Saint Martinien (Ermite)

Ermite

Fête : 13 fevrier 9ᵉ siècle • saint

Résumé

Ermite originaire de Césarée, Martinien consacra sa vie à la lutte contre les tentations démoniaques. Après avoir résisté à une courtisane en se jetant dans le feu, il s'exila sur un rocher marin avant de finir ses jours en pèlerin à Athènes. Sa légende est marquée par le miracle des dauphins qui le portèrent jusqu'au rivage.

Biographie

SAINT MARTINIEN, ERMITE

Partout le démon dresse des embûches à l'homme ; partout il lui livre des combats ; mais dès qu'il ne trouve point de femme pour seconder ses efforts, il se retire vaincu.

Saint Ambroise, serm. in Quad.

Nous verrons dans cette histoire, plus qu'en nulle autre, la vérité de ces paroles de Job : « Que la vie de l'homme sur la terre est une guerre et une tentation continuelles » ; car, plus Martinien prit de précautions pour éviter les tentations, plus les tentations le cherchèrent pour le tourmenter. Il était originaire de la ville de Césarée, en Palestine ; et il ne goûta pas plus tôt les plaisirs du monde que, reconnaissant leur vanité et leur peu de durée, il s'en voulut priver ; dès l'âge de dix-huit ans, il quitta les embarras de la ville, et se retira en une solitude voisine de Césarée, pour embrasser la vie monastique et religieuse.

Dans cette retraite, il s'adonna tellement à toutes sortes d'exercices spirituels, qu'on reconnut bientôt qu'il était particulièrement élu de Dieu ; aussi faisait-il plusieurs choses miraculeuses qui marquaient sa sainteté. Il chassait les esprits du corps des possédés, guérissait grand nombre de malades, et faisait d'autres actions semblables, qui attiraient tout le monde à lui, pour obtenir quelque faveur du ciel par ses prières. Le démon voyant le progrès que Martinien faisait dans la vertu, en fut jaloux, et voulut le troubler par des terreurs paniques et par des visions et des apparitions épouvantables ; ayant pris un jour la forme d'un dragon, il grattait les fondements de sa petite cellule, pour la faire tomber sur lui ; mais le saint ermite, ne quittant point pour cela son oraison, dit à son ennemi qu'il voyait revêtu de cette figure terrible : « Tu travailleras en vain, malheureux ; penses-tu me pouvoir étonner, tant que j'aurai mon Seigneur Jésus-Christ à mes côtés ? » Alors le démon s'enfuit comme un tourbillon, criant : « Attends, attends un peu, Martinien ; je te renverserai et t'humilierai : je te chasserai honteusement de ta cellule; j'en trouverai bien le moyen, quelque confiance que tu aies en celui que tu dis ». Martinien ne quitta point pour cela le champ de bataille, mais tint bon vingt-cinq ans en sa solitude, vivant avec la pureté d'un ange. Le démon s'avisa de cet artifice pour le séduire: comme, une fois, quelques personnes de la ville de Césarée parlaient avec beaucoup d'admiration de la sainteté de sa vie, une courtisane appelée Zoé s'approcha d'eux, et leur dit que Martinien était un sauvage qui s'était retiré en cette solitude pour vivre en bête parmi les bêtes; qu'il ne fallait pas s'étonner s'il était chaste dans la solitude: mais que, si elle lui avait parlé, et qu'elle eût employé ses attraits pour le gagner, et qu'il lui eût résisté, ils le pourraient croire alors digne des louanges qu'ils lui donnaient. Cette méchante femme fit un pacte avec eux, et promit d'aller attaquer Martinien à condition que, si elle n'en venait pas à bout et qu'elle ne lui fit pas renoncer à toute sa sainteté prétendue, elle voulait être l'objet de la raillerie de toute la ville; mais que, si elle réussissait en son dessein, ce serait à eux de la payer de sa peine.

