Saint Humfroi (Humproi)
Évêque et Confesseur
Résumé
Moine des Ardennes devenu évêque de Thérouanne au IXe siècle, Humfroi fit face aux invasions normandes. Malgré son désir de se retirer au monastère, il resta fidèle à son diocèse sur conseil du pape Nicolas Ier, relevant les églises détruites et instaurant la fête de l'Assomption.
Biographie
SAINT HUMPROI, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR (871).
Humfroi, français de nation, embrassa d'abord la vie religieuse au monastère de Prames, dans les Ardennes. Bientôt l'excellence de ses vertus l'appelant à la dignité épiscopale, il succéda à saint Folquin, évêque du pays des Morins. Il fut à la hauteur de cette sublime fonction; mais, contraint par les invasions des Normands, qui désolaient alors la France presque entière, d'abandonner Théromanne, siège de son évêché, il forma la résolution de renoncer pour toujours à l'épiscopat. Il consulta le souverain pontife Nicolas Ier, pour savoir s'il pouvait passer dans un monastère ce qui lui restait de temps à vivre; mais il obtint cette réponse, que s'il est périlleux d'abandonner le vaisseau quand il navigue sur une mer tranquille, combien l'est-il davantage, lorsqu'il est battu par les vents et les flots.
L'homme de Dieu céda à ce conseil; son courage se ranimant, il retourna sans hésiter au milieu de ses ouailles, bien résolu de ne plus les abandonner dans ces circonstances critiques. Il rassembla ceux que la crainte des barbares avait dispersés, se servit des maux qu'ils avaient soufferts comme de motifs pour les porter à la piété, et releva les églises que la fureur des Normands avait renversées. La neuvième année de son épiscopat, cédant aux vœux du clergé et du peuple, et principalement aux prières des moines, il accepta le gouvernement de l'abbaye de Saint-Bertin; mais, deux ans après, il s'en démit sans regret par l'ordre du roi. — Charles le Chauve y envoya, avec des hommes d'armes, un abbé de son choix.
Hombroi assista au concile d'Aix-la-Chapelle et au synode de Soissons, l'an 862; et il souscrivit à la lettre que ce synode adressa au pape Nicolas Ier. Il fit célébrer dans son diocèse, avec la solennité convenable, la fête de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, fête que les Morinois n'observaient pas encore. La mort le visita le 8 de mars, à l'âge de quatre-vingt-sept ans. Son corps fut enseveli dans l'église cathédrale de Thérouanne qu'il avait relevée de ses ruines; deux cent trente-six ans après sa mort, ses reliques furent transférées solennellement par le bienheureux Jean, évêque de Thérouanne, et déposées près de l'autel de la Mère de Dieu. La ville de Thérouanne ayant été ruinée de fond en comble, les mêmes reliques furent portées, avec celles de saint Maxime, à Ypres, où elles sont religieusement conservées.
Propre d'Arras.
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## SAINT ÉTIENNE,
## FONDATEUR DE LA CONGRÉGATION D'OBASINE (1154).
Étienne naquit dans le Limousin de parents vertueux. Sa jeunesse se passa dans les exercices d'une piété et d'une charité continuelles. Ayant été élevé au sacerdoce, il se crut obligé à une vie plus parfaite, renonça aux plaisirs même permis, se revêtit d'habits simples sous lesquels il portait un cilice. S'étant associé à un autre ecclésiastique très-vertueux, il résolut de s'enfoncer avec lui dans une profonde solitude. Le jour fixé pour leur départ étant arrivé, ils donnèrent un petit repas à leurs amis, distribuèrent aux pauvres les biens qu'ils possédaient encore, et se retirèrent dans la forêt d'Obasine, désert affreux, à deux lieues de Tulle, où ils se livrèrent à toutes les rigueurs de la pénitence. Ils furent souvent réduits à manger des herbes. Ils se construisirent une pauvre cabane où ils priaient ensemble. Cependant, comme ils crurent qu'il leur fallait l'approbation de l'évêque du diocèse pour recevoir des disciples, Pierre, l'ami d'Étienne, alla à Limoges, où l'évêque Eustache approuva leur dessein, leur permit de construire un monastère et de célébrer les saints mystères à condition qu'ils observeraient les règles prescrites par les saints Pères.
Étienne avait un esprit doux et poli; mais il n'en était pas moins rigide à faire observer les pratiques religieuses à ceux qui venaient se ranger sous sa discipline. Les austérités qu'on pratiquait dans cette maison étaient extrêmes. Tout le temps de ces fervents religieux était consacré à la prière, à la lecture et au travail des mains; ils ne mangeaient que le soir. Étienne ne se regardait pas comme supérieur aux autres; il portait l'eau, le bois, faisait la cuisine, et généralement tout ce qu'il y avait de bas et de pénible. Le silence était gardé avec une grande exactitude. On ne laissait rien aux sens et à la nature, l'homme extérieur était tout anéanti. Égarer la vue, sourire, laisser échapper un mot au temps du silence était un crime à Obasine. Il n'y avait cependant point de règle écrite; car Étienne était la règle vivante, enseignant par toutes ses actions la charité, la pauvreté et l'obéissance la plus entière. Ses frères le nommèrent supérieur de la maison, quoiqu'il voulût se décharger sur Pierre de la direction de sa communauté.
Au premier monastère pour les hommes, Étienne en joignit un second pour les femmes. C'était une chose admirable de voir des personnes de distinction renoncer à la délicatesse de la terre et se soumettre avec joie à une règle si austère. Leur nombre alla bientôt jusqu'à cent cinquante. Elles vivaient dans une si grande séparation du monde et dans une telle simplicité qu'elles ne paraissaient plus tenir à la terre que par les liens qu'il ne leur était pas permis de rompre.
Étienne, craignant avec raison que la régularité qu'il s'efforçait de maintenir dans ses monastères ne s'altérait après sa mort, parce qu'il n'avait point écrit de règle, s'adressa au monastère de Dalon, de l'Ordre de Cîteaux, pour demander quelques religieux de cette maison et instruire les siens des usages de l'Ordre de Cîteaux. Lui-même reçut l'habit de cet Ordre en 1142, et la bénédiction en qualité d'abbé que lui donna l'évêque de Limoges. Ainsi passa dans l'Ordre de Cîteaux la congrégation d'Obasine avec les monastères de la Valette, Belaigne, la Garde-Dieu, la Frenade et Gros-Dot. Ce dernier n'a cependant été fondé qu'en 1166, après la mort d'Étienne. Ayant su que le pape Eugène III, qui avait été moine de Clairvaux, était à Cîteaux, Étienne alla le voir et en fut reçu avec distinction. L'abbé Rainard le présenta quelque temps après au chapitre général, où tous les abbés de l'Ordre lui donnèrent des marques de respect et de vénération. Étienne mourut le second dimanche de Carême, 8 mars de l'année 1154, et fut aussitôt regardé comme Saint.
L'église d'Aubazine, anciennement Obasine, renferme encore de nos jours le tombeau très-remarquable de son fondateur, saint Étienne.
Voyez les *Bullandistes*, 8 martii, et les *Mélanges* de Baluzo, t. IV.