Saint Alexandre le Charbonnier

Évêque de Comana et Martyr

Fête : 11 aout 3ᵉ siècle • saint

Résumé

Philosophe de noble naissance, Alexandre choisit par humilité de devenir charbonnier à Comana pour cacher sa science et sa beauté. Contre toute attente, il fut désigné par révélation divine à saint Grégoire le Thaumaturge pour devenir évêque de la ville. Il mourut brûlé vif lors de la persécution de Dèce en 250.

Biographie

SAINT ALEXANDRE LE CHARBONNIER,

ÉVÊQUE DE COMANA, DANS LE PONT, MARTYR

250. — Pape : Saint Fabien. — Empereur romain : Dèce.

Qui vere humilis est, magis optat vile et abjectus haberi, quam sanctus.

Celui qui est vraiment humble aime mieux passer pour vil et abject que pour saint.

Louis de Blois.

Saint Alexandre était de la province de Pont, d'une naissance honorable, qui lui donna des moyens suffisants pour s'appliquer à l'étude. Comme il avait beaucoup d'esprit, il devint un excellent philosophe, et il s'acquit toutes les belles connaissances qui le pouvaient faire estimer et honorer dans le monde. Il avait d'ailleurs une grâce et une beauté sans pareilles, qui attiraient sur lui les yeux de tous ceux qui le rencontraient. Sa vertu et sa piété surpassaient encore toutes ces qualités naturelles, et, ayant été élevé dans les maximes de la morale chrétienne, il ne craignait rien tant qu'offenser Dieu, et n'avait rien plus à cœur que d'observer exactement tous ses commandements. Sa délicatesse de conscience fut si grande que, craignant d'un côté que sa science ne le portât à la vanité, et, de l'autre, que sa beauté ne fût une occasion de scandale à quelqu'un, et ne lui ravit à lui-même la fleur inestimable de la chasteté, il résolut de cacher l'une et

l'autre, afin qu'elles ne pussent plus lui être dommageables. Dans ce dessein, il vendit ses biens, en distribua le prix aux pauvres, vint demeurer à la ville de Comana, et embrassa la profession de charbonnier, qui consistait à porter et à vendre du charbon de bois. Il aimait tellement l'abjection que, non content d'avoir les mains et la figure noircies, il était ordinairement déchiré et à demi nu, afin de s'attirer le mépris du monde. Il ne laissait pas cependant d'être assidu à l'église, de prier avec beaucoup de ferveur dans sa pauvre chambre, et de lire attentivement la parole de Dieu dans l'Ancien et le Nouveau Testament, qui était sa plus délicieuse nourriture.

Pendant qu'il vivait ainsi dans l'obscurité, l'évêque de Comana vint à mourir, et les principaux du clergé de la ville ne pouvant s'accorder sur le successeur qu'ils lui devaient donner, envoyèrent prier saint Grégoire, évêque de Néocésarée, de se transporter chez eux pour présider à leur élection et pour les aider à connaître celui que Dieu même avait choisi. Lorsqu'il y fut arrivé, il trouva les sentiments fort partagés, mais unis en ce point qu'ils s'arrêtaient au faux éclat du monde, et proposaient des hommes recommandables ou pour leur noblesse, ou pour leurs grands biens, ou pour leurs emplois, ou pour leur éloquence et leur bonne grâce, ou pour quelques autres qualités extérieures. Saint Grégoire écouta paisiblement toutes ces propositions; mais il résolut d'attendre que Dieu lui fît connaître plus distinctement celui qu'il devait consacrer. Dans cet intervalle, il assembla les prêtres et les clercs, avec les principaux du peuple, et après leur avoir expliqué les obligations d'un évêque, et combien il était important de faire en cela un bon choix, de peur de donner la conduite des ouailles de Jésus-Christ à un mercenaire ou à un loup, il leur dit qu'ils ne devaient pas trop s'arrêter aux personnes considérables pour leurs biens, leur naissance ou leurs services, qu'il serait imprudent d'exclure les autres moins connus, parce qu'il se trouve souvent dans les conditions médiocres de grandes âmes que leur vertu rend dignes de l'épiscopat.

Cette proposition fut assez mal reçue de ceux qui avaient la principale part à l'élection. Un, entre autres, s'en moqua, et dit au Saint en se raillant : « Si les sujets les plus honorables de notre ville ne vous plaisent pas, il faut donc que nous prenions pour nous gouverner quelqu'un de la lie du peuple, et qu'au lieu de donner nos voix à ces hommes de mérite, nous les donnions à Alexandre le Charbonnier, qui sera fort propre, avec ses haillons et sa noirceur, pour s'asseoir sur le trône de cette église ». A ces mots, saint Grégoire fut touché d'un mouvement divin qui lui fit connaître que ce n'était pas sans sujet que l'on avait nommé ce Charbonnier plutôt que tout autre. Il demanda qui il était et s'il y avait moyen de le voir. On le fit venir aussitôt, et il parut dans cette belle assemblée tout noir et vêtu de lambeaux qui ne lui couvraient pas même tout le corps. Chacun se prit à rire; mais Grégoire aperçut, sous la noirceur et les haillons de cet homme, quelque chose d'extraordinaire et de divin. Il ne pouvait assez admirer sa modestie, sa gravité, et les témoignages de joie qu'il donnait au milieu de ces railleries, car sa profonde humilité faisait qu'il était ravi d'être l'objet de la risée de tout le monde, et il n'en était pas plus ému que le serait un orgueilleux à qui on aurait donné de grands éloges. Aussi le bienheureux évêque, ne doutant point que ce ne fût là celui que la divine Providence avait choisi pour gouverner l'église de Comana au milieu des tempêtes de la persécution, le prit en particulier, et l'obligea, de la part de Dieu, de lui dire qui il était, quels avaient été ses exercices

