heures qu'elle pouvait ménager sur les emplois domestiques, de courir à l'église pour y jouir de la présence et de la douce conversation de son bien-aimé. Un jour (c'était un jour de fête), la mère de Geneviève se disposant à aller à l'église, l'enfant voulut l'accompagner. La mère s'y opposa ; mais l'enfant dit en pleurant : J'ai promis à l'évêque de vivre saintement ; il faut donc que j'aille souvent à l'église. La mère, irritée, la frappa rudement ; mais aussitôt elle devint aveugle. Après s'être trouvée dans cet état durant vingt et un mois, elle se rappela les paroles de l'évêque au sujet de sa fille, et elle fit venir celle-ci. — Prends cette cruche, lui dit-elle, et va la remplir d'eau à la fontaine. — La petite fille, en arrivant près de la fontaine, se mit à pleurer de ce que sa mère était aveugle à cause d'elle ; de sorte que ses larmes se mêlèrent à l'eau qu'elle puisa à la fontaine. Quand elle fut revenue auprès de sa mère, celle-ci leva les mains au ciel, et dit à Geneviève de faire le signe de la croix sur l'eau ; puis elle en prit et se lava trois fois les yeux, et après la troisième fois elle recouvra la vue. Ce grand miracle l'obligea, ainsi que son mari, à laisser la sainte fille dans une entière liberté pour le choix d'un état de vie. Mais le choix était déjà fait, et celle qui avait promis à saint Germain de prendre Notre-Seigneur pour époux, ne pouvait embrasser d'autre état que celui d'une vierge consacrée à Jésus-Christ. Il ne paraît point qu'il y eût dans Paris de monastère de religieuses ni de communauté de filles ; mais celles qui voulaient vivre dans la continence et faire vœu de virginité, s'adressaient seulement à l'évêque, et en recevaient le voile avec les prières et les cérémonies ordinaires de l'Église ; après quoi, il leur était permis de se retirer chez elles. Sainte Geneviève se présenta pour cela à l'évêque de Paris, saint Marcel, ou plus probablement saint Félix, vers 435 ou 440, ou à l'évêque de Chartres, Villicus. Deux autres filles se présentèrent avec elle pour le même objet, et elles obtinrent toutes trois la grâce qu'elles demandaient ; mais l'évêque, qui était un homme éclairé de Dieu, reconnaissant en Geneviève une vertu au-dessus du commun, la fit passer avant ses deux compagnes, quoique plus âgées et de meilleure condition qu'elle.

Ses parents étant morts, elle quitta Nanterre et vint demeurer à Paris,

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chez une femme qui était sa marraine. À peine y fut-elle, que Dieu l'affligea d'une paralysie si violente et si universelle, qu'elle ne pouvait se servir d'aucun de ses membres, et ce mal alla même à un tel excès qu'elle fut, une fois, l'espace de trois jours, sans nul autre signe de vie que quelques palpitations de cœur et un peu de rougeur qui paraissait sur ses joues. Mais, tandis que son corps était dans cette faiblesse, elle fut ravie en esprit parmi les chœurs des Anges, où elle vit les biens ineffables qui sont préparés à ceux qui aiment Dieu, et beaucoup d'autres secrets que son historien s'est abstenu de rapporter en détail, à cause de l'incrédulité des hommes. Dieu lui ayant rendu la santé, elle commença à briller comme un soleil, au milieu de Paris, par la sainteté de ses exemples ; elle pénétrait, grâce à une lumière surnaturelle, dans le fond des consciences, et portait tout le monde, par des discours enflammés, à l'amour de Jésus-Christ. Elle passait sa vie en des prières et en des larmes continuelles, et elle en versait une telle abondance, que le plancher de sa chambre en était tout trempé. Son abstinence était prodigieuse, et à peine pourrait-on y croire, si l'on n'en voyait un excellent modèle dans la vie de son maître et directeur, saint Germain d'Auxerre. Car on dit qu'elle ne mangeait que deux fois la semaine, à savoir le dimanche et le jeudi ; ces jours-là, tous ses mets consistaient en un morceau de pain d'orge et quelques fèves cuites à l'eau depuis longtemps ; elle observa inviolablement cette abstinence depuis l'âge de quinze ans jusqu'à celui de cinquante ; à cette époque, pour obéir aux prêtres du Seigneur qui gouvernaient sa conscience, et pour soutenir son corps abattu par un jeûne si rigoureux, elle consentit à manger avec son pain d'orge un peu de lait et de poisson ; mais, pour de la viande et du vin, elle ne put jamais se résoudre à en user. Elle avait avec cela, douze autres compagnes spirituelles, à savoir : la foi, la confiance en Dieu, la charité, la prudence, la magnanimité, la patience, la simplicité, l'humilité, le zèle de la discipline, la pureté, la concorde et la vérité, qui ne l'abandonnaient jamais, ou plutôt qu'elle-même entretenait avec grand soin et savait très-bien occuper.

Une sainteté si éclatante lui attira bientôt des envieux. Ne pouvant souffrir les louanges qu'on lui donnait, ni la très-haute réputation qu'elle s'acquérait, ils la décrièrent partout, et firent courir le bruit qu'elle n'était qu'une hypocrite, qui trompait le monde par une austérité apparente et une dévotion feinte et étudiée. Ce poison commençait déjà à s'insinuer dans les esprits, lorsque le grand saint Germain, dont nous avons parlé, ayant été rappelé en Angleterre, pour y combattre de nouveau l'hérésie pélagienne, qui s'y était rétablie depuis son départ, passa une seconde fois par Paris. C'était cinq ou six ans après son premier voyage. La malice de ces imposteurs fut si grande qu'ils ne firent point de difficulté de calomnier Geneviève en présence de ce saint évêque, et qu'ils voulurent lui faire croire qu'elle n'était pas telle qu'il pensait. Mais, comme il la connaissait parfaitement, il ne tint nul compte de leurs discours ; au contraire, les menant dans la chambre de la Sainte, il la salua avec un profond respect, comme une personne dans laquelle il révérerait la présence de Dieu ; après quoi il fit un discours au peuple : il y réfuta les fausses accusations publiées contre elle et déclara quel était son mérite devant Dieu ; ce qui fit cesser tous les bruits qui s'étaient répandus au préjudice de sa réputation.

