Saint Lazare (le Peintre)

Religieux et Peintre

Fête : 22 fevrier 9ᵉ siècle • saint

Résumé

Religieux à Constantinople au IXe siècle, Lazare fut un peintre célèbre qui défendit le culte des images face à l'iconoclasme de l'empereur Théophile. Malgré d'atroces tortures aux mains, il continua son art sacré et servit plus tard d'ambassadeur auprès du pape Benoît III. Il est considéré comme l'un des patrons des peintres.

Biographie

SAINT LAZARE, RELIGIEUX ET PEINTRE

Lazare quitta de bonne heure le Caucase, où il était né, pour embrasser la vie contemplative dans un monastère de Constantinople. Durant les heures qu'il ne consacrait point à la dévotion, il apprit la peinture, étude dont on s'occupait généralement dans les couvents, depuis que les Iconoclastes avaient déclaré la guerre aux images.

L'empereur Théophile, grand fauteur de ces hérétiques (829), déclara particulièrement la guerre à tous les peintres chrétiens, qu'il résolut de faire mourir, s'ils ne crachaient eux-mêmes sur les saintes images et ne les foulaient aux pieds. Notre Saint, qui excellait en l'art de peindre, était donc l'un de ceux qui furent arrêtés pour ce sujet. Dès que l'empereur l'eut vu, il s'efforça de le gagner par de belles paroles, afin qu'il se rangeât de son parti; mais, voyant qu'il perdait son temps et sa peine, il eut recours à ses violences ordinaires, et fit tourmenter ce religieux avec tant de cruauté, que, ne le croyant plus en état de pouvoir vivre, il le fit jeter dans un cloaque.

Mais, peu de temps après, le confesseur de Jésus-Christ, ayant recouvré quelque peu de force et de santé, recommença à travailler à ses ouvrages ordinaires et à peindre des images; Théophile lui fit appliquer des lames de fer ardentes sur les paumes des mains, ce qui lui consuma toute la chair et le fit tomber demi-mort. Alors la divine Providence, qui voulait réserver ce bon peintre pour servir encore son Église, permit que Théophile, gagné par les prières de sa femme, l'impératrice Théodore, et de ses favoris, fît sortir notre Saint de prison.

Étant délivré de la sorte, il se tint quelque temps caché à Constantinople, dans une église de saint Jean-Baptiste, que l'on appelait la Terrible; là, ce pieux peintre, quoique extropié des mains, ne laissa pas de faire une image du saint précurseur; elle a duré longtemps, et Dieu s'en est servi pour faire beaucoup de miracles.

Quelques années après, cet empereur mourut misérablement de la dysenterie à la suite d'une bataille qu'il avait perdue contre les Sarrasins (842); et Michel III, son fils, lui succéda à l'empire. Ce prince ayant rétabli, par le soin de sa mère, le culte des saintes images, le religieux Lazare se remit plus que jamais à travailler à de beaux ouvrages, parmi lesquels on remarque une excellente image de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il posa sur une colonne d'airain. Supplié par la sainte impératrice Théodore de pardonner à son mari défunt et de prier Dieu pour son âme, pour qu'il lui fît miséricorde, il lui répondit qu'il n'était plus temps de fléchir la justice de Dieu.

Néanmoins, plusieurs auteurs rapportent que cette pieuse princesse sollicita instamment le patriarche Méthodius et les autres évêques assemblés pour célébrer l'anniversaire d'une fête appelée Orthodoxie, de prier Dieu pour l'empereur son mari, et que les prélats le firent avec une telle ferveur, qu'ils obtinrent de la miséricorde divine la rémission de tous ses crimes. On peut voir là-dessus Bollandus en la vie de sainte Théodore, au 11 de ce mois.

Michel, persuadé du mérite de notre Saint, l'an troisième de son empire, l'honora d'une célèbre ambassade d'obédience vers le pape Benoît III, nouvellement élu, et le chargea de lui présenter de sa part un livre des Évangiles, couvert d'or massif et enrichi de pierres précieuses; un calice de semblable matière et plusieurs autres ornements d'église en étoffes fort rares : ce qui montre combien Dieu sait honorer ses serviteurs, et quelle récompense il donne, même dès ce monde, à ceux qui ont enduré quelque peine pour sa gloire et pour la justice.

On ne sait rien des autres actions de saint Lazare, sinon qu'il passa le reste de sa vie dans un grand repos. Les Grecs, dans leur Ménologe, disent qu'il mourut en chemin, dans un second voyage qu'il fit à Rome. On n'en peut déterminer l'année : il est probable que ce fut vers l'an 860. Il est parlé, dans le Ménologe, au 17 octobre, d'une translation des reliques d'un saint Lazare, de la ville de Chietti à Constantinople, sous l'empereur Léon VI. Il y en a qui croient que ce sont les reliques de saint Lazare, frère de sainte Madeleine, et non pas celles de notre Saint.

Ce martyr du culte des images a été représenté : 1° en train de peindre dans une chapelle ; 2° dans sa prison, venant de peindre Notre-Dame : le bourreau lui brûle la main droite avec un fer rougi au feu. Un soldat le tient par l'épaule ; mais on voit bien au calme du Saint que cette précaution est inutile. Il est, avec saint Luc et sainte Catherine de Bologne, un des patrons des peintres.

Le martyrologe romain parle avec honneur de saint Lazare, le 22 février, comme aussi Zonare et Cédrène; et le cardinal Baronius en ses Remarques, et aux quatorzième et quinzième tomes de ses Annales (édition de Bar-le-Duc).

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## SAINT PIERRE DAMIEN, CARDINAL-ÉVÊQUE D'OSTIE

### DOCTEUR DE L'ÉGLISE

988-1072. — Pape : Alexandre II. — Empereur d'Allemagne : Henri IV.