SAINT ALEXANDRE LE CHARBONNIER, ÉVÊQUE ET MARTYR.

durant sa jeunesse, pourquoi il avait choisi un si vil emploi, et, enfin, quelles grâces il avait reçues du ciel. Alexandre fut contraint de lui dire que ce n'était point là ni la condition de sa naissance, ni la nécessité de gagner sa vie qui l'avaient réduit à être charbonnier, mais la seule crainte de Dieu, et le désir de mettre son salut et celui des autres en sûreté; il avait étudié la philosophie et les saintes Lettres, et son occupation ne l'empêchait pas d'y exercer son esprit pour se porter plus parfaitement à la connaissance et à l'amour de son Dieu. Après cette confession, Grégoire lui déclara que la volonté divine était qu'il se laissait consacrer évêque, et qu'il ne devait nullement résister à cette disposition, parce que l'humilité, quelque profonde qu'elle soit, ne doit point refuser les charges, lorsque Dieu ordonne de s'y soumettre. Ayant dit cela, il commanda à ses clercs de laver ce charbonnier, de lui donner d'autres vêtements, et, ensuite, de le revêtir de ses habits ecclésiastiques. Pendant qu'ils exécutaient ce commandement, il rentra dans l'assemblée, et se mit à entretenir les assistants des qualités surnaturelles qui devaient orner l'âme d'un bon évêque. Son discours dura jusqu'à ce que les clercs fissent entrer, avec beaucoup de révérence et de solennité, Alexandre, vêtu en évêque. Ceux qui s'étaient moqués de lui ne pouvaient alors assez admirer la beauté de son visage, la majesté de son port, l'honnêteté de ses regards, et la modestie singulière qui paraissait dans toute sa personne. Grégoire, leur adressant donc la parole, leur dit : « Cet homme que je vous présente est le Charbonnier même dont vous vous êtes raillés. Les sens vous avaient trompés et vous avaient caché les grands biens dont la divine bonté l'a comblé. Vous jugiez par l'extérieur, et, sur cet extérieur, vous réprouviez celui qui était digne de toute cette ville; mais Dieu, qui veille sur son troupeau, et qui veut lui donner un pasteur selon son cœur, s'est servi de vos propres moqueries pour le tirer de la poussière et le mettre sur le chandelier de son Église. Le démon, qui a prévu que cet excellent personnage détruirait son empire, a fait aussi son possible pour empêcher qu'il n'eût autorité parmi vous; mais Notre-Seigneur a détruit tous ses artifices, et, malgré ses efforts, il vous le veut donner aujourd'hui pour chef, pour évêque et pour père ». Il n'y eut personne dans toute l'assemblée qui osait contredire à ces paroles, que le Saint prononçait dans l'Esprit de Dieu; aussi l'élection s'était faite unanimement, il procéda à sa consécration, lui conférant auparavant tous les Ordres jusqu'à la prêtrise, selon la coutume de l'Église.

Dès que la consécration fut achevée, on pria le nouvel évêque de donner un mot d'instruction au peuple; il monta donc en chaire, et, sans aucune préparation, il fit un excellent sermon, non pas enrichi de belles périodes et des vaines fleurs de la rhétorique mondaine, mais plein de l'Esprit de Dieu et soutenu de puissantes raisons et de passages de l'Écriture sainte appliqués fort à propos. On vit bien par là que le choix de Grégoire avait été fort judicieux, et on ne douta plus qu'il ne lui eût été inspiré du ciel. Il n'y eut qu'un jeune étourdi, qui, étant venu depuis peu des écoles d'Athènes, se moqua de ce discours comme n'ayant pas les ornements de l'éloquence athénienne; mais il changea bien de sentiment et de langage lorsqu'il aperçut autour d'Alexandre une multitude de jeunes colombes, emblème des paroles célestes du saint évêque.

Voilà de quelle manière saint Alexandre le Philosophe se fit charbonnier, et de charbonnier fut élu et consacré évêque. Il ne faut point douter qu'il ne se soit acquitté très-dignement de cette charge et qu'il n'ait converti beaucoup d'infidèles à la foi, selon la prophétie de saint Grégoire,

qu'il détruirait l'empire du démon; mais l'Histoire ecclésiastique ne nous a rien appris de lui depuis son ordination, sinon que d'évêque il devint un très-illustre et très-glorieux martyr, ayant été saisi et brûlé dans la cruelle persécution qui fut excitée contre les chrétiens, en l'année 250, par l'empereur Dèce.

Nous avons tiré cette vie de ce qu'en a écrit saint Grégoire le Thaumaturge. — Cf. Tillemont; Baillet; Godescard; saint Grégoire de Nysse.

Événements marquants

  • Études de philosophie dans la province du Pont
  • Vente de ses biens et distribution aux pauvres
  • Installation à Comana comme charbonnier pour cacher sa beauté et sa science
  • Élection miraculeuse à l'épiscopat sous la présidence de saint Grégoire le Thaumaturge
  • Martyre par le feu sous l'empereur Dèce

Miracles

  • Apparition d'une multitude de jeunes colombes autour de lui lors de son premier sermon

Citations

Qui vere humilis est, magis optat vile et abjectus haberi, quam sanctus.

— Louis de Blois (en exergue)

Date de fête

11 aout

Époque

3ᵉ siècle

Décès

250 (martyre)

Patron(ne) de

Autres formes du nom

  • Alexandre le Philosophe (fr)

Prénoms dérivés

Alexandre