Ce que nous avons dit fait assez voir qu'elle était encore fort jeune lorsque cette persécution lui fut suscitée ; mais cela n'empêcha pas qu'on ne l'élevât bientôt après à une charge que l'on considérait beaucoup en ce temps-là : c'était d'avoir comme l'intendance et la direction des autres filles

qui faisaient profession de virginité ; et elle s'en acquitta si dignement que plusieurs de ces filles parvinrent, par ses bons avis, à un détachement parfait de toutes choses et à une sainteté très-éminente ; de leur nombre était, dit-on, sainte Aude, vierge parisienne dont on montrait, avant 1793, la châsse, avec celle de saint Ciran, vingt-cinquième évêque de Paris, et celle de sainte Clotilde, femme du grand Clovis, en l'église de notre sainte Geneviève. Cependant, comme elle savait qu'elle ne pouvait être utile aux autres que par les lumières et les grâces qu'elle recevait d'en haut, elle ne cessait pas de passer quelquefois des journées et des semaines entières dans une étroite solitude, pour y vaquer uniquement à Dieu ; et même elle s'était fait cette loi de demeurer tous les ans renfermée dans sa petite chambre depuis la fête des Rois jusqu'au jeudi saint, sans nul autre entretien que celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ et des esprits bienheureux. Qui pourrait décrire les pénitences et les mortifications qu'elle y faisait, les torrents de larmes qu'elle y répandait, les actes d'amour et de religion qu'elle y produisait, les douceurs et les consolations qu'elle y recevait, et les communications intimes avec Dieu dont elle y était favorisée ? Aussi en sortait-elle comme le fer sort d'une fournaise ardente, c'est-à-dire toute remplie, pénétrée et embrasée du feu de la divinité. Une femme eut un jour la curiosité d'épier à quoi s'occupait la Sainte durant une si longue retraite ; mais elle n'eut pas plus tôt approché la vue des fentes de la porte qu'elle devint aveugle, ce qui lui dura jusqu'à la fin du Carême : Geneviève, sortant de sa solitude, pria pour elle, fit le signe de la croix sur ses yeux et lui rendit la vue qu'elle avait perdue par sa légèreté.

Le démon, plein de rage contre cette bienheureuse vierge, à cause des insignes victoires qu'elle remportait continuellement sur l'enfer, lui suscita une nouvelle persécution où elle fut sur le point de perdre la vie. Ce fut à l'occasion d'Attila, roi des Huns, surnommé le fléau de Dieu, qui entra dans les Gaules à la tête de cinq ou six cent mille combattants. Comme ce barbare faisait partout des ravages épouvantables, qu'il saccageait les villes, pillait et brûlait les églises, mettait tout à feu et à sang, remplissait les campagnes de meurtres, et ne laissait où il passait qu'une image horrible de la mort ; Paris, qui était sur sa route, avait sujet de craindre d'être enveloppé dans ce débordement, dans cette désolation générale. Les plus riches bourgeois pensaient à se sauver avec ce qu'ils pourraient emporter de leurs biens, en d'autres villes plus fortes ou moins exposées au passage d'un si terrible ennemi. Sainte Geneviève, au contraire, animée de l'esprit de Dieu, faisait tous ses efforts pour les retenir dans Paris, leur assurant que, s'ils voulaient faire pénitence et apaiser la colère du ciel par leurs larmes, ce fléau ne tomberait pas sur eux, et qu'ils seraient en plus grande sûreté dans leurs maisons que dans les villes où ils voulaient se retirer. Quelques femmes, persuadées par ses discours, s'assemblèrent dans l'église, où elles passaient les jours et les nuits en prière pour détourner ce fléau de Dieu. Il y eut aussi des hommes qui les imitèrent et résolurent de ne chercher leur salut que dans la protection du Tout-Puissant ; d'autant plus que l'estime qu'ils avaient de la sainteté de Geneviève faisait qu'ils se fiaient entièrement à sa parole et qu'ils ne doutaient point qu'elle ne fût capable de les délivrer par ses prières. Mais le démon en souleva d'autres contre elle, leur suggérant que ses prophéties n'étaient que des rêveries par lesquelles elle endormait les meilleurs citoyens et les entraînait à une ruine inévitable. Là-dessus, ils excitèrent une sédition où l'on conspirait déjà de la faire mourir ; mais Dieu, qui l'avait délivrée la première fois par les remontrances de saint Germain, la délivra,

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cette seconde fois, par celles de son archidiacre : celui-ci, arrivant alors à Paris et étant informé de cette conspiration, assembla le peuple et le détourna d'une action si exécrable, lui remettant devant les yeux combien le même saint Germain avait estimé, de son vivant, cette pieuse vierge, et leur montra les eulogies qu'il avait ordonné, à sa mort, de lui apporter. Sur ce témoignage, non-seulement le tumulte cessa, mais ceux qui étaient le plus résolus de sortir de Paris y demeurèrent, et ils virent bientôt l'effet des prières et l'accomplissement de la prophétie de Geneviève ; car Attila passa de la Champagne à Orléans, et d'Orléans en Champagne, sans approcher de Paris, et il fut enfin chassé de toutes les Gaules par une signalée victoire que les Romains, les Francs et les Wisigoths, unis ensemble, remportèrent sur lui, auprès de Chalons-sur-Marne ; ce qui arriva l'an 451. Ainsi la réputation de la Sainte s'accrut merveilleusement, et l'on ne la regarda plus que comme le salut de la patrie et comme un miracle de sagesse et de sainteté.