Ce grand homme a pris naissance à Ravenne, ville d'Italie. Il ne fut pas plus tôt né, que la divine Providence lui ménagea des croix.

Lorsque Pierre était encore à la mamelle, son frère aîné témoigna à sa mère beaucoup de chagrin de voir une si nombreuse famille pour partager si peu de biens qu'ils avaient; cette mère, qui avait mille embarras, mille tourments dans ses affaires domestiques, fut sensiblement affectée des reproches que son fils aîné lui faisait; elle se laissa aller à une espèce de désespoir, et perdit le courage et la tendresse qu'elle devait avoir en qualité

de mère pour élever le jeune enfant qu'elle nourrissait. Sa rigueur envers lui fut telle qu'elle lui refusa son lait, et qu'elle l'abandonna sans vouloir davantage lui donner la nourriture dont il avait besoin.

Mais Dieu qui pourvoit, dit le Prophète, aux nécessités des petits oiseaux qui invoquent son nom par leurs cris, quand ils sont abandonnés de ceux qui leur ont donné la vie, écouta aussi les soupirs et les petits cris du jeune Pierre Damien; et son corps était déjà tout livide et moribond, lorsque la Providence divine suscita une femme étrangère qui, se revêtant de l'amour et de la tendresse d'une véritable mère, prit autant de soin de ce petit enfant, que s'il eût été le fruit de son propre sein.

Lorsqu'il fut dans un âge plus avancé, il perdit toute espérance de posséder des biens temporels, en perdant son père et sa mère, qui moururent et le laissèrent destitué de tout secours; un de ses frères, néanmoins, sous prétexte de charité et de compassion, voulut bien le prendre en sa famille; mais, loin de lui être favorable, il n'eut pour lui que des duretés, le faisant travailler comme un mercenaire, et lui refusant les choses les plus nécessaires à la vie; on l'obligeait d'aller nu-pieds, on le chargeait de coups, il n'était qu'à demi vêtu, et on n'eut point honte de l'envoyer aux champs garder les bestiaux comme le dernier des valets. Pierre Damien souffrait tout cela avec une patience admirable, ne se plaignant de rien et recevant tout de la main de Dieu, qu'il respectait en la conduite de ses parents, quelque dureté qu'ils exerçassent envers lui.

A mesure qu'il avançait en âge, il croissait aussi dans la vertu; plus il connaissait le monde et ses faux attraits, plus il le fuyait. Il méprisait, dans une grande liberté d'esprit, les biens de la terre, estimant plus la pauvreté que les richesses. On raconte qu'ayant un jour trouvé par hasard une pièce de monnaie, il en ressentit d'abord une petite joie dans l'espoir d'acheter quelques friandises; mais, faisant une seconde réflexion dans le même moment, et considérant que le plaisir qu'il voulait se procurer passerait en un instant, il alla aussitôt donner sa pièce d'argent à un prêtre, afin qu'il dît quelques messes pour le repos de l'âme de son père.

Après être demeuré assez longtemps sous la rude conduite de celui de ses frères dont nous avons parlé, un autre de ses frères, nommé Damien, touché de compassion de le voir dans un état si déplorable, le retira chez lui, et, remarquant en lui de belles dispositions pour les sciences, le fit étudier. Ce frère, alors archiprêtre de Ravenne, embrassa depuis l'état monastique. On croit que ce fut par reconnaissance pour tous ses soins que notre Saint prit dans la suite le surnom de Damien. Il eut en effet pour lui toute la tendresse d'un père. Il l'envoya d'abord à Faenza, puis à Parme. Ses maîtres furent surpris de la vivacité et de l'étendue de son esprit: il devint en peu de temps l'objet de l'admiration de tout le monde, et sa réputation augmenta de telle sorte, qu'un grand nombre de jeunes gens le prirent pour leur maître en se déclarant ses disciples; il eut un facile accès dans la maison des grands, et les personnes d'esprit se faisaient un plaisir singulier de se trouver en sa compagnie; il acquit du bien par son travail et son mérite, et il en avait assez pour prendre un honorable parti dans le monde, s'il eût voulu répondre aux avances qu'on lui faisait.

Les honneurs et les plaisirs se présentaient continuellement à ses yeux; mais Dieu, qui avait pris de lui un soin particulier dès le berceau, ne permit pas qu'il s'éloignât du chemin de la vertu. Il se munissait des armes des Saints pour calmer ses passions et les soumettre aux lois de la raison et de la grâce. Il portait d'ordinaire, pour cet effet, un rude cilice sous ses habits,

d'ailleurs assez soignés, pour mieux cacher ses austérités; il s'exerçait, étant encore dans le siècle, à la pratique des jeûnes, des veilles et de la prière. Quand il se sentait attaqué de quelque tentation contre la pureté, il se plongeait le corps dans des eaux à demi glacées pendant la nuit, jusqu'à ce qu'il eût obtenu le calme qu'il souhaitait.