Etant ainsi tombés d'accord, elle alla en son logis, se dépouilla de ses beaux habits, les plia dans un paquet, et, s'étant vêtue de pauvres haillons et d'une ceinture de corde, elle prit un bâton à la main et le paquet sous son bras. En cet équipage, elle partit de la ville par une forte pluie, pour se rendre à la pointe de la nuit auprès de la cellule de Martinien. Y étant arrivée, elle se mit à crier d'une voix pitoyable: « Ayez pitié de moi, serviteur de Dieu! je suis une pauvre femme qui me suis égarée par ces chemins; je ne sais où aller ni où me retirer pour n'être pas dévorée des bêtes. Père saint, ayez compassion de cette créature de Dieu, quoique je sois une misérable pécheresse». Martinien fut touché de ces tristes cris, et, entrouvant la porte de sa cellule, il aperçut cette étrangère si trempée de pluie qu'elle lui fit pitié; et bien qu'il se doutât que c'était un appât de son ennemi pour lui faire perdre la grâce de Dieu, néanmoins, par compassion, et craignant que si elle était dévorée il n'en fût responsable, il se jeta entre les bras de la divine Providence, lui ouvrit la porte, lui fit bon feu, lui donna des dattes pour son souper, et enfin l'avertit de s'en aller le lendemain de grand matin. Pour lui, il se retira dans une autre cellule, qui était plus avant dans son ermitage, et passa la nuit à prier et à chanter des psaumes, malgré les artifices de l'esprit d'impureté, qui fit son possible pour le distraire, lui proposant mille sottes idées touchant cette nouvelle hôtesse. Dès le matin, le saint ermite étant sorti de sa cellule pour aller congédier son hôtesse, fut bien étonné de trouver une personne admirablement parée, au lieu d'une mendiante qu'il pensait avoir logée, car Zoé s'était revêtue pendant la nuit des habits précieux qu'elle avait apportés dans son paquet. Il pensa d'abord que c'était un fantôme, et lui demanda qui elle était, ce qu'elle cherchait et comment elle était entrée. Mais quand il eut reconnu que c'était cette pauvresse qu'il avait reçue le soir précédent, sa surprise augmenta; et, commençant à la considérer, il lui demanda d'où lui venait ce changement d'habits. Alors elle se mit à le tenter d'une manière si séduisante qu'elle vainquit ce cœur invincible et tira de sa volonté un consentement intérieur au péché. Il y serait sans doute tombé, si la miséricorde divine n'eût empêché l'effet extérieur; mais Martinien sortit de sa cellule pour voir si quelqu'un ne le venait point chercher, comme on avait coutume de le faire, et, tandis qu'il regardait de tous côtés de peur de scandaliser ceux qui pourraient le trouver avec cette femme, Dieu ouvrit les yeux de son âme par un rayon de sa grâce, et lui découvrit la turpitude de l'action qu'il allait faire et le précipice où il allait tomber. Aussitôt, reconnaissant l'extrême danger où il était, et considérant que ce n'était pas tant une femme qu'un esprit de l'enfer qui le tentait par ses artifices pour triompher de sa chasteté et le dépouiller de tous les mérites de sa vie passée, il rentra dans sa cellule, alluma un grand feu et se roula dans les flammes jusqu'à ce qu'il eût brûlé une partie de son corps ; puis, se relevant au bout de quelque temps, il se disait à lui-même : « Que t'en semble, Martinien ; ce feu ne t'a-t-il pas semblé bien agréable pour le peu de temps que tu y es demeuré ? Si tu penses pouvoir souffrir celui de l'enfer, accepte les propositions de cette femme, car c'est le chemin pour y aller ». Il se jeta pour la seconde fois dans le feu, afin de se brûler davantage, priant la miséricorde du Père céleste de lui pardonner ce consentement et de ne pas permettre qu'il perdît par un péché tant de peines qu'il avait endurées à son service dès son enfance, puisqu'il était prêt à mourir dans ce feu pour son amour plutôt que de l'offenser.

Cette misérable femme était présente à ce spectacle, et, considérant qu'elle était la cause du tourment de Martinien, elle dépouilla ses habits mondains et les jeta dans ce feu, et ayant repris ceux de pèlerine et de pénitente, elle dit à Martinien, avec des larmes entrecoupées de mille soupirs, qu'elle ne voulait plus retourner à la ville, mais qu'elle désirait achever ses jours en une perpétuelle pénitence, en tel lieu qu'il voudrait lui marquer ; que le démon l'avait, il est vrai, sollicitée à le perdre, mais que Dieu le voulait employer pour la relever et la sauver. Ainsi, par le conseil du saint ermite, elle s'en alla à Bethléem, où elle fut reçue dans un monastère par une vierge appelée Pauline, et y vécut douze ans dans une telle austérité et sainteté de vie que Dieu fit, par son moyen, plusieurs merveilles ; après quoi il l'appela à lui pour la couronner de sa gloire.