Cinq ou six ans après, Mérovée, troisième roi des Francs, vint devant Paris, où les Romains avaient encore une forte garnison ; et, après un très-long siège, que quelques historiens font de cinq ans, il s'en rendit maître. Il ne faut pas s'étonner si sainte Geneviève, qui était dedans, ne détourna point ce coup, puisqu'elle n'avait garde de s'opposer aux desseins de Dieu, qui voulait faire de cette ville la capitale du plus florissant royaume qui ait jamais été sur la terre. Mais elle eut ensuite une grande occasion de faire paraître sa charité ; car ce siège ayant ruiné tous les environs de Paris, il fut suivi d'une si grande famine, que plusieurs des habitants mouraient de faim, et que les autres étaient réduits à la dernière misère. La Sainte, étant donc touchée de compassion, s'embarqua sur la Seine, et, allant de ville en ville, fit si bien auprès des marchands, qu'elle amassa, en peu de temps, la charge de onze grands bateaux de blé. Son voyage fut accompagné de miracles. Elle chassa du fleuve de la Seine deux mauvais esprits, qui, cachés sous un grand arbre, renversaient la plupart des bateaux qui passaient auprès, et tâchèrent même de faire périr le sien. À Arcis-sur-Aube, elle rendit la santé à la femme d'un officier nommé Passivus, affligée depuis quatre ans d'une paralysie qui la rendait immobile. À Troyes, en Champagne, elle rendit la vue à des aveugles, délivra des possédés et guérit un grand nombre de malades. Étant revenue à Paris, elle eut soin que le blé qu'elle avait amené fût distribué aux habitants ; mais surtout elle pourvut à la nécessité des pauvres, faisant cuire incessamment pour eux, en sa maison, et leur donnant le pain aussitôt qu'il était cuit ; ainsi, elle délivra Paris d'une ruine qui semblait inévitable, et elle retira de la mort une infinité de personnes qui en portaient déjà les marques funestes sur le visage.

Le bruit de ces merveilles ne demeura pas renfermé dans cette ville, mais vola bientôt par toute la terre. Saint Siméon Stylite, qui était en Asie, voyant, au pied de sa colonne, des marchands de Paris qu'une sainte curiosité y avait amenés, les supplia de saluer de sa part, à leur retour en France, leur sainte compatriote, et de le recommander à ses prières. C'était Dieu, sans doute, qui lui en avait donné la connaissance par une révélation particulière. Elle était respectée des personnes les plus élevées en dignité, et même des rois de France sous qui elle vivait. Le roi Mérovée, dans le peu de temps qu'il

survécut à la reddition de Paris, lui porta toujours beaucoup d'honneur ; et, selon l'idée que lui donna le paganisme, la regarda comme une demi-déesse. Son fils, Childéric, n'avait pas pour elle une moindre estime ; quoiqu'il fût idolâtre, comme ses prédécesseurs, il ne lui refusait jamais, néanmoins, ce qu'elle lui demandait. Un jour, voulant absolument que quelques criminels fussent exécutés, et, craignant que Geneviève ne vînt demander leur grâce, il fit fermer les portes de la ville, où elle était, tandis que l'exécution se ferait dehors, croyant, par ce moyen, lui en empêcher la sortie. Mais la Sainte, ayant ouvert les portes par ses prières, eut tant de force sur son esprit, qu'elle l'obligea, contre sa résolution, de pardonner à ces malheureux. Le grand Clovis, notre premier roi chrétien, eut encore plus d'affection et de vénération pour elle ; à sa requête, il délivrait les prisonniers, donnait de grandes aumônes au clergé et aux pauvres, et faisait bâtir de belles églises, telle que fut celle de Saint-Pierre et de Saint-Paul-sur-le-Mont, au-dessus de Paris, nommée depuis Sainte-Geneviève, pour avoir été le lieu de sa sépulture et le théâtre glorieux de ses miracles. De plus, il lui fit don de deux riches fermes qu'elle affecta à la cathédrale de Reims, où ce grand monarque avait été baptisé et avait fait profession du christianisme ; saint Remy n'a pas omis ce fait dans son testament, où il parle aussi avec beaucoup d'honneur de cette illustre bienfaitrice. Enfin, la reine sainte Clotilde, femme de Clovis, se considérait comme extrêmement favorisée lorsque sainte Geneviève lui rendait visite ; elle la faisait asseoir auprès d'elle, dans son cabinet, et prenait plaisir à l'entretenir familièrement des moyens de plaire à Dieu et d'assurer son salut éternel.

Pendant l'éloignement de Childéric hors du royaume, la Sainte eut la dévotion de faire bâtir une église sur les tombeaux des saints Denis, Rustique et Eleuthère, apôtres de la France et martyrs, au village de Cathœuil, à deux lieues de Paris, du côté du septentrion. C'est à présent la ville de Saint-Denis. Elle n'avait nul moyen pour exécuter cette entreprise, et les prêtres à qui elle en parla y trouvèrent beaucoup de difficultés, parce qu'ils ne savaient où l'on trouverait en cet endroit, qui était tout environné de bois, les matériaux nécessaires pour l'édifice ; mais elle leur dit, d'un esprit prophétique, que s'ils voulaient prendre la peine de passer sur le pont, cette difficulté leur serait levée. En effet, s'y étant transportés, ils entendirent deux paysans qui disaient qu'ils venaient de découvrir, dans la forêt voisine, deux fours à chaux d'une grandeur extraordinaire, où la chaux était toute prête à être employée. Cette rencontre leur fit connaître que le dessein de Geneviève venait de Dieu. Ils l'informèrent aussitôt de ce qu'ils avaient appris, et lui offrirent de l'assister de tout leur crédit et de tout leur pouvoir pour l'accomplissement d'une si bonne œuvre. Les Parisiens et les habitants de ce

SAINTE GENEVIÈVE, VIERGE.

lieu ne manquèrent pas non plus d'y contribuer de leurs aumônes. Ainsi cette église fut bâtie en peu de temps, et c'est celle où, plus de cent cinquante ans après, Dagobert, fils du roi Clotaire II, et depuis son successeur, se sauva pour éviter la colère de son père irrité contre lui, et où, peu de temps auparavant, ses chiens de chasse n'avaient osé entrer pour poursuivre un cerf qui s'y était réfugié. Elle demeura toujours fort célèbre sous le nom de Saint-Denis de l'Estrée, jusqu'à ce que le même Dagobert, étant monté sur le trône, fit bâtir près de là l'abbaye royale de Saint-Denis, où il fit transporter les corps de nos saints martyrs, que l'on trouva dans cette église, et où lui et presque tous ses successeurs ont depuis choisi leur sépulture.

Au reste, l'édifice de sainte Geneviève ne s'acheva pas sans miracle ; car, le vin ayant manqué aux ouvriers, elle en remplit miraculeusement leur vaisseau, qui ne put être ensuite épuisé jusqu'à la fin de l'ouvrage. Allant à cette église avec d'autres saintes filles, elle ralluma, par sa prière, le flambeau qui servait à les conduire, et que la violence du vent et de la pluie, ou plutôt le démon, à qui ses dévotions étaient insupportables, avait éteint ; prodige qui était assez familier à notre Sainte, car nous lisons encore que des cierges s'allumèrent divinement entre ses mains, dans la même église, et dans sa maison, sans que personne y mît le feu. Ce fut là aussi qu'elle délivra douze possédés, qui lui avaient été présentés dans Paris, et qu'elle avait fait conduire exprès en ce lieu, afin de pouvoir renvoyer aux saints Martyrs toute la gloire de leur délivrance : excellent trait d'humilité.