Il se plaisait beaucoup à visiter les lieux consacrés au Seigneur; une de ses principales dévotions était de réciter et de méditer les psaumes de David. Il donnait aux pauvres une grande partie de ses biens: il les conviait souvent à sa table et les servait lui-même, comme étant les membres de Jésus-Christ. Quoiqu'il menât une vie fort innocente dans le monde, il résolut d'embrasser la vie monastique, mais hors de son pays, de peur d'en être détourné par ses parents et ses amis. Comme il était dans cette pensée, il rencontra deux ermites Camaldules du désert de Font-Avellane, dont il avait ouï parler; s'étant ouvert à eux, ils le fortifièrent dans son dessein, et comme il témoigna vouloir se retirer avec eux, ils lui promirent que leur abbé le recevrait. Il leur offrit un vase d'argent pour porter à leur abbé, mais ils dirent qu'il était trop grand et qu'il embarrassait dans le chemin, et il demeura fort édifié de leur désintéressement. Pour s'éprouver, il passa quarante jours dans une cellule semblable à celles des ermites; puis, ayant pris son temps, il s'arracha des bras des siens et se rendit à Font-Avellane, où, suivant l'usage, on le mit entre les mains d'un des frères, pour l'instruire. Celui-ci, l'ayant mené à sa cellule, lui fit ôter son linge, le revêtit d'un cilice et le ramena à l'abbé, qui le fit aussitôt revêtir d'un cuculle. Pierre s'étonnait qu'on lui donnât l'habit tout d'abord sans l'avoir éprouvé et sans le lui avoir fait demander; mais il se soumit à la volonté du supérieur, quoique alors la prise d'habit ne fût point séparée de la profession. Quand il se vit revêtu de l'habit religieux, il fit paraître une si grande ferveur, que tous ceux qui demeuraient avec lui le prenaient pour exemple et réformaient leur conduite sur la sienne, quoiqu'ils fussent déjà fort avancés dans le chemin de la perfection. Il n'eut pas de peine à s'accommoder à toutes les règles qu'on pratiquait dans la sainte maison qu'il avait choisie, quoique la manière de vivre y fût très-austère: car on y jeûnait d'ordinaire quatre jours de la semaine au pain et à l'eau, et les autres jours on ajoutait seulement un peu de légumes; l'usage du vin y était inconnu. En tout temps, on était obligé d'aller nu-pieds au milieu même des déserts remplis d'épines; les religieux vivaient deux à deux dans des cellules séparées les unes des autres. Ils s'exerçaient jour et nuit dans toutes sortes de saintes pratiques, telles que les macérations corporelles, les adorations, les génufixions, les prostrations, la psalmodie, les oraisons et autres semblables dont les Saints se sont toujours servis pour entretenir la ferveur de l'esprit, et rendre aussi, de cette manière, le double culte extérieur et intérieur qui est dû à Dieu.

La coutume des religieux de Font-Avellane était de réciter le Psautier pendant la nuit; mais Pierre Damien, dont la piété n'avait point de bornes, prévenait le temps auquel on éveillait ses frères, pour augmenter ses oraisons en augmentant ses veilles. L'excès de ses mortifications alla si loin qu'il en devint malade: il fut attaqué d'une insomnie dont il eut beaucoup de peine à guérir. Cette maladie lui apprit par la suite qu'il ne faut pas toujours suivre l'ardeur de son zèle et qu'on doit user de discrétion dans les exercices de piété; mais enfin Dieu lui rendit la santé qu'il n'avait perdue qu'en s'efforçant de lui donner des témoignages d'un plus parfait amour.

Après que cet illustre Solitaire eut passé plusieurs années dans une vie cachée et inconnue, pendant laquelle il acquit de grandes grâces et un

grand fonds de doctrine dans la connaissance des saintes Écritures, il plut à la divine Providence de mettre ce beau flambeau sur le chandelier. Son supérieur lui ordonna d'abord de faire des exhortations aux religieux de sa communauté. Il s'acquitta de ce devoir avec tant de succès et d'applaudissements, que le bruit s'en répandit par tous les monastères voisins : les abbés d'alentour demandaient comme une grâce, au supérieur de Font-Avellane, de vouloir bien permettre que ce fervent religieux vînt demeurer pendant quelque temps chez eux, afin qu'il fît part aux autres Solitaires du pain de la parole de Dieu, qu'il annonçait avec tant d'onction et d'éloquence. Il alla, en effet, dans les monastères d'alentour distribuer les rares talents dont Dieu l'avait favorisé, et il n'édifiait pas moins par la sainteté de ses exemples, que par la force de ses prédications et de ses discours pleins de zèle. C'est ainsi qu'il demeura deux ans à Pompose, dont le vertueux Guy était abbé.

Le sage supérieur de ce vrai religieux remarquant qu'il n'avait pas moins de prudence et de discrétion dans sa conduite que de doctrine et de vertu, l'établit d'abord économe de l'ermitage ou du monastère où il demeurait ; ensuite il le déclara son successeur ; ainsi, après la mort de ce digne abbé, que Pierre Damien appelait, par respect et par amitié, son maître et son père, il fut obligé de se charger de ce fardeau, et de porter le poids du priorat, pour lequel il avait toujours eu un grand éloignement. Il s'acquitta de tous ses devoirs, en cette nouvelle charge, avec le succès qu'on en pouvait espérer. Ses soins étaient universels : ils s'étendaient également sur le spirituel et sur le temporel ; et comme le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes croissait en son cœur à mesure qu'il avançait en vertu et en âge, il trouva moyen, sans quitter son premier troupeau, d'établir un grand nombre d'autres monastères dans des lieux solitaires qu'il allait choisir lui-même dans les déserts.

Il entreprenait de pénibles voyages pour aller visiter ceux qui habitaient ces nouvelles solitudes, afin de les soutenir dans la première ferveur qu'il leur avait inspirée ; il recevait une infinité de postulants de tout âge et de toutes conditions, qui se faisaient une gloire et un mérite de mener une vie pénitente et cachée sous la direction d'un si saint personnage. Parmi les disciples d'une vertu éminente qu'il forma et qui devinrent ensuite des lumières de l'Église, on cite saint Rodolfo, évêque de Gubbio (26 juin) ; saint Dominique l'Encuirassé (14 octobre), et saint Jean de Lodi qui a écrit sa vie (7 septembre).