Martinien demeura tellement brûlé et estropié qu'il ne fut pas guéri de longtemps ; et, faisant ensuite réflexion sur le moyen dont son ennemi s'était servi pour le perdre, il résolut, en lui-même de chercher une solitude si écartée que pas une femme ne l'y pût venir trouver. Ayant donc fait son oraison, il implora l'assistance du ciel et s'abandonna à la conduite du Tout-Puissant ; puis, faisant le signe de la croix, il partit de sa cellule et s'en alla du côté de la mer. Le démon, tout enflé de gloire de lui voir quitter le champ de bataille, commença à le siffler, criant après lui : « Fuis, Martinien, car je te poursuivrai partout où tu iras, et t'en chasserai aussi bien que d'ici ; je ne te quitterai jamais que je ne t'aie tout à fait vaincu et renversé ». Le Saint lui répondit : « Toi, misérable ! sache que je ne sors point de ma cellule par ennui ni par dégoût, mais seulement dans le désir de te fouler aux pieds ; et tu ne dois pas tirer vanité de l'issue du combat, puisque je t'ai ravi les armes que tu avais employées pour me nuire, et que la femme que tu avais poussée à me perdre sera ta confusion ». Le démon l'entendant parler de la sorte, n'osa plus rien lui dire ni le poursuivre ; et Martinien, chantant des psaumes et des hymnes à la gloire de son Seigneur, arriva sur le bord de la mer. Il demanda à un marinier craignant Dieu où il pourrait rencontrer un lieu propre à son dessein et où il ne fût inquiété de personne. Le marinier lui dit qu'il y avait bien avant dans la mer une île déserte où était un rocher inhabitable qui épouvantait tous ceux qui en approchaient. Martinien le pria de le mener en ce lieu, qui était celui qu'il cherchait, et lui fit promettre de lui apporter de temps en temps des branches de palmier, du pain et de l'eau pour vivre, l'assurant en outre qu'il prierait Dieu pour lui et lui donnerait pour sa récompense tous les paniers

qu'il ferait. On le mena donc sur ce rocher, où il était visité trois fois l'année par le marinier et recevait de lui tout ce dont il avait besoin pour sa subsistance. Il n'est pas aisé d'exprimer sa joie lorsqu'il se vit sur le rocher, au milieu de la mer, où les femmes, dont il appréhendait plus les approches que de tous les esprits de l'enfer, n'avaient garde de l'aller chercher.

Mais, pour faire voir qu'il n'y a point de retraite sûre en ce monde, celui qui lui avait fait la guerre dans sa cellule et l'avait forcé de la quitter, osa l'attaquer dans ce fort qu'il jugeait inabordable. Quelquefois même, il troublait si fort la mer, que le rocher ne semblait plus qu'une profonde vallée dans laquelle Martinien allait être englouti ; néanmoins ce Saint demeurait tranquille, et, se moquant de lui, il le contraignait de s'enfuir avec honte. Il avait déjà passé six ans dans cette solitude, qu'il croyait inaccessible ; il reconnut enfin qu'il n'est point de lieu où l'occasion d'offenser Dieu ne se puisse présenter, soit sur la terre, soit dans les eaux, soit dans le feu : car un vaisseau qui voguait sur cette mer étant venu se briser contre le rocher, tous ceux qui étaient dedans furent submergés, excepté une jeune fille qui, se sauvant à la faveur d'une planche, vint s'accrocher à la roche. Elle aperçut de là le Saint et lui cria : « Aidez-moi, serviteur de Dieu, donnez-moi la main et me retirez de cet abîme, ou je suis perdue ». Martinien fut bien étonné à ce spectacle ; et, reconnaissant que c'était une nouvelle invention de son ennemi, il s'arma de l'oraison ; et parce qu'il était obligé de secourir une personne en danger de se noyer, il la tira de l'eau, puis il lui dit : « Ma fille, nous ne pouvons pas demeurer ensemble ici ; demeurez-y et mangez mes provisions de pain et d'eau, jusqu'à ce que le marinier qui vient me visiter soit revenu, ce qu'il doit faire dans deux mois : vous lui ferez le récit de votre naufrage, et il vous conduira dans la ville ».

Ensuite il l'exhorta à pratiquer la vertu et à vivre en la crainte de Notre-Seigneur ; et, ayant fait le signe de la croix sur la mer, il dit à Dieu, les yeux levés vers le ciel : « Je me jette dans la mer, ô mon Dieu ! avec la confiance que j'ai en vous ; j'aime mieux être submergé que d'être en danger de perdre la chasteté » ; et il se mit à la nage pour se sauver. Mais la Providence, qui ne manque jamais, quand il est question de protéger ses élus, envoya deux dauphins qui le portèrent sur leur dos jusqu'au bord du rivage, où le Saint rendit grâces à son Libérateur et le pria de lui inspirer ce qu'il devait faire. Se remettant donc devant les yeux comment il était importuné par le démon sur la terre et sur la mer, dans les déserts et sur les rochers, il résolut de ne plus s'arrêter en aucun lieu, mais de voyager dans le monde comme un pèlerin en mendiant son pain ; il le fit l'espace de deux ans qu'il vécut encore, passant la nuit au lieu où il se trouvait et recevant dans les villages l'aumône qui lui était donnée par charité.