La vie de cette illustre Vierge est remplie d'une foule d'autres merveilles. Un jour, étant à Meaux, elle parla avec tant d'éloquence du bonheur des épouses de Jésus-Christ à une jeune personne de ce lieu, nommée Céline, qui était déjà fiancée à un des plus riches et des plus avantageux partis du pays, qu'elle la fit résoudre à l'heure même de renoncer au mariage et de demander le voile de virginité. Le fiancé, en ayant avis, entra dans une si grande furie et contre Geneviève et contre cette fille, qu'il vint, comme un forcené, pour leur passer son épée au travers du corps ; mais elles s'enfuirent à l'église, et les portes, qui étaient fermées, s'ouvrirent et se refermèrent d'elles-mêmes pour les sauver ; à cette vue, le jeune furieux vit bien qu'il avait Jésus-Christ même pour rival, et que la résolution de Céline était un effet de la grâce toute-puissante du Maître des cœurs ; il ne voulut donc pas s'y opposer davantage, et la laissa en liberté. Depuis, elle profita si bien des exemples et des instructions de sa sainte maîtresse, qu'elle devint elle-même une Sainte et qu'elle mérita une place, en cette qualité, dans le Martyrologe des Saints de France, au 24 octobre, jour où l'église de Reims honore une autre sainte Céline, mère de son incomparable archevêque saint Remy. Notre Sainte guérit encore, dans la même ville de Meaux, deux personnes percluses de leurs membres. Et, faisant la moisson d'une terre qui lui appartenait au territoire de cette ville, elle fit un miracle surprenant : bien qu'il pût avec impétuosité tout autour de sa pièce, néanmoins il ne tomba pas une seule goutte d'eau sur ses blés ni sur ses moissonneurs. Un avocat du même lieu, qui vint exprès à Paris pour implorer son secours, fut délivré d'une grande surdité qui l'affligeait depuis quatre ans, par le signe de la croix qu'elle fit sur ses oreilles.

Allant à Tours pour visiter le sépulcre de saint Martin, elle guérit à Orléans plusieurs malades et, entre autres, une jeune fille nommée Claudia, qui était près d'expirer. Elle obtint aussi d'une manière miraculeuse son pardon à un serviteur qui, ayant vivement offensé son maître, ne le pouvait apaiser par ses prières ; ce maître inexorable, ayant même rebuté la Sainte, qui lui

demandait grâce pour lui, fut saisi sur l'heure d'une fièvre si violente, qu'étant comme aux abois de la mort, il fut contraint d'avoir recours à elle et de lui accorder ce qu'il venait de lui refuser. Par ce moyen, le valet eut le pardon de sa faute, et le maître reçut la guérison de la maladie qu'il s'était causée par son opiniâtreté. À l'arrivée de sainte Geneviève à Tours, les esprits de ténèbres furent forcés de quitter les corps des possédés sur qui ils exerçaient leur tyrannie ; et on les entendait crier publiquement que ses mérites, joints à ceux de saint Martin, étaient comme deux brasiers où ils étaient cruellement tourmentés. On n'achèverait jamais si l'on voulait rapporter en détail tous les miracles qu'elle fit durant sa vie. Mais en voici encore deux que nous ne pouvons passer sous silence, parce qu'ils sont trop remarquables : Un enfant lui ayant été présenté sourd, muet, aveugle et boiteux, elle le guérit de tous ces maux, lui donnant tout ensemble la vue, l'ouïe, la parole et le marcher, par l'onction d'une huile bénite. Un autre enfant s'étant noyé dans un puits, elle le rappela à la vie après avoir couvert son corps de son manteau et versé beaucoup de larmes.

Enfin, cette admirable Vierge s'endormit dans le Seigneur le troisième jour de janvier de l'an 512.

## CULTE ET RELIQUES.

Son corps fut inhumé dans le caveau, ou chapelle souterraine, que le grand saint Denis avait autrefois consacré en l'honneur des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, et sur lequel Clovis avait déjà commencé, à son instance, un superbe édifice, achevé depuis par sainte Clotilde. Sainte Geneviève avait légué en mourant, à la basilique des saints apôtres Pierre et Paul, bâtie par Clovis, les propriétés que ses parents possédaient à Nanterre, et, dès ce moment, sa maison appartient aux prêtres de cette église, dans laquelle sainte Geneviève, qui en avait donné l'idée, voulut être enterrée. C'était un lieu qu'elle avait souvent arrosé de ses larmes et d'où son esprit avait été plusieurs fois enlevé dans les cieux, pour y entendre ces secrets dont il n'est pas permis aux hommes de parler. Il s'y fit aussitôt une infinité de miracles. On y alluma une lampe dont l'huile ne se consumait point, quoiqu'elle brûlât toujours et qu'on prît continuellement de cette huile pour servir à la guérison des malades. Des aveugles y reçurent la vue ; des muets, l'usage de la langue ; des possédés, leur délivrance ; des personnes tourmentées par la fièvre, une prompte et parfaite santé. Une femme, reprise de ce qu'elle travaillait le jour de la Nativité de Notre-Dame, avait répondu impudemment que la Vierge était une pauvre femme comme elle, qui gagnait sa vie du travail de ses mains ; en punition de ce blasphème, ses doigts s'étaient si fort attachés au peigne avec lequel elle cardait la laine, qu'on ne pouvait les en séparer ; elle fut guérie en priant auprès de ce sépulcre. Cela fit que cette église ajouta bientôt à son premier titre des bienheureux Apôtres, celui de sainte Geneviève, et que dans la suite des temps on ne l'a presque plus reconnue que sous le nom de cette Sainte.

Dieu a fait encore, depuis, d'autres merveilles fort remarquables pour honorer son mérite. Un jour, la Seine étant étrangement débordée et ayant rempli toutes les églises et les maisons jusqu'à la hauteur des premiers étages, on trouva le lit sur lequel elle avait rendu son bienheureux esprit, et que l'on conservait dans un monastère de filles, tout environné d'eau comme d'un mur, sans qu'il pût être inondé, ni même mouillé. Puis le débordement cessa, et la rivière rentra soudainement dans son premier état.

