Groupe de quarante catholiques — hommes et femmes, clercs et laïcs — exécutés pour leur foi en Angleterre et au Pays de Galles entre 1535 et 1679, et canonisés collectivement par le pape Paul VI le 25 octobre 1970.
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Biographie
Ces quarante saints sont issus de milieux très divers — moines contemplatifs, prêtres missionnaires et simples fidèles laïcs — et ont été exécutés en Angleterre et au Pays de Galles entre 1535 et 1679 pour leur fidélité à l'Église catholique romaine.
Les Quarante Martyrs d'Angleterre et du Pays de Galles forment un groupe représentatif d'une persécution religieuse qui dura près d'un siècle et demi. Leur histoire s'inscrit dans le contexte de la Réforme anglaise : lorsque le roi Henri VIII rompit avec Rome en 1534 et se proclama chef suprême de l'Église d'Angleterre, les catholiques se trouvèrent contraints de choisir entre leur conscience et leur allégeance au souverain. Les exécutions commencèrent dès 1535 — l'année où périt Jean Houghton, prieur chartreux, premier en date des quarante — et se poursuivirent sous Édouard VI, Marie Tudor, Élisabeth Ire, Jacques Ier et Charles II, s'achevant en 1679 avec la mort de David Lewis, victime de la fausse « Conspiration papiste » inventée par Titus Oates. Le groupe réunit des personnalités d'horizons très variés : treize prêtres séculiers formés dans les séminaires du continent (dont Cuthbert Mayne, premier prêtre séminariste martyr sous Élisabeth Ire), dix jésuites (parmi lesquels Edmond Campion et Robert Southwell), trois chartreux, trois bénédictins, deux franciscains, un augustin, un brigittin, ainsi que sept laïcs dont trois femmes — Margaret Clitherow, Anne Line et Margaret Ward. Parmi les six Gallois du groupe figurent Richard Gwyn, John Roberts, Philippe Evans, Jean Lloyd, Jean Jones et David Lewis. La diversité des origines sociales (nobles, artisans, universitaires) et des vocations illustre la profondeur de l'enracinement catholique dans toutes les couches de la société anglaise et galloise de l'époque.
Vie et œuvre
Ces hommes et ces femmes furent exécutés en application de lois pénales successives qui faisaient du maintien de l'autorité pontificale et de la pratique catholique un acte de haute trahison.
Les Quarante Martyrs moururent dans des circonstances variées mais toutes placées sous le signe d'une condamnation légale fondée sur des lois pénales anti-catholiques. Pour les hommes, la peine ordinaire du crime de haute trahison était d'être pendu, éviscéré et écartelé ; les femmes étaient brûlées vives ou — dans le cas de Margaret Clitherow — écrasées sous le poids de pierres. Cuthbert Mayne, prêtre ordonné à Douai, fut exécuté à Launceston en 1577, reconnu coupable d'avoir introduit une bulle pontificale en Angleterre. Edmond Campion, brillant jésuite et ancien fellow d'Oxford, mena une mission clandestine de deux ans avant d'être pendu, éviscéré et écartelé à Tyburn le 1er décembre 1581. Robert Southwell, poète jésuite, fut martyrisé à Tyburn en 1595 après trois ans de captivité. Margaret Clitherow, mère de famille à York, fut écrasée à mort en 1586 pour avoir abrité des prêtres. Anne Line fut exécutée en 1601 pour le même motif. Jean Southworth exerça son ministère à Londres parmi les pauvres avant d'être pendu à Tyburn en 1654. Les membres du groupe subissaient des vagues de persécution correspondant à des tensions politiques précises : la bulle d'excommunication de Pie V contre Élisabeth Ire (1570), le complot des poudres (1605) et la fausse Conspiration papiste de Titus Oates (1678-1679). Ce que les martyrs défendaient n'était pas une cause politique mais la liberté de conscience et la communion avec le Siège de Pierre.
Cheminement vers la sainteté
Malgré la diversité de leurs vocations et de leurs origines, ces quarante témoins partagèrent une même disposition intérieure : la préférence de Dieu à toute crainte humaine, manifestée jusqu'au sacrifice suprême.
Ce qui unit ces quarante personnages si différents est avant tout une conviction commune : la primauté de l'autorité spirituelle sur le pouvoir temporel, et la fidélité à l'Église romaine comme condition inviolable de la vie chrétienne. Aucun d'eux ne chercha la mort comme un idéal en soi ; plusieurs tentèrent de fuir ou de se dissimuler, mais ils refusèrent d'abjurer leur foi lorsque la persécution les saisit. Les prêtres formés à Douai, Reims ou Rome retournaient en Angleterre sachant qu'ils risquaient l'exécution ; certains, comme Edmond Campion, le déclarèrent ouvertement dans des lettres. Chez les laïcs, la sainteté s'exprime dans l'hospitalité courageuse accordée aux prêtres traqués : Margaret Clitherow transformait sa maison en lieu de culte clandestin ; Swithun Wells accueillit des messes secrètes jusqu'à son arrestation et son exécution. Jean Houghton, prieur chartreux, fut l'un des premiers à refuser le serment de suprématie en 1535, déclarant qu'il ne pouvait « en conscience trahir sa foi ». La tradition hagiographique a retenu chez ces martyrs une sérénité remarquable face à la mort : Philippe Evans, jésuite gallois, jouait de la harpe dans sa cellule la veille de son exécution. Pour Paul VI, leur témoignage avait une valeur prophétique pour le monde contemporain : il voyait dans leur mort un signe que « la fidélité est plus forte que la peur ».