Lorsqu'il fut arrivé à Athènes, il plut à Dieu de récompenser les travaux, les combats et les victoires de son serviteur ; c'est pourquoi il révéla à l'évêque que Martinien était en ville et lui découvrit en même temps le mérite de ce saint personnage. L'évêque le vint trouver dans l'église, où il était couché sur un banc ; Martinien lui demanda sa bénédiction et le supplia de prier Dieu pour lui ; l'évêque le fit, lui administra les sacrements et le pria aussi de ne le pas oublier quand il serait devant Dieu. Ensuite, Martinien ayant dit : « Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains », et ayant fait le signe de la croix, rendit son esprit avec un visage joyeux et satisfait, en présence de l'évêque, le 13 février 830.

La jeune fille qui demeura sur le rocher, profitant de l'exemple de Martinien, vécut du pain et de l'eau qu'il lui avait laissés ; et, au bout de deux mois, le marinier étant venu, elle lui raconta ce qui s'était passé et le pria de lui apporter un habit d'homme avec du pain, de l'eau et de la laine, et de lui amener sa femme pour lui apprendre à travailler : ayant obtenu ce qu'elle demandait, elle vécut six ans sur le rocher, habillée en homme. Elle avait vingt-cinq ans lorsqu'elle y fit naufrage, et mourut saintement en la trente et unième année de son âge : elle s'appelait Photine. Deux mois après, le marinier revint comme de coutume pour lui apporter ses provisions, et, la trouvant morte, il porta son corps en la ville de Césarée ; ayant informé l'évêque qui elle était, l'état de sa vie et la manière dont elle était morte, ce prélat la fit mettre en terre avec pompe et cérémonie, comme il était convenable pour une fidèle servante de Dieu.

Telle est la vie de saint Martinien, ermite, si persécuté et si souvent combattu par l'ennemi commun des hommes, vaincu et victorieux, et qui a glorieusement triomphé de la chair, du monde et de l'enfer. Il était honoré dans tout l'Orient, mais spécialement à Constantinople dans une église voisine de Sainte-Sophie.

Les Dauphins qui transportèrent notre Saint sur leur dos de l'écueil à la rive ; le diable tentateur sous la forme d'un dragon ; la courtisane sous l'un ou l'autre de ses vêtements ; le foyer ardent sur lequel il se coucha pour dissiper l'ivresse d'un passager plaisir, sont les attributs qui entrent dans les représentations qu'on a données de saint Martinien. — Martin de Vos a peint Photine se sauvant à la nage et abordant au rocher sur lequel l'ermite fait des paniers d'osier.

Son histoire est tirée de Siméon Métaphraste, qui assure avoir connu saint Martinien lui-même ; Surtus l'a rapportée en son deuxième tome. Rollandos croit qu'il vécut dans le IVe siècle, et non dans le IXe, et que Faute ou Pauline, qui reçut dans son monastère Zoé, cette femme impudique qui le tenta, et qu'il convertit, est la grande sainte Paule, romaine, disciple de saint Jérôme. Mais, comme Siméon Métaphraste, qui était du IXe siècle, assure qu'il l'a vue, et qu'il appelle cette Paule ou Pauline, vierge, ce que l'on ne peut pas dire au moins dans le sens ordinaire de sainte Paule, romaine, il y a sujet de douter de la vérité de l'observation de cet auteur.

Événements marquants

  • Retraite en solitude à l'âge de 18 ans près de Césarée
  • Résistance à la tentation de la courtisane Zoé par l'épreuve du feu
  • Conversion de Zoé
  • Retraite sur un rocher en mer pendant six ans
  • Sauvetage de Photine après un naufrage
  • Traversée de la mer sur le dos de deux dauphins
  • Vie de pèlerin mendiant pendant deux ans
  • Mort à Athènes

Miracles

  • Expulsion de démons et guérisons de malades
  • Transport sur le dos de deux dauphins pour traverser la mer
  • Résistance aux flammes d'un brasier

Citations

Que t'en semble, Martinien ; ce feu ne t'a-t-il pas semblé bien agréable pour le peu de temps que tu y es demeuré ?

— Texte source

Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains

— Texte source