Du temps de Louis VI, dit le Gros, il s'éleva dans Paris une cruelle maladie que les médecins nomment feu sourd. On croit que ce feu sacré était un érysipèle gangréneux et épidémique. Plusieurs personnes en mouraient sans qu'on y pût apporter de remède. Cela obligea le clergé et le peuple d'avoir recours à sainte Geneviève, dans l'espérance que, par les mérites de sa pureté incomparable, elle apaiserait la colère de Dieu, justement irritée contre leurs débauches et leurs sensualités. Il fut donc arrêté, à l'instance d'Étienne Ier, pour lors évêque de ce siège, que la châsse où reposaient ses saintes dépouilles serait solennellement apportée de son église en celle de Notre-Dame ; on ressentit aussitôt l'effet de cette dévotion, car tous ces pauvres ardents, qui n'attendaient que la mort, furent guéris à l'instant même, à l'exception de trois qui manquèrent de foi, ou que Dieu ne voulut pas guérir pour des causes qui nous sont inconnues. Une église fut alors bâtie en mémoire de ce miracle, et c'était autrefois une paroisse de la cité appelée Sainte-Geneviève des Ardents ; l'année suivante, le pape Innocent II, étant informé de tout ce qui s'était passé, ordonna que l'on en ferait

tous les ans mémoire, le 26 novembre, dans le Bréviaire de Paris, et accorda de grandes indulgences à ceux qui visiteraient cette église.

L'an 1161, sous le règne de Louis VII, dit le Jeune, et sous l'épiscopat du célèbre Pierre Lombard, appelé le Maître des Sentences, le bruit s'étant élevé dans Paris que l'on avait furtivement ouvert la châsse de sainte Geneviève et dérobé son précieux chef, l'on en fit une ouverture solennelle en présence de l'archevêque de Sens et des évêques d'Auxerre et d'Orléans, que le roi y avait envoyés exprès ; et l'on trouva heureusement que ce bruit était faux, et que le corps entier de la Sainte, avec son chef, était dans la châsse. Il avait été transporté deux fois, durant le neuvième siècle, de l'abbaye où il reposait en des lieux sûrs, dans la crainte des Normands qui ravageaient toute la France, et même assiégèrent Paris et pillèrent cette célèbre abbaye avec celle de Saint-Germain des Prés. Ces abbayes n'étaient pas encore enfermées dans la ville ; mais le corps de la Sainte y avait été rapporté, l'une et l'autre fois, avec beaucoup de solennité, tout le clergé et tous les corps de la ville étant allés au-devant pour le recevoir. Ceux qui ont écrit les histoires de ces translations racontent, comme témoins oculaires, une foule de guérisons miraculeuses qui se firent par l'intercession de la Sainte, dans tout le cours des deux voyages ; mais nous nous dispensons d'en rien dire, pour n'être pas trop long, et parce que de semblables prodiges sont encore assez ordinaires à notre Sainte.

Toute la France, et principalement la ville de Paris, implore son assistance en temps de guerre, de peste, de famine, de sécheresse, d'inondation et de trop grande abondance de pluie, et en toute autre sorte de nécessités et d'affaires importantes ; alors (disait le P. Giry en 1685), l'on découvre seulement la châsse, ou bien on la descend de dessus les quatre grosses colonnes de jaspe et les quatre chérubins dorés dont elle est soutenue, et on la porte en procession à l'église cathédrale ; ce qui ne se fait que par ordre du roi et par arrêt du parlement, avec des cérémonies magnifiques, qui sont décrites bien au long dans les *Antiquités de Paris*. Il y a même une confrérie de bourgeois des plus honorables de la ville, qui sont désignés pour porter ces précieuses reliques en cette occasion. La relation du miracle des Ardents, écrite dès l'année 1131 ou environ, assure que cette manière de porter la châsse de sainte Geneviève, dans les nécessités publiques, était inviolablement observée de temps immémorial, ce qui montre qu'elle a commencé peu d'années après le décès de cette sainte Vierge, et que c'est une dévotion de presque tous les siècles de notre monarchie. Aussi n'a-t-on jamais eu recours à ce moyen pour apaiser l'indignation de Dieu et pour mériter son secours et sa protection, sans en ressentir le pouvoir. Des guerres ont été ainsi apaisées, des pestes dissiplées, la sérénité s'est changée en pluie ou la pluie en sérénité, et la terre, qui était stérile, s'est vue chargée d'une grande quantité de fruits. C'est ce que l'on a éprouvé l'an 1675, après la descente et la procession de la châsse qui s'était faite le dix-neuvième jour de juillet, avec un concours infini de peuple. Car, quoique les pluies continuelles eussent mis toute la campagne dans la dernière désolation et que les laboureurs fussent hors de toute espérance de récoltes, il se fit tout à coup un changement si merveilleux, que l'année devint une des plus abondantes que l'on eût vue depuis longtemps pour les blés et pour les menus grains ; les hérétiques eux-mêmes et les libertins furent contraints de reconnaître qu'il y avait, dans la disposition de la saison, quelque chose d'extraordinaire et de miraculeux.

La châsse de notre illustre patronne n'était autrefois que d'argent blanc et sans beaucoup d'ornements ; mais Robert, de la Ferté-Milon, abbé de Sainte-Geneviève, en fit faire une, l'an 1242, où il entra 193 marcs et demi d'argent et 8 marcs et demi d'or. Le cardinal de La Rochefoucauld, dernier abbé commendataire et restaurateur de la même abbaye, avec les libéralités de la reine Marie de Médicis, la fit encore redorer et enrichir d'un grand nombre de perles et de pierres précieuses qui lui donnèrent un éclat merveilleux. On ne saurait croire combien de monde s'assemble tous les vendredis, à Sainte-Geneviève, pour vénérer cette Sainte et pour implorer son secours ; combien de messes l'on y fait célébrer, tant pour demander des guérisons que pour remercier Dieu de celles que l'on a obtenues ; et combien d'ex-voto l'on attache auprès de son mausolée, en témoignage des grâces que l'on a reçues par son intercession.

Ce que l'on vient de lire n'est plus qu'un souvenir.