Il avait l'esprit si étendu, et en même temps le cœur embrasé d'une charité si universelle, qu'il ne se contentait pas de pourvoir aux besoins spirituels des monastères qu'il avait établis ; mais il aidait encore, par ses instructions et ses conseils, par écrit et de vive voix, les autres maisons, soit d'hommes, soit de femmes, qui regardaient ses avis comme des oracles, et recevaient ses décisions comme venant du Saint-Esprit ; de sorte qu'il devint comme le père commun d'une grande partie de l'Italie.

Les souverains Pontifes ne voulurent pas être privés des admirables conseils d'un homme pour lequel on avait tant d'estime. Tous ceux qui occupèrent le siège de Rome, pendant la vie de Pierre Damien, trouvèrent de grands avantages à avoir des rapports avec lui. Lorsque le schisme des papes Sylvestre III et Jean XX fut éteint, vers l'année 1044, et que Grégoire VI fut légitimement élu, le saint abbé lui écrivit plusieurs lettres : dans l'une d'elles il lui témoigne la joie qu'il avait reçue en apprenant son exaltation au souverain pontificat, et lui fait aussi connaître avec quelle ardeur et quel zèle il

doit travailler à rendre à l’Église la paix et sa première splendeur. Baronius croit que cette épître est d’un si grand poids, qu’elle seule peut servir d’un puissant témoignage pour prouver la validité de l’élection de Grégoire VI ; d’autant plus, dit-il, que le saint abbé n’était point d’humeur à avoir de fausses complaisances qui l’engageassent à donner de vaines louanges et à flatter les grands, n’épousant jamais que les intérêts de la vérité, reprenant avec une grande fermeté ceux qui étaient coupables, et se déclarant toujours l’ennemi de ceux qui n’étaient pas dans les intérêts de l’Église.

Il ne fut pas moins estimé de Léon IX, qui lui adressa de grandes louanges dans une lettre de félicitations sur le zèle qu’il faisait paraître contre les hérétiques. Victor II et Étienne IX entretinrent pareillement une étroite amitié avec ce saint solitaire ; ce fut le pape Étienne qui, ayant découvert une étendue d’esprit et une capacité extraordinaires dans ce vertueux personnage, lui fit offrir l’évêché d’Ostie pour lui donner lieu d’exercer le grand zèle dont il paraissait animé. Le serviteur de Dieu, qui avait une extrême opposition pour toutes les dignités, et qui préférait la douceur de la solitude et l’humble qualité de religieux à tous les titres de grandeurs, aux plus hautes prélatures ecclésiastiques, refusa absolument l’honneur qu’on voulait lui faire. Toute la cour de Rome fit de grandes instances pour lui faire accepter ce qu’on lui offrait.

Enfin, le Pape lui fit un devoir d’obéir et d’accepter l’évêché qu’il lui donnait ; ce sage Pontife lui mit en même temps l’anneau pastoral au doigt et la crosse en la main ; l’humble abbé n’osa pas résister davantage : il se soumit, par pure obéissance, aux volontés de celui qui tenait la place de Jésus-Christ, et il a avoué, depuis, que Dieu lui avait fait connaître, trois ans auparavant, la dignité à laquelle il se voyait élevé (1057).

Il reconnut bientôt le poids de la charge qu’on venait de lui imposer, parce que ses grandes lumières et la foi vive dont il était animé lui en firent voir les obligations aussi grandes qu’elles étaient ; il se défiait beaucoup de ses forces, mais il avait une parfaite confiance en Dieu, espérant recevoir de Jésus-Christ, souverain Pasteur et Lumière de tous les prélats, les secours dont il avait besoin pour bien conduire son troupeau. Il commença donc à prendre un grand soin de l’Église qu’on venait de lui confier ; il se fit donner une connaissance parfaite des affaires de son diocèse ; il n’épargna ni ses biens, ni sa santé, pour se rendre utile à ses enfants spirituels. Quand il prêchait, il s’accommodait aux jours et aux heures de son peuple : on l’a vu souvent, après avoir supporté de violents accès de fièvre pendant la nuit, se lever de grand matin, pour aller entendre des confessions, ou pour prêcher, ou pour aller chanter des messes solennelles, ou pour faire d’autres semblables fonctions pastorales, qu’il croyait être de son devoir. Il était toujours prêt à sacrifier sa santé et à donner sa vie même pour le salut des âmes qui lui étaient confiées. Ses prédications étaient accompagnées d’une grande onction et soutenues d’une profonde doctrine, qu’il savait tempérer selon la portée de ses auditeurs ; personne ne s’ennuyait de l’entendre, quoique son zèle lui fît quelquefois passer plusieurs heures en chaire.

Ce vigilant Pasteur ne fuyait pas quand il voyait venir le loup : il allait au contraire l’attaquer dans sa retraite et lui donner la mort avant qu’il vînt fondre sur son bercail, retranchant, par le glaive de l’excommunication, ceux qui voulaient introduire des erreurs dans l’esprit de ses diocésains. Il était le fléau des hérétiques, et il savait si efficacement réprimer leur audace et leur témérité, que les autres prélats l’envoyaient prier avec instance de

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venir à leur secours, pour les aider à dissiper les pernicieuses doctrines qui s'étaient glissées dans leurs églises.

La qualité de cardinal, dont le souverain Pontife l'avait aussi honoré, l'obligea d'étendre son zèle au-delà des limites de son évêché : il regardait les intérêts de tous les pasteurs particuliers comme les siens propres ; il exhortait tous les évêques à entretenir une parfaite union dans leurs diocèses ; mais s'il jugeait que la paix fût si nécessaire dans les églises particulières, il était bien plus persuadé qu'il fallait qu'il y eût une parfaite intelligence dans le Sacré Collège, qui devait travailler avec le souverain Pontife à la paix de l'Église universelle ; c'est pour cela qu'il ne manqua pas de s'opposer avec générosité aux prétentions de l'antipape Benoît X, qui se fit nommer souverain Pontife, après la mort d'Étienne IX (1058) ; il soutint, avec un zèle incomparable, l'élection légitime de Nicolas II.

