Saint Émeric (Prince de Hongrie)
Prince de Hongrie
Résumé
Fils de saint Étienne, premier roi de Hongrie, Émeric fit vœu de virginité perpétuelle malgré son mariage avec une princesse royale. Il vécut dans une grande austérité et mourut prématurément en 1032. Sa sainteté fut confirmée par de nombreux miracles sur son tombeau à Alba-Royale.
Biographie
SAINT ÉMERIC, PRINCE DE HONGRIE (1032).
Ce grand prince eut pour père saint Étienne, premier roi de Hongrie, et pour mère Gisèle ou Gisèle, sa femme, et sœur de saint Henri, empereur. Il donna, dès ses premières années, des marques d'une piété extraordinaire. Lorsque ses officiers étaient endormis, il se levait pour prier Dieu et pour réciter le psautier, et il produisait un acte de contrition à la fin de chaque psaume. Le roi, son père, que l'on informait de tout, voyait dans ses actions d'heureux présages que le prince serait digne de régner sur ses sujets. Allant un jour visiter le monastère des religieux de Saint-Martin, qu'il avait fondé, il envoya le prince devant lui pour en recevoir les premiers honneurs. Émeric fut accueilli de la communauté avec tout le respect dû à son mérite et à sa qualité d'héritier présomptif de la couronne. Le roi, arrivant quelques moments après, aperçut qu'il embrassait les religieux l'un après l'autre, et qu'aux uns il donnait seulement un baiser, aux autres deux, aux autres trois, et à quelques-uns encore davantage. Après la messe, il lui demanda la cause de cette différence, et pourquoi, en particulier, il en avait embrassé un, nommé Maur, jusqu'à sept fois. L'enfant répondit ingénument qu'il avait observé cette différence selon les différents degrés de leur pureté, et que celui qu'il avait baisé sept fois était un religieux d'une pureté tout à fait singulière et qui avait toujours conservé sa virginité au-dessus de tous les autres.
Émeric, croissant toujours en grâce et en perfection, méditait en lui-même ce qu'il pourrait faire pour se rendre plus agréable à son souverain Seigneur. Étant une nuit en oraison dans l'église de Saint-Georges, à Veszprém, avec un de ses domestiques, et s'entretenant dans cette pensée, il aperçut une lumière qui éclairait toute l'église, et il entendit une voix qui lui dit : « La virginité est une offrande très-précieuse, et je désire que tu la conserves de corps et d'esprit jusqu'à la mort ». Il fut extrêmement réjoui de cet ordre, et il supplia ce Dieu de bonté de lui donner la force de suivre sa vocation. Il ne découvrit point ce secret et il défendit à celui qui l'accompagnait d'en parler à qui que ce fût durant toute sa vie.
Le roi, son père, qui ne savait rien de cette résolution, l'accorda à une fille du sang royal, également belle, honnête et vertueuse. Le prince témoigna d'abord en être peu satisfait ; mais il se rendit enfin aux prières de ce sage monarque, dans l'espérance que Dieu lui donnerait le moyen d'allier la virginité au mariage. En effet, ayant épousé la princesse, il lui parla si efficacement de la beauté de la chasteté, qu'il lui persuada de ne vivre ensemble que comme frère et sœur. Cependant, comme il était jeune et qu'il avait toujours été nourri dans les douceurs de la cour, il pratiqua tant d'austérités pour conserver ce précieux trésor qu'elles coupèrent le fil de sa vie au milieu de ses années. Ainsi, avant qu'il eût pris possession du royaume que son père lui destinait sur la terre, Dieu lui en donna un beaucoup plus éclatant et plus ferme dans l'éternité bienheureuse. Ce fut le 4 novembre de l'année 1032.
Son corps fut enterré à Alba-Royale (ou Székesfehérvár, chef-lieu de Comitat, en Hongrie), et Dieu rendit incontinent sa sépulture et sa mémoire illustres par plusieurs miracles. Nous en trouvons un fort remarquable dans l'Histoire de Hongrie ; il arriva sous le règne de Ladislas : Un Allemand, nommé Conrad, qui avait vécu dans toutes sortes de débauches et de libertinage, ayant été touché de Dieu et voulant se convertir, s'en alla à Rome et demanda au Pape la pénitence et l'absolution de ses offenses. Le Saint-Père, considérant le nombre et l'énormité de ses crimes, lui ordonna de porter sur sa chair nue une cuirasse de fer serrée d'une chaîne faisant cinq tours, avec un papier contenant le détail de tous ses péchés, et de visiter en cet état tous les lieux où il apprendrait qu'il y aurait des reliques, jusqu'à ce que la chaîne se fût détachée d'elle-même et que les péchés contenus dans le papier fussent entièrement effacés. Conrad accepta cette pénitence, et, chargé de ce fer et de ce papier, il visita les saints lieux de la Palestine. Rien n'y fit ; après beaucoup de pèlerinages, il revint donc en Hongrie, où, prosterné devant le tombeau du roi saint Étienne, il protesta qu'il ne le quitterait point qu'il n'eût l'assurance de son pardon. Dans cette résolution, il s'endormit, et, durant son sommeil, le saint roi lui apparut et lui dit de faire ses dévotions au sépulcre de son fils Émeric, qui était proche, parce que sa pureté virginale lui faisait obtenir du Dieu des faveurs tout extraordinaires. Il s'éveilla et obéit à l'heure même ; et à peine fut-il en oraison sur ce tombeau, que sa chaîne se rompit, sa cuirasse se détacha et tout le détail de ses péchés se trouva effacé.
Ce miracle donna lieu au roi Ladislas, aux évêques, aux abbés, et aux plus grands du royaume, de poursuivre sa canonisation. On le leva de terre après un jeûne de trois jours; on le plaça honorablement au-dessus de l'autel le 4 novembre; et, comme la main de Dieu y fit encore plusieurs miracles pour manifester sa gloire, Benoît IX le canonisa, avec saint Étienne, son père. On en fait la fête en ce jour, qui est celui de sa canonisation.
Nous avons conservé le récit du Père Giry.
Événements marquants
- Éducation pieuse sous saint Étienne de Hongrie
- Vœu secret de virginité perpétuelle à Veszprém
- Mariage virginal avec une princesse de sang royal
- Pratique d'austérités rigoureuses
- Mort prématurée avant de régner
Miracles
- Discernement de la pureté des moines par le nombre de baisers
- Guérison et absolution miraculeuse du pénitent Conrad dont les chaînes se brisèrent
Citations
La virginité est une offrande très-précieuse, et je désire que tu la conserves de corps et d'esprit jusqu'à la mort