Un cercueil en pierre, dans lequel reposa primitivement le corps de sainte Geneviève, est à peu près tout ce que Paris possède aujourd'hui de sa sainte patronne. Un coup de vent a suffi pour anéantir ce qu'avaient épargné treize siècles. Ce cercueil, déposé dans une espèce de chapelle, à droite du chœur, dans l'église Saint-Étienne-du-Mont, est encore l'objet d'une grande dévotion, le but de nombreux pèlerinages. Chaque année, le 3 janvier, commence, à Saint-Étienne-du-Mont et au Panthéon, qui en est voisin, une neuvaine en l'honneur de sainte Geneviève, qui attire de nombreux fidèles, malgré le refroidissement de la foi dans la grande ville.

En 1871, les messes de Paris, dignes successeurs des démolisseurs de 93, ont profané le temple de Sainte-Geneviève ; sa châsse fut violée et défoncée, et les saints ossements jetés au vent : sans doute il ne s'agit que d'une faible portion des reliques de la patronne de Paris, car toutes celles que renfermait la châsse conservée à l'abbaye de Sainte-Geneviève avaient été brûlées en place de Grève, le 3 décembre 1793 ; mais un certain nombre d'églises de France possédaient quelques reliques de la Vierge de Nanterre, et Mgr de Quélen, lors de la réouverture de Sainte-Geneviève, le 3 janvier 1822, put y déposer plusieurs parcelles des ossements qu'il avait obtenues de divers endroits. La piété des fidèles éprouvera peut-être quelque consolation, en apprenant que

plusieurs précieuses reliques de l'auguste protectrice de Paris existent encore, notamment à Verneuil, dans le département de l'Oise.

Il y avait, à Verneuil, avant la Révolution de 93, un prieuré ; l'église de la paroisse en dépendait, et il portait le titre de Prieuré de Sainte-Geneviève ; c'était le prieur qui nommait le curé. Tous les actes religieux antérieurs à 93 se terminent ainsi : « Fait en l'église de Madame Sainte-Geneviève ».

De temps immémorial, il y a un vallon prenant naissance dans la forêt et aboutissant au pays qui porte, dans la forêt, le nom de Fonds de Sainte-Geneviève, et là où on cultive, Vallée de Sainte-Geneviève. Dans cette même vallée, la source qui donne naissance à un petit ruisseau s'est toujours, de mémoire d'homme, appelée Source de Sainte-Geneviève ; depuis une dizaine d'années, on a construit, sur cette source, un magnifique rocher, qui renferme la statue de sainte Geneviève et qui porte le nom de Fontaine Sainte-Geneviève ; — l'eau de cette fontaine est reconnue par les médecins des environs pour avoir d'excellentes propriétés, et ils conseillent aux malades d'en boire.

Un procès-verbal, dressé le 31 décembre 1821, qui se trouve dans la châsse de l'église de Verneuil, et dont nous devons une copie à l'obligeance de M. l'abbé Loin, curé de cette paroisse (lettre du 2 octobre 1871), nous apprend qu'antérieurement à la persécution de 1793, ladite église de Verneuil possédait une châsse de cuivre doré renfermant des cheveux de sainte Geneviève ; que cette châsse avait été enlevée, en septembre 1793, par un détachement de l'armée révolutionnaire ; que le nommé Jean-Baptiste Dufour, de Verneuil, concierge du district à Senlis, avait — en reconnaissance du mariage de son fils, béni à Verneuil — donné à l'église dudit Verneuil, entre autres reliques tombées en sa possession, un os de sainte Geneviève paraissant être détaché d'une phalange inférieure du doigt, portant 22 lignes de long sur 4 lignes de largeur moyenne. Cet os provenait d'un reliquaire exposé à la vénération des fidèles en l'église de Sainte-Geneviève de Senlis, église qui se trouvait dans une rue portant le nom de la Sainte.

Lorsqu'un décret de Louis XVIII, rendu en décembre 1821, restitua au culte de sainte Geneviève le Panthéon de Paris, les habitants de Verneuil résolurent d'offrir à cette dernière une partie de la précieuse relique qu'ils possédaient : on coupa donc l'os en deux parties, dont l'une resta à Verneuil et l'autre fut envoyée à Paris.

Jean-Baptiste Dufour, qui était, pendant la tourmente révolutionnaire, devenu propriétaire des dépouilles d'un grand nombre d'églises du district de Senlis, donna, en outre, à l'église de Verneuil, un bras de saint Just, martyr ; un os de saint Colomb ; deux ossements de saint Justin, martyr ; un ossements de saint Libère, martyr, et d'autres reliques sans désignation.

Une autre paroisse du diocèse de Beauvais — Gouvieux — a obtenu de Rome, vers 1866, quelques parcelles des reliques de sainte Geneviève.

On vénère encore des reliques de sainte Geneviève à La Ferté-sous-Jouarre et à Dians, diocèse de Meaux.

Nous avons dit que Clovis avait bâti l'église Saint-Pierre, où fut inhumée sainte Geneviève ; voici à quelle occasion :

La reine Clotilde avait fait promettre au roi, au moment où il allait commencer la guerre contre Alaric, qui régnait sur les Wisigoths, dans le midi de la Gaule, de consacrer une magnifique église au service de Dieu, si ses armes étaient victorieuses. Revenu à Paris, après la défaite d'Alaric, le roi exécuta sa promesse et jeta, vers l'an 508, les fondements d'une basilique (église de fondation royale) en l'honneur des saints apôtres Pierre et Paul, sur le haut de la montagne du palais des Thermes, au milieu des vignobles qui en couvraient les flancs. Arrivé sur le terrain désigné, il avait lancé sa hache droit devant lui, afin qu'on pût un jour mesurer la force de son bras à la longueur de l'édifice. Clovis mourut en 511, sans avoir vu terminer l'église ; mais la reine Clotilde la fit achever et déposa dans le sanctuaire les restes de Clovis. Clotilde, morte en 543, fut ensevelie à côté du roi.

L'église Sainte-Geneviève fut démolie en 1807, et la rue Clovis percée sur son emplacement. Dès le milieu du siècle dernier, l'église menaçant ruine, on sentit la nécessité d'en construire une nouvelle dans un lieu peu éloigné ; mais les chanoines, ne pouvant suffire à cette dépense, Louis XV y affecta, à partir du 1er mars 1755, une partie du produit des loteries, et chargea Soufflot, son architecte, de dresser le plan de la nouvelle église ; le roi en posa la première pierre le 6 septembre 1764. En 1791, l'édifice, inachevé, reçut le nom de Panthéon et fut consacré à la sépulture des hommes illustres ; on sait de quelle illustration !