Ce fut au temps de ce Pape que l'église de Milan se trouva infectée de deux grands désordres : c'était une chose toute publique et d'un usage commun que d'acheter des bénéfices à prix d'argent ; on n'avait plus d'égard à la capacité ni aux bonnes mœurs, qui sont pourtant les seules qualités dont il faille tenir compte, selon les saints Canons, dans la distribution des bénéfices : on achetait même l'ordination ; l'autre désordre était que les prêtres, foulant aux pieds la sainteté de leur état et les lois ecclésiastiques, osaient contracter des mariages avec autant de pompe et d'éclat que les séculiers.

Une grande division s'éleva dans l'église de Milan, entre le clergé et le peuple, à l'occasion des scandales dont nous venons de parler. Les Milanais, cherchant le remède à ces maux, eurent recours au pape Nicolas II. Le souverain Pontife jeta les yeux sur le prudent prélat, Pierre Damien : il l'envoya sur les lieux. Il y fut reçu du peuple comme un ange envoyé du ciel ; mais, quand il eut déclaré le sujet de sa légation, le clergé, dont les membres malades ne voulaient pas recevoir de guérison, s'éleva insolemment contre les desseins de ce sage médecin ; les chefs les plus intéressés du parti blâmèrent le remède dont il voulait se servir et publièrent partout que l'église de Milan ne devait pas être soumise aux lois de l'Église romaine, qu'ils ne faisaient que ce que leurs prédécesseurs avaient fait, et que l'église que saint Ambroise avait autrefois gouvernée ne devait rendre raison de sa conduite à personne.

Le saint Légat usa de sa prudence ordinaire dans une affaire de cette importance, où il était question de faire revenir de plein gré des esprits égarés, pour les remettre dans la voie du salut ; il leur fit connaître, par un grand nombre de puissantes raisons, quelle était l'étendue de l'autorité du Saint-Siège, sur toutes les églises ; il leur prouva clairement le pouvoir qu'il avait de réformer les mœurs et la doctrine de ses enfants quand il avait raison de le faire, et il les fit tomber d'accord qu'ils étaient dans l'erreur et hors de la voie du salut. Il y eut d'autres difficultés bien plus grandes à surmonter pour appliquer le remède convenable à tant de maux ; mais la Sagesse divine lui suggéra des moyens pour y bien réussir, et, après avoir fait ce que les circonstances du temps et les saints Canons de l'Église exigeaient en pareil cas pour mettre ordre aux dérèglements présents, il s'attacha avec plus de soin à pourvoir à l'avenir. Pour cet effet, il fit souscrire l'archevêque et tous ses officiers à une déclaration en bonne forme, par laquelle ils protestaient de bonne foi qu'ils n'exigeraient plus jamais rien dans la collation des bénéfices en quelque manière que ce fût ; ils jurèrent sur les saints Évangiles qu'ils ne violeraient jamais la parole qu'ils donnaient : de plus, le saint Prélat

imposa une pénitence à tous ceux qui étaient évidemment en faute, et ensuite il les réconcilia avec l’Église ; il observa, en toute cette affaire, de n’admettre et de ne conserver aucun de ceux qui étaient convaincus de n’avoir ni la capacité, ni les bonnes mœurs requises pour se bien acquitter de leur office : c’est ainsi que ce sage Prélat remédia à deux des plus grands maux qui puissent s’introduire dans l’Église.

Les affaires importantes auxquelles les souverains Pontifes l’employaient ne l’empêchaient pas de s’occuper continuellement des pratiques de la charité envers les pauvres : il pourvoyait avec une grande exactitude à tous leurs besoins, il faisait donner des vêtements à ceux qui étaient nus, et distribuer du pain à ceux qui n’avaient pas de quoi s’en procurer ; il allait visiter les malades dans les hôpitaux ; il lavait tous les jours les pieds à douze pauvres qu’il choisissait dans la multitude de ceux qui venaient entourer son palais épiscopal pour en recevoir la charité ; il faisait dresser des tables en sa maison pour leur donner à manger ; aux uns il donnait des sommes d’argent ; aux autres il fournissait des meubles pour leur pauvre logement, et à d’autres il donnait ce qu’il voyait leur être le plus nécessaire pour le moment présent. Sa charité ne se bornait pas à soulager seulement ceux qui étaient dans la ville : il entrait dans les besoins extrêmes des pauvres de la campagne, que l’infirmité ou la nécessité empêchait de venir lui représenter leurs misères ; il envoyait, à cet effet, dans les villages, une personne craignant Dieu, prudente et choisie de sa main, à laquelle il confiait et ses aumônes et ses intentions, qui étaient de distribuer avec discrétion, à chaque famille, ce qui lui serait nécessaire ; ainsi les pauvres trouvaient, dans la personne de ce bon Pasteur, les secours qu’ils auraient pu attendre d’un véritable père.