Béatification et canonisation
Les quarante martyrs furent canonisés le 25 octobre 1970 par le pape Paul VI, au terme d'un long processus de reconnaissance qui avait vu une partie du groupe béatifiée sous Léon XIII en 1886 et sous Pie XI en 1929.
Le processus de reconnaissance des martyrs anglais et gallois fut entamé à Rome à partir de 1850, lorsque la hiérarchie catholique fut rétablie en Angleterre et au Pays de Galles. Le 29 décembre 1886, le pape Léon XIII béatifia onze des futurs canonisés, et le 15 décembre 1929, le pape Pie XI béatifia vingt-neuf autres membres du groupe. Au total, plus de deux cents martyrs avaient été béatifiés avant 1970 ; les quarante furent choisis comme représentatifs de l'ensemble. Le pape Paul VI annonça solennellement la canonisation lors du consistoire du 18 mai 1970, déclarant son intention de les inscrire au catalogue des saints « le vingt-cinquième jour d'octobre de cette année, en la basilique vaticane ». La cérémonie eut lieu comme annoncé le 25 octobre 1970, en la basilique Saint-Pierre de Rome. En raison du fait que Thomas More et Jean Fisher, membres de la même période de persécution, avaient été canonisés en 1935 avec dispense de miracles, Paul VI, après consultation de la Sacrée Congrégation pour les Causes des Saints, jugea recevable de procéder à la canonisation sur la base d'un seul miracle dûment vérifié : la guérison d'une jeune mère atteinte d'une tumeur maligne (fibrosarcome) à l'omoplate gauche, reconnue comme parfaite, définitive et inexplicable sur le plan naturel. La fête liturgique commune est célébrée le 25 octobre, date de leur canonisation. En Angleterre, depuis 2001, ces quarante saints sont commémorés le 4 mai avec l'ensemble des martyrs de la Réforme anglaise ; au Pays de Galles, le 25 octobre reste la fête propre des six martyrs gallois et de leurs compagnons.
Spiritualité et héritage
La canonisation de 1970 a consacré la mémoire d'une Église persécutée et a enrichi l'Église universelle d'un témoignage d'une remarquable diversité humaine et spirituelle.
L'héritage des Quarante Martyrs d'Angleterre et du Pays de Galles dépasse le cadre de la dévotion nationale. Leur canonisation, intervenant à l'époque du dialogue œcuménique postconciliaire, fut un moment délicat sur le plan des relations avec l'Anglicanisme : Paul VI prit soin de souligner que leur mort ne représentait pas une condamnation du peuple anglais ni un obstacle au rapprochement des chrétiens, mais un témoignage universel de fidélité à la conscience. Les quarante saints ont laissé des empreintes durables dans la géographie religieuse de l'Angleterre et du Pays de Galles : la maison-chapelle de Margaret Clitherow à York, le sanctuaire de David Lewis à Usk au Pays de Galles, le site du Tyburn à Londres (lieu d'exécution de nombreux martyrs, où une communauté bénédictine perpétue leur mémoire depuis 1903). Des dizaines d'églises, d'écoles catholiques et d'instituts religieux portent leurs noms en Grande-Bretagne et dans le Commonwealth. La figure d'Edmond Campion en particulier, intellectuel de premier plan converti au catholicisme et martyrisé à trente-neuf ans, est demeurée un symbole de la résistance de la foi savante face au pouvoir politique. Robert Southwell, dont les poèmes circulaient clandestinement dans l'Angleterre élisabéthaine, est reconnu comme l'un des grands poètes spirituels de langue anglaise. Leurs reliques sont conservées dans divers sanctuaires britanniques, et leur fête annuelle rassemble encore des pèlerins en provenance de toute l'Angleterre et du Pays de Galles.
Annexes & entités liées
Données structurées pour l'exploration : événements, miracles, citations, lieux, attributs, patronages et entités importantes citées dans le texte.
Événements marquants
- Époque / mort : 1535-1679
- Canonisation en 1970 par Paul VI
Miracles
- {'description': "Guérison d'une jeune mère atteinte d'une tumeur maligne (fibrosarcome) à l'omoplate gauche, reconnue parfaite, définitive et inexplicable sur le plan naturel par le Conseil médical de la Sacrée Congrégation.", 'date': 'avant 1970', 'source': 'EWTN, « Canonization of 40 English and Welsh Martyrs », https://www.ewtn.com/catholicism/library/canonization-of-40-english-and-welsh-martyrs-5157'}
Citations
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The expense is reckoned; the enterprise is begun. It is of God. It cannot be withstood.
Lettre ouverte d'Edmond Campion (Decem Rationes / Brag), 1580, citée dans la documentation hagiographique de l'Archidiocèse de Cardiff-Menevia (rcadc.org)