Le 20 février 1806, un décret impérial ordonna qu'il serait terminé et dédié, comme église, pour la sépulture des personnages célèbres. Rendu exclusivement au culte en 1821, et destiné de nouveau, en 1830, à recevoir les restes des grands hommes, il est enfin redevenu, en 1852, l'église Sainte-Geneviève. Depuis 1852, l'église de Sainte-Geneviève est desservie par une communauté de prêtres composée d'un doyen et de plusieurs chapelains.

Le chapitre de Sainte-Geneviève était fort riche et ne relevait que du Pape ; il avait toute juridiction sur ses terres : son doyen, qualifié d'abbé, avait le droit de porter, dans les cérémonies, les ornements pontificaux, c'est-à-dire la mitre, la crosse et l'anneau pastoral. Il y eut plusieurs réformes. En 1634, on décida que l'abbé serait nommé tous les trois ans ; on forma en même temps une congrégation générale, d'après les nouveaux règlements de Sainte-Geneviève, dont cette abbaye

fut le chef-lieu, et les chanoines Génovéfains reçurent le nom de Chanoines réguliers de la Congrégation de France. L'Ordre de Sainte-Geneviève comptait plus de neuf cents maisons en France, et nommait à plus de cinq cents cures, entre autres, à celle de Saint-Étienne du Mont.

L'église anciennement appelée Sainte-Geneviève la Petite, et qui prit ensuite le nom de Sainte-Geneviève des Ardents, à la suite du miracle raconté par le P. Giry, était auprès de la cathédrale et de la maison où la Sainte était morte. On l'a démolie en 1747, pour bâtir l'hôpital des Enfants-Trouvés.

Entre les vierges qui s'attachèrent à sainte Geneviève, on nomme sainte Aude et sainte Céline, toutes deux nées dans les environs de Meaux : aussi, dans la Brie, le nom de Céline est-il fréquemment donné aux jeunes filles.

Au XVIIIe siècle, marchant sur les traces des premières compagnes de la Vierge de Nanterre, s'établirent les Filles de Sainte-Geneviève, plus connues sous le nom de Miramiones, du nom de leur fondatrice, Marie Bonneau, veuve de M. Beanharnais de Miramion, conseiller au parlement.

Disons un mot du puits, du souterrain et de la maison de sainte Geneviève, à Nanterre.

On montre encore à Nanterre un puits que le double témoignage de la tradition et de l'histoire assure être celui dont il est parlé dans la vie de sainte Geneviève, et avec l'eau duquel elle guérit sa mère aveugle depuis vingt et un mois. Il est doublement consacré par les larmes que sainte Geneviève répandit sur sa margelle, et par le signe de la croix qu'elle fit sur ses eaux, dont les effets se font encore sentir de nos jours pour tous les maux de la vue et les ardeurs de la fièvre. Il était voisin et dépendant de la maison, du jardin, et de quelques autres petites possessions des parents de la Sainte, à l'usage desquels il servait exclusivement.

Le puits et le terrain jadis occupé par la maison de sainte Geneviève étaient renfermés naguère dans une chapelle dont il n'existe plus aujourd'hui que les murs de clôture ; et cependant, malgré le malheur des temps, ce lieu est toujours l'objet de la vénération du peuple chrétien.

On voit près de l'emplacement de la maison, à gauche et en descendant quelques marches, une espèce de souterrain ou de cave où la Sainte se retirait pour prier avec plus de recueillement. La piété des fidèles avait, de temps immémorial, consacré cet endroit par l'érection d'un autel qui fut détruit vers la fin du XVIe siècle, et était complètement abandonné depuis 1582, lorsqu'en 1642 le zèle des chrétiens y réédifia un nouvel autel où l'on célébrait les saints mystères, et au pied duquel la foule des pèlerins venait encore, avant la première révolution, prier Dieu au même endroit où sainte Geneviève l'avait si souvent invoqué. Les troubles politiques firent abandonner cette pieuse pratique ; bientôt l'autel disparut, et l'oratoire ne tarda pas à devenir une cave de marchand de vin.

Monsieur le curé de Nanterre, qui vient de soustraire à des mains profanes ces lieux pleins de pieux souvenirs, ne possède en ce moment que la moitié de cette cave, qui est coupée en deux par le mur d'une maison voisine, dont l'acquisition pourrait compléter tout à la fois l'autre partie du précieux souterrain, et les propriétés de sainte Geneviève de ce côté-là. Cette cave, ainsi que le puits, a subi les envahissements du terrain, et sa voûte demi-ogivale est fort basse.

Selon quelques auteurs, le mont Valérien, devenu célèbre dans la guerre de la France contre la Prusse, en 1870-71, devrait son nom au père de sainte Geneviève, qui se serait appelé Sévère-Valérien, et auquel le mont aurait appartenu en toute propriété.

Sur le flanc de cette montagne on montre encore le Clos de Sainte-Geneviève : une source coule auprès et porte aussi le nom de Fontaine de Sainte-Geneviève. C'est là, disent ceux qui croient que sainte Geneviève a été bergère, qu'elle venait se désaltérer et faire boire son troupeau. À l'époque où, sur la hauteur du mont Valérien, existait un calvaire à la place des formidables ouvrages de guerre qu'on y a élevés, les fidèles qui s'y rendaient le jour de la fête de l'Exaltation de la sainte Croix, le 14 septembre, allaient y boire par dévotion. À l'endroit traversé aujourd'hui par la route de Nanterre à Chatou, se trouvait le Parc de Sainte-Geneviève. Il ne reste plus aucun vestige de l'enclos qui enfermait ce parc, non plus que de la chapelle qu'on y avait construite.

Lorsque sainte Geneviève se rendit de Paris à Troyes et Arcis-sur-Aube, pour acheter des vivres, elle s'arrêta, d'après la tradition, entre ces deux villes, dans un pays appelé la Chapelle-Vallon. On voit dans cette dernière localité un monument d'une haute antiquité, dédié à la bonne sainte Geneviève, restauré, en 1842, par les habitants.

Des ex-voto, que l'on voit encore de nos jours à Saint-Méry et à Saint-Étienne du Mont, de Paris, attestent le célèbre miracle des ardents. La mémoire de ce fait miraculeux fut conservée à travers les âges par une fête qui se célébrait autrefois le 26 novembre, en l'église Sainte-Geneviève la Petite, dans la cité de Paris : cette église avait été érigée sur l'emplacement de la maison où la Vierge de Nanterre avait exhalé son dernier soupir.