Il exerçait les devoirs de charité dans les lieux où il passait, en faisant ses voyages, comme dans sa ville épiscopale et dans son propre diocèse ; il exhortait même les personnes riches qui l’entouraient à se laisser toucher de compassion, voyant la misère des pauvres, et il se servait fort à propos de la force de son éloquence pour leur persuader qu’ils étaient obligés de partager les biens qu’ils possédaient en abondance, avec ceux que la divine Providence en avait dépourvus, afin qu’ils puissent exercer leur charité et gagner le ciel par ce moyen ; mais si ce vigilant Prélat avait tant de soin de pourvoir aux besoins de ceux qui étaient pauvres par nécessité, il n’avait pas moins de bienveillance pour les pauvres volontaires, c’est-à-dire pour ceux qui, ayant pu posséder des biens dans le monde, s’en étaient privés volontairement pour suivre les conseils salutaires de Jésus-Christ dans la retraite ; il les regardait comme les véritables pauvres et leur faisait de grandes aumônes, pour leur faciliter les moyens de servir Dieu plus tranquillement dans leur solitude.

L’Église jouissait alors d’une assez grande paix ; mais elle fut traversée par les intrigues ou l’ambition de Cadalofis, évêque de Parme, qui, à la mort du pape Nicolas II, se fit déclarer souverain Pontife, par cabale, disputant ainsi ouvertement la première dignité de l’Église avec Alexandre II, élu selon les saints Canons. Pierre Damien eut, en cette rencontre, une nouvelle occasion de faire paraître l’affection qu’il avait pour le Saint-Siège ; il écrivit à l’antipape deux lettres extrêmement fortes, dans lesquelles il lui fait voir l’excès de son ambition, le scandale qu’il causait dans toute l’Église et le crime dont il se rendait coupable ; il le menace, avec une fermeté apostolique, des foudres prochaines de la vengeance de Dieu, le souverain Juge ; il écrivit aussi au roi de Germanie, Henri IV, qui soutenait cet antipape : il l’exhorte à contribuer, en tout ce qu’il pouvait, à rendre la paix à

l’Église; il adressa aussi des lettres à saint Annon, pour lors archevêque de Cologne, auquel il donne de justes louanges, pour s’être déclaré contre Cadalous et l’avoir frappé des anathèmes ecclésiastiques; il exhorte enfin le prince Henri, dont nous venons de parler, à terminer entièrement la cause par la convocation d’un Concile, qu’il devait procurer pour cet effet.

Ce Concile fut assemblé: on y fit, devant l’empereur, une savante enquête sur l’affaire en question; l’illustre cardinal Pierre Damien y prit une grande part, et tout le Concile lui donna une approbation si universelle, que l’antipape fut condamné et l’élection d’Alexandre II approuvée.

Au milieu de ces grandes affaires, il faisait de fréquentes réflexions sur la douceur de la solitude, et soupirait après cet heureux repos dont il jouissait autrefois dans les déserts qu’on lui avait fait quitter; il fit connaître à Alexandre, qui tenait alors paisiblement le siège de Rome, l’inclination qu’il avait à se retirer, alléguant, pour obtenir cette grâce, son âge avancé, ses infirmités, toutes ses forces diminuées et beaucoup d’autres raisons que sa piété et le désir de la solitude lui firent exposer. Il obtint enfin de ce Pontife, quoique avec grande peine, ce qu’il n’avait pu obtenir de Nicolas II, son prédécesseur. L’histoire, néanmoins, remarque qu’il demeura toujours évêque d’Ostie et cardinal, et qu’il ne fut déchargé que des grands soins et des charges de ces hautes dignités. Il alla donc retrouver ses religieux dans le désert, au monastère de Font-Avellane: il y demanda la plus pauvre de toutes les cellules; il jeûnait presque tous les jours au pain et à l’eau; le pain dont il usait n’était fait que de son ou d’orge; il ne voulait boire que de l’eau à demi corrompue et exposée longtemps à l’air; le plat ordinaire, dans lequel cet humble cardinal mangeait, était le même que celui où il lavait les pieds aux pauvres; il couchait sur des planches fort dures, et quoique son corps, exténué par une infinité de travaux, fût encore chargé et entouré de cercles de fer construits à sa manière, il ne laissait pas de prendre tous les jours la discipline et de se meurtrir le corps, avec des instruments très-austères, que l’esprit de pénitence lui faisait inventer.

Quand il faisait des exhortations à ses religieux au Chapitre, et qu’il les avait repris de leurs fautes, il descendait lui-même de son siège, et, se prosternant humblement par terre, il s’accusait de toutes ses imperfections; ensuite, ne croyant pas que l’exercice de la flagellation fût une action indigne des qualités qu’il portait, puisque Jésus-Christ lui-même, le premier et le plus grand modèle de toute perfection, avait bien voulu la souffrir sur son saint corps, il se châtiait très-sévèrement en présence de ses religieux, par ce genre de mortification qui a été d’un si fréquent usage parmi les Saints.

Après cette rude et humiliante pratique de pénitence, qui était un puissant exemple pour animer ses religieux à la vertu, on voyait ce vénérable prélat se relever de la posture humiliée qu’il avait prise, et aller se remettre en sa place où il continuait à donner des avis salutaires, tantôt en général et tantôt en particulier, faisant toucher du doigt les fautes journalières où chacun tombait, bien persuadé que, sans ce détail, les exhortations et les réprimandes demeurent sans effet.

Il disait à ses disciples qu’il était à propos de bien connaître ses forces pour savoir ce qu’on pouvait faire pour le ciel, et qu’il était malséant, à un soldat de Jésus-Christ, d’ignorer jusqu’où il pouvait avancer dans le chemin de la vertu et dans les voies de la pénitence et de la mortification, d’autant que l’on peut souvent beaucoup plus faire qu’on ne se l’imagine. Il ne pouvait souffrir qu’on manquât de respect à Dieu, surtout dans la prière pu-

blique. S'étant aperçu, un jour qu'il passait par Besançon, que les chanoines de la cathédrale restaient assis pendant l'office divin, son zèle s'enflamma et lui mit la plume à la main : il adressa à l'évêque de Besançon un traité où il prouve qu'on ne peut s'asseoir que pendant les leçons.

Plus ce fervent prélat approchait de sa fin, plus il voulait augmenter le nombre de ses mortifications. Il passait, sur la fin de sa vie, les saintes quarantaines, sans user d'autre aliment que d'un peu d'herbes cuites et à l'eau ; il ne prenait même aucune nourriture pendant les trois jours qui précédaient le Carême. On croit que ce fut lui qui inspira de prendre le vendredi de la semaine pour honorer d'une manière spéciale le mystère de la Croix et de la Passion du Sauveur, qui mourut en ce jour : il exhortait à observer le jeûne ce jour-là et à faire quelque mortification corporelle en mémoire des douleurs que Jésus-Christ avait souffertes pour nous ; cette dévotion, qui s'observe assez communément encore aujourd'hui, fut approuvée d'abord du ciel par quelques événements que l'on croit miraculeux, et ensuite par l'usage commun de tous les fidèles.

Lorsque le saint Cardinal dont nous parlons jouissait ainsi du bonheur de la retraite, et qu'il cachait avec bonheur l'éclat de la pourpre sous les voiles d'une profonde humilité et d'une austère pénitence, le souverain Pontife, qui avait tant de fois connu, aussi bien que ses prédécesseurs, la grande expérience qu'il avait pour le maniement des affaires les plus considérables et les plus épineuses, le nomma pour aller en France en qualité de légat apostolique. Il obéit aveuglément à cet ordre, et se mit en chemin ; il se rendit d'abord à l'abbaye de Cluny, où on l'attendait pour régler de grandes affaires ; ensuite, poursuivant son chemin, il visita les archevêques de Reims, de Sens, de Tours, de Bourges et de Bordeaux, pour terminer, dans tous ces diocèses, des difficultés et des différends dont on avait prié le souverain Pontife d'être le juge. S'étant parfaitement acquitté de toute sa mission en France, il prit le chemin de l'Allemagne pour aller réconcilier le roi Henri IV avec Berthe, son épouse, que ce prince voulait répudier ; il s'opposa, avec une grande fermeté, à cette séparation : il déclara au roi qu'il userait contre lui de la sévérité des saints Canons de l'Église si ce monarque poursuivait son entreprise : il menaça des censures ecclésiastiques l'évêque de Mayence, qui avait promis d'acquiescer à cette séparation ; enfin, il dit au roi qu'il ne le jugeait pas digne de la couronne de l'empire, qu'Henri espérait bientôt recevoir, s'il donnait un si mauvais exemple à ses sujets, et s'il causait un si grand scandale parmi tous les peuples. Dieu donna une si grande bénédiction à la juste sévérité du saint Légat, que tous les princes de l'empire et le roi même se désistèrent du dessein qu'on avait formé ; Henri conserva son épouse, et il en eut un prince qui devint son successeur.

L'impératrice Agnès, mère d'Henri, prit le saint Cardinal pour directeur de sa conscience, et elle lui fit une confession de tous les péchés de sa vie depuis sa plus tendre jeunesse. Comme elle avait un peu favorisé le parti de l'antipape Cadaloüs, elle alla à Rome implorer le pardon de sa faute sur les saints tombeaux des Apôtres : elle retourna ensuite en Allemagne ; mais, comme elle avait commerce de lettres avec le pieux Cardinal dont nous parlons, il lui persuada, pour de bonnes raisons, de venir à Rome : ce qu'elle exécuta, et elle y finit sa vie en odeur de sainteté.

L'histoire du célèbre personnage dont nous décrivons la vie fait encore mention de quelques autres légations dont le Saint-Siège l'honora ; il se transporta en la ville de Florence, pour détruire l'hérésie des Simoniaques qui causaient d'extrêmes désordres en cette église, et pour éteindre en

même temps un grand schisme qui était arrivé entre le peuple et le clergé; toutes ces affaires furent heureusement terminées dans un concile de plus de cent évêques, tenu à Rome, contre les Simoniaques, à la sollicitation du grand Prélat qui en avait fait connaître la nécessité au pape Alexandre II.

Enfin, la dernière action qui couronna tous les travaux du célèbre Cardinal, fut la légation dont le Pape le chargea pour Ravenne, afin d'y réconcilier le peuple qui avait voulu soutenir injustement jusqu'alors l'archevêque excommunié pour de grandes raisons. Cet infatigable pasteur accepta cette mission, quoiqu'il fût dans un âge fort avancé, et qu'il ne lui fût plus aisé de faire des voyages; comme il était de Ravenne et qu'il se souvenait qu'il avait reçu la vie et le baptême en cette ville, il se faisait un plaisir d'aller rendre un bon office à cette église, en reconnaissance de la qualité d'enfant de Dieu qu'il y avait reçue.

Il réussit dans cette affaire comme dans toutes les autres; il réconcilie le peuple après lui avoir fait voir son erreur; il rendit la paix à la ville et à tout le diocèse, il reçut mille bénédictions d'un si bon office, et, après s'être heureusement acquitté de cette dernière mission, il reprit le chemin de Rome. Mais le temps auquel Dieu avait résolu de récompenser ses travaux étant arrivé, il fut attaqué d'une fièvre ardente dans le chemin proche de la ville de Faenza, qui n'est éloigné que d'une demi-journée de Ravenne, d'où il était parti; il fut reçu avec une extrême joie par les religieux d'un monastère dédié à la Sainte Vierge, lequel était situé aux portes de la ville. Il fit paraître en sa maladie tous les actes de vertu qu'on pouvait attendre d'un homme qui vivait depuis si longtemps dans les exercices continuels de la charité, de la pénitence et de l'oraison; il ne fut malade que neuf jours, et le neuvième, qui était le jour de la fête de la Chaire de Saint-Pierre, il se fit réciter devant lui tout l'office de cette fête, par une dévotion spéciale qu'il avait au prince des Apôtres; et, après avoir ainsi satisfait sa piété et avoir mis ordre à tout ce que la sagesse et la charité exigeaient de lui en cette extrémité, il rendit paisiblement sa belle âme à Dieu, le 23 février de l'année 1072.