La crypte de l'ancienne basilique de Sainte-Geneviève, dont la tour, seul débris qui en reste, fait aujourd'hui partie des constructions d'un lycée, renfermait les tombeaux de Clovis et de sainte Clotilde ; mais le plus célèbre des monuments abrités par ce sanctuaire était celui de la patronne de Paris, cette tombe, précieuse pour un chrétien, nous a été conservée. M. l'abbé Amable des Voisins,

mort évêque nommé de Saint-Flour, obtint, lors de la suppression de la vieille église de Sainte-Geneviève, de faire transporter dans celle de Saint-Étienne du Mont, dont il était curé, cette pierre qui avait contenu le corps de sainte Geneviève pendant un si grand nombre d'années. La sainte relique de la Vierge de Nanterre fut rendue à la vénération publique le 8 novembre 1803.

Ce qui attire principalement les chrétiens à Saint-Étienne du Mont, c'est, nous l'avons déjà dit, la chapelle où se trouve le tombeau de sainte Geneviève, décoré en style gothique flamboyant et dont les dessins ont été fournis, en 1846, par le célèbre Père Martin, jésuite.

Sainte Geneviève est spécialement honorée à Thieulley-l'Abbaye, à La Mirande, à Hédeuville, à Assainvillers. Il y a pèlerinage dans ces deux dernières localités où on l'invoque contre les fièvres inflammatoires. Elle est la patronne de Flaucourt, de Framerville et de Guémicourt. Une chapelle lui est dédiée près d'Equancourt. On conserve des reliques de la Sainte à la cathédrale, aux Louvencourt et aux Ursulines d'Amiens, à Liancourt-Fosse, à Tilley-les-Conty (dans une châsse).

Les arts ont donné de sainte Geneviève, et à son sujet, les diverses représentations suivantes : 1° Un diable s'efforce d'éteindre son cierge, et un ange le rallume ; au moyen âge, ce diable était armé d'un soufflet ; 2° elle rend la vue à sa mère ; 3° elle garde des moutons en filant sa quenouille. Cette manière, d'après le P. Cahier, n'est pas antérieure au XVIIe siècle ; rien, d'ailleurs, ne prouve que sainte Geneviève ait été bergère. Lorsqu'on a perdu le sens des symboles du moyen âge, on aura pris son cierge ou un tronçon du cierge pour une houlette ; puis, comme antérieurement à cette époque, l'épisode du siège de Paris avait été représenté allégoriquement, que sainte Geneviève était placée sur les remparts entre des moutons (les habitants de Paris) qu'elle garde, et des loups qu'elle repousse (les Huns), on aura été conduit à prendre l'allégorie pour la réalité. Cette erreur est plus pardonnable que celle d'un sculpteur contemporain qui, dans un groupe placé sous le portique du Panthéon, met sainte Geneviève aux pieds d'Attila. Jamais sainte Geneviève n'a abordé Attila, et, dans tous les cas, il est permis de croire qu'elle ne se serait pas jetée à ses genoux. Les enfants de Dieu ont plus de fierté et plus de dignité ; une infinité d'exemples du même genre le prouvent ; 4° elle porte des clefs : ce sont celles de la ville de Paris, qui était confiée à sa protection ; 5° elle apparaît, dans le ciel, au-dessus de nombreux malades qui l'invoquent dans la maladie du feu des ardents ; 6° elle reçoit de la main de saint Germain de l'Auxerrois une médaille à l'effigie du Crucifié et se la passe au cou ; 7° elle porte du pain dans les plis de sa robe, pour désigner soit ses charités ordinaires, soit le secours qu'elle donna au peuple de Paris, pendant une famine ; 8° près d'un puits où elle guérit sa mère.

Le célèbre Carl Van Loo nous a représenté sainte Geneviève avec une médaille pendant sur sa poitrine : c'est celle que saint Germain donna à la Vierge de Nanterre.

L'église Saint-Jacques du Haut Pas, de Paris, possède un tableau dû au pinceau de M. Carbillet, dans lequel saint Germain, présentant sainte Geneviève à son père et à sa mère, leur dit : « Que vous êtes heureux de posséder une telle fille ! »

Un panneau de bois, sculpté vers l'an 1700, et placé à la droite de l'autel de sainte Geneviève, dans l'église paroissiale de Nanterre, représente la Sainte recevant de saint Germain le sacrement de Confirmation.

Sa vie fut écrite dix-huit ans après sa mort, par un auteur dont on ne sait pas le nom, et quelques religieux de son abbaye, à Paris, y ont ajouté, en divers temps, les relations de ses translations et de ses miracles. Hollandus les a rapportées dans son premier tome du mois de janvier. Il n'y a point de Martyrologe qui n'en fasse une très-honorable mention. Saint Grégoire de Tours, Constance, auteur de la vie de saint Germain ; Sigebert, Aymonius, Pierre de Natalibus et beaucoup d'autres historiens en parlent aussi. Et nul de ceux qui ont écrit, dans ces deux derniers siècles, la Vie des Saints, ne l'a omise. Nous avons tiré des plus anciens, c'est-à-dire des premières sources, ce que nous en avons rapporté ici ; mais nous avons laissé beaucoup de choses que le lecteur pourra rechercher dans ces actes primitifs.

Un des plus illustres théologiens de la Compagnie de Jésus, le Père Petau (dont l'ouvrage le plus célèbre, les *Dogmes théologiques*, est en vente chez les CÉLESTINS, à Bar-le-Duc), a chanté, dans un double poème, sainte Geneviève, qui lui avait rendu la santé.

Il n'est pas jusqu'à Voltaire qui n'ait célébré les louanges de la patronne de Paris, dans des vers qui sentent leur collégien, comme on en peut juger par les suivants, les moins mauvais de la pièce :

Loin d'une fortune opulente, Aux trésors que je vous présente Ma seule ardeur donne du prix ; Et si cette ardeur peut vous plaire, Agréez que j'ose vous faire Un hommage de mes écrits.

## SAINT BLIMOND, DEUXIÈME ABBÉ DE SAINT-VALERY. 105

Date de fête

3 janvier

Époque

3ᵉ siècle

Décès

3 janvier 236