On a représenté saint Pierre Damien : 1° avec une discipline à la main, pour exprimer l'ardeur avec laquelle il s'adonnait à la mortification; 2° sous les costumes divers de cardinal, d'ermite et de pèlerin; dans ce dernier cas, on lui met un diplôme ou une bulle à la main pour rappeler les diverses légations dont il fut chargé par les Papes. Il est le patron de Fonte-Avellane et de Faenza. On l'invoque contre les maux de tête, probablement en sa qualité d'homme d'étude.

## CULTE ET ÉCRITS.

Comme on savait partout quel était le mérite de cet incomparable Prélat, et le danger de mort où il se trouvait, on avait mis des gardes à l'entour de monastère où il était tombé malade, de peur que ses religieux ne viennent enlever son précieux corps. Toute la ville de Faenza étant avertie, se rendit au lieu où était ce saint dépôt; on le transporta dans l'église consacrée à la Mère de Dieu; il y vint un si grand concours de peuple de tous les lieux voisins, qu'on ne pouvait entrer dans l'église; tout le monde s'empressait de baiser les pieds du pieux défunt, ou de faire toucher quelque chose à son corps par dévotion. On lui éleva un fort beau mausolée; on plaça son tombeau au haut du chœur de cette église, vis-à-vis le milieu de l'autel, là où il a reçu, pendant un très-long temps, les vœux de tous les peuples qui sont venus vénérer sa mémoire et implorer son secours. On pourra voir dans sa Vie, qui est à la tête de ses ouvrages, le récit de plusieurs grands miracles que la brièveté ne nous permet pas de rapporter ici.

Le pape Léon XII a donné à saint Pierre Damien le titre de Docteur de l'Église et a étendu à toute la catholicité le culte qu'on lui rendait dans l'Ordre des Camaldules, ainsi que dans les diocèses de Ravenne et de Faenza. Il a un office double dans le Bréviaire romain.

SAINT BOISIL, PRIEUR DE L'ABBAYE DE MAILROS OU MELROS (664).

Boisil était, au rapport du vénérable Bède, un homme d'une vertu éminente et doué de l'esprit prophétique. On ne parlait de toutes parts que de la sainteté de sa vie ; ce qui porta saint Cuthbert, lorsqu'il quitta le siècle, à préférer le monastère de Malros à celui de Lindisfarne. Dès la première fois que Boisil le vit, il dit à ceux qui étaient présents : Voilà un serviteur de Dieu. Il s'appliqua à lui donner l'intelligence des divines Écritures et à le perfectionner dans la pratique de toutes les vertus.

Boisil parlait souvent des trois personnes de l'adorable Trinité, et lorsqu'il prononçait le saint nom de Jésus, il le faisait avec une dévotion si tendre et quelquefois avec une telle abondance de larmes que les auditeurs en étaient attendris. Comme sa charge le mettait dans le cas d'instruire les frères, il s'en acquittait avec tout le zèle et toute l'édification possibles. Il ne se bornait pas à l'instruction des frères ; il allait encore prêcher dans les villages, imitant l'exemple de Jésus-Christ, qui faisait ses délices de converser avec les pauvres.

Le vénérable Bède rapporte plusieurs prédictions de notre Saint, une entre autres de la peste qui ravagea l'Angleterre en 664. Saint Cuthbert fut aussi attaqué de ce redoutable fléau, mais il n'en mourut point. Boisil l'ayant vu après son rétablissement, lui dit : « Dieu vous a guéri, mon frère, et votre dernier moment n'est point encore arrivé. Pour moi, je mourrai dans sept jours ; ainsi nous n'avons plus que ce temps pour nous entretenir ». — « Mais », répondit saint Cuthbert, « que pourrai-je lire dans un si court espace ? » — « L'évangile de saint Jean », répondit notre Saint. « Sept jours suffiront pour le lire et pour faire nos réflexions ». Le plaisir que saint Boisil prenait à la lecture de l'Évangile selon saint Jean venait d'un ardent amour pour Jésus-Christ et d'un grand désir d'allumer en lui de plus en plus le feu de la divine charité. Le disciple retint de son maître cette solide dévotion, et l'on a trouvé dans son tombeau une copie latine de l'Évangile selon saint Jean.

Le septième jour étant arrivé, le Saint fut attaqué de la peste, comme il l'avait prédit. Plus il voyait approcher son dernier moment, et plus il se réjouissait de la proximité de sa délivrance. Il répétait souvent et avec une ferveur extraordinaire, ces paroles de saint Étienne : Seigneur Jésus, recevez mon esprit. Sa bienheureuse mort arriva l'an 664.

Les reliques de saint Boisil furent portées à Durham en 1030, à côté de celles de saint Cuthbert, son disciple.

Bède dit que notre Saint s'intéressa du haut du ciel en faveur de son pays et de ses amis ; qu'il apparut deux fois à l'un de ses disciples, et qu'il le chargea d'avertir saint Egbert que la volonté de Dieu était qu'il passât dans les monastères de saint Colomb pour y enseigner la vraie manière de célébrer la Pâque.

640 23 FÉVRIER.

Date de fête

22 fevrier

Époque

9ᵉ siècle

Décès

vers l'an 860